{"id":2026,"date":"2024-12-28T08:02:49","date_gmt":"2024-12-28T07:02:49","guid":{"rendered":"http:\/\/patrick-valette.fr\/?page_id=2026"},"modified":"2024-12-28T08:02:49","modified_gmt":"2024-12-28T07:02:49","slug":"le-mystere-du-gour-de-tazenat","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/patrick-valette.fr\/index.php\/le-mystere-du-gour-de-tazenat\/","title":{"rendered":"Le myst\u00e8re du gour de Tazenat"},"content":{"rendered":"\t\t<div data-elementor-type=\"wp-page\" data-elementor-id=\"2026\" class=\"elementor elementor-2026\">\n\t\t\t\t\t\t<section class=\"elementor-section elementor-top-section elementor-element elementor-element-95628fa elementor-section-boxed elementor-section-height-default elementor-section-height-default\" data-id=\"95628fa\" data-element_type=\"section\">\n\t\t\t\t\t\t<div class=\"elementor-container elementor-column-gap-default\">\n\t\t\t\t\t<div class=\"elementor-column elementor-col-100 elementor-top-column elementor-element elementor-element-fe237c9\" data-id=\"fe237c9\" data-element_type=\"column\">\n\t\t\t<div class=\"elementor-widget-wrap elementor-element-populated\">\n\t\t\t\t\t\t<div class=\"elementor-element elementor-element-3747a9f elementor-widget__width-initial elementor-widget elementor-widget-heading\" data-id=\"3747a9f\" data-element_type=\"widget\" data-widget_type=\"heading.default\">\n\t\t\t\t<div class=\"elementor-widget-container\">\n\t\t\t\t\t<h2 class=\"elementor-heading-title elementor-size-default\">Le myst\u00e8re du gour de Tazenat <\/h2>\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t\t<\/div>\n\t\t<\/div>\n\t\t\t\t\t<\/div>\n\t\t<\/section>\n\t\t\t\t<section class=\"elementor-section elementor-top-section elementor-element elementor-element-6a2246d elementor-section-boxed elementor-section-height-default elementor-section-height-default\" data-id=\"6a2246d\" data-element_type=\"section\">\n\t\t\t\t\t\t<div class=\"elementor-container elementor-column-gap-default\">\n\t\t\t\t\t<div class=\"elementor-column elementor-col-100 elementor-top-column elementor-element elementor-element-864137b\" data-id=\"864137b\" data-element_type=\"column\">\n\t\t\t<div class=\"elementor-widget-wrap elementor-element-populated\">\n\t\t\t\t\t\t<div class=\"elementor-element elementor-element-b88ff53 elementor-widget elementor-widget-text-editor\" data-id=\"b88ff53\" data-element_type=\"widget\" data-widget_type=\"text-editor.default\">\n\t\t\t\t<div class=\"elementor-widget-container\">\n\t\t\t\t\t\t\t\t\t<h2 style=\"text-align: center;\"><strong>Chapitre 1 : L\u2019\u00e9chos Sombres<\/strong><\/h2><p>\u00a0 \u00a0 \u00a0L&rsquo;atmosph\u00e8re oppressante pesait lourdement sur l&rsquo;air, tandis que le soleil d\u00e9clinait derri\u00e8re les collines ondoyantes de l&rsquo;Auvergne, baignant la sc\u00e8ne d&rsquo;une lumi\u00e8re de feu. Les eaux sombres et profondes du Gour de Tazenat, presque noires, ressemblaient \u00e0 la pupille d\u2019un \u0153il en col\u00e8re. Il refl\u00e9tait les ombres du ciel, qui se parait progressivement des nuances pourpres du cr\u00e9puscule. Cet endroit avait toujours eu une aura myst\u00e9rieuse, un secret ancestral souffl\u00e9 par les vents, une \u00e9nigme que seuls les gens du cru pouvaient appr\u00e9hender. Ce lac\u00a0 volcanique, appel\u00e9 gour ou maar en fonction des \u00e9poques et des gens, \u00e9tait serti\u00a0 entre les premiers contreforts volcaniques Auvergnat.\u00a0 Encore une fois il \u00e9tait le t\u00e9moin silencieux d&rsquo;une violence qui allait perturber\u00a0 sa s\u00e9r\u00e9nit\u00e9.<\/p><p>\u00a0 \u00a0 Le Major Hugo Laroche, v\u00eatu simplement d\u2019un jean, d\u2019un blouson et d\u2019une paire de baskets, portait sobrement un brassard tricolore de la gendarmerie, autour de son bras gauche. Il scrutait les derniers rayons de soleil qui se perdaient derri\u00e8re les arbres bordant le lac. Le gazouillis lointain des oiseaux se m\u00ealait au murmure apaisant de l&rsquo;eau, cr\u00e9ant une cacophonie naturelle,\u00a0 entrecoup\u00e9e seulement par les jacassements \u00e9touff\u00e9s de ses coll\u00e8gues. Les militaires de la brigade des recherches de RIOM, et les techniciens en investigations criminelles s&rsquo;activaient autour de lui, comme un balai de Maurice B\u00e9jart, \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur d&rsquo;un p\u00e9rim\u00e8tre de s\u00e9curit\u00e9 d\u00e9limit\u00e9 par une rubalise rouge et blanche. Une toile de fond bucolique pour un drame\u00a0 se jouait sous ses yeux, z\u00e9br\u00e9e par l&rsquo; \u00e9clat stroboscopique bleu des gyrophares.<\/p><p>\u00a0 \u00a0 \u00a0Au centre de la sc\u00e8ne se trouvait le corps inerte d&rsquo;une jeune femme qui reposait, immerg\u00e9 dans quelques centim\u00e8tres d&rsquo;eau \u00e0 quelques pas de la berge. Ses cheveux, noir de jais, suivaient l&rsquo;ondes et s&rsquo;\u00e9talaient sur la roche luisante autour de son visage. Le\u00a0 contraste \u00e9tait saisissant avec la p\u00e2leur laiteuse de sa peau encore ruisselante. Ses yeux sans vie fixaient le\u00a0 ciel qui s&rsquo;\u00e9teignait sur elle,\u00a0 fig\u00e9s dans une expression d&rsquo;effroi silencieux, comme si la mort elle-m\u00eame avait fig\u00e9 ses derniers instants de terreur. Elle avait \u00e9t\u00e9 belle, grande, mince et sportive. Elle \u00e9tait v\u00eatue d\u2019un blouson fourr\u00e9 marron claire, et d\u2019un pantalon serr\u00e9 noire. Pour elle, la vie avait brutalement pris fin au bord de ce paradis froid.<\/p><p>\u00a0 \u00a0 \u00a0Laroche frissonna, resserra le col de son blouson, mordillant sa l\u00e8vre inf\u00e9rieure, tandis que la bise glaciale de cette fin septembre lui fouettait le visage. Il avait souvent \u00e9t\u00e9 confront\u00e9 \u00e0 des sc\u00e8nes de crime, mais quelque chose \u00e9tait diff\u00e9rent. Peut-\u00eatre \u00e9tait ce l&rsquo;atmosph\u00e8re sauvage du lieu, o\u00f9 le contraste\u00a0 entre la violence du crime et la beaut\u00e9 tranquille du gour.<\/p><p>La Capitaine Justine Devaux, sa sup\u00e9rieure, coupa la communication t\u00e9l\u00e9phonique qui monopolisait son attention et s&rsquo;approcha de lui, son regard dur refl\u00e9tant une d\u00e9termination teint\u00e9e d&rsquo;inqui\u00e9tude.<\/p><p>&#8211; Laroche, que pouvez-vous me dire pour l\u2019instant, demanda-t-elle d&rsquo;une voix basse mais autoritaire.<\/p><p>Il prit une profonde inspiration, se for\u00e7ant \u00e0 se concentrer.<\/p><p>&#8211; La victime est de sexe f\u00e9minin. Elle a \u00e9t\u00e9 retrouv\u00e9e, flottant entre deux eaux, sur le ventre, dans cinquante centim\u00e8tres d\u2019eau, \u00e0 deux m\u00e8tres du bord. Ces h\u00e9matomes autour du cou, laissent pr\u00e9sumer d\u2019une strangulation ayant entra\u00een\u00e9 sa mort. Les jointures de ses doigts pr\u00e9sentent des entailles, des \u00e9corchures, et ses ongles sont cass\u00e9s, sugg\u00e9rant qu\u2019elle s\u2019est bravement d\u00e9fendue. Elle porte un pantalon boutonn\u00e9 \u00e0 la taille, et un blouson dont la fermeture \u00e9clair est remont\u00e9e jusqu\u2019au cou. Bien qu\u2019ils soient d\u00e9chir\u00e9s par endroit, probablement les cons\u00e9quences d\u2019une lutte acharn\u00e9e l\u2019ayant oppos\u00e9e \u00e0 son agresseur, elle ne semble pas avoir fait l\u2019objet d\u2019atteintes sexuelles. Son sac \u00e0 main a \u00e9t\u00e9 retrouv\u00e9 sur la berge \u00e0 une quinzaine de m\u00e8tres. Il \u00e9tait toujours ferm\u00e9, seule la sangle a \u00e9t\u00e9 bris\u00e9e. Il contient son portefeuille et ses papiers d&rsquo;identit\u00e9, ainsi qu\u2019une somme de cent trente euros en billets. Une moiti\u00e9 de ces billets porte un \u00ab\u00a0U\u00a0\u00bb devant le num\u00e9ro de s\u00e9rie, donc \u00e9mis par la banque de France, l\u2019autre moiti\u00e9 porte un \u00ab\u00a0X\u00a0\u00bb donc \u00e9manant de la banque Allemande. Je dirais que cette femme naviguait entre ces deux pays, mais jusque-l\u00e0, \u00e7a ne reste qu\u2019une hypoth\u00e8se. Elle se nomme Jessica Fr\u00e9mont, elle avait 29 ans, n\u00e9e le 03 juillet 1998 \u00e0 Clermont Ferrand. Pas d\u2019alliance ni de mention de mariage dans ses papiers, mais une carte de presse free-lance internationale. L&rsquo;argent et son IPhone sont toujours pr\u00e9sents dans son sac, excluant l\u2019agression crapuleuse. L\u2019autopsie et les constatations technique, ADN et empreintes, nous en apprendrons plus.<\/p><p>Justine Devaux hocha la t\u00eate, observant la sc\u00e8ne avec une expression analytique.<\/p><p>&#8211; L&rsquo;auteur de ce crime savait ce qu&rsquo;il faisait et a veill\u00e9 \u00e0 ne laisser aucune trace. Pas de t\u00e9moins, pas d&rsquo;indices \u00e9vidents. Nous n\u2019avons donc rien de concret pour l\u2019instant.<\/p><p>&#8211; Exact. L\u2019ex\u00e9cution semble avoir \u00e9t\u00e9 pr\u00e9cise et m\u00e9thodique. Nous allons lancer les premi\u00e8res investigations. D\u2019abord le voisinage, m\u00eame s\u2019il est un peu lointain. Puis sur la victime, relations priv\u00e9es et professionnelles, sujets d\u2019enqu\u00eate, moyens de transport, voyages, etc.\u2026 Ensuite viendra l\u2019exploitation des pr\u00e9l\u00e8vements. Nous allons rechercher son v\u00e9hicule, si elle est venue avec, ainsi que des traces pouvant nous r\u00e9v\u00e9ler des indices. Les TIC sont en pleine exploration.<\/p><p>Le vent sifflait \u00e0 travers les arbres, comme si la nature elle-m\u00eame partageait leur inqui\u00e9tude. La capitaine fixa les eaux sombres du Gour, semblant perdue dans ses pens\u00e9es.<\/p><p>&#8211; Cette affaire risque d\u2019attirer l&rsquo;attention major. Nous devons agir rapidement et intelligemment, sans faire de vagues. Je ne veux pas de trouble \u00e0 l\u2019ordre public. La victime \u00e9tait journaliste, la presse risque de s\u2019en m\u00ealer et de faire monter la mayonnaise.<\/p><p>Hugo acquies\u00e7a, sentant les muscles de son \u00e9paule se contracter sous la pression de souvenir de combats pass\u00e9s. Il savait que l&rsquo;enqu\u00eate \u00e0 venir serait longue et difficile. Il sentait qu\u2019elle mettrait \u00e0 l&rsquo;\u00e9preuve non seulement sa perspicacit\u00e9, mais aussi son propre \u00e9quilibre, faisant ressurgir les d\u00e9mons de son pass\u00e9 profond\u00e9ment enfouis.<\/p><p>Alors que la nuit tombait et que les premi\u00e8res \u00e9toiles apparaissaient au firmament, la sc\u00e8ne de crime se transformait en un sombre labyrinthe de secrets et de questions sans r\u00e9ponse. Elle se d\u00e9sertait au fur et \u00e0 mesure de l\u2019\u00e9vacuation des enqu\u00eateurs. Le corps de la jeune femme avait \u00e9t\u00e9 retir\u00e9 par une entreprise de pompe fun\u00e8bre, et dirig\u00e9e vers l\u2019institut m\u00e9dico l\u00e9gale de Clermont Ferrand.<\/p><p>L&rsquo;\u00e9nigme du Gour de Tazenat venait de commencer, et Hugo Laroche \u00e9tait d\u00e9termin\u00e9 \u00e0 la r\u00e9soudre, quel qu&rsquo;en soit le prix. Restant seul, il embrassait une derni\u00e8re fois du regard le paysage cr\u00e9pusculaire des puys et la surface du lac. Son attention fut capt\u00e9e par un reflet de lune scintillant sur un minuscule \u00e9clat au milieu des galets, pr\u00e8s de la berge. Intrigu\u00e9, il se pencha et r\u00e9ussit \u00e0 saisir un minuscule \u00e9clat de pierre bleue d&rsquo;eau, en forme de lentille, d\u2019\u00e0 peine trois millim\u00e8tres de diam\u00e8tre.<\/p><p>Chapitre 2\u00a0: Hugo LAROCHE.<\/p><p>Hugo \u00e0 l\u2019aube de ses 31 ans, arborait une stature imposante. Sa silhouette digne d&rsquo;un ch\u00eane centenaire, le d\u00e9marquait d&#8217;embl\u00e9e. Une v\u00e9ritable montagne d&rsquo;un m\u00e8tre quatre-vingt-dix pour cent kilos. Sportif, il s\u2019entretenait en courant sur les chemins des Combrailles, et nageait r\u00e9guli\u00e8rement de pr\u00e9f\u00e9rence en eau libre dans les lacs de montagne voisins. Il avait test\u00e9, sans s\u2019y accrocher, \u00e0 tous les sports de combat auquel il avait eu acc\u00e8s, mais il restait attach\u00e9 aux bonnes vieilles m\u00e9thodes basiques qu\u2019on lui avait enseign\u00e9es professionnellement. Il excellait \u00e9galement au maniement du b\u00e2ton t\u00e9lescopique, et brillait r\u00e9guli\u00e8rement lors des s\u00e9ances de tir r\u00e8glementaire mensuelle, auquel il participait au stand militaire de Clermont Ferrand. Il se tenait droit et assur\u00e9, et sa silhouette d\u00e9gageait une aura \u00e0 la fois rassurante et terrifiante. Ses yeux marron clair \u00e9tait d&rsquo;une profondeur telle qu&rsquo;on aurait jur\u00e9 y d\u00e9celer des \u00e9clats d&rsquo;or. Nez droit, bouche bien trac\u00e9e et menton volontaire compl\u00e9tait son portrait. Il semblait capable de sonder les t\u00e9n\u00e8bres les plus profondes de l&rsquo;\u00e2me humaine. Son regard intense et direct trahissait une intelligence aigu\u00eb, m\u00eal\u00e9e \u00e0 une m\u00e9lancolie enfouie au plus profond de son \u00eatre. Derri\u00e8re cette fa\u00e7ade sto\u00efque, il avait des allures de clown tristes.<\/p><p>Ses cheveux bruns en d\u00e9sordre accentuaient un charme d\u00e9sinvolte, tandis qu&rsquo;une barbe de trois jours lui conf\u00e9rait l&rsquo;aspect d&rsquo;un aventurier tout droit sorti d&rsquo;un film de pirates. Une fine cicatrice discr\u00e8te parcourait le coin de son sourcil droit, t\u00e9moin silencieux d&rsquo;une vie mouvement\u00e9e. Il d\u00e9gageait l&rsquo;aura d&rsquo;un gladiateur des temps modernes, d&rsquo;un rugbyman pr\u00eat \u00e0 en d\u00e9coudre. Mais derri\u00e8re cette apparence impassible, voire un brin moqueur, se cachait une complexit\u00e9 \u00e9motionnelle profonde.<\/p><p>Dot\u00e9 d&rsquo;un esprit analytique hors du commun, Hugo avait le don de d\u00e9cortiquer les \u00e9nigmes les plus tordues. Cependant, il payait ce talent au prix fort, tra\u00eenant un fardeau d&rsquo;insomnie et de pens\u00e9es obsessionnelles qui le hantaient nuit apr\u00e8s nuit. Solitaire de nature, il pr\u00e9f\u00e9rait la compagnie restreinte de trois ou quatre amis proches, \u00e0 l&rsquo;\u00e9clat trompeur de notables, de parvenus et arrivistes. Ses exp\u00e9riences l\u2019avaient rendu m\u00e9fiant envers ses sup\u00e9rieurs, les \u00e9lites, et les biens pensants, mais il restait loyal envers\u00a0la veuve et l&rsquo;orphelin. Ses d\u00e9saccords r\u00e9currents avec sa hi\u00e9rarchie, n\u2019\u00e9tait que la manifestation de son refus cat\u00e9gorique de sacrifier ses principes sur l&rsquo;autel de l&rsquo;ob\u00e9issance aveugle, dict\u00e9e par la bien-pensance et la culture du silence. Derri\u00e8re ces conflits se cachait en r\u00e9alit\u00e9 une d\u00e9votion in\u00e9branlable pour la v\u00e9rit\u00e9, et pour une justice \u00e9quitable. \u00c7a devise aurait p\u00fbt \u00eatre\u00a0:\u00a0\u00ab Pour tous, ou pour personne\u00a0!\u00a0\u00bb.<\/p><p>Hugo avait grandi sur les contreforts majestueux des monts d\u2019Auvergnes, berc\u00e9 par le souffle du vent \u00e0 travers les for\u00eats, et le murmure des torrents dans les vall\u00e9es. Issu d&rsquo;une famille modeste, attach\u00e9 \u00e0 la terre, il avait d\u00e9velopp\u00e9 un lien profond avec la nature, et une sensibilit\u00e9 aux d\u00e9tails subtils de son environnement. \u00c0 l&rsquo;universit\u00e9 il avait entam\u00e9 un cursus en g\u00e9ologie, mais \u00e7a vie avait pris un tournant d\u00e9cisif lorsqu&rsquo;il avait rejoint les rangs de la gendarmerie, pour des raisons qui lui \u00e9taient propres. Sa passion pour la police judiciaire, l&rsquo;avait finalement conduit \u00e0 la brigade des recherches de Riom, o\u00f9 il avait rapidement fait ses preuves en tant qu\u2019enqu\u00eateur. Malgr\u00e9 ses succ\u00e8s professionnels, Hugo portait toujours le lourd fardeau d&rsquo;un \u00e9v\u00e9nement tragique de son pass\u00e9. Il s\u2019agissait de la disparition \u00e9nigmatique de sa s\u0153ur Charline, alors qu&rsquo;elle n&rsquo;avait que 19 ans. La jeune femme n\u2019avait jamais \u00e9t\u00e9 retrouv\u00e9e, ni morte, ni vivante. Elle avait simplement disparue de la surface de la terre. Il n&rsquo;y avait pas tout \u00e0 fait dix ans de cela. Il n\u2019avait jamais cess\u00e9 de la chercher, sans r\u00e9sultat. Cet \u00e9v\u00e9nement avait grav\u00e9 une empreinte ind\u00e9l\u00e9bile dans son \u00e2me tourment\u00e9e, alimentant sa propension \u00e0 prot\u00e9ger les autres de l&rsquo;injustice et de la trag\u00e9die. Un justicier au c\u0153ur sombre, voil\u00e0 ce qu&rsquo;\u00e9tait Hugo.<\/p><p>Chapitre 3\u00a0: L\u2019ordre de l\u2019aigle de l\u2019ombre.<\/p><p>L\u2019histoire remonte au cinq mai mille neuf cent quarante-cinq. Elle puise ses racines dans les entrailles obscures d\u2019une grotte dissimul\u00e9e sur les premiers contreforts des puits Auvergnat, assi\u00e9geants le gour de Tazenat comme une arm\u00e9e de g\u00e9ants sages. Une l\u00e9gende gla\u00e7ante se chuchotait. Une organisation ou une secte nazie, nommons l\u00e0 comme on voudra, se d\u00e9veloppait tissant en secret sa toile mal\u00e9fique dans les coulisses du troisi\u00e8me Reich\u00a0:\u00a0\u00ab L\u2019ordre de l&rsquo;aigle de l&rsquo;ombre\u00a0\u00bb. A sa t\u00eate, un g\u00e9n\u00e9ralfeldmarshal SS dont le nom n\u2019\u00e9tait qu\u2019une rumeur douloureuse, ourdissait un plan ambitieux pour \u00e9tendre son pouvoir, bien au-del\u00e0 de l&rsquo;effondrement annonc\u00e9 du troisi\u00e8me Reich.\u00a0 Ce projet machiav\u00e9lique avait pour objectif de cr\u00e9er un groupe d&rsquo;\u00e9lite, riche et puissant, visant \u00e0 fa\u00e7onner le monde \u00e0 son image pour le diriger, en vue d&rsquo;accoucher d&rsquo;un quatri\u00e8me Reich.<\/p><p>Le symbole de reconnaissance des membres de cette soci\u00e9t\u00e9 pernicieuse, \u00e9tait une chevali\u00e8re forg\u00e9e dans de l&rsquo;or rhodi\u00e9, orn\u00e9e d&rsquo;un aigle en platine, ench\u00e2ss\u00e9 d&rsquo;une aigue-marine symbolisant l&rsquo;\u0153il. Seuls les initi\u00e9s de haut rang avaient le privil\u00e8ge d&rsquo;en porter une. Cette bague \u00e9tait le symbole du pouvoir et de la loyaut\u00e9 envers cette organisation, portant le nom lugubre, d\u2019aigle de l\u2019ombre, en r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 leur sinistre embl\u00e8me. Pendant les ann\u00e9es noires de la seconde guerre mondiale, cette grotte \u00e9tait devenue un repaire de conspirateurs nazis impitoyables. Ils y c\u00e9l\u00e9br\u00e8rent des pactes diaboliques et des rituels sataniques, m\u00ealant l&rsquo;id\u00e9ologie fasciste du national-socialisme, \u00e0 un occultisme barbare, pratiquant intronisations cruelles et sacrifices humains. L&rsquo;argent coulait \u00e0 flot, des vies \u00e9taient bafou\u00e9es. L&rsquo;histoire de cette organisation prit un tournant tragique, alors que la chute du troisi\u00e8me Reich s\u2019acc\u00e9l\u00e9rait, jusqu\u2019\u00e0 son implosion. La mal\u00e9diction qui pesait sur cette secte maudite, gangr\u00e9n\u00e9e par la corruption, les trahisons et la folie, devenait oppressante, se fondant dans un maelstrom destructeur. Le dernier acte de cette l\u00e9gende se d\u00e9roulait dans les t\u00e9n\u00e8bres m\u00e9phitiques de la grotte dominant le gour. Le pass\u00e9 et l\u2019avenir s\u2019affront\u00e8rent dans un violent d\u00e9chainement de terreur. Les conspirateurs furent trahis par leurs propres d\u00e9mons. Apr\u00e8s-guerre, un matin pas comme les autres, trois jeunes gar\u00e7ons du village d\u00e9couvrirent dans la caverne, une demi-douzaine de corps calcin\u00e9s, portant les restes d&rsquo;uniformes SS br\u00fbl\u00e9s. Aujourd&rsquo;hui, cette l\u00e9gende n&rsquo;est plus qu&rsquo;une empreinte \u00e9vanescente dans l\u2019histoire auvergnate. Cependant, la bague de l&rsquo;aigle de l&rsquo;ombre, demeure en filigrane le sinistre symbole d&rsquo;une relique du pass\u00e9.<\/p><p>Hugo scrutait intens\u00e9ment l\u2019\u00e9tendue au bord des eaux limpides du Gour, dont la teinte s&rsquo;assombrissait sous le voile nocturne. Il \u00e9tait juste \u00e9clair\u00e9 par le d\u00e9but d\u2019une nuit froide et \u00e9toil\u00e9e, sous la surveillance d\u2019une pleine lune blafarde, attrist\u00e9e par cette sc\u00e8ne de d\u00e9solation. Cette myst\u00e9rieuse \u00e9tendue d&rsquo;eau profond\u00e9ment ancr\u00e9e dans le territoire Auvergnat, serait selon la rumeur reli\u00e9e au lac Pavin par un r\u00e9seau de galeries souterraines insondable et inexplor\u00e9es, sur une distance de soixante kilom\u00e8tres environ. Les souvenirs de son enfance remontaient comme les bulles venant crever la surface du lac. Les journ\u00e9es d&rsquo;insouciance qu&rsquo;ils partageaient avec sa s\u0153ur Charline, lui revenaient \u00e0 l&rsquo;esprit, ravivant sa tristesse. Cette macabre d\u00e9couverte ranimait ses anciennes blessures toujours \u00e0 vifs.<\/p><p>\u00c0 ses c\u00f4t\u00e9s, la capitaine Justine Devaux qui commandait d&rsquo;une main de fer la compagnie de Riom, \u00e9tudiait la sc\u00e8ne avec une froideur et une indiff\u00e9rence \u00e0 glacer le sang. Elle avait visiblement d&rsquo;autres priorit\u00e9s. Hugo le percevait clairement dans son attitude. Son regard glacial se posa sur lui, et elle lui intima.<\/p><p>&#8211; Laroche, je sais que vous \u00eates profond\u00e9ment affect\u00e9s par ce meurtre. Vous n\u2019\u00eates pas sans savoir que nous sommes en pleine effervescence\u00a0! D&rsquo;autres affaires plus prometteuses en termes de r\u00e9sultats sont en cours. Lancez les premi\u00e8res investigations, et passez le relais \u00e0 la brigade de Combronde. Ils feront le boulot.<\/p><p>Hugo ravala sa frustration. Il comprit que sa sup\u00e9rieure ne souhaitait pas qu&rsquo;il s&rsquo;immisce dans cette enqu\u00eate, sans pour autant en appr\u00e9hender les raisons. Il ne pouvait pas se r\u00e9soudre \u00e0 l&rsquo;inaction. Il savait qu\u2019il s\u2019engageait sur une voie glissante, qui lui apporterait son lot de tracas, mais il s\u2019en moquait. Pour tous, ou pour personne, comme il se le r\u00e9p\u00e9tait. Au plus profond de lui-m\u00eame, il ressentait que la mort de cette jeune femme \u00e9tait li\u00e9e d&rsquo;une mani\u00e8re ou d&rsquo;une autre, \u00e0 une qu\u00eate qui lui \u00e9tait plus personnelle. Ce cadavre et cet endroit, r\u00e9veillait en lui un sentiment d&rsquo;urgence qu\u2019il ne pouvait pas ignorer. Il se rem\u00e9morait la vieille l\u00e9gende du Gour, que sa s\u0153ur aimait conter, m\u00ealant effroi et myst\u00e8re durant leurs soir\u00e9es \u00e9pouvantes.<\/p><p>Chapitre 4 : Les Liens Sombres.<\/p><p>La bise sifflait dans les ruelles \u00e9troites de charbonni\u00e8res-les-vieilles, petit village au bord de l&rsquo;oubli a une encablure du Gour de Tazenat. Hugo d\u00e9ambulait dans les ruelles, les yeux perdus dans les tr\u00e9fonds de son \u00e2me, errant parmi les b\u00e2tisses d&rsquo;un autre si\u00e8cle \u00e0 la recherche de r\u00e9ponses. Le meurtre brutal de cette journaliste avait secou\u00e9 cette bourgade paisible, faisant rejaillir des profondeurs l\u2019ombre enfouie d\u2019une histoire r\u00e9volue. Alors qu\u2019une nuit glaciale et obscure nimbait le village, il ne pouvait s&#8217;emp\u00eacher de repenser \u00e0 sa d\u00e9couverte. Avait-il r\u00e9ellement trouv\u00e9 une aigue-marine comme le lui susurrait la l\u00e9gende, dans l\u2019intimit\u00e9 des circonvolutions de son cerveau. Cette minuscule pierre polie le transportait captif dans les m\u00e9andres t\u00e9n\u00e9breux du temps.\u00a0 Il avait une connaissance limit\u00e9e du pass\u00e9 historique de cette r\u00e9gion, son truc \u00e0 lui, c&rsquo;\u00e9tait la g\u00e9ologie, les volcans, les pierres. Charline, c\u2019\u00e9tait l&rsquo;historienne, elle aurait pu l&rsquo;\u00e9clairer sur cette l\u00e9gende. Des murmures avaient couru pendant des d\u00e9cennies, au sujet de cette myst\u00e9rieuse organisation n\u00e9onazie, d\u00e9sign\u00e9 sous le vocable \u00ab\u00a0aigle de l&rsquo;ombre\u00a0\u00bb. La rumeur colportait que ces \u00e9lites arboraient une chevali\u00e8re particuli\u00e8re. La d\u00e9couverte sur les lieux du crime de cette lentille brillante, l&rsquo;intriguait profond\u00e9ment. Il ne pouvait s&#8217;emp\u00eacher de faire le lien entre la bague l\u00e9gendaire et ce minuscule \u00e9clat de Pierre, comme s&rsquo;il \u00e9tait le maillon manquant entre le meurtre de la journaliste et les spectres du pass\u00e9.<\/p><p>Sous la vo\u00fbte d&rsquo;une voie lact\u00e9e \u00e9tincelante l\u2019\u00e9clairant comme en plein jour, Hugo regagna la maison familiale qu\u2019il occupait r\u00e9guli\u00e8rement sur les hauts de Manzat, n\u00e9gligeant de retourner dans son appartement de service \u00e0 Riom. Emprisonn\u00e9 par son intuition, il consacra le reste de la nuit \u00e0 fouiller son grenier. Des bo\u00eetes enti\u00e8res de vieux journaux et de lettres jaunis par le temps, furent vid\u00e9es et trill\u00e9es. Il exhuma des photos aux couleurs jaunies et de vieux objets poussi\u00e9reux que sa s\u0153ur avait stock\u00e9s dans une vieille malle, dans une anarchie renversante fr\u00f4lant le capharna\u00fcm. Il entendait sa m\u00e8re surgir d\u2019un pass\u00e9 r\u00e9cent s\u2019exclamant\u00a0:\u00a0\u00ab\u00a0<em>Une vache n\u2019y trouverait pas son veau<\/em>\u00a0\u00bb, lui arrachant un sourire nostalgique. Ces recherches avaient rempli la vie passionn\u00e9e de Charline. Ils n\u2019avaient que deux ans d\u2019\u00e9cart, ils \u00e9taient si proche et pourtant si diff\u00e9rent. Le jour suivant le plongea dans les archives locales, d\u00e9cryptant des articles d\u00e9fraichis, les comparant \u00e0 ceux trouver dans son propre sanctuaire. Son instinct le guidait, il savait que la cl\u00e9 de cette \u00e9nigme gisait quelque part entre ces lignes outrag\u00e9es par les ann\u00e9es. Les articles \u00e9num\u00e9raient des disparitions \u00e9nigmatiques dans la r\u00e9gion, y int\u00e9grant celle de sa propre s\u0153ur, dix ans auparavant. Il r\u00e9v\u00e9lait \u00e9galement un chemin parsem\u00e9 de meurtres non \u00e9lucid\u00e9s, troublante co\u00efncidence qui le renvoyaient \u00e0 la mort de Jessica. Il ne connaissait pas cette jeune femme, mais il se sentait proche d\u2019elle. Elle avait \u00e0 peu pr\u00e8s l\u2019\u00e2ge que Charline aurait eu.<\/p><p>Hugo avait une id\u00e9e en t\u00eate. Il commen\u00e7a par se rendre chez son ami Alain Valfenjousse, bijoutier rue du blaire \u00e0 Clermont Ferrand. Il lui expliqua en deux mots le motif de sa visite, et lui pr\u00e9senta la petite pierre qu\u2019il avait trouv\u00e9 entre les galets, au bord du Gour. Les deux hommes s\u2019\u00e9taient rencontr\u00e9s lors d\u2019une enqu\u00eate d\u2019Hugo six ans auparavant, ils avaient sympathis\u00e9 pour finalement devenir amis. C\u2019est devant un caf\u00e9 qu\u2019Alain fit son expertise. Il chaussa des lunettes sp\u00e9ciales, avec une loupe fix\u00e9e en excroissance \u00e0 la place d\u2019un verre. Apr\u00e8s une poign\u00e9e de secondes d\u2019un examen attentif, il communiqua ses conclusions \u00e0 Hugo.<\/p><p>&#8211; Il s\u2019agit d\u2019une Aigue-marine. Cette pierre est l\u2019\u00e9clat d\u2019une plus grosse pi\u00e8ce qui a \u00e9t\u00e9 finement taill\u00e9e, puis poli, avec un proc\u00e9d\u00e9 aujourd\u2019hui disparut. Je dirais le premier quart du vingti\u00e8me si\u00e8cle. Je peux ajouter que la forme oblongue n\u2019est pas fr\u00e9quente, et que cette pierre \u00e0 \u00e9t\u00e9 sertie \u00e0 au moins deux reprises, dont une r\u00e9cemment. Puis-je te sugg\u00e9rer une id\u00e9e\u00a0? Va jeter un coup d\u2019\u0153il au Cr\u00e9dit Municipal de Clermont. Une l\u00e9gende urbaine parle d\u2019un sac de pierres pr\u00e9cieuses, qui aurait \u00e9t\u00e9 rachet\u00e9 il y a trente ou quarante ans par un Allemand. Il y avait toute une histoire autour de \u00e7a, qui parlait de tr\u00e9sor nazi ou autres \u00e9lucubrations de ce type. Je ne saurai t\u2019en dire plus.<\/p><p>Hugo poursuivi ses recherches par un passage \u00e0 l\u2019agence du Cr\u00e9dit municipal comme le lui avait sugg\u00e9r\u00e9 Alain. Les trois agents de ce service n\u2019avaient qu\u2019une vingtaine d\u2019ann\u00e9es, et n\u2019avaient aucune connaissance de cette l\u00e9gende urbaine. La responsable, une blonde \u00e0 peine plus \u00e2g\u00e9e maquill\u00e9e comme une voiture vol\u00e9e, lui proposa de l\u2019aider pour consulter les archives, pr\u00e9cisant qu\u2019elles n\u2019\u00e9taient informatis\u00e9es que depuis l\u2019an deux mille, soit assez r\u00e9cemment \u00e0 son grand d\u00e9sarroi. Il suivi la jeune femme qui se tr\u00e9moussait et se d\u00e9hanchait comme une mannequin sur un podium de pr\u00e9sentation de haute couture, le pr\u00e9c\u00e9dent dans un d\u00e9dalle de couloir et de salles poussi\u00e9reuses au possible. Elle conduisit Hugo dans un bureau borgne, cern\u00e9 par des \u00e9tag\u00e8res surcharg\u00e9es de cartons d\u2019archives et d\u2019objets antiques. Les boites \u00e9taient tamponn\u00e9es et class\u00e9es par ann\u00e9e. Une odeur \u00e2cre de moisi et de renferm\u00e9 flottait dans l\u2019air, les saisissants \u00e0 la gorge. Un ordinateur pr\u00e9historique tr\u00f4nait au milieu d\u2019une table nue, assortie \u00e0 une chaise qui n\u2019offrait aucune garantie pour supporter son poids. La jeune femme lui lan\u00e7a une \u0153illade aguichante, l\u00e8vres humides, son maintien \u00e9vocateur ne laissant planer aucune ombre \u00e0 la proposition muette qu\u2019elle formulait. Hugo la trouvait jolie mais vulgaire, il d\u00e9clina l\u2019offre tacite dans un sourire, \u00e9voquant la masse de travail qui l\u2019attendait, tout en rejetant la faute sur l\u2019absence d\u2019informatisation pour la p\u00e9riode qui l\u2019int\u00e9ressait. La jeune femme vex\u00e9e quitta la pi\u00e8ce en levant le menton, marquant son m\u00e9contentement en faisant claquer ses talons sur le sol, l\u2019abandonnant seul entre ces vieux objets et papiers jaunis. Hugo se lan\u00e7a dans une recherche qui lui semblait illusoire, \u00e0 des ann\u00e9es lumi\u00e8res de la mort de Jessica Fr\u00e9mont. Il passa trois heures \u00e0 exhumer des paperasses et des livrets d\u2019enregistrement et cessions d\u2019objets. Il surnageait dans les tr\u00e9fonds d\u2019une administration tatillonne, digne d\u2019une \u00c9gypte antique, ou la moindre broutille \u00e9tait consign\u00e9e. Au bout du compte, il retrouva la trace d\u2019un petit sac en toile de jute contenant des perles pour enfants, d\u00e9pos\u00e9 en 1946 par un homme dont l\u2019identit\u00e9 avait disparue avec le temps. L\u2019encre avait s\u00e9ch\u00e9e et s\u2019\u00e9tait dilu\u00e9e, ne restait plus qu\u2019un filet p\u00e2le laissant deviner l\u2019origine de ce sac. Une encre beaucoup plus r\u00e9cente et nette en indiquait l\u2019acqu\u00e9reur. Il avait \u00e9t\u00e9 revendu en mille neuf cent quatre-vingts huit \u00e0 un bijoutier de G\u00f6ttingen, Monsieur Gerhart M\u00fcller, pour la somme de quarante euros, tout \u00e0 fait d\u00e9risoire s\u2019il s\u2019agissait r\u00e9ellement d\u2019Aigue-Marine. Hugo quitta le Cr\u00e9dit Municipal, apercevant au loin la blonde aguicheuse qui l\u2019\u00e9vitait.<\/p><p>L&rsquo;intuition d\u2019Hugo se confortait, il ne pouvait s&#8217;emp\u00eacher de penser que sa s\u0153ur avait peut-\u00eatre \u00e9t\u00e9 t\u00e9moin de quelque chose li\u00e9 \u00e0 l&rsquo;aigle de l&rsquo;ombre. Quelque chose qu&rsquo;elle n&rsquo;aurait pas d\u00fb voir ou entendre. En tout cas son corps n&rsquo;ayant jamais \u00e9t\u00e9 retrouv\u00e9, il lui restait toujours une lueur d&rsquo;espoir qui brillait au fond du c\u0153ur. Les suppos\u00e9es Aigues-Marines revendues par le cr\u00e9dit municipal, et la pierre gisant dans le Gour \u00e9tablissaient pour lui un lien entre l&rsquo;enl\u00e8vement de Charline et le meurtre de Jessica.<\/p><p>Un autre point le tracassait.\u00a0 Il s\u2019agissait de l\u2019efforts que sa sup\u00e9rieure, la capitaine Justine Devaux, d\u00e9ployait pour l\u2019\u00e9vincer de cette enqu\u00eate. L&rsquo;ayant d\u00e9j\u00e0 analys\u00e9e comme intelligente mais opportuniste et carri\u00e9riste, il entrevoyait une intervention ext\u00e9rieure, soit politique, soit des hautes sph\u00e8res administratives pour enterrer l&rsquo;affaire. Il devrait creuser plus profond\u00e9ment dans cette direction, malgr\u00e9 les avertissements \u00e0 peine voil\u00e9s qui se dressaient devant lui. Les archives municipales d\u00e9partementales, et les journaux locaux le conduisirent \u00e0 l&rsquo;ancien si\u00e8ge de la kommandantur \u00e0 Clermont-Ferrand, ou rien n\u2019avait \u00e9t\u00e9 conserv\u00e9. Puis il se rendit vainement \u00e0 Volvic, o\u00f9 des grottes de captage avaient servi d&rsquo;aire de stockage \u00e0 la Wehrmacht. Ces investigations plus historiques que judiciaire, lui permirent n\u00e9anmoins d\u2019identifier un ancien repaire souterrain, oubli\u00e9 de tous, dissimuler dans les entrailles du Puy de la Nug\u00e8re.<\/p><p>Il f\u00eet un bref rep\u00e9rage en fin d\u2019apr\u00e8s-midi, le cr\u00e9puscule tombait recouvrant la for\u00eat d\u2019une brume opaque. Il ne pouvait attaquer cette exp\u00e9dition les mains dans les poches, il lui fallait du mat\u00e9riel.\u00a0 Il revint le soir m\u00eame vers vingt-trois heures. Comme les rapaces nocturnes qui peuplaient ces bois, il ne pouvait trouver le sommeil, il voulait avancer. En fait non, il le devait, il ne pouvait pas diff\u00e9rer son action, \u00e7a devenait un imp\u00e9ratif auquel il ne pouvait se soustraire. En tous cas, il n\u2019aurait pas pu fermer l\u2019\u0153il m\u00eame chaudement installer sous sa couette. Les t\u00e9n\u00e8bres \u00e9taient insondables, seul, il s\u2019enfon\u00e7ait sous les bois de pins qui se refermait sur lui. Le chemin \u00e9tait bord\u00e9 de buissons qui l\u2019accrochait au passage, voulant le garder prisonnier. Des rocher vicieux se d\u00e9robaient sous ses pieds, roulant sur un lit de cailloux qu\u2019il essayait de remonter, rendant sa progression chaotique. Eclair\u00e9 par le timide faisceau de sa lampe frontale, il peinait \u00e0 se frayer un chemin \u00e0 travers ce maquis agressif. Il transportait un lourd sac \u00e0 dos contenant des cordes et des outils divers, pelles, piolet, marteaux, pinces coupantes, enfin le mat\u00e9riel du parfait petit cambrioleur. Apr\u00e8s vingt minutes d\u2019une marche \u00e2pre, il finit par arriver \u00e0 l\u2019entr\u00e9e de la galerie, dissimul\u00e9e par un rideau de liane et de ronces enchev\u00eatr\u00e9es. Il arracha, coupa et fini par lib\u00e9rer l\u2019entr\u00e9e du goulot. Malgr\u00e9 une nuit glac\u00e9e, il \u00e9tait en nage, suant \u00e0 grosses gouttes. Il s&rsquo;engagea dans le boyau souterrain. Un cheminement exigu pour un homme de sa corpulence s&rsquo;ouvrait devant lui. Pli\u00e9 en deux, trainant son sac \u00e0 dos sur les fesses, il suiv\u00eet cette coursive digne d\u2019un sous-marin de poche sur une centaine de m\u00e8tres. Il se cognait la t\u00eate, s\u2019\u00e9corchait les mains et les genoux sur les arr\u00eates tranchantes des roches saillantes. Il interrompit son cheminement \u00e0 trois reprises pour d\u00e9blayer des \u00e9boulis de pierres de Volvic, vomit par les entrailles de l&rsquo;enfer, noires, anguleuses et coupante comme des lames de rasoir. Finalement, la galerie s&rsquo;\u00e9largit pour s&rsquo;ouvrir sur un monceau de gravats, masquant une porte en ch\u00eane inviol\u00e9e depuis des d\u00e9cennies. Apr\u00e8s une heure d&rsquo;effort a d\u00e9gag\u00e9 les pierres, tremp\u00e9 de sueur, il parvint \u00e0 ouvrir un passage d\u00e9voilant une caverne d&rsquo;une circonf\u00e9rence de vingt m\u00e8tre, haute de six.<\/p><p>Fouillant cet espace confin\u00e9 \u00e0 l\u2019atmosph\u00e8re vici\u00e9e et \u00e9touffante, empestant la moisissure, Hugo mit \u00e0 jour quelques indices fugaces diss\u00e9min\u00e9s sous la vo\u00fbte. Longeant les parois, il d\u00e9nicha des caisses en bois vermoulu, num\u00e9rot\u00e9es et estampill\u00e9es de croix gamm\u00e9es. Elles regorgeaient de vieux documents et livres de comptes, dont le papier jauni et craquel\u00e9 \u00e9tait pr\u00eat \u00e0 se d\u00e9sint\u00e9grer au moindre souffle. Au centre, sous le d\u00f4me tr\u00f4nait un autel monolithique de forme phallique. Son sommet \u00e9tait couronn\u00e9 par un aigle gigantesque, stylis\u00e9, en bronze, qui gardait les lieux ailes d\u00e9ploy\u00e9es. En face de l&rsquo;entr\u00e9e, au milieu du bloc, un \u00e9norme svastika \u00e9tait grav\u00e9, dor\u00e9 \u00e0 l\u2019or fin. Entre chaque branche, des aigles lithographi\u00e9s avaient les yeux ench\u00e2ss\u00e9s de billes oblongues d\u2019Aigues-Marines. Juste en dessous, dans un \u00e9crin taill\u00e9 dans la roche, Hugo d\u00e9couvr\u00eet trois chevali\u00e8res de l&rsquo;aigle de l\u2019ombre. Il les prit en photo, et les retira, les rangeant dans un sac en plastique. Des emplacements \u00e9vid\u00e9s \u00e9taient pr\u00e9vus pour en recevoir sept autres. Des symboles runiques \u00e9taient cisel\u00e9s en lignes serr\u00e9es, sur les flancs du monolithe. Il prit des clich\u00e9s de l\u2019ensemble de sa d\u00e9couverte.<\/p><p>Une br\u00e8ve \u00e9tude, bien que rendue difficile en raison de la fragilit\u00e9 des documents, lui permit de relever le nom de l&rsquo;Obers Hanz M\u00fcller, responsable des activit\u00e9s comptables consign\u00e9es dans les livres. Ce patronyme lui vint en r\u00e9sonnance avec celui qu\u2019il avait not\u00e9 l\u2019apr\u00e8s-midi m\u00eame au cr\u00e9dit municipal. N&rsquo;ayant pas l&rsquo;intention de r\u00e9it\u00e9rer son aventure en ces lieux, il prit des photos avec son portable de tous les documents qui ne s\u2019effritaient pas compl\u00e8tement au toucher, laissant les autres en petits tas poussi\u00e9reux \u00e0 m\u00eame le sol. Il les transf\u00e9ra imm\u00e9diatement sur son cloud. Il quitta les lieux au petit matin, retraversant les bois dans une lumi\u00e8re blafarde et translucide. Il regagna son appartement de service \u00e0 la caserne de Riom, o\u00f9 il prit quelques heures de repos, entre veille et cauchemars.<\/p><p>En fin de matin\u00e9e, apr\u00e8s un bref passage au bureau, il se rendit chez son ami Alain le bijoutier Clermontois. Bien que non sp\u00e9cialiste en la mati\u00e8re, Hugo estimait que la pierre trouv\u00e9e sur la sc\u00e8ne de crime \u00e9tait identique \u00e0 celles ornant les bagues qu\u2019il avait d\u00e9couvertes dans la grotte, ainsi que celles qu\u2019il avait d\u00e9solidaris\u00e9es des dessins d\u2019aigles entre les branches du svastika. Il en obtint confirmation aupr\u00e8s de son ami, tout en partageant un encas en terrasse du caf\u00e9 situ\u00e9 en face de son \u00e9choppe. Pour Hugo, ce n&rsquo;\u00e9tait pas le fruit d\u2019un simple hasard, mais le message involontaire de la providence, un appel silencieux du destin \u00e9mis lors du meurtre de Jessica. Il se donnait pour mission de briser la renaissance de cet ordre intol\u00e9rable. Il voulait \u00e9tablir la v\u00e9rit\u00e9 sur le meurtre de Jessica, et \u00e9craser l\u2019aigle de l&rsquo;ombre avant qu\u2019il ne renaisse de ses cendres, condamnant notre futur \u00e0 rejoindre le pass\u00e9, dans les ab\u00eemes glac\u00e9s d&rsquo;une dictature insondable. Le moment \u00e9tait venu de passer \u00e0 la vitesse sup\u00e9rieure. Apr\u00e8s une journ\u00e9e de recherches approfondies, il \u00e9tait convaincu que l&rsquo;organisation avait surv\u00e9cu, conservant des racines actives \u00e0 G\u00f6ttingen, et que la joaillerie M\u00fcller prosp\u00e9rait sous les traits de la descendance de l\u2019Obers M\u00fcller.<\/p><p>De retour au bureau pour faire le point sur l&rsquo;enqu\u00eate, Hugo d\u00fbt faire face aux injonctions pressantes de la capitaine Devaux, lui enjoignant de cesser son enqu\u00eate sur le champ. Apr\u00e8s une ultime question pour connaitre l\u2019origine de cet ordre, sans obtenir de r\u00e9ponse, il chois\u00eet de l&rsquo;ignorer. Il se renfrogna comme il savait si bien le faire quand il \u00e9tait contrari\u00e9, et s&rsquo;enferma dans un mutisme qui d\u00e9stabilisait ses antagonistes. Dans sa t\u00eate, il avait d\u00e9j\u00e0 d\u00e9cid\u00e9 de briser les cha\u00eenes qui le maintenaient g\u00e9ographiquement et hi\u00e9rarchiquement entrav\u00e9. Il ressentait le besoin imp\u00e9rieux de s&rsquo;affranchir des proc\u00e9dures \u00e9touffantes. Sa hi\u00e9rarchie pesait sur lui comme un fardeau insupportable dont il devait se lib\u00e9rer. Il voulait poursuivre son enqu\u00eate dans l&rsquo;ombre, et posa un cong\u00e9 \u00e0 l&rsquo;encontre de l&rsquo;avis de la capitaine Devaux. Il d\u00e9compta quinze jours sur ses droits annuels, et quitta le bureau sous le regard glacial mais inquiet de sa sup\u00e9rieure, qui n&rsquo;osa s&rsquo;y opposer.<\/p><p>Pestant, r\u00e2lant et rousp\u00e9tant contre ses chefs, il occupa les heures suivantes \u00e0 pr\u00e9parer sa valise. Il se mit en relation avec son vieil ami Frantz Wagner de la Kriminalpolizei de Berlin. Il lui expliqua son enqu\u00eate, la pression qu\u2019il subissait ainsi que son intention de la poursuivre co\u00fbte que co\u00fbte, bravant les interdits. Il d\u00e9veloppa longuement la l\u00e9gende de l&rsquo;aigle de l&rsquo;ombre, ainsi que les indices recueillis, permettant d&rsquo;\u00e9tablir la r\u00e9alit\u00e9 pr\u00e9sente de cet organisme occulte. Il lui f\u00eet part de son intention de se rendre en Allemagne. Frantz s\u2019engagea \u00e0 lui fournir toute l&rsquo;assistance qu&rsquo;il pourrait lui donner, et lui communiqua les coordonn\u00e9es d&rsquo;une personne susceptible de l&rsquo;aider \u00e0 G\u00f6ttingen, pr\u00e9cisant qu\u2019elle n\u2019\u00e9tait pas en odeur de saintet\u00e9 aupr\u00e8s des autorit\u00e9s allemandes. Ils se promirent de rester en contact.<\/p><p>CAPITRE\u00a0 5\u00a0: A G\u00f6ttingen.<\/p><p>Hugo avait choisi l&rsquo;ombre pour entrer en sc\u00e8ne \u00e0 G\u00f6ttingen, utilisant son propre v\u00e9hicule, une Ford Kuga grise d\u00e9pourvue de tout signes distinctifs. Il se glissait silencieusement dans les rues de la vieille ville endormie. Il avait roul\u00e9 toute la journ\u00e9e, avalant les kilom\u00e8tres monotone, coinc\u00e9 entre les glissi\u00e8res d\u2019une autoroute insipide, traversant les r\u00e9gions de Bourgogne et d\u2019Alsace sans s\u2019occuper des paysages, avant d\u2019entrer en Allemagne. Parvenu \u00e0 destination, il jeta son d\u00e9volu sur un h\u00f4tel du centre historique, le Der\u00a0Freigeist, r\u00e9unissant discr\u00e9tion et confort. Il d\u00e9posa ses bagages dans une chambre claire et spacieuse qu\u2019une charmante r\u00e9ceptionniste lui avait attribu\u00e9e. Il se d\u00e9barrassa du poids du voyage avec une douche r\u00e9g\u00e9n\u00e9ratrice, avant de s&rsquo;octroyer un copieux repas au gril de l&rsquo;\u00e9tablissement, arros\u00e9 d\u2019une botte de Franziskaner Kristall.<\/p><p>Sans perdre de temps, il contacta la personne que Frantz lui avait indiqu\u00e9e. Il s\u2019agissait d\u2019une journaliste dont l&rsquo;obsession pour l&rsquo;\u00e9nigme de l&rsquo;aigle de l&rsquo;ombre n\u2019\u00e9tait un myst\u00e8re pour personne. Selon les sources de Frantz Wagner, Anna Beckenbauer n&rsquo;avait pas \u00e9chapp\u00e9 \u00e0 la surveillance des autorit\u00e9s Allemandes, qui l&rsquo;avait catalogu\u00e9e comme adepte de la th\u00e9orie du complot, et ne portaient aucun cr\u00e9dit \u00e0 ses recherches. Au t\u00e9l\u00e9phone, la jeune femme qui lui r\u00e9pondit ne semblait pas franchement emball\u00e9e pour rencontrer un flic, Fran\u00e7ais d\u2019autant plus. Pour l\u2019app\u00e2ter, Hugo aborda succinctement la piste qu\u2019il avait d\u00e9terr\u00e9e sur l\u2019aigle de l\u2019ombre, notamment sur la bijouterie M\u00fcller.<\/p><p>Ils se donn\u00e8rent rendez-vous dans un endroit neutre mais anim\u00e9, au milieu d&rsquo;une foule qui ne pr\u00eaterait pas attention \u00e0 eux. Ils choisirent le bar de la gare. Apr\u00e8s une approche m\u00e9fiante, ils s&rsquo;\u00e9taient attabl\u00e9s \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur de la brasserie, sur un c\u00f4t\u00e9, derri\u00e8re la vitrine, face \u00e0 face. Anna assise sur la banquette murale, inspectait les clients qui entraient. Leurs premiers \u00e9changes furent marqu\u00e9s par une froideur glaciale et une d\u00e9fiance palpable. L&rsquo;argumentation solide d&rsquo;Hugo et son charisme, finirent par d\u00e9tendre l\u2019atmosph\u00e8re. Il convainquit Anna du bien-fond\u00e9 de leur collaboration. Ensemble, ils pourraient \u00e0 n&rsquo;en pas douter assembler les pi\u00e8ces du macabre puzzle afin de r\u00e9soudre le meurtre de Jessica Fr\u00e9mont, et peut-\u00eatre percer le myst\u00e8re entourant le destin de sa s\u0153ur Charline. Il annon\u00e7ait \u00e0 Anna que sa cible \u00e9tait la destruction de l&rsquo;aigle de l&rsquo;ombre. L&rsquo;annonce de la mort de Jessica percuta brutalement Anna. Elle encaissa le coup comme un boxer au bord du KO. Elle r\u00e9agit avec stupeur, puis avec chagrin, ses yeux s\u2019embuant de larmes. Les deux jeunes femmes s&rsquo;\u00e9taient rencontr\u00e9es dans le pass\u00e9, lors de projets journalistiques. Elles avaient tiss\u00e9 des liens \u00e9troits, passant des \u00e9changes professionnels \u00e0 une solide amiti\u00e9. Elles se confiaient l&rsquo;une \u00e0 l&rsquo;autre, sur leurs articles et enqu\u00eates en cours, ou sur leur rencontre masculine et histoire de c\u0153ur. L&rsquo;ambiance emprunte de m\u00e9fiance, se d\u00e9lia tout doucement. Ils commenc\u00e8rent \u00e0 partager leurs d\u00e9couvertes \u00e9parses. Sans signe pr\u00e9curseur, Anna commen\u00e7a \u00e0 s\u2019agiter. Elle fut prise d\u2019un va et vient rapide et syncop\u00e9 du buste, ses yeux roulaient dans leurs orbites, scrutant fr\u00e9n\u00e9tiquement la salle du bar et les quais. Son corps fut pris de frisson et secou\u00e9 par des tremblements incontr\u00f4l\u00e9s. Elle \u00e9tait saisie par une crise d&rsquo;angoisse parano\u00efaque, fr\u00f4lant l&rsquo;hyst\u00e9rie. Dans son d\u00e9lire elle \u00e9voquait la pr\u00e9sence d&rsquo;espions dans la foule, la surveillant pour l&rsquo;\u00e9liminer comme ils avaient fait avec Jessica.<\/p><p>Hugo fit montre d&rsquo;une grande patience. Sa force tranquille et ses paroles apaisantes la rassur\u00e8rent et eurent raison de son malaise. Il parvint \u00e0 la calmer avec beaucoup d&rsquo;attention et de douceur. Finalement, il lui proposa de la reconduire chez elle \u00e0 bord de sa voiture. Apr\u00e8s une br\u00e8ve h\u00e9sitation, la jeune femme qui avait repris ses esprits, lui communiqua son adresse \u00e0 Rosdorf, petite banlieue au sud de G\u00f6ttingen.<\/p><p>Hugo ouvrit la porti\u00e8re avant droite de sa Kuga, invitant galamment Anna \u00e0 s&rsquo;installer sur le si\u00e8ge. Il fit le tour du v\u00e9hicule et vint s&rsquo;asseoir \u00e0 c\u00f4t\u00e9 d&rsquo;elle. Il la regardait fugacement, craignant qu&rsquo;elle ne refasse une crise. Il d\u00e9marra son v\u00e9hicule apr\u00e8s avoir r\u00e9gl\u00e9 son GPS \u00e0 l&rsquo;adresse indiqu\u00e9e, et prit la route. Anna gardait une position fig\u00e9e et distante, restant mutique, fixant la route droit devant elle. Ils emprunt\u00e8rent le boulevard int\u00e9rieur pour se rendre \u00e0 Rosdorf. C&rsquo;\u00e9tait une soir\u00e9e d&rsquo;automne, froide et humide. Un crachin l\u00e9ger nimbait de son aur\u00e9ole blafarde le bec lumineux des lampadaires. Les rues \u00e9taient d\u00e9sertes. Seuls des phares trouaient sporadiquement les t\u00e9n\u00e8bres, se refl\u00e9tant sur l&rsquo;asphalte d\u00e9tremp\u00e9. Hugo remarqua la pr\u00e9sence d&rsquo;une Audi A3 blanche dans son r\u00e9troviseur. Elle lui avait discr\u00e8tement embo\u00eet\u00e9 la roue, lorsqu\u2019ils p\u00e9n\u00e9traient sur l&rsquo;avenue, restant \u00e0 une distance respectable. Apr\u00e8s trois changements de direction intempestifs, et autant de feux rouges grill\u00e9s, il n&rsquo;eut plus aucun doute. Ils \u00e9taient suivis. En Allemagne, en France comme ailleurs, il savait comment semer un importun. Il acc\u00e9l\u00e9ra brusquement avant de virer \u00e0 droite violemment dans une courbe, enclenchant la marche arri\u00e8re dans un hurlement de pignons martyris\u00e9s. Apr\u00e8s une reculade fulgurante, il immobilisa son v\u00e9hicule dans une impasse, le nez en avant, face \u00e0 la route, et coupa ses codes. La man\u0153uvre brutale d\u00e9sorienta les poursuivants, qui pass\u00e8rent devant eux sans les voir, lui offrant l&rsquo;opportunit\u00e9 de relever l&rsquo;immatriculation.<\/p><p>Ils rest\u00e8rent une quinzaine de minutes dans une immobilit\u00e9 totale, bravant les t\u00e9n\u00e8bres d&rsquo;un enfer urbain d\u00e9sertique, balay\u00e9 uniquement par le faisceau \u00e9ph\u00e9m\u00e8re des phares circulant dans la rue. Sans \u00e9changer une parole, ils reprirent la route, empruntant des itin\u00e9raires d\u00e9tourn\u00e9s et improbables pour rejoindre la r\u00e9sidence d&rsquo;Anna.<\/p><p>Ils n&rsquo;\u00e9taient plus suivis et arriv\u00e8rent vite et sans surprise chez elle. R\u00e9primant un sanglot, elle r\u00e9alisait doucement la gal\u00e8re dans laquelle elle \u00e9tait embarqu\u00e9es, bien malgr\u00e9 elle.\u00a0 Elle proposa spontan\u00e9ment \u00e0 Hugo de la raccompagner chez elle. Anna avait une pointe de peur au fond du c\u0153ur, mais se sentait en s\u00e9curit\u00e9 avec ce colosse sortie de nulle part. Elle voulait aussi faire le point sur la situation qui lui \u00e9tait tomb\u00e9e dessus. La mort de Jessica, et cette filature rocambolesque l&rsquo;avait perturb\u00e9e. Elle \u00e9tait convaincue qu&rsquo;elle avait un r\u00f4le \u00e0 jouer dans cette histoire. Le calme d&rsquo;Hugo \u00e9tait contagieux, une certaine s\u00e9r\u00e9nit\u00e9 commen\u00e7ait \u00e0 les envelopper comme un v\u00e9lum protecteur. Elle proposa un verre d&rsquo;apfel schnaps \u00e0 son invit\u00e9, en prit un elle-m\u00eame pour se d\u00e9tendre et retrouvez calme et lucidit\u00e9. En clair, elle avait besoin d&rsquo;un petit remontant. Apr\u00e8s avoir apais\u00e9 ses craintes et chass\u00e9 la panique de son esprit, elle proposa \u00e0 Hugo de reprendre leurs recherches d\u00e8s le lendemain matin. Dans sa t\u00eate germait un point d&rsquo;honneur \u00e0 reprendre le flambeau, comme une athl\u00e8te aurait assurer le relais d&rsquo;une flamme olympique. Jessica \u00e9tait son amie, et elle lui devait bien \u00e7a. Leur objectif commun \u00e9tait de partager les informations qu&rsquo;ils d\u00e9tenaient individuellement, d&rsquo;en faire une synth\u00e8se et de d\u00e9terminer les pistes \u00e0 explorer. Avant de rejoindre Hugo, Anna devait se rendre \u00e0 la Deutsche Bundesbank pour r\u00e9cup\u00e9rer des documents d\u00e9pos\u00e9s par Jessica. Celle-ci lui avait confi\u00e9 la cl\u00e9 d&rsquo;un coffre, \u00e0 n&rsquo;ouvrir qu&rsquo;au cas o\u00f9 elle dispara\u00eetrait. Anna en avait ri et avait chambr\u00e9 son amie, ne jugeant pas la gravit\u00e9 de cette affaire au m\u00eame niveau qu&rsquo;elle. Chacune avait ses propres informations en vue d&rsquo;un article conjoint. Elle proposa \u00e0 Hugo de le retrouver le lendemain matin \u00e0 dix heures, dans la salle informatique de la biblioth\u00e8que d&rsquo;\u00e9tat et universitaire de Basse-Saxe place D.G\u00f6tinger \u00e0 G\u00f6ttingen.<\/p><p>Chapitre 6 : Anna BECKENBAUER.<\/p><p>Anna Beckenbauer \u00e9tait le fruit de l&rsquo;union improbable d&rsquo;un footballeur allemand et d&rsquo;une militaire fran\u00e7aise en poste dans ce pays. Bilingue de naissance, elle avait suivi un cursus ordinaire avant de s&rsquo;orienter vers les lettres classiques. A l\u2019universit\u00e9 elle avait entrem\u00eal\u00e9 ses deux cultures pour obtenir des ma\u00eetrises conjointes Franco-Allemandes, la destinant \u00e0 une profession dans l\u2019enseignement. Puis elle avait radicalement bifurqu\u00e9 pour aller se fourvoyer dans les affres du journalisme d&rsquo;investigation, mettant en avant le c\u00f4t\u00e9 aventureux et rigoureux de sa m\u00e8re. Elle n&rsquo;avait pas n\u00e9glig\u00e9 pour autant d\u2019entretenir le c\u00f4t\u00e9 sportif qu\u2019elle tenait de son p\u00e8re, pratiquant des sports collectifs comme le football ou le handball, et des sports de combat tels que le krav maga, faisant sien le dicton\u00a0: \u00ab un esprit sain dans un corps sain\u00a0\u00bb.<\/p><p>Jeune journaliste de vingt-neuf ans, elle arpentait d\u00e9sormais les ruelles sordides de la r\u00e9alit\u00e9 dans un univers de supers m\u00e9chants. Une v\u00e9ritable mercenaire des mots, au service du journal Der Spiegel, tout en surfant sur les lignes de ses articles d&rsquo;enqu\u00eates en free-lance, qu&rsquo;elle vendait au plus g\u00e9n\u00e9reux.<\/p><p>Son esprit finement cisel\u00e9, en ad\u00e9quation avec son physique, se r\u00e9v\u00e9lait au travers d\u2019articles incendiaires, des manifestes de la r\u00e9volte qui r\u00e9veillaient la col\u00e8re sournoise des autorit\u00e9s, l&rsquo;accusant d&rsquo;\u00eatre l&rsquo;instigatrice d&rsquo;un anarchisme r\u00e9volutionnaire et conspirationniste.<\/p><p>Ses longs cheveux blonds ondul\u00e9s, lui tombaient sur les \u00e9paules en une cascade d&rsquo;or, encadrant l\u2019ovale parfait d\u2019un visage aux traits doux. Ses yeux clairs aux nuances insaisissables variaient entre le bleu azur du ciel, au vert fonc\u00e9 d\u2019un oc\u00e9an en col\u00e8re. Ils renfermaient l&rsquo;\u00e9nigme d&rsquo;un monde insondable, fluctuant au fil de ses humeurs. Elle faisait penser \u00e0 une valkyrie des temps moderne, ou \u00e0 une amazone, affichant une d\u00e9termination implacable. La finesse de ses traits \u00e9voquait une madone de Botticelli. Elanc\u00e9e, un m\u00e8tre soixante-dix d&rsquo;\u00e9l\u00e9gance sculpturale, elle \u00e9voquait l\u2019\u00e9vanescence d&rsquo;une na\u00efade. Ses d\u00e9placements \u00e9taient empreints de la d\u00e9marche souple et volontaire d\u2019une panth\u00e8re. Une petite poitrine haut perch\u00e9e, des abdominaux bien dessin\u00e9s, des hanches arrondies, de longues jambes fusel\u00e9es et muscl\u00e9es caract\u00e9risaient en elle l\u2019incarnation d\u2019Hathor, d\u00e9esse \u00e9gyptienne de l\u2019amour de la beaut\u00e9 et de la musique.<\/p><p>D&rsquo;une nature intr\u00e9pide, elle flirtait parfois dangereusement avec les ab\u00eemes de la d\u00e9pression, au regard de la cruaut\u00e9 du monde. Elle se reprenait toujours au bord du pr\u00e9cipice, tel un Ph\u00e9nix renaissant de ses cendres, s\u2019envolant dans un nouvel essor. Depuis sa sortie de facult\u00e9, elle avait \u00e9lu domicile dans le Land de basse Saxe, laissant sa prose s&rsquo;\u00e9panouir sous les cieux d&rsquo;une r\u00e9gion qu&rsquo;elle appr\u00e9ciait. Ses parents, s\u00e9par\u00e9s depuis de nombreuses ann\u00e9es, \u00e9taient d\u00e9c\u00e9d\u00e9s, l\u2019abandonnant sans fr\u00e8re ni s\u0153ur auquel se rattacher, la lib\u00e9rant de toutes attaches g\u00e9ographiques. Elle avait tr\u00e8s peu d&rsquo;amis, il se comptait sur les doigts d&rsquo;une main, car sa pens\u00e9e incisive et ses opinions tranch\u00e9es l&rsquo;isolait comme une paria. En fait elle n&rsquo;avait que deux amis sinc\u00e8res. Jessica Fr\u00e9mont, journaliste ind\u00e9pendante avec qui elle partageait tout, sa s\u0153ur de c\u0153ur, et Kurt Hermann son r\u00e9dacteur en chef, la cinquantaine bien frapp\u00e9e, il la respectait en tant que femme et journaliste. Elle le consid\u00e9rait un peu comme un p\u00e8re de substitution, car il \u00e9tait toujours pr\u00e9sent, et se montrait sinc\u00e8re et g\u00e9n\u00e9reux. Elle pr\u00e9f\u00e9rait le contact avec les \u00e2mes simples et sinc\u00e8res, rejetant toute concession. Pour elle la manifestation de la v\u00e9rit\u00e9 ne supportait aucun compromis.<\/p><p>Elle avait bien eu des aventures, mais n&rsquo;avait jamais rencontr\u00e9 d&rsquo;homme fait pour elle. Elle savait qu&rsquo;elle \u00e9tait jolie, qu&rsquo;elle attirait les regards, mais que ses rencontres \u00e9taient g\u00e9n\u00e9ralement sans lendemain. Les femmes la d\u00e9testaient sur fond de jalousie esth\u00e9tique, les hommes n&rsquo;avaient qu&rsquo;une id\u00e9e en t\u00eate. Jeune, elle se sentait remplie de fiert\u00e9 par sa plastique avantageuse, autant en \u00e9tait-elle d\u00e9rang\u00e9e aujourd&rsquo;hui. Elle vivait seule dans un petit appartement coquet, situ\u00e9 au premier \u00e9tage d\u2019un petit immeuble r\u00e9sidentiel, dans les beaux quartiers de Rosdorf, banlieue populaire au sud-ouest de G\u00f6ttingen. Elle ne poss\u00e9dait pas de voiture, pr\u00e9f\u00e9rant les transports en commun. Elle s\u2019habillait plus pratique que coquette, pr\u00e9f\u00e9rant les jeans et sweatshirt, mais ne d\u00e9daignait pas de temps \u00e0 autre afficher sa f\u00e9minit\u00e9. Elle poss\u00e9dait une ou deux tenues habill\u00e9es qu\u2019elle portait pour les occasions. Sans \u00eatre riche elle vivait confortablement.<\/p><p>Chapitre 7\u00a0: La biblioth\u00e8que universitaire.<\/p><p>Avant de rejoindre Hugo \u00e0 la biblioth\u00e8que, Anna devait s&rsquo;acquitter de la promesse faite \u00e0 Jessica. Elle utilisa les transports en commun, tr\u00e8s op\u00e9rationnel dans la r\u00e9gion de Basse-Saxe, pour se rendre dans les locaux de la Deutsche Bundesbank, implant\u00e9s \u00e0 trois p\u00e2t\u00e9s de maisons de son rendez-vous avec le gendarme. Elle proc\u00e9da aux quelques d\u00e9marches administratives de rigueur, simples et banales, aupr\u00e8s d&rsquo;une pr\u00e9pos\u00e9e anonyme, maquill\u00e9e comme une voiture vol\u00e9e. Elle sollicita l&rsquo;acc\u00e8s du coffre num\u00e9rot\u00e9 3269, lou\u00e9 par Jessica. L&#8217;employ\u00e9e v\u00e9rifia scrupuleusement son identit\u00e9, tournant et retournant entre ses doigts experts sa carte d\u2019identit\u00e9. Puis, tr\u00e8s inspir\u00e9e, elle contr\u00f4la dans les m\u00e9andres informatiques de l\u2019agence, la validit\u00e9 de la procuration enregistr\u00e9e au nom d\u2019Anna. Rassur\u00e9e, elle accepta sa requ\u00eate. Elle l\u2019informa n\u00e9anmoins, qu&rsquo;un pr\u00e9alable inhabituel devait \u00eatre ex\u00e9cut\u00e9 avant de lib\u00e9rer l&rsquo;ouverture du coffre. Elle devait transmettre un courriel pr\u00e9cis, cod\u00e9 et crypt\u00e9 \u00e0 une centrale fiduciaire de redistribution au Luxembourg. Il s&rsquo;agissait d\u2019une condition expresse et incontournable formul\u00e9e par Jessica Fr\u00e9mont, titulaire du compte. Anna, surprise, l&rsquo;interrogea sur cette d\u00e9marche, ni conventionnelle ni habituelle. Elle n&rsquo;obtint qu&rsquo;une r\u00e9ponse \u00e9vasive. L\u2019agente se retrancha frileusement derri\u00e8re la complexit\u00e9 des proc\u00e9dures bancaires tortueuses, opposant \u00e0 son interlocutrice, comme un \u00e9tendard, le bouclier inviolable du devoir de confidentialit\u00e9. Elles emprunt\u00e8rent un escalier en ciment brut, impersonnel et froid. Elle conduisit Anna dans un sous-sol b\u00e9tonn\u00e9 comme un bunker, la trace des banches de coffrage encore visibles. Elles marchaient sur une \u00e9paisse moquette verte, dans laquelle elles s&rsquo;enfon\u00e7aient jusqu&rsquo;aux chevilles. Une rang\u00e9e de n\u00e9ons fix\u00e9s au plafond, jalonnait leur itin\u00e9raire \u00e0 travers un couloir court, crachant une lumi\u00e8re artificielle, agressive. Au bout de la coursive, elles se heurt\u00e8rent \u00e0 une \u00e9norme porte blind\u00e9e en m\u00e9tal lisse comme un miroir, ne pr\u00e9sentant aucune poign\u00e9e ni asp\u00e9rit\u00e9. La banqui\u00e8re approcha son visage d&rsquo;un bo\u00eetier, situ\u00e9 \u00e0 sa hauteur, \u00e0 droite de la porte. Un l\u00e9ger bourdonnement troua le silence, et un rayon laser lui balaya le visage au niveau des yeux. En m\u00eame temps, elle appliqua sa main droite, doigts \u00e9cart\u00e9s, sur le sommet plat d&rsquo;une petite colonne, provoquant les m\u00eames r\u00e9actions, bourdonnement et balayage laser. Un bruit fort et sec, d&rsquo;\u00e9lectro-aimants qui se d\u00e9clenchent, ponctu\u00e9 par un bruit de succion se firent entendre. La porte blind\u00e9e pivota sur elle-m\u00eame, ouvrant l\u2019acc\u00e8s \u00e0 un sas, spartiatement meubl\u00e9 d\u2019une table et d\u2019une chaise fix\u00e9es au sol. L&#8217;employ\u00e9e fit entrer Anna dans la pi\u00e8ce, avant d&rsquo;ouvrir une seconde porte, utilisant un clavier digital pour composer un code. Elle s&rsquo;ouvrit en silence sur une pi\u00e8ce borgne, couverte de coffres plus ou moins importants, sur les quatre faces. La banqui\u00e8re invita Anna \u00e0 introduire sa cl\u00e9 dans la serrure gauche du caisson 3269, elle-m\u00eame entra sa propre contre cl\u00e9 dans la serrure de droite. Elle d\u00e9signa \u00e0 Anna le champignon rouge fix\u00e9 \u00e0 gauche de l\u2019entr\u00e9e, lui pr\u00e9cisant qu&rsquo;elle pourrait l&rsquo;appeler en appuyant sur ce bouton quand elle en aurait fini. Elle se retira discr\u00e8tement \u00e0 pas feutr\u00e9s, comme une ombre, surprenant la jeune femme par le chuintement de la porte qui se refermaient derri\u00e8re elle. Anna eut un pincement au c\u0153ur, son imaginaire la gardait captive dans ce caveau. Elle ne se laissa pas glisser dans les affres de la peur. Elle d\u00e9gagea le tiroir de sa caverne obscure, et en examina le contenu en s&rsquo;installant sur la table du sas. Fouillant la pani\u00e8re, la journaliste d\u00e9couvrit\u00a0: un Bristol manuscrit \u00e0 l&rsquo;encre bleue\u00a0; une cl\u00e9 USB\u00a0bleue ; une chevali\u00e8re noire orn\u00e9e d&rsquo;un aigle\u00a0; un pistolet SIG Sauer P226 charg\u00e9, accompagn\u00e9 par deux chargeurs graill\u00e9s. Inqui\u00e8te et intrigu\u00e9e, elle \u00e9tait heureuse d&rsquo;avoir quelqu&rsquo;un pour partager cette d\u00e9couverte. Elle rangea l&rsquo;arme et ses deux chargeurs au fond de son sac \u00e0 main, La cl\u00e9 USB et la bague dans son porte-monnaie, et le Bristol rejoint sa poche. Elle rappela la banqui\u00e8re qui visiblement attendait derri\u00e8re la porte, et se h\u00e2ta de quitter l&rsquo;\u00e9tablissement. Elle rejoint Hugo quinze minutes plus tard sur le parvis de la biblioth\u00e8que, ses d\u00e9couvertes enfouies au fond de son sac \u00e0 main. Sac \u00e0 main de grand-m\u00e8re comme aurait dit Jessica.<\/p><p>Hugo et Anna plongeaient dans les abysses de la biblioth\u00e8que universitaire de G\u00f6ttingen, o\u00f9 une atmosph\u00e8re aust\u00e8re impr\u00e9gnait les murs blancs et bleu ciel. Une femme entre deux \u00e2ges tr\u00f4nait au centre de l\u2019accueil lumineux, dissimul\u00e9e derri\u00e8re une tour informatique g\u00e9ante et un \u00e9cran plat d\u00e9mesur\u00e9. Seul son chignon de cheveux gris, haut perch\u00e9 sur le sommet du cr\u00e2ne, pointait par-dessus cet assemblage. Telle la vigie pos\u00e9e sur le pont d\u2019un brise-glace, elle d\u00e9tecta leur arriv\u00e9e. Elle leva la t\u00eate, les regardant de ces petits yeux vifs par-dessus ses lunettes. Elle portait des demi-lunes, chausser en \u00e9quilibre sur la pointe du nez, lui donnant l\u2019air de Minerva Mac Gonagall, professeur de m\u00e9tamorphose \u00e0 l&rsquo;\u00e9cole de Poudlard. La femme reconnue Anna au premier coup d&rsquo;\u0153il, car elle venait fr\u00e9quemment explorer les richesses insondables contenues dans les entrailles de ce temple. Un sourire, un bref \u00e9change qu\u2019Hugo ne comprit pas, et la jeune femme l&rsquo;entra\u00eena au pas de charge vers la salle informatique. Ils suivirent un d\u00e9dale de pi\u00e8ces obscures, justes \u00e9clair\u00e9es par des lampes de banquier vertes, pos\u00e9es sur les tables. Leurs faisceaux projetaient des lueurs crayeuses sur les visages p\u00e2les des gar\u00e7ons et des filles en mal d&rsquo;inspiration. Les \u00e9tag\u00e8res qui les cernaient, croulaient sous des monceaux de tomes anciens et de revues oubli\u00e9es. Une odeur \u00e2cre de poussi\u00e8re et de vieux papier, flottait dans les all\u00e9es.<\/p><p>Ils arriv\u00e8rent dans un hall immense sans fen\u00eatre, illumin\u00e9e par un \u00e9clairage indirect et tamis\u00e9. Les murs gris absorbaient la lumi\u00e8re. Au centre de la salle, trois rang\u00e9es de longues tables parall\u00e8les surfaient sur trente m\u00e8tres entre les murs. Ce sanctuaire abritait une myriade d\u2019ordinateurs connect\u00e9s \u00e0 ses autels pa\u00efens par des c\u00e2bles, semblant les tenir en laisse. Au fond, adoss\u00e9 contre le mur, une \u00e9norme imprimante si\u00e9geait, tel un p\u00e8re franciscain, s\u00e9v\u00e8re, surveillant ses \u00e9l\u00e8ves. Ils choisirent le poste le plus \u00e9loign\u00e9 pour s\u2019installer, non loin de la porte des sanitaires, le plus loin possible de la poign\u00e9 d\u2019autres occupants.<\/p><p>Anna posa devant eux leur maigre butin. Une cl\u00e9 USB bleue, classique, de soixante-huit Giga octets, et une chevali\u00e8re en or Rhodi\u00e9, agr\u00e9ment\u00e9e d\u2019un aigle en platine, extraites de son porte-monnaie. Curieusement, l\u2019\u0153il \u00e9tait tristement vide. Anna s\u2019appr\u00eatait \u00e0 sortir le SIG Sauer de son sac pour le poser sur la table. Hugo la retint de justesse en lui posant la main sur le bras, avant qu\u2019il n\u2019\u00e9merge compl\u00e8tement. Il lui fit chut du bout des l\u00e8vres. Elle r\u00e9alisa ce qu\u2019elle allait faire, et rejeta l\u2019arme au fond du sac en bl\u00eamissant. Il lui dit dans un souffle\u00a0: \u00ab\u00a0<em>On verra \u00e7a plus tard<\/em>.\u00a0\u00bb Elle extirpa le bristol de sa poche et le posa aussi sur la table. Le texte \u00e9tait r\u00e9dig\u00e9 en Allemand, d\u2019une \u00e9criture fluide et d\u00e9li\u00e9e en bleu cobalt. Jessica le lu, l\u2019arme \u00e0 l\u2019\u0153il. Hugo lui laissa le temps de dig\u00e9rer, et lui demanda gentiment de traduire. Elle s\u2019ex\u00e9cuta, en reniflant l\u00e9g\u00e8rement. \u00ab <em>Si tu lis ces quelques lignes, c\u2019est que je ne serais plus de ce monde. Nous avons commenc\u00e9 cette enqu\u00eate ensemble, et je te charge du lourd fardeau de poursuivre nos investigations, si tu t&rsquo;en sens le courage. Pour ne pas te mettre en danger, je ne t\u2019avais pas tout dit. l&rsquo;arme dans le coffre est destin\u00e9e \u00e0 te prot\u00e9ger, car nous avons affaire \u00e0 de sordides crapules qui ne reculent devant rien. La cl\u00e9 contient les \u00e9l\u00e9ments concernant l&rsquo;organisation de l&rsquo;aigle de l&rsquo;ombre, ainsi que ses principaux protagonistes \u00e0 travers le monde. Je ne voulais t\u2019en parler qu\u2019\u00e0 la fin pour ne pas te mettre en p\u00e9ril. Je veux que tu saches que j&rsquo;ai pris mes dispositions pour arroser les m\u00e9dias et les gouvernements de la plan\u00e8te enti\u00e8re, en leur fournissant, soit les \u00e9l\u00e9ments de preuve, soit o\u00f9 les chercher. Bien \u00e0 toi ma ch\u00e8re amie et courage. Je t&#8217;embrasse. Jess.<\/em>\u00a0\u00bb<\/p><p>Anna et Hugo, partageaient la certitude que Jessica avait \u00e9t\u00e9 assassin\u00e9e au regard des informations cruciales, enregistr\u00e9es sur la cl\u00e9. Quant \u00e0 la bague, elle recelait un lourd secret qui d\u00e9passait toutes logiques. L&rsquo;\u0153il manquant avait un rapport \u00e9vident avec la perle d\u00e9couverte sur les lieux du meurtre de Jessica. Pourquoi ce joyau \u00e9tait-il d\u00e9solidaris\u00e9 de la chevali\u00e8re\u00a0? Pourquoi s&rsquo;\u00e9tait-il retrouv\u00e9 entre les galets du Gour\u00a0? Autant de questions, qui restaient pour l\u2019heure sans r\u00e9ponse.<\/p><p>Captiv\u00e9s par leurs recherches, plong\u00e9s dans l&rsquo;exploitation des fichiers contenus dans la cl\u00e9, ils ne pr\u00eat\u00e8rent pas attention \u00e0 la pr\u00e9sence indiscr\u00e8te d&rsquo;une myst\u00e9rieuse jeune femme, assise presque en face d&rsquo;eux, masqu\u00e9e par un ordinateur de la premi\u00e8re rang\u00e9e de tables. V\u00eatue d&rsquo;un imperm\u00e9able mastique, et coiff\u00e9e d&rsquo;un chapeau mou dont les rebords recouvraient ses yeux, elle les \u00e9piait depuis une bonne dizaine de minutes. Elle d\u00e9laissait le mat\u00e9riel informatique devant elle, mais prenait discr\u00e8tement des photos avec son t\u00e9l\u00e9phone portable. La jeune femme, engonc\u00e9e dans un r\u00f4le d&rsquo;espionne caricaturale, semblait mal \u00e0 l&rsquo;aise. Elle avait \u00e9t\u00e9 contrainte d\u2019endosser ce r\u00f4le d&rsquo;espionne, pour surveiller leurs faits et gestes. Ses doigts glissaient sur la vitre de son t\u00e9l\u00e9phone mobile, transmettant des photos et des messages crypt\u00e9s \u00e0 son contact au sein de l&rsquo;aigle de l&rsquo;ombre. Celui-ci donnait ses ordres en retour.<\/p><p>Pendant ce temps, Hugo et Anna exhumaient des informations terrifiantes, concernant une antique soci\u00e9t\u00e9 secr\u00e8te, \u00e9voquant de scabreux myst\u00e8res \u00e9sot\u00e9riques. D&rsquo;anciens textes r\u00e9v\u00e9laient des rituels obscurs, des symboles cach\u00e9s, des jeux de pierres pr\u00e9cieuses, notamment avec des aigues-marines. Les contours demeuraient flous et obscurs, masqu\u00e9s par des m\u00e9taphores douteuses. Ils avaient besoin de plus de temps pour d\u00e9chiffrer les indices dissimul\u00e9s dans ces trames. Cependant un nom revenait en boucle : M\u00fcller \u00e0 G\u00f6ttingen. Les pr\u00e9noms se succ\u00e9daient, semblant suivre une frise g\u00e9n\u00e9alogique ininterrompue. On pouvait y d\u00e9celer une dynastie machiav\u00e9lique, qui \u00e9mergeait bri\u00e8vement dans l&rsquo;histoire du temps, pour frapper un grand coup, puis se refondait aussi vite dans l&rsquo;anonymat.<\/p><p>Tout bascula lorsque l&rsquo;image sur l&rsquo;\u00e9cran de l&rsquo;ordinateur se brisa en une mosa\u00efque de lignes hach\u00e9es, z\u00e9br\u00e9es, virant au noir, pour se reformer dans un l\u00e9ger cadre gris\u00e9. En m\u00eame temps, leurs t\u00e9l\u00e9phones se mirent \u00e0 vibrer simultan\u00e9ment et s\u2019\u00e9teignirent. Anna comprit qu&rsquo;ils \u00e9taient victimes d&rsquo;une attaque informatique, et le lui dit. Ils savaient que pour ce type de piratage, l&rsquo;op\u00e9rateur se trouvait dans un faible p\u00e9rim\u00e8tre. L&rsquo;inqui\u00e9tude fondit sur eux comme la mis\u00e8re sur le pauvre monde. Leurs regards se crois\u00e8rent. C&rsquo;est \u00e0 ce moment tr\u00e8s pr\u00e9cis, qu&rsquo;ils prirent conscience de la pr\u00e9sence d\u2019une jeune femme qui les observait, t\u00e9l\u00e9phone en main. L&rsquo;inconnue, percevant leur d\u00e9sarroi, comprit qu&rsquo;elle avait \u00e9t\u00e9 rep\u00e9r\u00e9e, et s&rsquo;enfuit en courant. Hugo lui embo\u00eeta le pas \u00e0 grandes enjamb\u00e9es, bousculant quelques chaises et \u00e9tudiants au passage. Elle le sema dans le labyrinthe obscur des salles qui se succ\u00e9daient et se ressemblaient. Alors qu&rsquo;il d\u00e9bouchait, essouffl\u00e9, sous la coupole du grand hall, sous le regard courrouc\u00e9 de la vigie qui le fusillait des yeux, il r\u00e9alisa que l\u2019inconnue lui avait \u00e9chapp\u00e9. Il l&rsquo;aper\u00e7ut du coin de l&rsquo;\u0153il, au loin sur le parking, au volant d&rsquo;une Audi A 3 blanche quittant les lieux dans un crissement de pneus infernal. Il reconnut le v\u00e9hicule qui les avait fil\u00e9s la veille. Il rebroussa chemin, et fini par retrouver Anna dans la salle informatique. Choqu\u00e9s mais d\u00e9termin\u00e9s, ils se replong\u00e8rent dans leurs recherches num\u00e9riques.<\/p><p>Les \u00e9l\u00e9ments collect\u00e9s, convergeaient en direction de la joaillerie M\u00fcller, bijouterie historiquement li\u00e9e \u00e0 la Waffen SS, tr\u00e8s engag\u00e9e dans le Parti national D\u00e9mocrate (NPD) mouvance n\u00e9o-nazi d\u2019extr\u00eame droite. Beaucoup d&rsquo;\u00e9crits, aucune preuve, jamais de poursuite judiciaire, malgr\u00e9 trois tentatives d\u2019interdiction au cours des dix derni\u00e8res ann\u00e9es, aupr\u00e8s de la cour constitutionnelle Allemande. Un spectre mal\u00e9fique et naus\u00e9abond \u00e9manait de cette soci\u00e9t\u00e9, mais n&rsquo;avait jamais abouti \u00e0 une sanction quelconque. Le second volet de leur enqu\u00eate, portait sur la cl\u00e9 USB de Jessica. Un premier jet d&rsquo;articles avait \u00e9t\u00e9 r\u00e9dig\u00e9 par elle, d\u00e9non\u00e7ant une dizaine d&rsquo;intrigants dispatch\u00e9s \u00e0 travers le monde, composant la t\u00eate de l&rsquo;aigle. Plus forte que la pieuvre de \u2019Ndrangheta, ou de la Cosa Nostra, une toile d&rsquo;araign\u00e9e mondiale \u00ab\u00a0l&rsquo;aigle de l&rsquo;ombre\u00a0\u00bb, avait rejoint la l\u00e9gende au Gour de Tazenat.<\/p><p>Chapitre\u00a08\u00a0: L\u2019article de Jessica.<\/p><p>\u00ab\u00a0<em>Ma ch\u00e8re Anna, je te livre ma premi\u00e8re composition de l\u2019article que je pensais r\u00e9diger avec toi. J\u2019y ai jet\u00e9 mes id\u00e9es en vrac sans mise en forme particuli\u00e8re. Nous nous sommes attaqu\u00e9es \u00e0 une structure gargantuesque qui ne recule devant rien, ni enl\u00e8vements, ni meurtres, ni tortures. Si tu es en possession de cette cl\u00e9, o\u00f9 je confie mes conclusions, c\u2019est que je ne serais plus l\u00e0 pour te les donner de vive voix. Voil\u00e0 l\u2019histoire comme je la per\u00e7ois\u00a0:<\/em><\/p><p><em>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 \u00ab La chute du troisi\u00e8me Reich n&rsquo;\u00e9tait qu\u2019une illusion, la fin d&rsquo;un acte. L\u2019impl\u00e9mentation d&rsquo;une \u00e8re nouvelle, dont les acteurs criminels avaient la m\u00eame soif de pouvoir, se dessinait. Le terme de la seconde guerre avait provoqu\u00e9 l&rsquo;\u00e9mergence d&rsquo;un nouvel ordre mondial, partageant la plan\u00e8te entre un occident capitaliste et un orient communiste. La disparition d&rsquo;Hitler et de ses sbires avait ouvert la place \u00e0 une mar\u00e9e d\u2019ogres vindicatifs et voraces. Une banni\u00e8re \u00e9toil\u00e9e recouvrait une partie du monde, se disputant avec l\u2019autre moiti\u00e9 qui se d\u00e9battait sous les coups d\u2019une faucille et d\u2019un marteau. Dans l\u2019euphorie de la victoire, se dissimulait, tapis dans les t\u00e9n\u00e8bres, l\u2019av\u00e8nement d&rsquo;une organisation encore plus avide, ayant la volont\u00e9 d\u2019exploiter les guerres intestines des vainqueurs, pour installer un nouveau dictat \u00e0 son profit. Des cendres encore fumantes du troisi\u00e8me Reich, renaissait le quatri\u00e8me, tel un Ph\u00e9nix sombre, grignotant petit \u00e0 petit le joug mondial des conqu\u00e9rants, bousculant l&rsquo;ordre \u00e9tabli, snobant les communistes et les capitalistes, tout en \u00e9crasant les mouvements alternatifs sous la semelle de ses bottes. La conclusion de cette p\u00e9riode historique, peut \u00eatre repr\u00e9sent\u00e9e par une toile r\u00e9alis\u00e9e par un ma\u00eetre de l&rsquo;obscurit\u00e9, une \u0153uvre ou les teintes sombres, offrent un contour flou, laissant penser au jugement dernier de Hieronymus Bosch. Lorsque le rideau de fer s\u2019est \u00e9croul\u00e9 sur l\u2019opacit\u00e9 d\u2019un bolch\u00e9visme r\u00e9trograde, lorsque le mur de Berlin s\u2019est d\u00e9sagr\u00e9g\u00e9, prenant \u00e0 t\u00e9moin le violoncelliste Rostropovitch, le monde a reconnu le triomphe des d\u00e9mocraties occidentales. Une victoire de la libert\u00e9 sur l&rsquo;oppression. Mais comme dit le po\u00e8te, l&rsquo;enfer est pav\u00e9 de bonnes intentions.<\/em><\/p><p><em>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Dans les t\u00e9n\u00e8bres, tel un charognard mal\u00e9fique, une nouvelle forme dictatorial plan\u00e9taire prenait silencieusement son essor, pr\u00eate \u00e0 renverser l&rsquo;ordre \u00e9tabli. Le quatri\u00e8me Reich, force occulte, souterraine, ombre impitoyable, ignorait les nuances entre les deux blocs. Il avalait tout sur son passage. Fossoyeur et successeur des guerres froides, il provoquait l&rsquo;\u00e9mergence d&rsquo;un capitalisme sauvage, brutal, destin\u00e9 \u00e0 enrichir une \u00e9lite non \u00e9lue, coopt\u00e9e par ses pairs, qui de facto barrait le destin d\u2019un monde asservi. Construit sur un mode f\u00e9odal, il s\u2019\u00e9tait dot\u00e9 d&rsquo;un chef autoproclam\u00e9, de vassaux, ins\u00e9r\u00e9s \u00e0 des postes cl\u00e9s, de seigneurs puissants, d\u2019hommes de main et d\u2019esclaves. L&rsquo;ensemble fonctionnait sous un r\u00e9gime de terreur et de contraintes, ou la vie humaine, animale et \u00e9cologique n&rsquo;avait qu\u2019une importance relative, servant uniquement des int\u00e9r\u00eats.<\/em><\/p><p><em>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Cette m\u00e9tamorphose avait donn\u00e9 le jour \u00e0 un monde terne, o\u00f9 la corruption, le pillage, le meurtre et le profit \u00e9tait devenus la norme. Une vague d&rsquo;attentats avait sem\u00e9 la terreur en occident, nourrie par les flammes d\u2019extr\u00e9mistes religieux soufflant sur les braises de la haine, provoquant des guerres entre peuples. Elle avait motiv\u00e9 des mouvements migratoires sans pr\u00e9c\u00e9dent et provoqu\u00e9 une inflation exponentielle. Elle fit grimper en fl\u00e8che le prix du baril de p\u00e9trole, et amplifia les discours utopiques d\u2019\u00e9cologistes sectaires, concentr\u00e9s sur une seule r\u00e9alit\u00e9, ignorant le monde r\u00e9el des vivants.<\/em><\/p><p><em>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Les \u00e9l\u00e9ments naturels eux-m\u00eames s&rsquo;\u00e9tait soulev\u00e9s, bafou\u00e9s par des choix libertaires suicidaires, d\u00e9fiant toute logique. La recherche exclusive du profit avait pignon sur rue, motivant la r\u00e9bellion de la plan\u00e8te. Celle-ci se rebiffait au travers de catastrophes naturelles fr\u00e9quentes, dont l&rsquo;ampleur n&rsquo;avait jamais \u00e9t\u00e9 atteinte. Inondations ici, s\u00e9cheresse l\u00e0, tremblement de terre, famine, mont\u00e9e des oc\u00e9ans, et modifications climatiques. La terre avait d\u00e9j\u00e0 connu cinq grandes extinctions massives, la derni\u00e8re datant du cr\u00e9tac\u00e9. La prochaine, la sixi\u00e8me, \u00e9tait peut-\u00eatre d\u00e9j\u00e0 en route, provoqu\u00e9e par des cr\u00e9tins friqu\u00e9s.<\/em><\/p><p><em>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Le monde \u00e9tait d\u00e9stabilis\u00e9, la survie \u00e9tait devenue l&rsquo;objectif. Seule la s\u00e9dition, le crime et les groupes mafieux prosp\u00e9raient dans cette dystopie. L&rsquo;identit\u00e9 du chef d&rsquo;orchestre de cette organisation fantomatique n&rsquo;est qu&rsquo;un sobriquet, l&rsquo;aigle de l&rsquo;ombre. Malgr\u00e9 d\u2019intenses recherches, il reste pour moi une \u00e9nigme persistante, si ce n\u2019est qu\u2019il \u0153uvre \u00e0 partir de Berlin. Je suis cependant en mesure de r\u00e9v\u00e9ler les r\u00f4les et l\u2019implications de neufs aigles, \u00e0 travers le monde, car leur envergure se d\u00e9ploie sur les cinq continents, en y rajoutant l&rsquo;Inde, la p\u00e9ninsule arabique, l&rsquo;Am\u00e9rique du Sud et la Russie.<\/em><\/p><p><em>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Permettez-moi de vous pr\u00e9senter ces figures obscures, qui fa\u00e7onnent notre destin en s&rsquo;enrichissant sur notre dos. Ils mettent des strat\u00e9gies en \u0153uvre, bouleversant notre quotidien. Ils man\u0153uvrent les responsables politiques ayant obtenu nos suffrages, mandat\u00e9s pour prot\u00e9ger nos int\u00e9r\u00eats, lorsqu&rsquo;ils n&rsquo;ont pas eux-m\u00eames cette charge. Chantages, extorsions, voies de faits, meurtres, font partie de la panoplie qu&rsquo;ils utilisent au quotidien.<\/em><\/p><p><em>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Au c\u0153ur de l\u2019Europe, madame Ursula Von Raguel, transfuge de l\u2019ex RDA, \u00e9pouse de M\u00fcller Gerhart, tisse sa toile de pouvoir entre G\u00f6ttingen et La Haye au pays bas, o\u00f9 elle exerce la fonction de premi\u00e8re secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9rale de la banque communautaire Europ\u00e9enne. Elle semble \u00eatre tr\u00e8s proche de l\u2019aigle de l\u2019ombre, mais les liens les unissant sont t\u00e9nus et fortement dissimul\u00e9s.\u00a0 Je poursuis, sans ordre de hi\u00e9rarchisation, car je mets toute ces personnes sur un pieds d\u2019\u00e9galit\u00e9. Il y a Monsieur Lee Xi Pong, conseill\u00e9 particulier du pr\u00e9sident chinois XI Jinping. Il tient le r\u00f4le d\u2019ambassadeur, repr\u00e9sentant le peuple chinois aupr\u00e8s de la cour internationale fiduciaire \u00e0 Londres. Outre atlantique, nous avons \u00e0 faire \u00e0 Bethany Lowel-Troump, ni\u00e8ce et vraisemblablement ma\u00eetresse de l\u2019ancien pr\u00e9sident des \u00e9tats unis. Elle occupe le poste fictif, mais combien important, et grassement r\u00e9mun\u00e9r\u00e9, de haut-commissaire charg\u00e9e d\u2019endiguer la pauvret\u00e9 et la malnutrition aux \u00e9tats unis. Le continent Africain est repr\u00e9sent\u00e9 par Monsieur Oswald Scho\u00e9man. Ancien colonel des brigades arm\u00e9es de l\u2019apartheid. Il a r\u00e9ussi \u00e0 se faire \u00e9lire gouverneur du Mpumalanga, ayant ainsi rang de chef d\u2019\u00e9tat. Il repr\u00e9sente l\u2019Afrique aupr\u00e8s de l\u2019UNESCO. Ses liens avec l\u2019aigle sont ind\u00e9niables, et ponctu\u00e9s de revirements spectaculaires sur la sc\u00e8ne internationale. En Oc\u00e9anie, plus discr\u00e8te, Madame Ang\u00e9lina Spoone, fille d\u2019un bushman et d\u2019une aborig\u00e8ne, r\u00e8gne d\u2019une main de fer sur un empire de trafic en tout genre, et de prostitutions. Sans en conna\u00eetre la raison, l\u2019aile protectrice de l\u2019aigle s\u2019\u00e9tend sur elle, \u00e9cartant toute concurrence. En fouillant plus profond\u00e9ment dans les entrailles de la b\u00eate, nous d\u00e9couvrons des dirigeant occultes de m\u00eame rang.<\/em><\/p><p><em>En Am\u00e9rique du Sud, Pedro V\u00e9lasquez-Duart\u00e9, fils d\u2019un g\u00e9n\u00e9ral g\u00e9nocidaire Argentin, g\u00e8re les relations avec Isra\u00ebl, sur les spoliations juives datant de la derni\u00e8re guerre, tout en g\u00e9rant le cas des expatri\u00e9s nazis soup\u00e7onn\u00e9s de crime de guerre. En Inde, Madame Indrani Paevati, g\u00e8re des fonctions identiques, par le biais de son ONG depuis Kolkata (Calcutta). Nasser El Kharzaou\u00ef, huiti\u00e8me fils du roi Farouk \u00e9mir d\u2019Arabie Saoudite, tient le m\u00eame rang. Son poste de coordinateur du consortium arabe des pays du golfe, aupr\u00e8s de l\u2019OPEP, lui permet d\u2019imprimer son empreinte sur la distribution de p\u00e9trole dans le monde. Pour finir, Vlad Igor Pouchkine, pr\u00e9sident de la conf\u00e9d\u00e9ration Russe, imprime sa volont\u00e9 d\u2019une main ferme, sur un territoire plus grand qu\u2019un continent. Il g\u00e8re une dictature autocratique et une mafia, en v\u00e9ritable maestro. Le positionnement de cet homme oscille entre vassal ou \u00e9gal de l\u2019aigle. En tous cas les deux hommes ne se marchent pas sur les pieds<\/em>.<\/p><p><em>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Ma ch\u00e8re Anna, voil\u00e0 les quelques lignes que je m\u2019\u00e9tais engag\u00e9 \u00e0 livrer avec toi. Tu trouveras des \u00e9l\u00e9ments de preuve dans les pi\u00e8ces annexes, photos, fichiers audios, connexions internet.<\/em><\/p><p><em>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Je pense qu\u2019en passant \u00e0 la banque, tu as compris que j\u2019avais pris des mesures pour rendre public mes accusations. Le mail qui a \u00e9t\u00e9 envoy\u00e9 devant toi, avant l\u2019ouverture du coffre, va \u00eatre diffus\u00e9 par un organisme au Luxembourg, aux autorit\u00e9s comp\u00e9tentes des pays du monde entier, dans un d\u00e9lai de quarante-huit heures. Les rouages de l\u2019aigle de l\u2019ombre sont bien huil\u00e9s, et j\u2019esp\u00e8re \u00eatre le grain de sable qui fera d\u00e9railler cette machine infernale. Tu lis mon testament. C\u2019est mon ultime combat pour rendre le monde \u00e0 son humanit\u00e9. Restez vigilant, la lutte ne fait que commencer.<\/em> \u00bb<\/p><p>Anna avait les yeux brillants en finissant sa lecture. Une application de traduction avait permis \u00e0 Hugo de lire le texte. Ils le lurent et relurent \u00e0 outrance, jusqu\u2019\u00e0 ce qu\u2019il soit grav\u00e9 sur leur r\u00e9tine et imprim\u00e9 dans leurs cerveaux. Tous deux \u00e9taient abasourdis, et ne voyaient pas par quel biais exploiter ses informations. Ils savaient qu\u2019ils avaient quarante-huit petites heures devant eux avant que la temp\u00eate ne se d\u00e9cha\u00eene. Ils quitt\u00e8rent la biblioth\u00e8que, et mont\u00e8rent dans la voiture d\u2019Hugo, la t\u00eate perdue dans leurs pens\u00e9es.<\/p><p>Chapitre 9\u00a0: Les secrets de Danuta.<\/p><p>Hugo et Anna rest\u00e8rent ensemble tout le reste de la journ\u00e9e, captiv\u00e9s et intrigu\u00e9s, parlant de leur d\u00e9couverte. La bague et la cl\u00e9, rang\u00e9es dans le porte-monnaie d\u2019Anna, bien au chaud au fond de son sac tenaient compagnie aux pistolet et chargeurs. Neuf personnalit\u00e9s recouvraient les cinq continents d\u2019un voile opaque, occupant des postes strat\u00e9giques dans les sph\u00e8res politico-\u00e9conomiques. Apr\u00e8s avoir quitt\u00e9 la biblioth\u00e8que en fin d\u2019apr\u00e8s-midi, sous le regard s\u00e9v\u00e8re de la vigie, ils s\u2019\u00e9taient r\u00e9fugi\u00e9s dans la brasserie Kartog\u00fcsther, implant\u00e9e dans une ruelle \u00e9troite et pi\u00e9tonne du centre-ville. Anna consid\u00e9rait un peu les lieux comme son quartier g\u00e9n\u00e9ral. Elle y venait souvent avec Jessica, pour partager leurs informations, et r\u00e9diger des articles communs. Ils commen\u00e7aient \u00e0 se d\u00e9tendre dans un coin cocooning de l\u2019\u00e9tablissement. Ils s\u2019\u00e9taient isol\u00e9s dans un angle \u00e9loign\u00e9, se faisant face, assis sur des banquettes en cuir rouge soulign\u00e9es par une armature en cuivre dor\u00e9. Leurs visages \u00e9taient justes \u00e9clair\u00e9s par un luminaire bas, en laiton et abat-jours rouges, plongeant \u00e0 vingt centim\u00e8tres au-dessus de leurs t\u00eates. Ils se penchaient par-dessus la table pour partager leurs impressions, donnant une ambiance intimiste et conspiratrice. Ils grignotaient des Kn\u00f6del accompagn\u00e9s de Br\u00f6tchen, les faisant descendre avec une pinte de G\u00f6ttingen Pilsener. Leur discussion, chuchot\u00e9e mais anim\u00e9e, fut interrompue par le tintement de la messagerie du t\u00e9l\u00e9phone d\u2019Anna. L\u2019exp\u00e9diteur n\u2019\u00e9tait pas r\u00e9pertori\u00e9 et le num\u00e9ro \u00e9tait masqu\u00e9. Le message anonyme, plut\u00f4t laconique, \u00e9tait r\u00e9dig\u00e9 en Allemand. Il \u00e9tait troublant et totalement inattendu.\u00a0 \u00ab\u00a0<em>Charline, la s\u0153ur de ton compagnon est toujours vivante. Pour en savoir plus, rendez-vous ce soir \u00e0 minuit sous les arcades du ch\u00e2teau m\u00e9di\u00e9val de Fachwerk, dans la vieille ville.\u00a0<\/em>\u00bb Anna traduisit \u00e0 Hugo la teneur du SMS. Une avalanche de nouvelles questions venait les bousculer. Qui d\u00e9tenait des informations sur la s\u0153ur d\u2019Hugo\u00a0? Qui pouvait \u00eatre inform\u00e9 de leur relation toute r\u00e9cente, mais d\u00e9j\u00e0 si anim\u00e9e\u00a0? Comment cet inconnu avait-il obtenu le num\u00e9ro priv\u00e9 d\u2019Anna\u00a0? Ami ou ennemi\u00a0? Le myst\u00e8re s\u2019\u00e9paississait, les enveloppant d\u2019une ombre sournoise et oppressante sans aucune lueur pour les guider. Ils se sentaient largu\u00e9s et menac\u00e9s.<\/p><p>Hugo contacta son vieil ami Frantz Wagner. Il d\u00e9tailla la situation, ne cachant aucun d\u00e9tail, et d\u00e9fendit aupr\u00e8s de son ami le fait qu\u2019Anna n&rsquo;\u00e9tait pas la conspiratrice d\u00e9cri\u00e9e par les autorit\u00e9s Germaniques. Il lui raconta la d\u00e9couverte du support informatique, et de la bague, r\u00e9cup\u00e9r\u00e9es par Anna dans le coffre de la banque. Il lui communiqua par courriel, les fichiers contenus dans la cl\u00e9 posthume de Jessica. Il insista sur les cons\u00e9quences potentiellement salvatrices, mais toutes aussi destructrices, que ces r\u00e9v\u00e9lations engendreraient quand elles exploseraient \u00e0 la face du monde. Des t\u00eates tomberaient. Elles en entra\u00eeneraient d&rsquo;autres dans leurs chutes, dans un torrent imp\u00e9tueux, nettoyant les scories de l&rsquo;humanit\u00e9. Certaines s&rsquo;en r\u00e9chapperaient s\u00fbrement. Elle se r\u00e9g\u00e9n\u00e9rerait sous d\u2019autres formes, pour r\u00e9appara\u00eetre dans des n\u00e9buleuses encore plus sordides. Il donna \u00e0 son ami l&rsquo;immatriculation de l&rsquo;Audi A3 qui les avait suivis. Frantz proc\u00e9da sur-le-champ \u00e0 son identification. Le v\u00e9hicule \u00e9tait enregistr\u00e9 au nom d&rsquo;une simple holding berlinoise : la \u00ab\u00a0Jonas Schneider onderneming.\u00a0\u00bb<\/p><p>Frantz proposa \u00e0 Hugo de lancer des investigations sur cette soci\u00e9t\u00e9, ainsi que sur la joaillerie M\u00fcller, celle-ci revenant comme un leitmotiv dans le compte rendu de son ami. Il lui sugg\u00e9ra \u00e9galement de recenser les disparitions et meurtres inexpliqu\u00e9s \u00e0 G\u00f6ttingen, en Basse-Saxe, et plus largement dans toute la r\u00e9gion situ\u00e9e entre Bonne et Berlin, de 1945 \u00e0 nos jours. Hugo insista, et lui fit promettre d&rsquo;agir en toute discr\u00e9tion, soulignant que l&rsquo;ennemi pouvait se tapir dans n&rsquo;importe quelle sph\u00e8re, qu&rsquo;elle soit politique, administrative, ou polici\u00e8re.<\/p><p>Hugo savait que c&rsquo;\u00e9tait le moment de fouiller de nouvelles pistes, malgr\u00e9 les dangers qui transpiraient en filigrane. Il sentait sa s\u0153ur plus proche que jamais, mais il ne parvenait pas \u00e0 relier les pointill\u00e9s entre le meurtre de Jessica, et l&rsquo;enl\u00e8vement de Charline. Les kidnappings inexpliqu\u00e9s en France et en Allemagne, ainsi que les meurtres non \u00e9lucid\u00e9s, formaient un tableau sombre, telle une \u0153uvre monochrome de Vasarely, sous l&rsquo;ombre d&rsquo;un aigle planant les ailes d\u00e9ploy\u00e9es, les serres agressives ac\u00e9r\u00e9es.<\/p><p>Le duo d\u00e9cida de se pr\u00e9senter en avance au rendez-vous, subodorant un pi\u00e8ge. Anna qui n&rsquo;avait aucune exp\u00e9rience des armes, confia le SIG SAUER charg\u00e9 \u00e0 son compagnon, qui l\u2019ins\u00e9ra dans sa ceinture dans le dos, bien dissimul\u00e9 par son blouson. Arriv\u00e9e sur le parvis du ch\u00e2teau de <em>Fachwerk<\/em>, il se s\u00e9par\u00e8rent et se dissimul\u00e8rent sous les ombres propices des portes coch\u00e8res, chacun \u00e0 une extr\u00e9mit\u00e9 de la rue des arcades. Leur portable en poche, ils l\u2019utilisaient en mode conf\u00e9rence, un \u00e9couteur viss\u00e9 \u00e0 l&rsquo;oreille. Le clair de lune jouait entre les arches et les piliers, cr\u00e9ant une myriade de fant\u00f4mes translucides, leur titillant les nerfs. Ils attendaient, cach\u00e9s dans l&rsquo;obscurit\u00e9, ressentant la morsure du froid nocturne comme des griffes glac\u00e9es leur lac\u00e9rant la peau. Aucun bruit, aucun souffle, aucun mouvement, hormis celui des spectres qui tournaient autour d\u2019eux, les invitants pour une danse macabre.<\/p><p>Une heure qu\u2019ils attendaient, \u00e0 contempler ces ectoplasmes fuyants qui leur tenaient compagnie, lorsque le clocher de l\u2019\u00e9glise voisine, martela les douze coups de minuit. Le ronronnement calme d\u2019un v\u00e9hicule qui se garait, se fit entendre dans la rue perpendiculaire faisant face aux arcades. Un nouveau fant\u00f4me \u00e9mergea de cette rue. Il flottait dans l\u2019obscurit\u00e9, drap\u00e9 dans un manteau trop grand, col relev\u00e9, un chapeau bas lui couvrait le haut du visage. L\u2019ombre se fondit dans celle encore plus sombre d\u2019un pilier, absorb\u00e9e par les t\u00e9n\u00e8bres. Ils laiss\u00e8rent s\u2019\u00e9couler un bref laps de temps afin de s\u2019assurer que la furtive apparition \u00e9tait bien seule. Ils l\u2019abord\u00e8rent chacun d\u2019un c\u00f4t\u00e9, la prenant en tenaille, lui coupant toute vell\u00e9it\u00e9 de fuite. Par prudence, Hugo gardait la main dans le dos, pos\u00e9e sur la crosse du pistolet, sans l\u2019exhiber. Leur surprise f\u00fbt \u00e9norme, lorsqu\u2019ils d\u00e9couvrirent que leur contact n\u2019\u00e9tait autre que l\u2019espionne de la biblioth\u00e8que.<\/p><p>La jeune femme s&rsquo;exprimait en allemand. Anna traduisait au fil de son monologue. \u00ab J<em>e m&rsquo;appelle Danuta. Je suis captive d\u2019une association de malfaiteurs. Votre enqu\u00eate d\u00e9range les membres de cette organisation secr\u00e8te, mais je n&rsquo;ai pas le temps de vous en parler plus. Ils m&rsquo;ont implant\u00e9e une puce GPS, munie d&rsquo;un d\u00e9tonateur au niveau de la nuque. Nous sommes tous en danger. Je prends un risque mortel en vous contactant. Hier, sur ordre, j&rsquo;ai \u00e9t\u00e9 contrainte de pirater vos t\u00e9l\u00e9phones. Ils ont vos contacts et peuvent vous localiser. Ils ont la possibilit\u00e9 maintenant de tracer vos messages et vos mails. D\u00e9barrassez-vous-en.\u00a0 J\u2019ai pu r\u00e9cup\u00e9rer un vieux t\u00e9l\u00e9phone jetable, contenant uniquement le num\u00e9ro d\u2019un de mes t\u00e9l\u00e9phones intra\u00e7ables. N\u2019utilisez cet appareil qu\u2019en cas d\u2019urgence, ou si vos vies sont menac\u00e9es. Je suis sous surveillance constante. J\u2019ai \u00e9galement tent\u00e9 de scanner l\u2019ordinateur que vous utilisiez \u00e0 la biblioth\u00e8que, mais un bug \u00e0 plant\u00e9 ma manipulation et rien n\u2019a pu \u00eatre transf\u00e9r\u00e9 sur l\u2019ordinateur de mon ma\u00eetre. D\u00e8s que vous m\u2019avez rep\u00e9r\u00e9e, je me suis enfuie et j\u2019ai regagn\u00e9 ma base qui se trouve dans les combles de la bijouterie M\u00fcller. Il m\u2019a d\u2019ailleurs violemment battue lorsque je suis rentr\u00e9e sans avoir ce qu\u2019il voulait<\/em>\u00a0\u00bb.<\/p><p>Puis, se tournant vers Hugo, le regardant droit dans les yeux, elle lui remit une vieille photo pli\u00e9e en deux, jaunie et frip\u00e9e. Elle repr\u00e9sentait un groupe de jeunes gens. Il reconnaissait ce clich\u00e9. Il avait \u00e9t\u00e9 pris au bord du cours de Tazenat lorsqu&rsquo;il \u00e9tait jeune adulte. Sa s\u0153ur Charline ainsi que deux autres copains, Arthur et Ethan, posaient avec lui. Il se souvenait parfaitement du jour o\u00f9 il avait \u00e9t\u00e9 pris, c&rsquo;\u00e9tait quinze jours avant la disparition de Charline. Le photographe qui n&rsquo;apparaissait pas, \u00e9tait Gabin, amoureux transis mais \u00e9conduit par sa s\u0153ur. Au dos, des coordonn\u00e9es g\u00e9ographiques \u00e9taient dactylographi\u00e9es, accompagn\u00e9es du message suivant en fran\u00e7ais\u00a0:\u00a0\u00ab\u00a0<em>Votre s\u0153ur est en vie, mais elle est en grand danger depuis que vous remuez cette affaire. Suivez ces coordonn\u00e9es GPS, vous trouverez l\u00e0-bas les r\u00e9ponses que vous cherchez. Soyez prudent car vous \u00eates surveill\u00e9s<\/em>\u00a0\u00bb. Danuta s\u2019approcha et lui chuchota en Fran\u00e7ais \u00e0 l&rsquo;oreille.\u00a0\u00ab <em>Ta s\u0153ur est vivante. Suit ces indications. Je dois partir vite maintenant, avant d&rsquo;\u00eatre d\u00e9couverte\u00a0<\/em>\u00bb. Sans plus d&rsquo;explication, elle s&rsquo;\u00e9loigna d&rsquo;un pas rapide, semblant flotter dans l\u2019air, se diluant dans la p\u00e9nombre. Hugo et Anna interloqu\u00e9 et boulevers\u00e9 par cette r\u00e9v\u00e9lation, la laiss\u00e8rent filer sans r\u00e9agir. Ils \u00e9taient fig\u00e9s, mur\u00e9s dans leurs pens\u00e9es, ou s\u2019entrechoquaient des milliers de questions. Ils sortirent de leur torpeur en entendant le moteur d\u2019une voiture d\u00e9marrer, rompant le silence, et s&rsquo;\u00e9loignant dans un ronflement decrescendo, emportant leur myst\u00e9rieuse interlocutrice. Ils avaient un petit d\u00e9but de r\u00e9ponse, mais l\u2019\u00e9nigme surnageait dans un oc\u00e9an de t\u00e9n\u00e8bres insondables, polluant leurs esprits d\u2019interrogations envahissantes. Enfin, au moins une piste tangible avait fait surface pour retrouver la s\u0153ur d&rsquo;Hugo. Ils n&rsquo;allaient pas l\u00e2cher maintenant.<\/p><p>Chapitre 10\u00a0: Le chalet des secrets<\/p><p>Hugo et Anna \u00e9chang\u00e8rent un regard empreint de perplexit\u00e9 apr\u00e8s le d\u00e9part furtif de Danuta. Ils se retrouvaient d\u00e9sormais confront\u00e9s \u00e0 un dilemme : Devaient ils suivre les coordonn\u00e9es inscrites au dos de la photo, et rejoindre ce chalet isol\u00e9, sans savoir o\u00f9 ils mettaient les pieds. L&rsquo;objectif avou\u00e9 \u00e9tant d&rsquo;obtenir les r\u00e9ponses concernant la disparition de Charline. Ou bien, devaient ils explorer davantage la piste de l\u2019organisation, \u00e9voqu\u00e9e par Danuta, dans le but de d\u00e9masquer le meurtrier de Jessica\u00a0? En tout cas les deux pistes conduisaient immanquablement \u00e0 l&rsquo;aigle de l&rsquo;ombre, dont il n&rsquo;avait fait qu&rsquo;effleurer les contours \u00e9vanescents.<\/p><p>Apr\u00e8s un bref conciliabule, ils d\u00e9cid\u00e8rent de se s\u00e9parer pour la nuit, chacun regagnant son logis. Ils convinrent de se retrouver chez Anna d\u00e8s huit heures le lendemain matin. Ils se laissaient la nuit pour r\u00e9fl\u00e9chir individuellement sur la priorit\u00e9 qu&rsquo;ils souhaitaient donner \u00e0 leur enqu\u00eate. Ils ne feraient part de leurs d\u00e9cisions, m\u00fbrement r\u00e9fl\u00e9chies, qu\u2019\u00e0 ce moment-l\u00e0. Soit, ils continueraient ensemble, soit, ils mettraient fin \u00e0 leur collaboration et poursuivraient chacun de son c\u00f4t\u00e9. Se faisant face, ils se fixaient en se serrant la main pour se dire bonsoir. Leurs regards complices disaient tout autre chose. Ils comprirent que le destin ne les avait pas r\u00e9unis par hasard. Ils semblaient li\u00e9s par une compl\u00e9mentarit\u00e9 \u00e9vidente et une harmonie myst\u00e9rieuse. Hugo h\u00e9la un taxi en maraude. Il ouvrit la porti\u00e8re arri\u00e8re pour qu\u2019elle s\u2019installe, et regarda les feux rouges s\u2019enfoncer dans la nuit, avant de prendre le chemin de son h\u00f4tel qu\u2019il rejoint \u00e0 pied.<\/p><p>Le lendemain \u00e0 huit heures pr\u00e9cises, Hugo sonnait \u00e0 la porte d&rsquo;Anna \u00e0 Rosdorf. La jeune femme lui ouvrit pr\u00eate \u00e0 affronter une journ\u00e9e qui s\u2019annon\u00e7ait longue. Les traits de son visage trahissaient le manque de sommeil, mais un maquillage astucieusement appliqu\u00e9, masquait habilement cette fatigue, faisant illusion. Hugo par ras\u00e9, mais douch\u00e9 de frais et chang\u00e9, avait une mine de papier m\u00e2ch\u00e9, repr\u00e9sentation fid\u00e8le de ses nuits blanches d\u2019enqu\u00eateur insomniaque chronique.<\/p><p>D&rsquo;une m\u00eame voix, ils d\u00e9cid\u00e8rent de suivre les coordonn\u00e9es inscrites au dos de la photo. Le d\u00e9sir de retrouver la s\u0153ur d&rsquo;Hugo l&#8217;emportait sur toute autre consid\u00e9ration. Ils avaient conscience que cette mission comportait des risques, mais Charline \u00e9tait vivante, donc il y avait urgence. Jessica \u00e9tait morte et ils avaient le temps pour remonter cette piste, d\u2019autant plus qu\u2019ils n\u2019avaient pas vraiment d\u2019\u00e9l\u00e9ments concrets pour cela. Ils choisirent d&rsquo;\u00e9couter la mise en garde de Danuta au sujet de leurs t\u00e9l\u00e9phones, ils les abandonn\u00e8rent dans l&rsquo;appartement, apr\u00e8s les avoir \u00e9teints et retir\u00e9s les carte SIM. Anna alla dissimuler la bague et la cl\u00e9 USB dans une cache qu\u2019elle avait am\u00e9nag\u00e9e dans la salle de bains. En tous cas, elle avait effectu\u00e9 une sauvegarde des fichiers sur son cloud, et Hugo en avait transmis une copie \u00e0 Frantz.<\/p><p>Hugo r\u00e9cup\u00e9ra les chargeurs que la jeune femme avait conserv\u00e9s dans son sac \u00e0 main. Il les glissa avec le SIG-SAUER dans un petit sac \u00e0 dos noir, de type Quechua, qu&rsquo;il tra\u00eenait partout. Avant de quitter Rosdorf il s\u2019arr\u00eat\u00e8rent \u00e0 la boutique Vodafone pour s&rsquo;\u00e9quiper de nouveaux t\u00e9l\u00e9phones non identifiables. Il se cr\u00e9\u00e8rent une nouvelle adresse \u00e9lectronique commune, qu\u2019ils partag\u00e8rent imm\u00e9diatement avec Frantz. En effet le moyen le plus discret pour communiquer, \u00e9tait de r\u00e9diger un message dans le brouillon d&rsquo;une adresse mail, sans l&rsquo;envoyer. Le correspondant n&rsquo;avait qu&rsquo;\u00e0 entrer sur cette m\u00eame adresse d&rsquo;o\u00f9 qu&rsquo;il soit, et lire le texte. Hugo connaissait cette m\u00e9thode utilis\u00e9e par les trafiquants et terroristes de tout poils, \u00e0 travers le monde. Elle permettait d&rsquo;\u00e9changer sans \u00eatre surpris par des \u00e9coutes ou des syst\u00e8mes sophistiqu\u00e9s de d\u00e9cryptage. Mettant en application cette m\u00e9thode, il fit un bref compte-rendu des \u00e9l\u00e9ments de la nuit \u00e0 son ami, et lui donna les coordonn\u00e9es de sa nouvelle destination, pr\u00e9f\u00e9rant laisser un fil d&rsquo;ariane derri\u00e8re lui au cas o\u00f9 les choses s&rsquo;envenimeraient.<\/p><p>Ils quitt\u00e8rent Rosdorf \u00e0 bord de la voiture d\u2019Hugo. Il trainait dans son coffre sa vieille valise, et en avait rajout\u00e9 une, beaucoup plus grosse, contenant les affaires d\u2019Anna. Ils s\u2019\u00e9loignaient \u00e0 vive allure, empruntant les autoroutes, cap sur le L\u00e4nder de Rh\u00e9nanie-Palatinat. Cette r\u00e9gion, enchev\u00eatr\u00e9e entre le Luxembourg, la Belgique et la France, proposait l&rsquo;avantage d&rsquo;offrir un \u00e9ventail de possibilit\u00e9s de fuites en cas d&rsquo;\u00e9vacuation urgente. Ils avaient localis\u00e9 l&#8217;emplacement du chalet avec le GPS. Celui-ci se dressait en solitaire, perch\u00e9 sur un piton rocheux, au c\u0153ur du mont tonnerre, \u00e0 une dizaine de kilom\u00e8tres de Kirchheimbolanden. Ils finirent en empruntant des routes sinueuses et d\u00e9sertes de montagne, sous d\u2019immenses for\u00eats de pins et de m\u00e9l\u00e8zes. Afin d&rsquo;\u00e9tablir leur camp de base, ils d\u00e9nich\u00e8rent un petit h\u00f4tel dans la localit\u00e9 de Wolschheim, le seul ayant encore une chambre disponible, les autres \u00e9tablissements du mont tonnerre affichaient complets. Vers seize heures, ils atteignirent le Zum Ochsen, petit h\u00f4tel cubique jaune criard ne payant pas de mine. La chambre \u00e9tait \u00e9quip\u00e9e de lits jumeaux, d&rsquo;une salle de bains, de sanitaires privatifs, ainsi qu&rsquo;un espace cuisine \u00e9quip\u00e9 d&rsquo;une table, et d&rsquo;un petit salon. L&rsquo;ensemble tr\u00e8s kitch, \u00e9tait spacieux et confortable. \u00c9puis\u00e9s par leur voyage et leur nuit blanche, ils prirent une bonne douche chaude, et s\u2019accord\u00e8rent deux heures de repos qu&rsquo;ils mirent \u00e0 profit pour bavarder un peu, faisant plus ample connaissance. Quasiment simultan\u00e9ment, ils d\u00e9croch\u00e8rent, se laissant porter par la torpeur qui les envahissait au fil des mots et anecdotes, les faisant d\u00e9river vers une sieste r\u00e9paratrice. R\u00e9veill\u00e9s en sursaut par les stridulations du r\u00e9veil d\u2019un de leur t\u00e9l\u00e9phone, ils se rendirent compte que l&rsquo;apr\u00e8s-midi touchait \u00e0 sa fin, et qu&rsquo;il \u00e9tait temps de passer \u00e0 l\u2019\u00e9tape suivante.<\/p><p>\u00c0 cette \u00e9poque de l&rsquo;ann\u00e9e, la nuit tombait rapidement. Elle \u00e9tait froide comme la mort, et plongeait les paysages dans une obscurit\u00e9 profonde, illumin\u00e9e par la vo\u00fbte des \u00e9toiles, filtr\u00e9es par un \u00e9cheveau de branches de r\u00e9sineux. \u00c0 mesure qu&rsquo;ils approchaient de leur cible, une tension grandissante les oppressait. Sans un mot, ils gar\u00e8rent le v\u00e9hicule dans un repli du terrain, \u00e0 une centaine de m\u00e8tres \u00e0 vol d\u2019oiseau du chalet, sous le couvert des pins se m\u00ealant intimement aux m\u00e9l\u00e8zes, projetant des ombres griffues et mena\u00e7antes. Ils s\u2019enfonc\u00e8rent dans un chemin forestier encaiss\u00e9, sinueux et sinistre. Leur d\u00e9placement pourtant feutr\u00e9, provoquait un tintamarre assourdissant \u00e0 leurs oreilles, dans le silence ouat\u00e9 de la nuit. Leurs pas faisaient craquer les aiguilles de pins tapissant le sentier, provoquant la fuite d\u2019animaux invisibles dans les sous-bois. A un d\u00e9tour, le chalet s&rsquo;imposa \u00e0 eux, perdu au milieu d&rsquo;arbres s\u00e9culaires, oubli\u00e9 par les dieux, juste \u00e9clair\u00e9 par un p\u00e2le rayon de lune. Ces lieux sinistres semblaient d\u00e9serts, hormis une faible lueur qui vacillait \u00e0 travers les rideaux d&rsquo;une fen\u00eatre au rez-de-chauss\u00e9e, et quelques volutes de fum\u00e9e qui exhalaient de la chemin\u00e9e. Ils approch\u00e8rent silencieusement de la porte d&rsquo;entr\u00e9e. Hugo fit furtivement le tour de la b\u00e2tisse, alors qu\u2019Anna guettait depuis un fourr\u00e9 face \u00e0 la porte. Ils ne d\u00e9tect\u00e8rent aucune pr\u00e9sence, aucun v\u00e9hicule, aucune cam\u00e9ra de surveillance. Rien ne semblait susceptible d&rsquo;avoir trahi leur pr\u00e9sence. La porte n&rsquo;\u00e9tait pas verrouill\u00e9e, Hugo l\u2019ouvrit simplement, sans s\u2019annoncer. Ils franchirent le seuil rapidement et silencieusement, et explor\u00e8rent l&rsquo;unique pi\u00e8ce composant le rez-de-chauss\u00e9e. Au fond un escalier menait \u00e0 l&rsquo;\u00e9tage. Le d\u00e9cor \u00e9tait rustique et chaleureux, simplement \u00e9clair\u00e9 par une lampe \u00e0 p\u00e9trole g\u00e9n\u00e9rant une atmosph\u00e8re vintage. Une table en bois occupait le centre de la pi\u00e8ce, sur laquelle six mugs retourn\u00e9s attendaient. Dans un angle, une cuisini\u00e8re \u00e0 bois r\u00e9pandait une douce chaleur. Sur celle-ci une cafeti\u00e8re en m\u00e9tal \u00e9maill\u00e9 diffusait des fragrances de caf\u00e9 chaud.\u00a0 A c\u00f4t\u00e9, le long du mur, des \u00e9l\u00e9ments hauts et bas d\u2019un buffet en sapin, ainsi qu&rsquo;un \u00e9vier d\u00e9limitait l&rsquo;espace cuisine. \u00c0 l&rsquo;oppos\u00e9, un divan recouvert de plaids et de coussins us\u00e9s faisait face \u00e0 une table basse. Une odeur de cannelle flottait dans l&rsquo;air se m\u00ealant aux effluves du caf\u00e9. Il \u00e9tait \u00e9vident que les lieux \u00e9taient occup\u00e9s et que ses occupants n&rsquo;\u00e9taient pas loin.<\/p><p>Alors qu\u2019ils restaient plant\u00e9s au milieu de la pi\u00e8ce, immobiles, dubitatifs, une porte s&rsquo;entrouvrait discr\u00e8tement dans l&rsquo;obscurit\u00e9, au fond, sous l&rsquo;escalier de l&rsquo;\u00e9tage. Une femme entre deux \u00e2ges entra dans la pi\u00e8ce. Elle avait l&rsquo;air aust\u00e8re, mais affichait la bienveillance d&rsquo;une religieuse de film des ann\u00e9es cinquante. Elle portait sereinement une soixantaine d&rsquo;ann\u00e9es, de taille moyenne, mince, ses cheveux argent\u00e9s remont\u00e9s en un chignon sur la nuque. Son visage rid\u00e9 \u00e9tait tann\u00e9 par des ann\u00e9es au grand air, et par le soleil, d\u00e9non\u00e7ant une vie active. Ses yeux Bleus d\u00e9lav\u00e9s, presque transparents, \u00e9tait profond\u00e9ment ench\u00e2ss\u00e9 dans leurs orbites. Elle \u00e9tait v\u00eatue sobrement d&rsquo;un pantalon noir et d&rsquo;un chemisier manches bouffantes, gris perle. Son cou \u00e9tait par\u00e9 d&rsquo;un pendentif en Or, orn\u00e9e d\u2019une \u00e9meraude ronde et plate, dont le milieu repr\u00e9sentait un tr\u00e8fle \u00e0 quatre feuilles, surmont\u00e9s d\u2019une branche de croix patt\u00e9e et d\u2019une fleur de lys. Poliment, d&rsquo;une voix douce, s&rsquo;exprimant lentement dans un fran\u00e7ais parfait matin\u00e9e d&rsquo;une pointe d&rsquo;accent germanique, elle les invita \u00e0 s\u2019assoir autour de la table. Elle prit place en face d&rsquo;eux et se pr\u00e9senta.\u00a0\u00ab Je m&rsquo;appelle Gr\u00ebtta Scho\u00ebnberg. Vous devez \u00eatre surpris par mes mani\u00e8res peu orthodoxes pour vous convier, mais \u00e0 situation exceptionnelle, mesure exceptionnelle. Il faut d&rsquo;abord que vous compreniez que vous avez mis les pieds dans un nid de scorpions. A partir du moment o\u00f9 vous avez commenc\u00e9 vos recherches sur l&rsquo;aigle de l&rsquo;ombre, et sur la joaillerie M\u00fcller, vous avez enclench\u00e9 le syst\u00e8me d&rsquo;autod\u00e9fense d&rsquo;une organisation tentaculaire. La plus \u00e9difiante des mafias que vous n\u2019auriez pu imaginer, m\u00eame dans le pire de vos cauchemars. Gr\u00ebtta exposa l\u2019histoire complexe d\u2019une conspiration internationale, dirig\u00e9e par une organisation secr\u00e8te, entrelac\u00e9e \u00e0 des secrets familiaux ancestraux. Elle confirma certains points d\u00e9j\u00e0 connus par le couple. Elle avoua avoir confi\u00e9 les tenants et les aboutissants de cette affaire \u00e0 Jessica Fr\u00e9mont. Elle ne d\u00e9voila pas comment elles s\u2019\u00e9taient connues, mais elle semblait lui vouer une sinc\u00e8re amiti\u00e9. Elle \u00e9crasa une larme qui perlait sur sa joue en \u00e9voquant la jeune journaliste, sachant que ses confidences avaient entrain\u00e9 sa perte. Elle lui avait remis une chevali\u00e8re de l&rsquo;aigle de l&rsquo;ombre, afin d&rsquo;\u00e9tayer son r\u00e9cit, et lui avait d\u00e9crit l\u2019organigramme de cette secte mortif\u00e8re. Jessica devait v\u00e9rifier certains indices avant de lancer une vague d\u2019articles assassins pour d\u00e9sar\u00e7onner les protagonistes de l\u2019aigle, et motiver une enqu\u00eate internationale. Gr\u00ebtta confirma \u00e0 Anna qu\u2019elle attendait le bon moment pour partager ses renseignements avec elle, en raison de la dangerosit\u00e9 explosive des informations.<\/p><p>Alors qu&rsquo;elle s\u2019appr\u00eatait \u00e0 aborder la seconde phase de son r\u00e9cit, elle fut interrompue par le bourdonnement d&rsquo;un moteur de voiture qui s\u2019arr\u00eatait derri\u00e8re le chalet. Telle une ombre, elle se glissa jusqu&rsquo;\u00e0 la fen\u00eatre, faisant appara\u00eetre comme par magie un revolver dans sa main droite. Elle inspecta minutieusement les alentours, puis visiblement soulag\u00e9, annon\u00e7a \u00e0 ses invit\u00e9s l&rsquo;arriv\u00e9e de son \u00e9poux et de son fils. Ils attendirent leurs entr\u00e9es en silence, Gr\u00ebtta en profita pour proposer caf\u00e9 et g\u00e2teaux \u00e0 la cannelle. Poussant la porte tout en s&rsquo;\u00e9brouant pour chasser le froid, le plus \u00e2g\u00e9 des deux, apr\u00e8s un vibrant good nacht s&rsquo;adressa en allemand \u00e0 la femme, qui r\u00e9pondit d\u2019un Jawohl guttural, tout en souriant. Gr\u00ebtta attendit qu&rsquo;ils aient retir\u00e9 leurs anoraks pour proc\u00e9der aux pr\u00e9sentations. \u00ab <em>G\u00fcnther mon \u00e9poux, et F\u00e9lix notre fils<\/em>\u00a0\u00bb. En retour Hugo et Anna se lev\u00e8rent et se pr\u00e9sent\u00e8rent eux-m\u00eames, serrant la main des nouveaux arrivants.<\/p><p>Chapitre 11\u00a0: Les gardiens.<\/p><p>Les pr\u00e9sentations \u00e0 peine boucl\u00e9es, sans perdre une seconde, Hugo aborda fermement le vif du sujet sans fioriture.<\/p><p>&#8211; Ok Gr\u00ebtta. Nous sommes d\u00e9j\u00e0 inform\u00e9s d&rsquo;une partie de ce que vous nous avez expos\u00e9. Nous avons r\u00e9cup\u00e9r\u00e9 la chevali\u00e8re et une cl\u00e9 USB, sur laquelle ces donn\u00e9es ont \u00e9t\u00e9 consign\u00e9es par Jessica. Elle a visiblement pris des mesures pour que cette affaire soit port\u00e9e sur la place publique, \u00e0 l\u2019\u00e9chelle mondiale, d\u00e9s que ces informations ont \u00e9t\u00e9 r\u00e9cup\u00e9r\u00e9es par Anna, \u00e0 la banque. Cette diffusion devrait \u00eatre effective dans les prochaines vingt-quatre, voire quarante-huit heures \u00e0 venir. \u00c7a c\u2019est une chose. Maintenant, pour nous, l\u2019urgence c\u2019est ma s\u0153ur. Au dos de la photo que Danuta nous a donn\u00e9e, vous affirmez que Charline est vivante, mais en danger imminent. J&rsquo;aimerais en savoir plus, surtout o\u00f9 elle se trouve, et ce que vous sugg\u00e9rez pour la localiser et la ramener.<\/p><p>&#8211; Calmez-vous chers amis, soyez patients, je vais tout vous dire. Cependant, je vais me permettre de le faire en commen\u00e7ant par le d\u00e9but. Je veux vous donner une vision d\u2019ensemble pour mieux vous faire comprendre. Charline avait dix-sept ans, lorsqu\u2019elle a disparu. Dans le cadre de sa passion pour l&rsquo;histoire, elle \u00e9tudiait les archives municipales d&rsquo;apr\u00e8s-guerre, \u00e0 Charbonni\u00e8res-les-varennes.\u00a0 Elle confirmait ses recherches sur le papier, par des \u00e9tudes sur le terrain, et par des fouilles. Elle avait retrouv\u00e9 la grotte l\u00e9gendaire du gour, ainsi que la chevali\u00e8re dont vous \u00eates actuellement d\u00e9tenteur. Lors de ces p\u00e9r\u00e9grinations, elle a fait remonter en surface la l\u00e9gende de l&rsquo;aigle de l&rsquo;ombre, et avait mis au jour les r\u00e9miniscences contemporaines de ses activit\u00e9s. Elle partageait sporadiquement ses d\u00e9couvertes avec un groupe de jeunes. Il semblerait que ce soit ceux figurant sur le clich\u00e9. L&rsquo;un d&rsquo;eux \u00e9tait impliqu\u00e9 dans les activit\u00e9s occultes de l&rsquo;ordre, en tant que petite main. Il s&rsquo;en serait plus ou moins vant\u00e9 aupr\u00e8s d&rsquo;elle pour se faire briller. L&rsquo;organisation n\u2019a pas appr\u00e9ci\u00e9, et a r\u00e9agi imm\u00e9diatement. Pour masquer les traces de son existence, elle a fait enlever Charline. Les heures qui ont suivies ont servie \u00e0 l\u2019exfiltrer, et \u00e0 la convoyer en Pologne, dans une de leurs bases secr\u00e8tes, pour la briser et la dresser. La finalit\u00e9 \u00e9tant de l&rsquo;utiliser comme esclave ou espionne. Le parcours est sensiblement le m\u00eame pour Danuta, qui a \u00e9t\u00e9 enlev\u00e9e en Pologne, dress\u00e9e, puis transf\u00e9r\u00e9e en Allemagne. \u00c0 la suite d\u2019un premier contact, c&rsquo;est elle qui nous a fait passer la photo, par F\u00e9lix, et qui vous l\u2019a remise ensuite assortie de nos coordonn\u00e9es. Ils sont des centaines de jeunes gens, provenant de toute l&rsquo;Europe \u00e0 avoir \u00e9t\u00e9 kidnapp\u00e9s, et qui sont utilis\u00e9s sous contrainte \u00e0 des t\u00e2ches de tout ordre, allant de l\u2019espionnage \u00e0 l\u2019assassinat, en passant par la prostitution. Danuta tout en restant l\u2019esclave de M\u00fcller, s&rsquo;est rebell\u00e9e contre l&rsquo;organisation, au p\u00e9ril de sa vie. Elle a agi en secret, avec l&rsquo;aide de notre groupe, ou pour \u00eatre plus pr\u00e9cise de F\u00e9lix, afin d&rsquo;aider ceux qui se rapprochaient trop pr\u00e8s de l&rsquo;ordre. Elle a trahi ses ma\u00eetres pour vous pr\u00e9venir, maintenant sa vie est en grand danger. Il faut agir vite, si ce n\u2019est pas d\u00e9j\u00e0 trop tard.<\/p><p>Anna interrompit la femme dont le discourt hypnotique tenait Hugo en haleine. Son \u00e9poux et son fils semblaient ne pas parler fran\u00e7ais, mais acquies\u00e7aient \u00e0 chaque inflexion de voix. Elle demanda \u00e0 br\u00fble-pourpoint :<\/p><p>&#8211; Comment est-ce possible de garder la main sur ces personnes, alors que visiblement Danuta avait la facult\u00e9 de se d\u00e9placer librement. Elle n\u2019avait pas de chaperon, elle aurait pu alerter les autorit\u00e9s, les secours, un journaliste, ou qui sais-je, ou tout simplement s&rsquo;\u00e9chapper. En fait, qui \u00eates-vous donc\u00a0? Vous soulevez des probl\u00e8mes sans intervenir, vous envoyez les autres au casse-pipe. J\u2019ai un peu de mal \u00e0 vous cerner\u00a0!<\/p><p>F\u00e9lix se leva d\u2019un bond, repoussant sa chaise violemment, la faisant rouler au sol, arpentant la pi\u00e8ce d\u2019un pas saccad\u00e9, tr\u00e8s agit\u00e9, au bord de la col\u00e8re. Il d\u00e9signait une vilaine cicatrice sur sa nuque, en bredouillant fort\u00a0quelques mots en fran\u00e7ais, avec son accent germanique \u00e0 couper au couteau :<\/p><p>&#8211; T\u00eate boum\u00a0!!! Eux faire exploser t\u00eate de loin. Moi failli mourir, papa aussi. Eux terroristes.<\/p><p>Il continuait \u00e0 vocif\u00e9rer en Allemand, tournant autour de la table, en faisant les cents pas. G\u00fcnther se leva \u00e0 son tour, et pris son fils par les \u00e9paules. Il lui parlait bas en allemand, d\u2019une voix grave et rocailleuse, le calmant petit \u00e0 petit, avec beaucoup de tendresse. Il le reconduisit \u00e0 la table, et le fit assoir. F\u00e9lix avait les yeux humides, mais avait retrouv\u00e9 son calme en grande partie, se renfermant \u00e0 nouveau dans un mutisme t\u00eatu.<\/p><p>Gr\u00ebtta repris la parole, plus doucement, toujours en fran\u00e7ais, regardant F\u00e9lix l\u2019\u0153il \u00e9mu devant le calvaire qu\u2019il avait v\u00e9cu.<\/p><p>&#8211; Je n&rsquo;ai pas compl\u00e8tement fini de vous dresser le tableau. Quand cette organisation enl\u00e8ve une personne, elle est conduite dans une de leur base secr\u00e8te. Celle qui nous int\u00e9resse est situ\u00e9e pr\u00e8s de Varsovie en Pologne. Il la nomme\u00a0: Le centre de r\u00e9\u00e9ducation. Ils privent leurs proies de libert\u00e9, de nourriture et de tout contact ext\u00e9rieur. Ils les battent plusieurs fois par jour, les laissent nues, sans hygi\u00e8ne et sans soins. Ils les avilissent, les d\u00e9structurent, les d\u00e9shumanisent, en les traitant plus bas que des animaux de boucherie, afin de briser toutes vell\u00e9it\u00e9 de r\u00e9sistance. Lorsqu&rsquo;ils ont abandonn\u00e9 tout espoir, qu\u2019ils sont au bout du rouleau, ou \u00e0 point comme ils le disent, on leur implante une puce GPS, assujettie d&rsquo;un micro-d\u00e9tonateur dans la nuque. Vous avez pu voir sur Felix l&#8217;emplacement exact de cet implant. Il est situ\u00e9 au niveau des premi\u00e8res cervicales. Mortel en cas d\u2019explosion. Une fois pr\u00eat, ces esclaves des temps moderne sont dispatch\u00e9s dans toute l\u2019Europe, voir pour certain sur d\u2019autres continents.<\/p><p>Le centre est une structure d&rsquo;une trentaine d&rsquo;ann\u00e9es, grande comme deux terrains de football juxtapos\u00e9s. Il est prot\u00e9g\u00e9 par une cl\u00f4ture compos\u00e9e d\u2019une double rang\u00e9e de grillage, haute de deux m\u00e8tres, gard\u00e9e par des hommes de main, et un syst\u00e8me vid\u00e9o. Officiellement il est d\u00e9clar\u00e9 comme une entreprise de stockage de datas informatique. En r\u00e9alit\u00e9, il abrite une prison et une partie exploitation qui g\u00e8re l\u2019implants des prisonniers. Lorsque l&rsquo;un d&rsquo;eux s&rsquo;\u00e9chappe, ou ne rend pas satisfaction, un pr\u00e9pos\u00e9 entre un code correspondant \u00e0 son matricule, provoquant une d\u00e9flagration dans sa nuque, le tuant net en lui sectionnant la moelle \u00e9pini\u00e8re au niveau du cervelet. Nous avons r\u00e9cup\u00e9r\u00e9 F\u00e9lix qui \u00e9tait l\u2019esclave d\u2019un homme politique dans le nord de la France. Nous avons fait disparaitre cet homme pour qu\u2019il ne donne pas l\u2019alerte, afin de le prot\u00e9ger. Nous disposions des informations que je viens de vous donner, mais nous ignorions tout du dispositif d&rsquo;autodestruction qui \u00e9quipait ses implants, si on les retirait sans les d\u00e9sactiver. G\u00fcnther qui \u00e9tait chirurgien dans l\u2019arm\u00e9e, a retir\u00e9 cette puce \u00e9lectronique de la nuque de F\u00e9lix. Il a juste eu le temps de l&rsquo;enlever avant qu&rsquo;elle ne lui explose dans les mains, lui arrachant trois doigts de la main gauche, et privant notre fils de certaines facult\u00e9s relative au calme et \u00e0 la pond\u00e9ration. Depuis, il lui arrive de s\u2019emporter de temps en temps, dans de terribles col\u00e8res. Charline comme Danuta sont soumises \u00e0 ce traitement. Actuellement Charline est retenue \u00e0 Gen\u00e8ve, elle ne peut s&rsquo;\u00e9carter des voies qui lui sont trac\u00e9es par l&rsquo;ordre, sous peine de mort.<\/p><p>Anna et Hugo se tr\u00e9moussaient sur leurs chaises, piaffant d\u2019impatience. Ils avaient mille et une questions qui se bousculaient sous leurs cr\u00e2nes. Ils \u00e9taient agit\u00e9s, tendus comme des ressorts, ayant d\u00e9laiss\u00e9 leurs mugs de caf\u00e9 maintenant froid. Les petits g\u00e2teaux \u00e0 la cannelle \u00e0 peine grignot\u00e9s, trainaient \u00e9miett\u00e9s sur la table devant eux. G\u00fcnther secouait sa main gauche, amput\u00e9e de trois doigts, comme une marionnette devant leur nez, pour accr\u00e9diter les propos de sa femme. Gr\u00ebtta leva la main dans un geste d\u2019apaisement et leur dit.<\/p><p>&#8211; Attendez, restez calme. Je finis mon r\u00e9cit et je r\u00e9pondrai \u00e0 toutes vos questions apr\u00e8s. Ensemble, nous envisagerons ensuite si vous le voulez, certaines options sur lesquels nous avons d\u00e9j\u00e0 planch\u00e9es. Nous avons tous un objectif commun, avec des motivations diff\u00e9rentes. Professionnel et priv\u00e9 pour l&rsquo;un et vice versa pour l&rsquo;autre. Hugo est un franz\u00f6sisch bullen (<em>Flic fran\u00e7ais)<\/em> et Anna une deutscher journaliste<em> (Journaliste Allemande)<\/em>. Chacun son but. Nous, nous couvrons une troisi\u00e8me dimension qui n&rsquo;est ni professionnel ni priv\u00e9. S\u2019adressant alternativement \u00e0 l\u2019un et \u00e0 l\u2019autre, Gr\u00ebtta poursuivit\u00a0:<\/p><p>&#8211; Vous voulez l&rsquo;un comme l&rsquo;autre r\u00e9soudre le meurtre de Jessica et lib\u00e9rer Charline. Je vous propose toute l&rsquo;aide n\u00e9cessaire pour lib\u00e9rer ta s\u0153ur, mais aussi pour lib\u00e9rer tous les autres prisonniers. La r\u00e9solution du meurtre de ton amie en d\u00e9coulera. Maintenant, Anna, tu as demand\u00e9 qui nous sommes, tu as raison, cette question est l\u00e9gitime. Nous sommes all\u00e9s trop loin pour vous le cacher maintenant. Nous ne sommes pas des touristes. Comme je vous l&rsquo;ai dit, nous nous sommes interpos\u00e9s pour sauver notre fils, mais ce n&rsquo;est pas tout. Nous faisons partie d\u2019un mouvement tr\u00e8s ancien, h\u00e9ritier des chevaliers hospitaliers. On nous nomme les gardiens. Nous r\u00e9unissons des centaines d\u2019adeptes \u00e0 travers le monde, quel que soit leurs ob\u00e9diences religieuses, un peu comme la franc ma\u00e7onnerie. Notre vocation est de d\u00e9coincer la justice lorsqu\u2019elle est emp\u00eatr\u00e9e, et incapable d&rsquo;intervenir, bloqu\u00e9es dans les m\u00e9andres proc\u00e9duraux, faisant obstacle pour arr\u00eater les groupes sectaires sanglants et organisations mafieuses puissantes. Nous essayons de lutter contre l\u2019injustice, mais pour \u00eatre efficace, nous nous devons d\u2019avancer masqu\u00e9s, nous sommes nous aussi une organisation clandestine. Nous essayons cependant de ne pas trop bafouer la loi, mais quelquefois, elle a besoin d\u2019un \u00e9lectrochoc pour se mettre en marche. Dans le cas pr\u00e9sent, nous ne pouvons pas inclure les autorit\u00e9s dans l\u2019\u00e9quation imm\u00e9diatement, pour deux raisons. La premi\u00e8re est que des personnalit\u00e9s haut plac\u00e9s en politique, dans l\u2019administration et dans la police sont impliqu\u00e9es. La seconde est un probl\u00e8me institutionnel. Les lourdeurs administratives sont telles, qu\u2019ils ne commenceront \u00e0 se manifester qu\u2019une fois l\u2019affaire lanc\u00e9e \u00e0 toute vapeur sur de solide rails. Ils prendront le train en marche, mais \u00e7a risque d\u2019\u00eatre trop tard. Ce d\u00e9calage risque de mettre en p\u00e9ril des centaines de victimes. On parle de vies humaines. Nous n\u2019avons donc pas le loisir d\u2019attendre, car la mort de Jess, a mis un coup de pression, mettant en route une machine infernale implacable. Les aigles sont capables de sacrifier tous les prisonniers, et de saborder les membres inf\u00e9rieurs de l\u2019organisation pour prot\u00e9ger les t\u00eates.<\/p><p>Hugo et Anna avaient conscience de mettre les doigts dans un engrenage infernal. S\u2019ils acceptaient de marcher avec les gardiens, leurs destins seraient li\u00e9s \u00e0 cet ordre secret. La lib\u00e9ration de Charline, et la qu\u00eate de justice pour Jessica, d\u00e9pendait essentiellement de leur d\u00e9cision. Ils \u00e9chang\u00e8rent un bref regard, comme s\u2019ils \u00e9taient partenaire depuis des ann\u00e9es, ils n&rsquo;\u00e9prouvaient pas le besoin de parler, la d\u00e9cision \u00e9tait pass\u00e9e par leurs yeux et ils s\u2019\u00e9taient compris. Anna prit la parole et accepta l&rsquo;aide propos\u00e9e par Gr\u00ebtta. Ils se demandaient s&rsquo;ils ne venaient pas de vendre leurs \u00e2mes au diable. La contrepartie \u00e9tait simple, il devait s&rsquo;int\u00e9grer \u00e0 un dispositif mis en place par G\u00fcnter. Ils prendraient la lumi\u00e8re, laissant les gardiens dans l&rsquo;ombre. Ils auraient pour mission de participer \u00e0 l&rsquo;op\u00e9ration de destruction du centre de r\u00e9\u00e9ducation. Ils devraient lib\u00e9rer les prisonniers, d\u00e9sactiver directement la connexion des d\u00e9tonateurs des victimes l\u00e2ch\u00e9es dans le monde, et les localiser pour les lib\u00e9rer. Dans un second temps il faudrait identifier les t\u00eates de l&rsquo;organisation pour les trancher une bonne fois pour toutes. Ils commenc\u00e8rent \u00e0 r\u00e9fl\u00e9chir tous ensemble, et \u00e0 planifier la prochaine \u00e9tape de cette p\u00e9rilleuse mission. Le voile du myst\u00e8re qui les avait envelopp\u00e9s jusqu&rsquo;\u00e0 pr\u00e9sent, commen\u00e7ait \u00e0 se d\u00e9chirer, laissant apercevoir les contours encore flous de leur mission. Ils savaient que leur but ultime, \u00e9tait encore loin, et sem\u00e9 d&#8217;emb\u00fbches.<\/p><p>Chapitre 12\u00a0: premier plan d\u2019action.<\/p><p>Sans se concerter, ils avaient pris leur d\u00e9cision. Hugo et Anna se plong\u00e8rent imm\u00e9diatement dans les d\u00e9tails et l\u2019organisation de cette mission, qui s\u2019annon\u00e7ait p\u00e9rilleuse. Gr\u00ebtta, G\u00fcnther et F\u00e9lix, partageaient avec eux leurs connaissances sur l\u2019organisation et la nomenclature de l\u2019aigle de l\u2019ombre. Ils affich\u00e8rent les plans du centre de r\u00e9\u00e9ducation, et l\u2019organigramme des membres de l\u2019organisation formellement identifi\u00e9s. La prochaine \u00e9tape de leur plan serait cruciale. Ancr\u00e9 au fond de leurs pens\u00e9es, une notion d\u2019urgence les taraudait. Ils devaient agir rapidement, tout en \u00e9vitant l\u2019\u00e9cueil d\u2019un d\u00e9rapage entrainant une r\u00e9action en chaine. La vie de centaine de jeunes gens innocents \u00e9tait en p\u00e9ril, et d\u00e9pendait d\u2019eux.<\/p><p>La premi\u00e8re \u00e9tape consistait \u00e0 rejoindre leur cible \u00e0 Treblinka. Elle se situait \u00e0 mille deux cents kilom\u00e8tres de leur position actuelle, \u00e0 peine \u00e0 quatre-vingts kilom\u00e8tres \u00e0 l\u2019est de Varsovie, dans la r\u00e9gion de Mazovie. Cette zone de mornes plaines d\u00e9sertes, abritait le centre de r\u00e9\u00e9ducation, \u00e0 un jet de pierre des camps de la mort dont le nom du village r\u00e9sonnait de triste mani\u00e8re. Treblinka symbole des exactions nazis, comme un rappel de l\u2019histoire. La seconde partie du plan s\u2019annon\u00e7ait beaucoup plus compliqu\u00e9e. Ils devaient s\u2019infiltrer dans le centre discr\u00e8tement, pour d\u00e9sactiver le serveur des puces GPS et d\u00e9samorcer d\u00e9finitivement les micro-d\u00e9tonateurs. C\u2019\u00e9tait la condition sin\u00e9quanone pour d\u00e9livrer les esclaves.<\/p><p>Hugo, du fait de sa formation militaire de gendarme, avait la qualification requise pour jouer un r\u00f4le cl\u00e9 dans cette op\u00e9ration. Il disposait de l&rsquo;expertise n\u00e9cessaire pour concevoir un plan d&rsquo;infiltration. Il ne lui manquait que la technique pour d\u00e9sactiver informatiquement les d\u00e9tonateurs, mais il verrait sur place. A eux trois, il trouverait forc\u00e9ment une solution, dussent-ils faire sauter les serveurs. Gr\u00e2ce aux informations conjugu\u00e9es, fournies par Danuta et F\u00e9lix, ils avaient une id\u00e9e tr\u00e8s pr\u00e9cise des syst\u00e8mes de d\u00e9fense du centre. Ces acc\u00e8s \u00e9taient bien d\u00e9termin\u00e9s, ainsi que sa configuration. Ils commenc\u00e8rent tous les cinq \u00e0 \u00e9laborer un plan d&rsquo;action d\u00e9taill\u00e9, pour neutraliser la s\u00e9curit\u00e9 des b\u00e2timents, y p\u00e9n\u00e9trer et paralyser les implants. Anna en tant que journaliste couvrira l&rsquo;\u00e9v\u00e9nement, elle utilisera ses talents d&rsquo;enqu\u00eatrice pour rechercher les \u00e9l\u00e9ments d&rsquo;identification de l&rsquo;aigle de l&rsquo;ombre. Il \u00e9tait primordial de d\u00e9couvrir qui dirigeait cette machination, pour l&rsquo;\u00e9radiquer une fois pour toutes. F\u00e9lix, malgr\u00e9 son probl\u00e8me, accompagnera le couple. Il apportera sa connaissance interne de l&rsquo;organisation, en tant qu&rsquo;ancienne victime. Il pourra aider \u00e0 identifier les faiblesses de s\u00e9curit\u00e9 pour les exploiter, et guidera ses compagnons dans le d\u00e9dale du b\u00e2timent, pour rejoindre la salle de contr\u00f4le des prisonniers. Sa propre exp\u00e9rience douloureuse sera pr\u00e9cieuse pour comprendre le fonctionnement des lieux. G\u00fcnther tiendra le r\u00f4le de chauffeur guetteur. Il servira d&rsquo;appui lors de l&rsquo;exp\u00e9dition. Gr\u00ebtta en retrait, s&rsquo;occupera de la logistique et des renforts \u00e9ventuels, si l&rsquo;op\u00e9ration venait \u00e0 d\u00e9railler. Son autre mission sera d\u2019organiser la r\u00e9cup\u00e9ration des esclaves \u00e0 travers l\u2019Europe, en mobilisant les cellules actives des gardiens, d\u00e8s que le serveur des implants sera mis hors service.<\/p><p>La nuit \u00e9tait bien avanc\u00e9e. Ils d\u00e9cid\u00e8rent de se s\u00e9parer, et convinrent de partir le lendemain matin vers Treblinka. Ils pr\u00e9voyaient une quinzaine d\u2019heures de route, en se relayant au volant. Hugo et Anna conserveraient leur chambre d\u2019h\u00f4tel, et laisseraient leur v\u00e9hicule sur le parking. G\u00fcnther proposait de les prendre au passage, vers neuf heures, le temps de r\u00e9gler deux ou trois d\u00e9tails logistiques.<\/p><p>Hugo et Anna prirent cong\u00e9 de la famille Schwartz. F\u00e9lix leur proposa de les raccompagner en voiture jusqu\u2019au v\u00e9hicule d\u2019Hugo. En chemin il expliqua en Allemand \u00e0 Anna, que son handicap lui provoquait de subits acc\u00e8s de col\u00e8re, ce qui ne l\u2019emp\u00eachait pas d\u2019\u00eatre apte mentalement et physiquement pour remplir cette mission. Il pr\u00e9cisa qu\u2019il avait une formation d\u2019informaticien, ce qui pouvait se r\u00e9v\u00e9ler utile. Il d\u00e9posa le couple vers son v\u00e9hicule. Ils se s\u00e9par\u00e8rent sur une vigoureuse et chaleureuse poign\u00e9e de mains. F\u00e9lix attendit qu\u2019ils aient d\u00e9marrer pour rejoindre le chalet.<\/p><p>Le duo reprit la route. Ils avaient regagn\u00e9 leur h\u00f4tel vingt minutes plus tard. Tous deux tr\u00e8s excit\u00e9s par les rebondissements de l\u2019affaire, bavardaient joyeusement, content d\u2019avoir trouv\u00e9 un soutien et de ne plus \u00eatre isol\u00e9s. Ils pass\u00e8rent la porte de la chambre fatigu\u00e9s, l\u2019\u0153il brillant, se voyant r\u00e9ellement pour la premi\u00e8re fois. Ils r\u00e9alisaient que d\u2019\u00e9tranger la veille, ils allaient partager une m\u00eame chambre, une m\u00eame intimit\u00e9, sans en \u00eatre g\u00ean\u00e9s pour autant. De vrais copains de r\u00e9giment. Ils \u00e9chang\u00e8rent un sourire complice. Avant de se coucher, Hugo v\u00e9rifia s\u2019il avait re\u00e7u des nouvelles de Frantz. Celui-ci avait effectivement d\u00e9pos\u00e9 un message laconique dans le brouillon de leur boite mail commune. Il indiquait que la holding berlinoise \u00ab\u00a0Jonas Schneider Onderneming\u00a0\u00bb, \u00e9tait propri\u00e9taire du v\u00e9hicule utilis\u00e9 par Danuta. Cette holding \u00e9tait \u00e9galement majoritaire des parts de la soci\u00e9t\u00e9 \u00ab\u00a0Joaillerie M\u00fcller\u00a0\u00bb de G\u00f6ttingen. Celle-ci \u00e9tait constitu\u00e9e d\u2019un conglom\u00e9rat de soci\u00e9t\u00e9s diverses, diss\u00e9min\u00e9es en Europe, faisant fi des fronti\u00e8res. Certaines \u00e9taient prot\u00e9g\u00e9es par des pr\u00eates noms ou par des hommes de paille, d\u2019autres imbriqu\u00e9es dans des soci\u00e9t\u00e9s \u00e9crans, d\u2019autres encore \u00e9taient enregistr\u00e9e au propre nom de Jonas Schneider. Certains des noms figurant sur la cl\u00e9 USB de Jessica, apparaissaient dans ces soci\u00e9t\u00e9s. Frantz proposait de poursuivre ses recherches sur la holding berlinoise pour en identifier les principaux acteurs.<\/p><p>Hugo et Anna avaient pris connaissance de ses informations qu\u2019ils effac\u00e8rent imm\u00e9diatement. Anna se mit au clavier et demanda en retour d\u2019essayer d\u2019identifier Danuta. Elle fournit un signalement aussi pr\u00e9cis que possible de la jeune femme, pr\u00e9cisant qu\u2019elle avait vraisemblablement \u00e9t\u00e9 enlev\u00e9e en Pologne. Elle r\u00e9dige\u00e2t un bref r\u00e9sum\u00e9 de leurs rencontre, excluant les gardiens de son propos. Elle sollicita une autre v\u00e9rification. Elle voulait qu\u2019il effectue une recherche discr\u00e8te sur la famille Schwartz, G\u00fcnter, Gr\u00ebtta et F\u00e9lix. Enfin, elle lui communiqua tous les \u00e9l\u00e9ments n\u00e9cessaires afin de v\u00e9rifier l\u2019existence et l\u2019activit\u00e9 l\u00e9gale du b\u00e2timent de Treblinka, puis, ce tournant vers Hugo, lui demanda\u00a0:<\/p><p>&#8211; Tu vois autre chose \u00e0 demander ou \u00e0 pr\u00e9ciser\u00a0?<\/p><p>Hugo r\u00e9pondit n\u00e9gativement, impressionn\u00e9 par la jeune femme qui s&rsquo;exprimait par \u00e9crit dans la langue de Moli\u00e8re, sans h\u00e9sitation et sans faute. Une vraie bilingue, passant de l&rsquo;allemand aux Fran\u00e7ais sans probl\u00e8me. Il lui en fit le compliment dans un sourire, qu&rsquo;elle lui rendit gentiment. Ils d\u00e9cid\u00e8rent de ne pas perdre plus de temps et se couch\u00e8rent dans leurs lits, s\u00e9par\u00e9s par un petit m\u00e8tre, et une table de chevet. Ils \u00e9taient vann\u00e9s par leur journ\u00e9e fructueuse mais interminable. Ils ne tard\u00e8rent pas \u00e0 sombrer dans un sommeil lourd, charg\u00e9 de r\u00eaves plus ou moins agr\u00e9ables. Anna laissez filtrer un l\u00e9ger ronflement, plut\u00f4t une respiration profonde.\u00a0 Quant \u00e0 Hugo il virait et revirait dans son lit, tr\u00e8s agit\u00e9 dans son sommeil, vraisemblablement troubl\u00e9 par la pr\u00e9sence si proche de son amie, et par les perspectives anim\u00e9es de leurs investigations \u00e0 venir.<\/p><p>Apr\u00e8s quelques heures d&rsquo;un repos bien m\u00e9rit\u00e9, Anna ouvrit les yeux. Face \u00e0 elle, Hugo dormait encore. Elle mit plusieurs secondes pour \u00e9merger de sa torpeur, et se rappeler o\u00f9 elle se trouvait. Ayant repris pleinement conscience, elle se glissa silencieusement hors de son lit, pour se rendre aux toilettes. Apr\u00e8s une longue douche chaude, v\u00eatue d&rsquo;un Jean propre et d&rsquo;une chemise cowboy \u00e0 carreaux, elle pr\u00e9para la cafeti\u00e8re, et s\u2019\u00e9clipsa en direction de l&rsquo;accueil, pour qu\u00e9rir les viennoiseries indispensables au bon d\u00e9marrage de la journ\u00e9e. Lorsqu&rsquo;elle revint, Hugo avait les yeux ouverts. Il fixait le plafond, respirant \u00e0 pleins poumons les effluves du caf\u00e9 chaud. Anna s\u2019adressa \u00e0 lui :<\/p><p>&#8211; Alors\u00a0? La belle au bois dormant ne veut pas quitter son lit douillet\u00a0? Je te rappelle que dans moins d\u2019une heure G\u00fcnther sera l\u00e0. Si tu ne veux pas qu\u2019il te sorte du lit, tu devrais penser \u00e0 te lever. Une grosse journ\u00e9e de voyage nous attend.<\/p><p>Hugo bougonna, et lui r\u00e9pondit\u00a0:<\/p><p>&#8211; Je croyais que pour r\u00e9veiller la belle, le prince lui donnait un baiser\u00a0! Les temps ont bien chang\u00e9. Autrement bonjour. Il y a des si\u00e8cles que je n\u2019avais pas \u00e9t\u00e9 r\u00e9veill\u00e9 par une aussi douce odeur de caf\u00e9. Je suis presque au paradis. En plus, des croissants et des pains au chocolats. Rassure-moi, on est en vacances, on ne va pas faire la guerre\u00a0?<\/p><p>Anna rit, elle prit son oreiller et le lui jeta au visage en disant\u00a0:<\/p><p>&#8211; Debout fain\u00e9ant. La France te r\u00e9clame.<\/p><p>Hugo s\u2019extirpa p\u00e9niblement du lit. Il aurait bien aim\u00e9 grapill\u00e9 quelques minutes de bonheur en plus, mais il y avait le feu. Portant un simple cale\u00e7on pour tout pyjama, il s\u2019expatria rapidement vers la salle de bains, o\u00f9 il se doucha, avant de rev\u00eatir un jean noir et un sweet-shirt gris fonc\u00e9, estampill\u00e9 sur le c\u0153ur d\u2019un logo noir de Vulcania. Il rejoignit Anna dans le coin cuisine. Elle \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 attabl\u00e9e devant un bol de caf\u00e9 noir fumant, celui d\u2019Hugo attendait \u00e0 la place en face d\u2019elle. Ils d\u00e9jeun\u00e8rent en d\u00e9vorant les viennoiseries, comme des morts de faim, faisant descendre tout \u00e7a \u00e0 petite gorg\u00e9e de caf\u00e9 bouillant. Ils avaient \u00e0 peine termin\u00e9 que trois petits coups discrets \u00e9taient frapp\u00e9s sur la porte. F\u00e9lix \u00e9tait devant. Apr\u00e8s un passage \u00e9clair \u00e0 l\u2019accueil pour r\u00e9gler la chambre pour la semaine qui arrivait, et d\u00e9poser les cl\u00e9s de sa voiture, ils rejoignirent G\u00fcnther qui attendait au volant d\u2019un van Merc\u00e9d\u00e8s noir, aux vitres teint\u00e9es. Ils prirent la route s\u2019en s\u2019attarder, direction Treblinka, via G\u00f6ttingen et Berlin, afin de voire Frantz.<\/p><p>CHAPITRE 13 : The road movie.<\/p><p>La route de Treblinka s\u2019ouvrait \u00e0 eux. G\u00fcnther, l\u2019air crisp\u00e9 du bouledogue d\u00e9fendant son os, \u00e9tait viss\u00e9 derri\u00e8re le volant de son van. F\u00e9lix tr\u00e8s agit\u00e9, occupait la place du passager avant, les genoux recouverts de cartes routi\u00e8res inutiles, les mains sur son t\u00e9l\u00e9phone portable, les yeux riv\u00e9s sur l\u2019application Google Maps. Hugo et Anna, d\u00e9contract\u00e9s, se partageaient la banquette arri\u00e8re. La jeune femme s\u2019\u00e9tait blottie contre lui, comme si elle avait froid, pourtant la temp\u00e9rature de l\u2019habitacle \u00e9tait confortable, et l\u2019ambiance calme. Hugo appr\u00e9ciait ce moment de douceur et de calme avant la temp\u00eate. Ils \u00e9taient pr\u00eats \u00e0 affronter les kilom\u00e8tres qui les s\u00e9paraient de leur destination finale. Deux \u00e9tapes \u00e9taient pr\u00e9vues. La premi\u00e8re halte se ferait \u00e0 Rosdorf, qui se trouvait pile poil sur l\u2019itin\u00e9raire, et qui permettrait un peu de repos, et \u00e0 Anna de renouveler sa garde-robe. Le second arr\u00eat \u00e9tait envisag\u00e9 \u00e0 Berlin. Ils devaient \u00e9changer de vive voix avec Frantz, avant de poursuivre et d\u2019arriver \u00e0 bon port. Un roulement de conducteur \u00e9tait pr\u00e9vu toute les deux ou trois heures. Entrecoupant le silence feutr\u00e9 de l\u2019habitacle, ils revenaient en d\u00e9tail \u00e0 tour de r\u00f4le sur les aspects critiques de leur mission. A priori, la phase la plus d\u00e9licate, celle qu\u2019ils appr\u00e9hendaient le plus, \u00e9tait l\u2019infiltration du b\u00e2timent sans d\u00e9clencher d\u2019alarme. Hugo \u00e9tait charg\u00e9 d\u2019\u00e9tablir ce plan. La difficult\u00e9 consistait \u00e0 envahir les lieux discr\u00e8tement, sans se faire rep\u00e9rer et d\u2019\u00e9viter toute violence, si possible. Il expliqua comment il comptait contourner les syst\u00e8mes de s\u00e9curit\u00e9s, et l\u2019aide capital que Gr\u00ebtta \u00e9tait sens\u00e9e leur apporter. Outre l\u2019assistance logistique, elle devait provoquer une coupure g\u00e9n\u00e9rale d\u2019\u00e9lectricit\u00e9 sur tout le secteur.\u00a0 Une chute d\u2019arbre sur les lignes, ou l\u2019explosion accidentelle d\u2019un transformateur ferait l\u2019affaire. Cette man\u0153uvre entrainerait immanquablement l\u2019arr\u00eat momentan\u00e9 des cam\u00e9ras de surveillance et du syst\u00e8me d\u2019alarme, le temps que les g\u00e9n\u00e9rateurs \u00e9lectrog\u00e8nes prennent le relai. Ils avaient une fen\u00eatre de quinze minutes avant qu\u2019un minimum s\u00e9curitaire ne soit relanc\u00e9. En tant qu\u2019ancienne victime, d\u00e9tenue dans le centre, F\u00e9lix connaissait partiellement les lieux. Il endosserait le r\u00f4le de guide, et entrainerait ses compagnons \u00e0 travers ce labyrinthe, en \u00e9vitant les postes de garde, jusqu\u2019\u00e0 la salle de contr\u00f4le. La partie primordiale de leur mission consisterait \u00e0 localiser les personnes puc\u00e9s, et transmettre l\u2019info \u00e0 Gr\u00ebtta. Ensuite, ils devront d\u00e9sactiver et d\u00e9truire les serveurs et logiciels utilis\u00e9s pour la surveillance des micropuces implant\u00e9es dans la nuque des prisonniers-esclaves. F\u00e9lix, expliqua comment il pensait neutraliser ces puces, sans d\u00e9clencher d\u2019alerte. Il aurait besoin du concours d\u2019Hugo et d\u2019Anna pour ex\u00e9cuter cette man\u0153uvre en un temps record, sans d\u00e9clencher d\u2019alarme. Anna en tant que journaliste couvrirait l\u2019\u00e9v\u00e8nement et prendrait des photos. Elle devrait \u00e9galement rechercher les \u00e9l\u00e9ments susceptibles de permettre l\u2019identification de l\u2019aigle de l\u2019ombre, et tous les fichiers permettant de recenser les victimes. Le second volet de ce raid sera de d\u00e9truire toute possibilit\u00e9 de r\u00e9activation des micropuces, m\u00eame si pour cela ils devaient d\u00e9truire le b\u00e2timent. G\u00fcnther quant \u00e0 lui, expliqua le r\u00f4le qu\u2019il tiendrait pour soutenir l\u2019exp\u00e9dition depuis l\u2019ext\u00e9rieur, tout en surveillant les environs, pour couper la route \u00e0 tout renforts \u00e9ventuels. Il emm\u00e8nerait l\u2019armement n\u00e9cessaire pour cela, et se tiendrait pr\u00eat pour un repli forc\u00e9 urgent. Hugo souligna le fait qu\u2019ils ne d\u00e9tenaient aucun mandat d\u2019aucune sorte pour cette intervention, Ils \u00e9taient oblig\u00e9s de r\u00e9ussir car ils risquaient de le payer tr\u00e8s cher, soit de leur vie, soit en \u00e9tant consid\u00e9r\u00e9 comme des bandits de droit commun.<\/p><p>A ces moments de tension intense, succ\u00e9daient des moments de d\u00e9tente.\u00a0 Anna feuilletait son carnet de notes, relisant les informations fournies par Frantz sur la Jonas Schneider onderneming. L&rsquo;entreprise de stockage de datas o\u00f9 il se rendait, \u00e9tait une filiale appartenant \u00e0 la holding. D&rsquo;autre part, leur Danuta, correspondait \u00e0 une Danuta Polowski, jeune femme enlev\u00e9e \u00e0 Gda\u0144sk en Pologne une dizaine d&rsquo;ann\u00e9es auparavant, sans laisser aucune trace. Anna, hyper concentr\u00e9e, su\u00e7ait nerveusement le bout de son crayon de papier, qu\u2019elle utilisait pour griffonner de nouvelles questions et id\u00e9es. Pendant ce temps, Hugo regardait d\u00e9filer le paysage, le front contre la vitre, perdu dans ses pens\u00e9es. Il sentait son c\u0153ur s\u2019emballer chaque fois que la jeune femme se penchait contre lui. Son contact et son parfum l&rsquo;envo\u00fbtait, il aurait aim\u00e9 que ce moment suspendu ne s&rsquo;arr\u00eate jamais. Il y avait tr\u00e8s longtemps qu&rsquo;il n&rsquo;avait pas ressenti ce sentiment de bien-\u00eatre et de pl\u00e9nitude. F\u00e9lix, assis \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de son p\u00e8re, se taisait, il gardait un \u0153il vigilant sur la route, le guidant en cas de besoin. G\u00fcnther fixait la chauss\u00e9e, naviguant habilement \u00e0 travers les L\u00e4nder allemands. Son allure et son calme allaient de pair avec sa d\u00e9termination sans faille \u00e0 soutenir ses amis. Apr\u00e8s avoir contourn\u00e9 les villes de Mayence ; Francfort-sur-le-Main\u00a0; Hesse\u00a0; Kassel, ils arriv\u00e8rent \u00e0 Rosdorf, o\u00f9 ils firent une pause r\u00e9paratrice chez Anna. Celle-ci d\u00e9posa sa valise dans sa chambre, et pr\u00e9para un sac contenant trois ou quatre tenues pratiques de rechange. Ses compagnons en profit\u00e8rent pour prendre une douche rapide \u00e0 tour de r\u00f4le. Elle-m\u00eame se rafra\u00eechit, alors que les trois hommes descendaient chercher des pizzas et des bi\u00e8res chez le pizza\u00efolo du coin. Tout en grignotant, ils firent le bilan de leur premi\u00e8re partie de voyage, et not\u00e8rent que G\u00fcnther n&rsquo;avait pas l\u00e2ch\u00e9 le volant une seconde. Il s&rsquo;accrochait \u00e0 lui, pr\u00e9textant que c&rsquo;\u00e9tait son r\u00f4le de les conduire, car lui n&rsquo;entrerait pas dans le centre. Tous comprirent qu&rsquo;il ne souhaitait pas abandonner son pr\u00e9cieux van aux mains de n&rsquo;importe qui. Ils prirent quelques heures de repos, o\u00f9 ils dormirent, dispers\u00e9s dans l&rsquo;appartement d\u2019Anna, soit sur un canap\u00e9, soit directement sur le sol, Anna ayant c\u00e9d\u00e9 son lit \u00e0 G\u00fcnther. ils reprirent la route. La seconde \u00e9tape de ce voyage devait les emmener \u00e0 Berlin, o\u00f9 il rencontrerait Frantz pour partager de nouvelles informations. G\u00fcnther restait fid\u00e8le \u00e0 son volant. Ils contourn\u00e8rent les villes de Hanovre ; Brunswick en Basse Saxe ; Magdebourg, en longeant l&rsquo;Elbe sur quelques kilom\u00e8tres, puis ils arriv\u00e8rent \u00e0 Brandebourg sur Havel, ville historique situ\u00e9e \u00e0 l&rsquo;ouest de Berlin. \u00c0 mesure qu&rsquo;ils s&rsquo;approchaient de la capitale Allemande, l&rsquo;excitation les gagnait. A Berlin, ils retrouv\u00e8rent Frantz au Kreuzberg, quartier dynamique et artistique de la ville. Ils choisirent plus pr\u00e9cis\u00e9ment de se rencontrer au bar le Kreuzberg-kneipe, \u00e9tablissement populaire de la r\u00e9gion, connu pour son atmosph\u00e8re d\u00e9contract\u00e9e, sa s\u00e9lection de bi\u00e8res artisanales et son menu de plats locaux. L&rsquo;\u00e9tablissement \u00e9tait situ\u00e9 dans une ruelle bord\u00e9e d&rsquo;arbres, ce qui en faisait un lieu id\u00e9al pour les rencontres discr\u00e8tes et importantes. Les retrouvailles entre Frantz et Hugo furent chaleureuses. Ils se connaissaient depuis une dizaine d&rsquo;ann\u00e9es, \u00e0 l\u2019\u00e9poque o\u00f9 Hugo suivait sa formation de gendarme \u00e0 l&rsquo;\u00e9cole de gendarmerie, dans l\u2019enceinte du quartier Napol\u00e9on \u00e0 Berlin. Cependant les effusions furent br\u00e8ves, car leur temps \u00e9tait compt\u00e9. Frantz exposa ce qu&rsquo;il avait d\u00e9couvert sur la holding berlinoise. Les ramifications de celle-ci semblaient infinies, et il allait falloir beaucoup de temps pour d\u00e9m\u00ealer cet \u00e9cheveau. La personnalit\u00e9 d\u00e9l\u00e9t\u00e8re de son propri\u00e9taire \u00e9tait complexe, et sujette \u00e0 interrogation. Tout un tas de d\u00e9tails ne collait pas. Ces origines semblaient diffuses, dilu\u00e9es dans un pass\u00e9 tourment\u00e9.\u00a0 Bien que le personnage f\u00fbt r\u00e9el et connu, il prenait ses racines dans un pass\u00e9 sulfureux et fantasque. Anna demanda \u00e0 Frantz de poursuivre, s\u2019il le pouvait, ses recherches sur Danuta, en esp\u00e9rant qu&rsquo;il puisse d\u00e9couvrir o\u00f9 elle \u00e9tait retenue \u00e0 G\u00f6ttingen. Vraisemblablement entre les murs de la joaillerie M\u00fcller, ou dans une de ses d\u00e9pendances. Elle insista pour qu&rsquo;il n&rsquo;entreprit rien jusqu&rsquo;au terme de leur op\u00e9ration \u00e0 Treblinka. Frantz s&rsquo;\u00e9carta du groupe avec elle, durant quelques minutes. Il lui fit part des renseignements obtenus sur la famille Schwartz. G\u00fcnther \u00e9tait un ancien chirurgien militaire, ayant particip\u00e9 \u00e0 de multiples op\u00e9rations ext\u00e9rieures avec son unit\u00e9 des forces sp\u00e9ciales. Il avait le grade d\u2019Oberst (colonel). Son \u00e9pouse tenait le rang de directrice au sein de la Bundespolize\u00ef (Plus haut grade dans la police f\u00e9d\u00e9rale Allemande). Elle \u00e9tait d\u00e9tach\u00e9e aupr\u00e8s du gouvernement, comme chef de cabinet d\u2019une structure hybride, reliant les minist\u00e8res de l\u2019int\u00e9rieur, de la justice et des arm\u00e9es. Le couple a disparu de la sc\u00e8ne publique et de tous les radars, du jour au lendemain, \u00e0 la suite de l\u2019enl\u00e8vement de leur fils F\u00e9lix. Ils avaient retrouv\u00e9 sa trace, mais le reste de l\u2019histoire reste floue, couverte par un secret d\u00e9fense inviolable. \u00c0 la m\u00eame \u00e9poque, dans des circonstances non rendues publiques, G\u00fcnther a perdu trois doigts dans un accident, motivant sa r\u00e9forme des cadres de l&rsquo;arm\u00e9e. Une rumeur laisse supposer qu&rsquo;ils avaient retrouv\u00e9 et lib\u00e9r\u00e9 F\u00e9lix apr\u00e8s avoir ex\u00e9cut\u00e9 ses kidnappeurs. Ils se sont retir\u00e9s tous les trois dans le L\u00e4nder de Rh\u00e9nanie-Palatinat. Depuis plus personne n\u2019avait entendu parler d\u2019eux.<\/p><p>Hugo expliqua en quelques mots le plan qu&rsquo;ils avaient \u00e9rig\u00e9. Franz grommela en insistant sur le fait qu&rsquo;il ne pourrait rien faire pour eux, officiellement, lorsqu&rsquo;ils agiraient en Pologne. Il leur promit n\u00e9anmoins, toute l\u2019assistance possible, tant qu&rsquo;il serait sur le sol allemand. Il termina en leur indiquant que les menaces de Jessica, pour rendre publique cette affaire, n&rsquo;\u00e9tait pas encore av\u00e9r\u00e9e.<\/p><p>Le voyage entre Wolschheim et Berlin avait \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s long. Ils avaient travers\u00e9 plusieurs l\u00e4nders allemands, offrant toute une vari\u00e9t\u00e9 de paysages et de sites diff\u00e9rents tout au long de la route, mais c&rsquo;\u00e9tait \u00e9puisant. Ensemble ils prirent un solide repas au Kreuzberg-kneipe, arros\u00e9 d&rsquo;un mass de Berliner-Weiss. Ils se mirent d&rsquo;accord sur leurs plans et sur un repli \u00e9ventuel, puis, apr\u00e8s de courts adieux, ils reprirent leur voyage. Le soleil d\u00e9clinait sur l&rsquo;horizon, teignant le ciel d&rsquo;un d\u00e9grad\u00e9 de couleur chaude cr\u00e9ant une atmosph\u00e8re romantique. Les paysages d\u00e9filaient, flout\u00e9s par la vitesse et la nuit tombante. Ils avaient repris les m\u00eames places dans le van. Indiff\u00e9rent \u00e0 ce qui les entourait, Hugo et Anna apprenaient \u00e0 mieux se connaitre, bavardant de chose et d\u2019autres, de leurs vies, de leurs p\u00f4les d\u2019int\u00e9r\u00eats et de leurs passions. Ils \u00e9taient proches l\u2019un de l\u2019autre, et cette promiscuit\u00e9 semblait leur convenir, si ce n\u2019est les ravir. Au d\u00e9tour de leur babillage, Hugo fixa Anna en souriant et lui dit\u00a0:<\/p><p>&#8211; Tu sais, Anna, m\u00eame si nous sommes en mission, et qu\u2019au pire, elle peut s\u2019av\u00e9rer fatale, je crois que nous devons prendre le temps de profiter des moments que nous passons ensemble. Je suis bien avec toi. Je n\u2019avais jamais ressenti un tel sentiment de pl\u00e9nitude, comme si nous \u00e9tions faits pour nous rencontrer. Qui sait ce qui nous attend \u00e0 Treblinka\u00a0?<\/p><p>Anna hocha la t\u00eate. Elle \u00e9tait troubl\u00e9e par ces paroles qui lui pin\u00e7aient le c\u0153ur. Elle ressentait la m\u00eame attirance envers ce colosse tout en gentillesse. Elle savait que ce raid les pousserait dans leurs retranchements les plus intimes. Elle esp\u00e9rait qu\u2019ils pourraient, ne serait-ce que bri\u00e8vement, se laisser emporter par leur connexion naissante. Elle lui rendit son regard, le fixant droit dans les yeux, tout en murmurant\u00a0:<\/p><p>&#8211; Tu as raison Hugo. J\u2019ai le m\u00eame ressenti que toi, la m\u00eame envie, le m\u00eame besoin. Nous appr\u00e9cierons chaque instant, quel qu\u2019il soit. On verra apr\u00e8s. Elle se colla un peu plus contre lui, et lui d\u00e9posa un l\u00e9ger baiser sur les l\u00e8vres.<\/p><p>Leur route se poursuivait, avalant les kilom\u00e8tres, flirtant de nuit avec les villes de Francfort-sur-l\u2019Oder, ville fronti\u00e8re s\u00e9parant l&rsquo;Allemagne de la Pologne, puis Poznan, Lodz et Varsovie. Ils atteignirent L\u2019Orchid\u00e9a-Zajazd, petit h\u00f4tel simple en bordure de la DK8, o\u00f9 Gr\u00ebtta avait r\u00e9serv\u00e9 deux chambres doubles. L\u2019\u00e9tablissement \u00e9tait dot\u00e9 d\u2019un grand parking situ\u00e9 \u00e0 l\u2019arri\u00e8re du b\u00e2timent en U. Il \u00e9tait implant\u00e9 dans un proche p\u00e9rim\u00e8tre de Treblinka, au milieu d\u2019une lande de terres agricoles. Il permettait un acc\u00e8s rapide et facile au centre. Ils se r\u00e9partirent les chambres. G\u00fcnther et F\u00e9lix se partag\u00e8rent la premi\u00e8re. Hugo et Anna ne se firent pas prier pour int\u00e9grer tous les deux la seconde, ils se sentaient plus proche que jamais, et le danger \u00e9tait rel\u00e9gu\u00e9 au second plan. Une lueur d\u2019espoir naissait dans leurs c\u0153urs, m\u00ealant \u00e0 la fois les frissons de leur mission et les pr\u00e9mices des \u00e9mois li\u00e9s \u00e0 leur toute nouvelle histoire.<\/p><p>La nuit serait courte, et la journ\u00e9e du lendemain serait enti\u00e8rement d\u00e9di\u00e9e \u00e0 faire du rep\u00e9rage et \u00e0 caler les derniers d\u00e9tails. Ils n\u2019avaient pas le droit \u00e0 l\u2019erreur. Ils devraient \u00e9galement r\u00e9ceptionner le mat\u00e9riel d\u2019intervention command\u00e9 par G\u00fcnther, Hugo et F\u00e9lix, ainsi qu\u2019un v\u00e9hicule sp\u00e9cifique, une fourgonnette \u00e9quip\u00e9e, \u00e0 quatre roues motrices, sollicit\u00e9e par G\u00fcnther. Gr\u00ebtta avait la charge de leur faire parvenir l\u2019ensemble dans la journ\u00e9e.<\/p><p>Chapitre 14\u00a0: Le jour d\u2019avant.<\/p><p>Anna et Hugo se retrouv\u00e8rent enfin seuls dans la chambre. Minuit \u00e9tait pass\u00e9, il ne leur restait que quelques heures de tranquillit\u00e9 pour se refaire une sant\u00e9, avant de passer \u00e0 l\u2019action. Hugo ferma soigneusement la porte \u00e0 cl\u00e9. Anna vint se placer face \u00e0 lui, le plaquant dos contre la porte, le fixant droit dans les yeux, le visage \u00e9clair\u00e9 d\u2019un large sourire. Sans un mot, ils s\u2019enlac\u00e8rent et s\u2019embrass\u00e8rent doucement puis, plus fougueusement. Hugo repoussa doucement Anna vers les lits jumeaux accol\u00e9s l\u2019un \u00e0 l\u2019autre. Tendrement, sans urgence, ils se d\u00e9v\u00eatirent mutuellement, sans se l\u00e2cher des yeux. La tension et la fatigue du voyage s\u2019\u00e9vacuaient, remplac\u00e9es par une vague de d\u00e9sir. Les caresses et les baisers timides se transform\u00e8rent en un brasier passionn\u00e9, les lib\u00e9rant de toute r\u00e9serve, les emportant vers une jouissance partag\u00e9e. Heureux de s\u2019\u00eatre trouv\u00e9, d\u00e9tendus, ils rest\u00e8rent un long moment allong\u00e9 sans bouger, Anna blottie dans ses bras, un drap remont\u00e9 sur eux. Leur qu\u00eate \u00e9tait loin, ils savouraient l\u2019instant pr\u00e9sent empreint de qui\u00e9tude dans la douceur de cette chambre. Petit \u00e0 petit, ils gliss\u00e8rent dans un sommeil empreint de r\u00eaves alternativement enchant\u00e9s, ou terrifiant.<\/p><p>Le couple se r\u00e9veilla au petit matin, toujours serr\u00e9 l\u2019un contre l\u2019autre. La lumi\u00e8re du jour filtrait derri\u00e8re les rideaux, diffusant une lumi\u00e8re blafarde. Ils restaient enlac\u00e9s sans bouger, les yeux fix\u00e9s au plafond, n\u2019osant pas remuer de peur de rompre l\u2019enchantement. Ni l\u2019un ni l\u2019autre n\u2019avait de mot pour exprimer leurs sentiments, attendant \u00e9go\u00efstement que l\u2019autre brise le charme, en parlant ou en se levant. Finalement, apr\u00e8s avoir \u00e9chang\u00e9 un profond regard et quelques caresses, ils se lev\u00e8rent en m\u00eame temps, nus, sans pudeur d\u00e9plac\u00e9e. Apr\u00e8s une douche commune, un peu coquine, ils se rhabill\u00e8rent avec les m\u00eames v\u00eatements que la veille, et apr\u00e8s un ultime baiser, les cheveux encore humides, ils rejoignirent la salle du restaurant de l\u2019h\u00f4tel. G\u00fcnther et F\u00e9lix attendaient devant une tasse de caf\u00e9 fumant, une assiette de charcuterie, des \u0153ufs au plat et des viennoiseries, les regardants arriver l\u2019\u0153il goguenard. G\u00fcnther s\u2019adressa \u00e0 Hugo dans un fran\u00e7ais \u00e9br\u00e9ch\u00e9 et guttural\u00a0:<\/p><p>&#8211;\u00a0<em>Fous avoir pien tormi\u00a0? Fous avoir crosse falise sous les oeils<\/em>\u00a0!<\/p><p>Provoquant le rire de F\u00e9lix. Anna et Hugo \u00e9chang\u00e8rent un regard complice sans relev\u00e9. Ils all\u00e8rent se servir sur le buffet, un d\u00e9jeuner purement allemand, des saucisses accompagn\u00e9es par quelques saucisses, le tout arros\u00e9 d\u2019un grand caf\u00e9. Avec leurs amis, ils \u00e9tablirent le pr\u00e9visionnel de la journ\u00e9e. Une surveillance du site paraissait n\u00e9cessaire pour finaliser leurs plans. Ils devaient d\u00e9terminer pr\u00e9cis\u00e9ment les acc\u00e8s, le minutage des rondes et le nombre de garde. Il \u00e9tait crucial d\u2019\u00e9tablir s\u2019ils \u00e9taient arm\u00e9s. Ils agiraient par \u00e9quipe de deux. F\u00e9lix toujours amus\u00e9 par l\u2019accueil du couple par son p\u00e8re, d\u00e9partagea les \u00e9quipes en riant, disant\u00a0:<\/p><p>&#8211; \u00a0<em>Ich mit Papa, und AMOUREUX zusammen,<\/em> (<em>Moi je vais avec papa, et les amoureux restent ensemble<\/em>). Provoquant un \u00e9clat de rire g\u00e9n\u00e9ral.<\/p><p>Hugo et Anna, lou\u00e8rent des v\u00e9los \u00e0 la conciergerie de l\u2019h\u00f4tel. Ils prirent la direction du centre. Ils allaient se satelliser autour, durant une bonne partie de la matin\u00e9e, afin de recueillir des informations. F\u00e9lix et G\u00fcnther planqueraient \u00e0 distance raisonnable. Ils chronom\u00e8treraient les horaires de rotation des vigiles. Ils r\u00e9cup\u00e9r\u00e8rent le drone livr\u00e9 la veille \u00e0 l\u2019h\u00f4tel, suivant les instructions de Gr\u00ebtta, afin d\u2019affiner leur surveillance. Les deux \u00e9quipes partirent chacune de son c\u00f4t\u00e9, se donnant rendez-vous \u00e0 treize heures pour faire le point et d\u00e9jeuner ensemble.<\/p><p>Hugo et Anna arriv\u00e8rent sur le site en une petite demi-heure, p\u00e9dalant et riant c\u00f4te \u00e0 c\u00f4te. Les chemins serpentaient dans la plaine, entre cultures et zones bois\u00e9es, n\u2019offrant aucun int\u00e9r\u00eat touristique. Le centre \u00e9tait implant\u00e9 dans un no man\u2019s land d\u00e9sert, cern\u00e9e par des champs de seigle et de pommes de terre, eux m\u00eame encadr\u00e9s par des for\u00eats de pins bas. Une toile d\u2019araign\u00e9e g\u00e9ante, compos\u00e9e par des c\u00e2bles de fibres optiques se rejoignaient au c\u0153ur du b\u00e2timent. Une simple ligne \u00e9lectrique traditionnelle le reliait au r\u00e9seau, griffant la toile comme une cicatrice. Ils firent un tour complet \u00e0 distance respectable. Puis, prenant l\u2019axe principale, ils long\u00e8rent le sentier bordant la cl\u00f4ture. Pour ne pas attirer l\u2019attention, ils p\u00e9dalaient doucement, sans s\u2019arr\u00eater, tout en bavardant comme un couple ordinaire, notant mentalement les points cl\u00e9s pour franchir le double grillage en toute discr\u00e9tion. Il y avait un unique acc\u00e8s routier et un seul portail sur le p\u00e9rim\u00e8tre. Le b\u00e2timent \u00e9tait implant\u00e9 \u00e0 une cinquantaine de m\u00e8tres de la cl\u00f4ture. Il avait la taille de deux terrains de football juxtapos\u00e9s. C\u2019\u00e9tait une construction en poutrelles et bardage, comme tous les b\u00e2timents industriels construit dans les ann\u00e9e quatre-vingt, peint sobrement d\u2019un pastel vert d\u2019eau. L\u2019entr\u00e9e se trouvait au sud, sur le pignon, face \u00e0 la route. Devant, un petit parking accueillait trois v\u00e9hicules d\u2019entreprise blancs, sur lesquels l\u2019inscription WOLKE \u00e9tait floqu\u00e9es en lettres gothiques bleues, sur un fond nuageux gris. L\u2019ensemble du hangar \u00e9tait aveugle, hormis l\u2019entr\u00e9e qui \u00e9tait int\u00e9gralement vitr\u00e9e, s\u2019ouvrant sur une salle d\u2019attente et des bureaux. A l\u2019arri\u00e8re, de part et d\u2019autre, deux toboggans bitum\u00e9s plongeaient sous les murs, donnant acc\u00e8s \u00e0 des quais de chargement, clos par une grille de garage m\u00e9tallique, elles-m\u00eames perc\u00e9es d\u2019entr\u00e9e pi\u00e9tonnes. Ils s\u2019\u00e9loign\u00e8rent pour se mettre \u00e0 couvert sous les pins, puis apr\u00e8s un dernier regard, d\u00e9cid\u00e8rent de se replier sur l\u2019h\u00f4tel. Ils voulaient croiser les informations qu\u2019ils venaient de recueillir, avec les plans que leur avait fournis Gr\u00ebtta. De surcroit, il ne voulait pas se faire remarquer.<\/p><p>Contournant le site pour rentrer, ils ne d\u00e9tect\u00e8rent pas les pr\u00e9sences de G\u00fcnther et F\u00e9lix, dissimul\u00e9s sur le flanc ouest, \u00e0 l\u2019abri des premi\u00e8res rang\u00e9es de pins cernant la plaine. Ceux-ci avaient laiss\u00e9 le van dans les bois \u00e0 une distance respectable. Equip\u00e9s de jumelle et du drone, ils s\u2019\u00e9taient dissimul\u00e9s sous un voile de camouflage, v\u00eatus eux m\u00eame de tenues de combat militaires. Ind\u00e9tectable, ils surveillaient les all\u00e9es et venus, s\u2019approchant au plus pr\u00e8s avec le zoom du drone. Ils tinrent leur poste quatre heures dans un silence et une immobilit\u00e9 de statues. A l\u2019heure pr\u00e9vue, ankylos\u00e9s, ils lev\u00e8rent furtivement leur position. Ils rejoignirent leurs compagnons. Ensemble, ils se pos\u00e8rent au restaurant pour d\u00e9jeuner. Ils avaient faim et soif. La matin\u00e9e avait \u00e9t\u00e9 longue, mais d\u00e9cisive pour le mode op\u00e9ratoire de leur mission. Ils \u00e9taient satisfaits, tout se pr\u00e9sentait plut\u00f4t bien. Ils convinrent de refaire une surveillance nocturne le soir m\u00eame, et programm\u00e8rent l\u2019op\u00e9ration pour la prochaine aube \u00e0 cinq heures trente pr\u00e9cise. Ils gagn\u00e8rent ensuite l\u2019espace salon, d\u00e9sert, et d\u00e9battirent sur les d\u00e9tails du raid. L\u2019abordage se ferait \u00e0 pied, en face du tobogan \u00e0 l\u2019Est. Ils dissimuleraient leur moyen de locomotion en lisi\u00e8re de for\u00eat, sous un filet brise vue feuillus, couleur d\u2019automne. G\u00fcnter leur fit une surprise en d\u00e9voilant le v\u00e9hicule que Gr\u00ebtta avait fait livrer derri\u00e8re l\u2019h\u00f4tel. Il s\u2019agissait d\u2019un fourgon Merc\u00e9d\u00e8s Sprinter, quatre roues motrices, camoufl\u00e9 au couleur Allemande de type Flecktarn.\u00a0 Il \u00e9tait h\u00e9riss\u00e9 d\u2019antennes, de paraboles satellites et de cam\u00e9ras externes. L\u2019int\u00e9rieur \u00e9tait am\u00e9nag\u00e9 avec tout l\u2019attirail du parfait petit poste de commandement. Moniteurs plats, ordinateurs, brouilleurs, les d\u00e9tecteurs infra rouges et de chaleur luisaient dans la p\u00e9nombre feutr\u00e9e. Hugo et Anna \u00e9taient \u00e9bahis. Ils ne s\u2019attendaient pas \u00e0 une telle d\u00e9bauche de moyens. Ils avaient la sensation d\u2019\u00eatre la petite pointe visible d\u2019un iceberg, la partie immerg\u00e9e devait avoir une stature colossale, digne d\u2019envoyer le Titanic par le fond. Ils furent encore plus surpris quand F\u00e9lix d\u00e9posa devant eux des sacs commandos, contenant un mat\u00e9riel divers et vari\u00e9. No\u00ebl avant l\u2019heure. Des tenues en lycra, bariol\u00e9es vertes et noires, assorties de cagoules et de lunettes \u00e0 vision nocturne vinrent atterrir sur leurs sacs. Des chaussures montantes compl\u00e9t\u00e8rent leur paquetage. G\u00fcnther recommanda \u00e0 Hugo\u00a0de ne pas oublier le SIG-SAUER, en parlant de l\u2019arme qu\u2019Anna lui avait confi\u00e9e.\u00a0 S\u2019adressant \u00e0 celle-ci, en Allemand, il pr\u00e9cisa\u00a0:<\/p><p>&#8211;\u00a0C\u2019est moi qui l\u2019ai donn\u00e9e \u00e0 Jess. Elle est propre et intra\u00e7able. Elle ne serait s\u00fbrement pas morte si elle m\u2019avait \u00e9cout\u00e9 et si elle l\u2019avait gard\u00e9 sur elle.<\/p><p>Anna traduisit \u00e0 Hugo qui opina. G\u00fcnther confia une seconde arme \u00e0 F\u00e9lix, et donna un shocker \u00e9lectrique\u00a0\u00e0 Anna, celle-ci n\u2019ayant aucune notion sur les armes \u00e0 feux. Il lui confia une cam\u00e9ra go-pro de tr\u00e8s haute r\u00e9solution, assortie d\u2019un puissant wifi pour son reportage. Il le r\u00e9gla pour que les films et informations soient imm\u00e9diatement redirig\u00e9s sur le serveur du Sprinter, qui lui-m\u00eame les transf\u00e9rerait par satellite \u00e0 Gr\u00ebtta. Le t\u00e9l\u00e9phone basique d\u2019Anna, n\u2019avait aucunement les capacit\u00e9s techniques pour saisir des clich\u00e9es nocturnes de pr\u00e9cision. Ils se s\u00e9par\u00e8rent \u00e0 nouveau pour d\u00e9poser le mat\u00e9riel sensible dans le coffre de leurs chambres, et inventorier le contenu de leurs sacs. Ils devaient se retrouver \u00e0 vingt heures pour lancer la surveillance en soir\u00e9e.<\/p><p>Libres pour le restant de l\u2019apr\u00e8s-midi, Hugo et Anna enfourch\u00e8rent leur v\u00e9lo, et se rendirent au Mus\u00e9um de Treblinka. Ils y pass\u00e8rent l\u2019apr\u00e8s-midi, main dans la main, \u00e0 fureter entre les st\u00e8les et les artefacts du mus\u00e9e. F\u00e9lix et G\u00fcnther s\u2019occup\u00e8rent en consultant les cartes\u00a0IGN de la r\u00e9gion, et pass\u00e8rent plusieurs appels t\u00e9l\u00e9phoniques et courriels. Ils se retrouv\u00e8rent \u00e0 l\u2019heure pr\u00e9vue. Apr\u00e8s un frugal repas, G\u00fcnther proposa \u00e0 Hugo d\u2019aller planquer avec lui jusqu\u2019\u00e0 vingt-trois heures. Ils d\u00e9cid\u00e8rent qu\u2019ils devaient \u00eatre \u00e0 pied d\u2019\u0153uvre pour l\u2019op\u00e9ration une bonne heure avant de d\u00e9buter les hostilit\u00e9s. De retour \u00e0 l\u2019heure dite, les deux hommes rejoignirent leur chambre. Anna attendait Hugo en \u00e9tudiant leur \u00e9quipement. Elle bloquait sur un petit pistolet, dot\u00e9 d\u2019une grosse crosse rouge et d\u2019un minuscule trou, en guise de canon.\u00a0 Une petite cartouche \u00e9tait viss\u00e9e \u00e0 l\u2019envers sur le dessus. Hugo le d\u00e9signa sous le nom de\u00a0perce tout. Il expliqua qu\u2019il s\u2019agissait d\u2019un laser perforant, coupl\u00e9 \u00e0 un propulseur d\u2019acide chloridrique. Il servira \u00e0 d\u00e9couper le grillage et le m\u00e9tal de faible \u00e9paisseur. Plusieurs cartes\u00a0Sim,\u00a0ainsi qu\u2019une cl\u00e9 USB faisait parties de leur attirail, ainsi que des cam\u00e9ras pi\u00e9tons. Ils parl\u00e8rent un moment de ce qui les attendait, du mat\u00e9riel et des armes, intrigu\u00e9s par leur provenance. La discussion d\u00e9riva doucement, prenant un tour plus personnel, plus lascif, se ponctuant par des attouchements, des caresses et des bais\u00e9s. Comme la veille, l\u2019appel des sens pris le dessus, leur promiscuit\u00e9 et leur attirance l\u2019un vers l\u2019autre d\u00e9boucha sur un effeuillage mutuel. Ils firent l\u2019amour, doucement, profitant de chaque secondes, attentif l\u2019un \u00e0 l\u2019autre comme si c\u2019\u00e9tait la derni\u00e8re fois. Puis ils s\u2019endormirent pour une courte nuit, assouvis et heureux.<\/p><p>La sonnerie du r\u00e9veil les sorties trop rapidement de leur l\u00e9thargie, \u00e0 quatre heures. Ils saut\u00e8rent sous la douche et se v\u00eatir rapidement avec leurs combinaisons de lycra. Un deux pi\u00e8ces fa\u00e7on treillis, un peu flottant pour Hugo, muni de multiples poches sur la poitrine et les cuisses. La tenue \u00e9tait plus ajust\u00e9e pour Anna. Elle \u00e9tait juste aux corps, dans le style d\u2019une combinaison de plong\u00e9e, faisant ressortir le galbe de ses seins et la douceur de sa croupe. Elle \u00e9tait sculpt\u00e9e toute en volume d\u00e9licat, comme une amphore. Ses cheveux longs, blonds, cr\u00e9aient une aur\u00e9ole au-dessus de sa silhouette, la couronnant comme une sainte ic\u00f4ne. Hugo, subjugu\u00e9 ne pouvait d\u00e9tacher le regard de son amie, il la trouvait exceptionnellement belle. Tous deux portaient un ceinturon, agr\u00e9ment\u00e9 d\u2019un holster pour Hugo et d\u2019un taser pour Anna. Celle-ci avait \u00e9galement un petit sac \u00e0 dos noir dans lequel elle range\u00e2t la go-pro, ses lunettes \u00e0 vision nocturne et un peu de mat\u00e9riel. Hugo rempli ses poches avec les chargeurs du revolver, les cartes Sim, et la cl\u00e9 USB. Il d\u00e9posa le perce tout dans une musette en toile de jute sombre, ainsi qu\u2019un b\u00e2ton t\u00e9lescopique et une torche. Ils \u00e9taient par\u00e9s et descendirent rejoindre les Schwartz p\u00e8re et fils. Ils finirent de se br\u00ealer, \u00e0 l\u2019arri\u00e8re, dans la caisse de la camionnette. Ils r\u00e9gl\u00e8rent tous leurs t\u00e9l\u00e9phones mobiles en mode conf\u00e9rence, adapt\u00e8rent les dispositifs d\u2019\u00e9coute et de transmission dans leurs oreilles. Ils fix\u00e8rent leurs cam\u00e9ras pi\u00e9tons sur des baudriers, ainsi que la go-pro\u00a0sur le casque d\u2019Anna. Ils pr\u00e9positionn\u00e8rent leurs cagoules sur le haut du crane comme il l\u2019aurait fait d\u2019un bonnet. G\u00fcnther se pla\u00e7a derri\u00e8re le volant et d\u00e9marr\u00e2t. Il les conduisit sur ce qui allait \u00eatre leur camp de base, lan\u00e7ant ainsi l\u2019op\u00e9ration. Ils \u00e9taient concentr\u00e9s et tendus, tout en restant calme, l\u2019atmosph\u00e8re \u00e9tait lourde. Aucun retour en arri\u00e8re \u00e9tait possible. Ils \u00e9taient pr\u00eats.<\/p><p>Chapitre 15\u00a0: L&rsquo;aube de l&rsquo;action.<\/p><p>La nuit \u00e9tait sombre et silencieuse. Le ciel bas \u00e9tait charg\u00e9, il convoyait de lourds et gros nuages noirs, laissant \u00e0 peine filtrer une pauvre luminosit\u00e9 fam\u00e9lique. La petite \u00e9quipe se dirigeait vers le site de leur mission. G\u00fcnther conduisait la fourgonnette, tous feux \u00e9teints, portant ses lunettes \u00e0 vision nocturne. Hugo, Anna et F\u00e9lix assis dans la caisse du Sprinter, \u00e9taient concentr\u00e9s, le c\u0153ur battant, ils se pr\u00e9paraient \u00e0 l\u2019action. L\u2019ambiance pesante, \u00e9tait identique \u00e0 celle d\u2019un commando s\u2019appr\u00eatant \u00e0 \u00eatre largu\u00e9 d\u2019un avion \u00e0 basse altitude, derri\u00e8re les lignes ennemies, pour pr\u00e9parer un d\u00e9barquement. La route \u00e9tait d\u00e9serte. Ils ne crois\u00e8rent \u00e2me qui vivent, comme si la terre avait \u00e9t\u00e9 vid\u00e9es de ses habitants \u00e0 la suite d\u2019une catastrophe nucl\u00e9aire.<\/p><p>Ils atteignirent le point pr\u00e9vu \u00e0 quelques centaines de m\u00e8tres du complexe, en lisi\u00e8re de for\u00eat, sur le flanc Est du b\u00e2timent, juste entre le sas vitr\u00e9 et le quai de d\u00e9chargement \u00e0 l\u2019arri\u00e8re. F\u00e9lix et Hugo, furtifs comme des ombres, d\u00e9ploy\u00e8rent le filet de camouflage sur le Sprinter, d\u00e9gageant les cam\u00e9ras et les sondes. Revenant \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur, ils v\u00e9rifi\u00e8rent le bon fonctionnement de chaque instrument de d\u00e9tection, et ensemble, ils check\u00e8rent une derni\u00e8re fois les \u00e9quipements individuels : Armes, Dispositifs de communication, GoPro, Cam\u00e9ras pi\u00e9tons, et mat\u00e9riel perforant. Tout \u00e9tait pr\u00eat. G\u00fcnther scanna l\u2019ensemble de la propri\u00e9t\u00e9 d\u2019un balayage infra rouge, en vue de r\u00e9v\u00e9ler d&rsquo;\u00e9ventuels rayons lasers. Aucun signal lumineux ne vint animer les \u00e9crans. La voie \u00e9tait libre, entre le fourgon et le b\u00e2timent. Il ne restait plus que les cam\u00e9ras d\u2019enceinte, positionn\u00e9es sur les grillages, et sur l\u2019entr\u00e9e pi\u00e9tons \u00e0 d\u00e9sactiver. Aucun garde ni chien ne patrouillaient entre les deux cl\u00f4tures.<\/p><p>L\u2019objectif \u00e9tait simple. Ils devaient atteindre le toboggan de livraisons le plus discr\u00e8tement, et le plus rapidement possible, sans \u00eatre rep\u00e9r\u00e9s. L\u2019angle d\u2019abordage avait \u00e9t\u00e9 d\u00e9termin\u00e9 par F\u00e9lix, confirmant les \u00e9l\u00e9ments cruciaux des plans qu\u2019ils avaient \u00e9tudi\u00e9s. Les points strat\u00e9giques se trouvaient dans les quartiers Est et centraux. L\u2019autre aile renfermait le quartier carc\u00e9ral, abritant les cellules de d\u00e9tenus. Outre les bureaux et une salle des pas perdus, l&rsquo;avant \u00e9tait occup\u00e9 par l&rsquo;administration, le poste de surveillance et la salle de repos des gardes. Le commando avait pr\u00e9vu son activation \u00e0 cinq heures trente tr\u00e8s pr\u00e9cises, horaires ou Gr\u00ebtta provoquerait la coupure d&rsquo;\u00e9lectricit\u00e9. \u00c0 partir de ce moment ils ne disposeraient que de quinze minutes avant qu&rsquo;un groupe \u00e9lectrog\u00e8ne de secours ne s&rsquo;enclenche automatiquement, relevant la s\u00e9curit\u00e9 d\u2019un niveau. Les services techniques de la r\u00e9gion mettraient une bonne heure pour r\u00e9tablir le courant sur le district.<\/p><p>Anna avait rabaiss\u00e9 sa cagoule sur le visage. Sa GoPro \u00e9tait fix\u00e9e \u00e0 son casque, et le dispositif de vision nocturne lui recouvrait les yeux. Elle avait des allures de batracien ninja, pr\u00eat \u00e0 en d\u00e9coudre. Elle sentait l&rsquo;adr\u00e9naline bouillir dans ses veines, comme un torrent de feu qui la parcourait, lui retirant toute peur. Rien n&rsquo;existait plus, que la mission. La tension \u00e9tait palpable, elle savait qu&rsquo;elle n&rsquo;avait plus le choix. La machine de guerre \u00e9tait en marche. Advienne ce que pourra. Les deux gar\u00e7ons, \u00e9taient dans le m\u00eame \u00e9tat d&rsquo;esprit, \u00e9quip\u00e9s de la m\u00eame mani\u00e8re, ils formaient avec elle un microgroupe d&rsquo;assaut.<\/p><p>Ils se gliss\u00e8rent hors de la camionnette, comme des chim\u00e8res, et se d\u00e9ploy\u00e8rent dans un rayon de vingt pas pour ne pas rester grouper. Ils se fondirent silencieusement dans le paysage, coupant \u00e0 travers champs. Ils travers\u00e8rent les cultures de seigle en courant, pli\u00e9s en deux, puis finirent leur progression en rampant \u00e0 travers les pommes de terre, jusqu&rsquo;au sentier longeant le grillage. Les seuls bruits trouant la nuit, \u00e9taient le froissement des feuilles sous leurs pas, et le murmure du vent sur la plaine auquel se m\u00ealait, au moins au d\u00e9but, le timide ronronnement du drone qui prenait de l&rsquo;altitude. Ils se post\u00e8rent \u00e0 plat ventre face au toboggan, et observ\u00e8rent les environs s&rsquo;assurant qu&rsquo;aucun garde ne tra\u00eenait \u00e0 proximit\u00e9. La voie \u00e9tait d\u00e9gag\u00e9e. Ils attendaient, immobile, que le top d\u00e9part soit donn\u00e9, pour s&rsquo;attaquer \u00e0 l&rsquo;enceinte. Hugo pr\u00e9parait son mat\u00e9riel de d\u00e9coupe, se tenant pr\u00eat, lorsque G\u00fcnther souffla Go dans les oreillettes. En m\u00eame temps toutes les lumi\u00e8res de l&rsquo;entr\u00e9e s&rsquo;\u00e9teignirent. Gr\u00ebtta \u00e9tait bien au rendez-vous. Hugo s&rsquo;attaqua directement au premier grillage, utilisant son perce-tout avec pr\u00e9cision pour ouvrir une premi\u00e8re br\u00e8che. Il r\u00e9it\u00e9ra l&rsquo;op\u00e9ration deux m\u00e8tres plus loin pour perforer le second grillage. Tous trois s&rsquo;engouffr\u00e8rent dans l\u2019ouverture et fonc\u00e8rent courb\u00e9s en deux, pour aller se fondre dans l&rsquo;ombre t\u00e9n\u00e9breuse du b\u00e2timent. Ils patient\u00e8rent une minute sans bouger, guettant d&rsquo;\u00e9ventuels r\u00e9actions. La coupure de courant avait rendu les cam\u00e9ras aveugles. G\u00fcnther qui surveillait leur progression avec le drone, leur confirma qu&rsquo;ils n&rsquo;\u00e9taient pas rep\u00e9r\u00e9s et qu\u2019ils pouvaient poursuivre leur avanc\u00e9e. Ils se faufil\u00e8rent jusqu\u2019\u00e0 la grille du quai de chargement. Anna activa sa GoPro. Elle enregistrait le d\u00e9roulement de leur mission, transmettant directement \u00e0 G\u00fcnther par wifi ce qu&rsquo;elle voyait. La moindre erreur pouvait leur \u00eatre fatale. Hugo fit un nouvel usage de son perce-tout, pour d\u00e9couper le bo\u00eetier de protection, permettant l&rsquo;ouverture du passage pi\u00e9ton. Une fois ouvert, il d\u00e9gagea les fils et interchangea la carte Sim du dispositif avec une de celles qu&rsquo;il avait emmen\u00e9e. En effet l&rsquo;alarme \u00e9tait transmise par un syst\u00e8me t\u00e9l\u00e9phonique au poste de surveillance, g\u00e9n\u00e9rant une alerte muette. En changeant cette carte, il redirigeait l&rsquo;appel sur un terminal tiers, install\u00e9 dans la fourgonnette, tout en maintenant le dispositif actif, rendant l&rsquo;intrusion ind\u00e9celable. En m\u00eame temps, Anna prit un clich\u00e9 \u00e0 partir du point de vue de la cam\u00e9ra. Elle l\u2019imprima aussit\u00f4t, et le dona \u00e0 F\u00e9lix qui le fixa en face de l&rsquo;objectif de celle-ci. Lorsque le courant serait r\u00e9tabli, le pr\u00e9pos\u00e9 charg\u00e9 de la surveillance ne verrat aucun changement sur son \u00e9cran.<\/p><p>\u00c0 l&rsquo;int\u00e9rieur, ils d\u00e9couvrirent un d\u00e9dale de couloirs et de portes verrouill\u00e9es. Ils savaient que le temps jouait contre eux, mais ils avan\u00e7aient avec prudence, v\u00e9rifiant chaque recoin. F\u00e9lix ouvrait le chemin, en \u00e9claireur consciencieux. Il prenait des photos lorsqu&rsquo;ils croisaient une cam\u00e9ra, la faisait imprim\u00e9e par Anna, et l\u2019ins\u00e9rait devant l&rsquo;objectif. Ils finirent par se heurter \u00e0 une double porte m\u00e9tallique verrouill\u00e9e. F\u00e9lix la d\u00e9signa comme \u00e9tant le dernier rempart pour atteindre le c\u0153ur du dispositif de gestion des esclaves. Hugo utilisa \u00e0 nouveau son perce-tout pour d\u00e9couper les points d\u2019ancrage de celle-ci. L\u2019op\u00e9ration ex\u00e9cut\u00e9e, il \u00e9tablit une d\u00e9rivation des connexions sur l&rsquo;alarme, pour la rendre inop\u00e9rante. Ils p\u00e9n\u00e9tr\u00e8rent dans une salle dont la luminosit\u00e9, claire obscure, \u00e9tait induite par l\u2019unique source lumineuse du bloc de la sortie de secours, laissant juste distinguer les contours du mobilier. Ils voyaient, \u00e0 travers leurs lunettes \u00e0 vision nocturne, les formes verd\u00e2tres d\u2019une \u00e9norme tour d\u2019unit\u00e9 centrale, tr\u00f4nant au milieu de la pi\u00e8ce. Elle mesurait deux bons m\u00e8tres de haut sur un m\u00e8tre de large. La b\u00eate \u00e9tait cern\u00e9e par une meute d\u2019\u00e9crans plats, assist\u00e9s de leurs claviers. Ils \u00e9taient eux m\u00eame entour\u00e9s par un bataillon d\u2019armoires m\u00e9talliques, qui gardait la salle, immobile et silencieuse comme l\u2019arm\u00e9e d\u2019argile chinoise. Sans pr\u00e9avis, la lumi\u00e8re des spots de secours s\u2019alluma, \u00e9blouissant les membres de la petite troupe qui durent retirer leurs lunettes, pour se frotter les yeux. L\u2019\u00e9clairage n\u2019\u00e9tait pas des plus lumineux, mais permettait de pouvoir proc\u00e9der \u00e0 leurs investigations. Un l\u00e9ger bourdonnement empli l\u2019espace, en m\u00eame temps, divers voyant se mirent \u00e0 clignoter dans un cliquetis de relais et contacteurs se mettant en route. L\u2019ordinateur s\u2019\u00e9tait \u00e0 nouveau connect\u00e9 \u00e0 sa toile mortelle. Visiblement les groupes \u00e9lectrog\u00e8nes s&rsquo;\u00e9taient remis en marche. Combien de temps leur restaient-ils avant qu\u2019une patrouille ne vienne les surprendre\u00a0? Sans perdre une seconde, Anna entama une fouille m\u00e9ticuleuse et m\u00e9thodique des armoires. Utilisant un des claviers, Hugo lan\u00e7a ses recherches. Il d\u00e9couvrit rapidement le logiciel de traque GPS servant \u00e0 localiser les personnes puc\u00e9es. Chacune \u00e9tait r\u00e9pertori\u00e9e sous un num\u00e9ro d&rsquo;identification, et leurs coordonn\u00e9es g\u00e9ographiques \u00e9taient d\u00e9termin\u00e9es par une latitude et une longitude. Ils d\u00e9nombr\u00e8rent mille deux cent vingt-trois personnes soumises \u00e0 ce mouchard. Il transmit le fichier complet par wifi \u00e0 G\u00fcnther qui le redirigea instantan\u00e9ment par satellite \u00e0 Gr\u00ebtta, charg\u00e9e de leur lib\u00e9ration. Anna revint vers les gar\u00e7ons, portant une vulgaire bo\u00eete en bois, remplie de fiches en carton. En plein vingt et uni\u00e8me si\u00e8cle, elle venait de d\u00e9couvrir dans une salle informatique, hyper sophistiqu\u00e9e, un fichier manuel et manuscrit, \u00e0 jour semblait-il, renvoyant des noms \u00e0 un historique et \u00e0 un num\u00e9ro d\u2019identification. Cette trouvaille avait de relents de souffre, digne de l\u2019histoire r\u00e9currente des camps de la mort de la premi\u00e8re partie du vingti\u00e8me si\u00e8cle. Anna rep\u00e9ra rapidement les bristols correspondant \u00e0 Charline et Danuta et les extirpa du lot. Elle sortit un disque dur externe de son sac \u00e0 dos, et le connecta \u00e0 l&rsquo;ordinateur central. Elle recopia \u00e0 son tour les fichiers de coordonn\u00e9es de chaque personne enregistr\u00e9e. Elle les compara \u00e0 ceux r\u00e9pertori\u00e9s par ordre alphab\u00e9tique sur les bristols. Certains avaient l&rsquo;angle droit peint en rouge et ne correspondait \u00e0 aucune entr\u00e9e valide. Elle en d\u00e9duisit tristement que ces gens ne faisaient vraisemblablement plus parti du monde des vivants. F\u00e9lix de son c\u00f4t\u00e9 bataillait pour percer le labyrinthe du logiciel d&rsquo;activation des d\u00e9tonateurs. Il fit appel \u00e0 Hugo pour en venir \u00e0 bout, car le syst\u00e8me de mise \u00e0 feu des explosifs \u00e9tait truff\u00e9 de s\u00e9curit\u00e9s et de pares-feux, qu&rsquo;ils devaient contourner. Faisant preuve de beaucoup de patience et d\u2019astuce, les deux hommes finirent, en conjuguant leurs efforts, par entrer dans les circonvolutions de ce programme retord. Ils parvinrent \u00e0 s\u2019introduire dans le programme, le d\u00e9truisirent de l\u2019int\u00e9rieur, rendant impossible tout risque d\u2019assassinat par ce biais. Pour parfaire leur travail, Hugo connecta dans un port la cl\u00e9 USB que G\u00fcnther lui avait confi\u00e9e. Quelques manipulations plus tard, et avec l\u2019aide de F\u00e9lix, il parvint \u00e0 inoculer un virus dans le syst\u00e8me de la tour. Il s\u2019agissait d\u2019un ver qui emp\u00eacherait toute possibilit\u00e9 de rebooter l\u2019appareil, et contaminerait tout ordinateur tentant d\u2019entrer en relation avec lui, d\u2019o\u00f9 qu\u2019il soit sur la plan\u00e8te, en d\u00e9truisant la carte m\u00e8re.<\/p><p>Absorb\u00e9s par leur ouvrage, ils n\u2019entendirent pas le gardien qui patrouillait, entrer dans la salle. Alert\u00e9 par l\u2019effraction sur la porte, il entra silencieusement, pointant son revolver devant lui. Il fit face aux deux hommes attabl\u00e9s devant un \u00e9cran, et les mit en joue, pr\u00eat \u00e0 ouvrir le feu. Anna se trouvait l\u00e9g\u00e8rement en retrait, dissimul\u00e9e par l\u2019angle d\u2019une armoire. Elle n\u2019attendit pas qu\u2019il tire ou qu\u2019il la rep\u00e8re. L\u2019homme se tenait \u00e0 a peine quatre m\u00e8tres, le regard en tunnel sur ses cibles. Elle fit un vif pas \u00e0 gauche pour d\u00e9gager son angle de tir, les deux mains crisp\u00e9es sur son shocker. Elle visait \u00e0 hauteur de poitrine et tira, lui envoyant une d\u00e9charge de cinquante mille volts pour deux milliamp\u00e8res. T\u00e9tanis\u00e9, secou\u00e9 par de violents spasmes, l\u2019homme s\u2019\u00e9croula sans un cri, \u00e9chappant son arme. Hugo apr\u00e8s un regard reconnaissant \u00e0 Anna, se pr\u00e9cipita pour r\u00e9cup\u00e9rer le revolver qu\u2019il jeta au fond de son sac, pendant que F\u00e9lix ligotait l\u2019individu, les bras dans le dos apr\u00e8s un pied inamovible de la table. Hugo le b\u00e2illonna fermement et lui lia les jambes avec des colliers serflex.<\/p><p>Ils avaient r\u00e9ussi la phase majeure de leur mission, sans incident notable. Ils ne leur restaient plus qu\u2019a quitter les lieux de la m\u00eame mani\u00e8re qu\u2019ils \u00e9taient venus, et ni vu ni connu ils repartiraient, Hugo pouvait rejoindre sa s\u0153ur. C\u2019\u00e9tait compter sans F\u00e9lix.<\/p><p>Il avait remarqu\u00e9 qu&rsquo;une quinzaine de personnes \u00e9taient toujours d\u00e9tenues dans le centre. Il d\u00e9cida unilat\u00e9ralement d\u2019aller les lib\u00e9rer, mettant ses compagnons au pied du mur. Malgr\u00e9 l&rsquo;argumentation et les r\u00e9criminations d&rsquo;Hugo et d&rsquo;Anna, ainsi que les ordres formels de G\u00fcnther, \u00e9ructant de col\u00e8re, crachant dans les \u00e9couteurs qu\u2019ils devaient revenir. F\u00e9lix avait pris sa d\u00e9cision, il \u00e9tait sorti de la pi\u00e8ce et avait pris le chemin du quartier p\u00e9nitentiaire. Ses compagnons l\u2019accompagn\u00e8rent. Sur le chemin, Hugo fractura deux nouvelles portes, ne prenant m\u00eame plus le soin de shunter les alarmes. Ils d\u00e9bouch\u00e8rent dans un vaste couloir, desservant de part et d\u2019autre, des cellules grillag\u00e9es. F\u00e9lix se h\u00e2ta vers un bouton poussoir rouge de centralisation de l\u2019ouverture des portes, qui se trouvait \u00e0 l\u2019autre bout du couloir. Il le percuta et revint en courant, ouvrant les cellules une \u00e0 une au passage, criant que les occupants devaient sortir.<\/p><p>Hugo et Anna les regroupaient. Ils \u00e9taient nus, ne disposant que d\u2019une sommaire couverture en laine grise pour s\u2019abriter. En m\u00eame temps, ils s\u00e9curisaient les lieux. Un petit groupe d\u2019une quinzaine de personnes s\u2019\u00e9tait form\u00e9. F\u00e9lix leur expliqua en Allemand, qu\u2019ils \u00e9taient libres, et que leurs implants n\u2019\u00e9tait plus une menace. La colonne s\u2019\u00e9branla, deux par deux, F\u00e9lix en avant-poste, Anna gardait le flanc, et Hugo fermait la marche. Ils emprunt\u00e8rent le chemin du retour pour rejoindre le tobogan et fuirent cet enfer. Hugo contacta G\u00fcnther pour qu\u2019il trouve une solution de transport en urgence, car le Sprinter n\u2019\u00e9tait pas assez grand pour accueillir tout le monde. G\u00fcnther lui r\u00e9pondit que la solution \u00e9tait en marche, il l\u2019avait pr\u00e9vue, d\u00e8s que F\u00e9lix avait d\u00e9vi\u00e9 du plan. Tra\u00e7ant rapidement leur chemin dans ce d\u00e9dale, ils s\u2019enfil\u00e8rent dans un second couloir o\u00f9 ils tomb\u00e8rent nez \u00e0 nez avec un groupe de quatre gardes arm\u00e9s de tonfas et d\u2019armes de poing. Deux autres les prenaient \u00e0 revers, les attaquants dans le dos. La confrontation \u00e9tait disproportionn\u00e9e et in\u00e9vitable. Chacun fit face, prot\u00e9geant les otages lib\u00e9r\u00e9s. Un affrontement d\u2019une violence inou\u00efe s\u2019engagea. Des coups de pieds, de poings, de tonfa et de b\u00e2ton t\u00e9lescopique pleuvaient. Anna esquiva trois assauts vicieux, de deux agresseurs, voulant la maitriser voir plus en cas de victoire rapide. Elle les repoussa, usant des prises de Krav maga qu\u2019elle entretenait depuis son adolescence. Ses assaillants ayant sorti leur tonfa, elle utilisa son shocker pour les immobiliser, l\u2019un a distance, par la projection des griffes, le second en le touchant directement \u00e0 la poitrine lors d\u2019une nouvelle attaque o\u00f9 elle avait \u00e9chapp\u00e9 de justesse aux coups. Hugo, form\u00e9 \u00e0 l\u2019usage du b\u00e2ton t\u00e9lescopique, faisait des miracles. Il s\u2019opposait aux deux gardes les ayant pris en tenaille. Il enchainait les parades et les coups non l\u00e9taux, brisant une clavicule \u00e0 l\u2019un et le genou de l\u2019autre en moins de temps qu\u2019il n\u2019en faut pour le dire. Le plus teigneux des deux, ayant le genou fracass\u00e9, avait sorti son revolver et s\u2019appr\u00eatait \u00e0 en faire usage. D\u2019un geste sec et bien ajust\u00e9, il le frappa vigoureusement au niveau de l\u2019articulation du poignet, le lui brisant dans un hurlement de douleur. Avec Anna, il se pr\u00e9cipita vers F\u00e9lix qui luttait toujours. Il avait r\u00e9ussi \u00e0 en \u00e9liminer un, en lui donnant un m\u00e9chant coup de pieds au visage, et \u00e0 faire chuter l\u2019autre. Alors qu\u2019il allait lui sauter dessus pour le finir, l\u2019homme sorti son revolver et ouvrit le feu \u00e0 deux reprises. La premi\u00e8re balle tir\u00e9e \u00e0 bout portant, le toucha \u00e0 l\u2019\u00e9paule, le projetant violemment au sol. La seconde balle vint se ficher dans le thorax d\u2019un des otages, qui s\u2019\u00e9croula dans un gargouillis indistinct, raide mort. Une mar\u00e9e humaine s\u2019interposa avant qu\u2019il ne tire \u00e0 nouveau. Les anciens otages se ru\u00e8rent sur le garde au sol, le frappant et le mordant, le laissant sanguinolent et inanim\u00e9 sur le carrelage, le visage d\u00e9fonc\u00e9. Hugo du s\u2019interposer avant qu\u2019ils ne l\u2019ach\u00e8vent. Les moutons \u00e9taient devenus des loups assoiff\u00e9s de vengeance. Les mercenaires \u00e9taient hors d\u2019\u00e9tat de nuire, gisant en geignant ou inanim\u00e9 pour certain, sur un sol ensanglant\u00e9. Hugo r\u00e9cup\u00e9ra tout l\u2019armement, qu\u2019il jeta en vrac dans son sac. Il en sorti d\u2019ailleurs une dizaine de colliers serflex, avec lesquelles ils ligot\u00e8rent les vaincus, dos \u00e0 dos. La colonne se remis en marche, abandonnant leur mort sur place, mais \u00e9paulant F\u00e9lix. Au passage ils donn\u00e8rent quelques coups de pieds gratuits, mais vengeur a leurs ge\u00f4liers. Apr\u00e8s cette lutte acharn\u00e9e, Anna, Hugo et F\u00e9lix bless\u00e9, couvert de sueur et de sang, escort\u00e8rent les ex-otages jusqu\u2019au grillage. Leur temps \u00e9tait compt\u00e9, avant qu\u2019une alarme g\u00e9n\u00e9rale ne soit donn\u00e9e.\u00a0 Ils n\u2019avaient pas une minute \u00e0 perdre, et se press\u00e8rent jusqu\u2019aux grillages. La mission \u00e9tait une r\u00e9ussite, ils avaient d\u00e9connect\u00e9 les d\u00e9tonateurs, r\u00e9cup\u00e9r\u00e9s les donn\u00e9es dont ils avaient besoin et cerise sur le g\u00e2teau, ils avaient lib\u00e9r\u00e9 quatorze esclaves, le quinzi\u00e8me avait malheureusement \u00e9t\u00e9 tu\u00e9 en cours d\u2019\u00e9vacuation. Repassant par les br\u00e8ches de la cl\u00f4ture, ils arriv\u00e8rent dans le chemin ext\u00e9rieur. G\u00fcnther avait avanc\u00e9 le Sprinter jusqu\u2019\u00e0 eux. Il aida les deux personnes qui soutenaient F\u00e9lix \u00e0 le faire monter et l\u2019allonger dans la fourgonnette. Il avait suivi leur p\u00e9r\u00e9grination en directe sur les \u00e9crans, et avait sollicit\u00e9 l\u2019assistance d\u2019un renfort pour l\u2019\u00e9vacuation. Un minibus de couleur fonc\u00e9, vitres teint\u00e9es \u00e9tait stationn\u00e9 \u00e0 c\u00f4t\u00e9 du Sprinter. Un homme de carrure athl\u00e9tique, v\u00eatu de noir et cagoul\u00e9, invita la troupe \u00e0 monter dans son v\u00e9hicule, pendant que G\u00fcnther, Anna et Hugo sautaient dans leur propre camionnette. Le minibus d\u00e9marra, escort\u00e9 par le Sprinter, s\u2019\u00e9loignant rapidement, alors que les lumi\u00e8res du centre se rallumaient et que des gyrophares z\u00e9braient la nuit d\u2019une lumi\u00e8re tournoyante rouge, accompagn\u00e9es des hurlements stridents de sir\u00e8nes lugubres. Ouf, il \u00e9tait temps, ils avaient r\u00e9ussi \u00e0 partir avant que la cavalerie arrive. Ils firent un bref arr\u00eat \u00e0 l\u2019h\u00f4tel pour se changer, et r\u00e9cup\u00e9rer leurs affaires et le van de G\u00fcnther.\u00a0 Ils prirent la route, direction la fronti\u00e8re Polono-Allemande le plus vite possible, accompagnant le minibus. La r\u00e9putation des autorit\u00e9s Polonaise \u00e9tait c\u00e9l\u00e8bre pour son manque de diligence, et ils comptaient dessus, pour rejoindre l\u2019Allemagne avant qu\u2019ils n\u2019aient r\u00e9agi. Ils avaient une longueur d\u2019avance. G\u00fcnther avait pris le volant du Sprinter, laissant son van au bon soin d\u2019Anna, accompagn\u00e9 par Hugo. F\u00e9lix \u00e9tait assis \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de son p\u00e8re qui gardait un \u0153il sur lui. Il compressait un linge contre son \u00e9paule sanglante, et avait gob\u00e9 des g\u00e9lules d\u2019antibiotique et d\u2019antalgique. Sa blessure \u00e9tait douloureuse mais sans gravit\u00e9.\u00a0 Il avait juste une d\u00e9chirure cutan\u00e9e, la balle avait coup\u00e9 superficiellement un muscle de l\u2019\u00e9paule, sur un centim\u00e8tre, fr\u00f4lant la clavicule, mais n\u2019avait touch\u00e9 ni tendons ni os. Cependant, il souffrait, il \u00e9tait bl\u00eame et transpirait, serrant les dents, mais il ne se plaignait pas. Ce n\u2019\u00e9tait pas le moment de le soigner, ils s\u2019arr\u00eateraient apr\u00e8s la fronti\u00e8re. Leur mission \u00e9tait presque un succ\u00e8s, mais la mort d\u2019un des otages venaient l\u2019entacher d\u2019un voile sinistre de deuil. Ils avaient encore tous en t\u00eate les risques consid\u00e9rables qu\u2019ils avaient pris, ainsi que la violence terrible de l\u2019affrontement qui \u00e9tait encore tr\u00e8s fraiche dans leurs esprits. Ils avaient conscience qu\u2019ils venaient de faire un pas de g\u00e9ant vers la v\u00e9rit\u00e9. Ils \u00e9taient d\u00e9termin\u00e9s \u00e0 foncer jusqu\u2019au bout. Le convoi s\u2019acheminait \u00e0 vive allure, et franchissait la fronti\u00e8re \u00e0 Francfort sur l\u2019Oder en un temps record. L\u2019aube se levait, enveloppant la ville d\u2019un suaire blafard. Ils s\u2019arr\u00eat\u00e8rent \u00e0 la Klinikum Frankfurt, le seul h\u00f4pital de la ville. Une colonne de zombis emmaillot\u00e9es dans une vulgaire couverture grise descendit du minibus et se tassa dans le hall des urgences. Le v\u00e9hicule quitta les lieux directement, pour disparaitre \u00e0 jamais. G\u00fcnther s\u2019occupa de son fils. Il aseptisa la plaie et lui fit six points de suture, il lui donna aussi une nouvelle dose d\u2019antalgique par voie sou cutan\u00e9e. Il r\u00e9cup\u00e9ra tout le mat\u00e9riel utilis\u00e9 qu\u2019il chargea dans le Sprinter, y compris les combinaisons, ne laissant aucune trace du passage des gardiens. M\u00eame l\u2019hypoth\u00e8se farfelue de l\u2019existence d\u2019une structure organis\u00e9e n\u2019\u00e9tait pas envisageable. Avant de quitter ses amis, il les informa que l\u2019alerte provoqu\u00e9e par Jessica \u00e9tait lanc\u00e9e. Les t\u00e9l\u00e9scripteurs des organes de presse internationaux, ainsi que les cabinets pr\u00e9sidentiels ou minist\u00e9riels de l\u2019int\u00e9rieurs, des vingt-sept pays de l\u2019union europ\u00e9enne avait \u00e9t\u00e9 servis. Les premiers d\u00e9mentis \u00e9manant de la Russie, d\u2019Arabie saoudite ou encore de l\u2019Afrique du Sud, commen\u00e7aient \u00e0 arriver, criant au scandale. G\u00fcnther confia son Van \u00e0 Anna, car des mains plus douces seraient moins agressive pour son b\u00e9b\u00e9. Puis il embarqua dans le Sprinter et disparu avec F\u00e9lix.<\/p><p>Hugo et Anna se retrouvaient seul pour g\u00e9rer le gigantesque bordel qui n\u2019allait pas tarder \u00e0 s\u2019animer. Il t\u00e9l\u00e9phona \u00e0 Frantz pour l\u2019informer de la situation. Celui-ci lui confirma que l\u2019alerte de Jessica, \u00e9tait tomb\u00e9e dans les corbeilles de la pr\u00e9sidence et de l\u2019int\u00e9rieur. Les autorit\u00e9s prenaient cette temp\u00eate au s\u00e9rieux, et comme il avait \u00e9t\u00e9 le premier \u00e0 leur en parler, ils lui avaient pass\u00e9 la patate chaude, avec carte blanche, a condition qu\u2019ils ne soient pas \u00e9clabouss\u00e9s. Frantz se chargeait donc d\u2019alerter la police d\u2019\u00e9tat, ainsi que les autorit\u00e9s locales. Etant haut plac\u00e9 au sein de la brigade criminelle de la Bundespolize\u00ef, (Police f\u00e9d\u00e9rale), il prenait l\u2019affaire en compte, et arrivait, le temps de faire la route. Hugo avait remarqu\u00e9 que les otages avaient un code barre, soulign\u00e9 par un num\u00e9ro, tatou\u00e9s au-dessus de l\u2019emplacement ou la micro-puce \u00e9taient implant\u00e9es. Anna s\u2019\u00e9tait install\u00e9e avec son ordinateur dans le bureau d\u2019accueils de l\u2019h\u00f4pital. Elle avait transf\u00e9r\u00e9 les donn\u00e9es de son disque dur amovible, sur celui de son PC, avant de le confier \u00e0 G\u00fcnther. Elle identifiait les patients au regard des num\u00e9ros inscrits face \u00e0 leur nom. Elle expliqua aux soignants, la nature exacte de la puce, faisant \u00e9tat de leur nature explosive. Elle pr\u00e9cisa que chaque code barre devait \u00eatre photographi\u00e9 avant l\u2019intervention, et que les implants devraient \u00eatre remis aux policiers.<\/p><p>Ils s\u2019agit\u00e8rent autour des patients et du personnel soignant, jusqu\u2019\u00e0 l\u2019arriv\u00e9e de la Polizei. Ils s&rsquo;attendaient \u00e0 \u00eatre bouscul\u00e9s et \u00e0 devoir r\u00e9pondre \u00e0 tout un tas de questions, du moins au d\u00e9but. Ils \u00e9taient pr\u00eats. Gunther et F\u00e9lix resteraient dans l&rsquo;ombre. Ils se retrouveraient plus tard. Pour eux, une partie de l&rsquo;\u00e9nigme \u00e9tait r\u00e9solue, mais l&rsquo;affaire n&rsquo;\u00e9tait pas termin\u00e9e. Il leur restait \u00e0 r\u00e9cup\u00e9rer Charline et Danuta ainsi que tous les autres captifs. Hugo devait aussi boucler l\u2019enqu\u00eate d\u00e9but\u00e9e au gour de Tazenat. Jessica r\u00e9clamait justice. Les nuits s&rsquo;annon\u00e7aient encore courtes.Haut du formulaire<\/p><p>Chapitre 16\u00a0: Le jour d\u2019apr\u00e8s.<\/p><p>Une armada de voiture verte et blanche vint saturer le parking de la clinique, dans un maelstrom de gyrophares bleus et de sir\u00e8nes hurlantes. Un bis repetita sonore et visuel des derni\u00e8res images qu\u2019ils emportaient du centre. Une escouade de flics en tenue et en civil, investit les lieux, en courant et en criant, cr\u00e9ant un joyeux bordel. Hugo n&rsquo;\u00e9tait pas chagrin\u00e9 par cette situation, il en avait l&rsquo;habitude. Comme en France, l&rsquo;abordage d&rsquo;une situation grave ou exceptionnelle, commen\u00e7ait toujours par une p\u00e9riode de flou institutionnelle, aussit\u00f4t suivi par une crise de panique g\u00e9n\u00e9rale. Les hauts responsables aboyaient des ordres perch\u00e9s, suivis imm\u00e9diatement par des contre-ordres tout aussi inefficaces. Ils se morfondait sur leur sort, et les cons\u00e9quences n\u00e9fastes \u00e0 venir pour leur carri\u00e8re. Puis se lassant, voyant que la situation leur \u00e9chappait, ils se d\u00e9chargeaient de leur responsabilit\u00e9 sur le premier professionnel qui croisait leur chemin, le bombardant directeur d&rsquo;enqu\u00eate. Hypocritement ils savaient que leur avenir professionnel \u00e9tait sans int\u00e9r\u00eat pour eux, et qu\u2019il ferait d\u2019excellents fusibles. En tous cas ils suivraient l\u2019affaire de pr\u00e8s pour aiguillonner, d\u00e9noncer et sanctionner, ou \u00e0 terme, recevoir une m\u00e9daille bien m\u00e9rit\u00e9e. Quelquefois deux ou trois directeurs d\u2019enqu\u00eates se succ\u00e9daient, se d\u00e9robant face \u00e0 la complexit\u00e9 de situations inextricables, mais en bout de chaine, il y en avait toujours un qui apparaissait, faisant retomber la mayonnaise, et impulsait une direction s\u00e9rieuse aux investigations. En d\u2019autres termes, il \u00e9tait urgent d\u2019attendre. Une bonne heure s\u2019\u00e9coula avant que l\u2019on ne pr\u00eate r\u00e9ellement attention \u00e0 eux. Un policier affect\u00e9 \u00e0 un service judiciaire, se pr\u00e9senta \u00e0 Hugo et \u00e0 Anna. Sur ses instructions, ils furent \u00e9cart\u00e9s de cette agitation bouillonnante, et plac\u00e9s en retrait dans un bureau, o\u00f9 ils furent plus ou moins oubli\u00e9s pendant deux ou trois heures suppl\u00e9mentaires. Anna brandissait sa carte professionnelle de journaliste. Elle invoquait le droit de libert\u00e9 de la presse, \u00e0 qui voulait l\u2019entendre. Tr\u00e8s excit\u00e9e, elle r\u00e2lait, pestait, mena\u00e7ait de proc\u00e8s quiconque lui interdirai de couvrir l\u2019\u00e9v\u00e8nement. Hugo, assis dans un coin du bureau, sto\u00efque, s\u2019amusait int\u00e9rieurement de la voir se d\u00e9mener ainsi. Au bout de cette longue attente, un nouvel enqu\u00eateur se manifesta dans le bureau. Anna lui sauta litt\u00e9ralement dessus en l\u2019invectivant. Dans un monologue fort et endiabl\u00e9, elle lui expliqua qu\u2019elle \u00e9tait prot\u00e9g\u00e9e par son statut de journaliste d\u2019investigation. Elle \u00e9tait encart\u00e9e aupr\u00e8s du quotidien Der Spiegel, lu dans tout le pays, et que si on ne la laissait pas libre de ses mouvements, elle r\u00e9digerait un article assassin, les mettant en cause, \u00e0 la une de son journal. D\u00e9sar\u00e7onn\u00e9 par une telle v\u00e9h\u00e9mence, et quelque peu h\u00e9sitant, le policier la laissa partir.\u00a0 Hugo quant \u00e0 lui fut dirig\u00e9 sur le commissariat central de la ville. Ils avaient confi\u00e9 \u00e0 G\u00fcnther tout ce qui aurait pu les incriminer, le disque dur, le fichier en bois etc\u00e9t\u00e9ra. Ils ne poss\u00e9daient plus d\u2019arme, ni rien qui pouvait les relier directement au coup de main sur le centre Polonais. Comme ils \u00e9taient masqu\u00e9s, ils ne pouvaient pas non plus \u00eatre identifi\u00e9 par les ex-otages. Anna papillonnait de ci-de-l\u00e0, apportant son soutien aux soignants et aux victimes, s\u2019int\u00e9ressant \u00e0 eux, \u00e0 leurs origines, \u00e0 leurs histoires, \u00e0 la dur\u00e9e de leur d\u00e9tention et aux s\u00e9vices qu\u2019ils avaient subis. La confusion \u00e9tait telle que personne ne faisait attention \u00e0 personne. Elle grapillait des informations de tous les c\u00f4t\u00e9s, les consignant sur un bloc qu\u2019elle avait fauch\u00e9 \u00e0 une infirmi\u00e8re. Hugo pendant ce temps, \u00e9tait retenu, sans l\u2019\u00eatre officiellement, dans une salle d\u2019attente v\u00e9tuste du commissariat, hors cadre juridique. Il en profita pour prendre un peu de repos, apr\u00e8s avoir cr\u00e9\u00e9 une nouvelle panique en se pr\u00e9sentant comme Gendarme Fran\u00e7ais, en vacances chez une amie journaliste. Deux hauts grad\u00e9s pass\u00e8rent le voir, marchant sur des \u0153ufs dans leurs petits souliers vernis. Ils s\u2019adressaient \u00e0 lui en allemand, et il r\u00e9pondait invariablement avec une moue d\u2019incompr\u00e9hension en haussant les \u00e9paules. D\u00e9tendu, mais lass\u00e9 par leur brillante incomp\u00e9tence, il tira une chaise devant lui, y posa les pieds, appuyant le dossier de l\u2019autre chaise contre le mur, et ferma les yeux pour une l\u00e9g\u00e8re sieste, laissant ses h\u00f4tes d\u00e9sempar\u00e9s. Il savait que la valse des t\u00e9l\u00e9phones avait commenc\u00e9e, et il esp\u00e9rait \u00eatre loin quand on commencerait \u00e0 s\u2019int\u00e9resser \u00e0 lui. Apr\u00e8s deux heures d\u2019attente, il per\u00e7u un raffut de tous les diables dans le couloir. Un troupeau d\u2019\u00e9l\u00e9phants en rut d\u00e9boulait, ponctu\u00e9 de propos en Allemand dans lesquels il ne capta que les mots\u00a0de : Bundespolize\u00ef, Kriminalpolize\u00ef, Schnell, Verboten. La porte de la salle d\u2019attente s\u2019ouvrit avec fracas sur son ami Frantz, accompagn\u00e9 par une demi-douzaine d\u2019hommes et de femmes en civil, portant des brassards de la Polize\u00ef. Il vint vers Hugo et le briffa succinctement, lui expliquant qu\u2019il dirigeait une cellule d\u2019investigation exceptionnelle, dument mandat\u00e9e conjointement, par les minist\u00e8res de la justice et de l\u2019int\u00e9rieur. Ils \u00e9taient officiellement charg\u00e9s de g\u00e9rer cette affaire que le gouvernement prenait tr\u00e8s au s\u00e9rieux.<\/p><p>Il lui relata le sc\u00e9nario farfelu du minist\u00e8re de l\u2019int\u00e9rieur Polonais, qui se faisait tirer l\u2019oreille pour adh\u00e9rer \u00e0 l\u2019alerte donn\u00e9e par Jessica. Ils \u00e9taient en pleine recherche d\u2019un commando de terroristes Russes, qui avait d\u00e9truit ce centre de stockage de donn\u00e9s informatiques europ\u00e9ennes. Les m\u00e9chants avaient laiss\u00e9 derri\u00e8re eux, un tas de vigiles bless\u00e9s et un inconnu mort par balle. Les locaux techniques et l\u2019informatique avaient \u00e9t\u00e9 saccag\u00e9s. Pour des raisons de confidentialit\u00e9, relative au secret industriel, ils n\u2019avaient pas re\u00e7u l\u2019autorisation d\u2019investir les lieux pour enqu\u00eater. Ils n\u2019\u00e9taient pas aller plus loin que le sas d\u2019entr\u00e9e et avaient assist\u00e9 impuissant au balai des ambulances transf\u00e9rant les bless\u00e9s, sans qu\u2019ils puissent les interroger. Le mort avait \u00e9t\u00e9 \u00e9vacu\u00e9, mais ils l\u2019avaient perdu, et ne connaissait pas son identit\u00e9. Frantz montra \u00e0 Hugo une douzaine de photographies, voil\u00e9es, en noir et blanc, repr\u00e9sentant des ninjas noirs, non identifiable, se battant contre les vigiles. En dehors des tonfas et du b\u00e2ton t\u00e9lescopique, aucune arme de poing n\u2019\u00e9tait apparente. C\u2019\u00e9tait ce commando Russe que les policiers Polonais recherchaient. Ils butaient cependant contre la volont\u00e9 in\u00e9branlable du responsable, qui ne voulait pas de vague, et ne souhaitait pas engager de poursuite judiciaire, \u00e9voquant une discr\u00e9tion commerciale. Il ne voulait pas de mauvaise publicit\u00e9.<\/p><p>La position de l\u2019Allemagne \u00e9tait plus r\u00e9aliste et conventionnelle, d\u2019autant plus que la pr\u00e9sence des r\u00e9fugi\u00e9s \u00e0 l\u2019h\u00f4pital prouvait les all\u00e9gations de Jessica. Le retrait des implants pi\u00e9g\u00e9s confortait leur conviction, et tout \u00e9tait mis en \u0153uvre pour mettre un terme aux agissements de l\u2019aigle de l\u2019ombre. Cette d\u00e9nomination avait \u00e9t\u00e9 officiellement reprise dans les plus hautes sph\u00e8res de l\u2019\u00e9tat, et globalement dans quasiment tous les pays de l\u2019union Europ\u00e9enne, en dehors de la Pologne et de la Hongrie, qui ramaient toujours \u00e0 contre-courant.<\/p><p>Tout en quittant les lieux, sous le regard soulag\u00e9 des policiers locaux, Frantz et Hugo reprirent le chemin de l\u2019h\u00f4pital. Profitant de leur relative tranquillit\u00e9, Hugo lui rapporta en d\u00e9tail l\u2019op\u00e9ration, prot\u00e9geant fermement les Gardiens. Il expliqua avoir re\u00e7u l\u2019aide de G\u00fcnther et de F\u00e9lix, ce dernier en tant qu\u2019ex-victime. G\u00fcnther avait apport\u00e9 un soutien logistique en faisant appel \u00e0 ses amis en poste dans l\u2019arm\u00e9e Allemande.\u00a0 Frantz n\u2019\u00e9tait pas dupe, mais respectait les partis du r\u00e9cit restant dans l\u2019ombre. De toute fa\u00e7on l\u2019implication de la Bundeswehr dans l\u2019\u00e9quation, r\u00e9sonnait comme une \u00e9pine dans le flanc du gouvernement. Mieux valait que certains d\u00e9tails ne soient jamais rendus public, et conserver un flou artistique sur ces zones inexpliqu\u00e9es. Ils rejoignirent Anna \u00e0 la clinique. Celle-ci se d\u00e9menait toujours tous azimuts, excit\u00e9e comme une puce, photographiant, notant, questionnant tous ceux qui passaient \u00e0 sa port\u00e9e. Toujours en mode guerri\u00e8re, elle invectivait, suppliait, mena\u00e7ait et obtenait toujours satisfaction. Elle avait collect\u00e9 la totalit\u00e9 des matricules tatou\u00e9s et avait photographi\u00e9 les codes-barres de chacun. Elle communiqua ces \u00e9l\u00e9ments \u00e0 Frantz, lui faisant gagner une grosse semaine de recherches fastidieuses dans les m\u00e9andres des diverses administrations intervenantes. En croisant ses propres informations sur son ordinateur portable, elle avait m\u00eame pu identifier l\u2019otage tu\u00e9 dans le centre. Frantz \u00e9tait d\u2019ores et d\u00e9j\u00e0 en mesure de communiquer tous ces renseignements aux pays concern\u00e9s par les enl\u00e8vements. Cette m\u00e9thode \u00e9tait plus rapide que les voies diplomatiques officielle, car pareillement \u00e0 celles du seigneur, en plus d\u2019\u00eatre tortueuses, elles \u00e9taient imp\u00e9n\u00e9trables. Ils \u00e9taient conscients des lourdeurs politiques et administratives auxquels ils se seraient heurt\u00e9s, en suivant les circuits officiels comme de bons petits soldats. leur man\u0153uvre directe, s\u2019affranchissant de ces \u00e9tapes, ferait grincer bien des dents, mais le but recherch\u00e9 \u00e9tait quand m\u00eame l\u2019urgence et l\u2019efficacit\u00e9.<\/p><p>Frantz, Hugo et Anna, se repli\u00e8rent dans le Kleistpark, petit restaurant sympathique de la rue KleistraBe. L\u2019\u00e9tablissement \u00e9tait d\u00e9sert en raison de l\u2019heure tardive, mais ils consentirent aimablement \u00e0 les servir. Frantz s\u2019adressa \u00e0 ses amis dans la langue de Moli\u00e8re qu\u2019il maitrisait parfaitement\u00a0:<\/p><p>&#8211; De mon c\u00f4t\u00e9, je ne suis pas rest\u00e9 inactif. J&rsquo;ai enqu\u00eat\u00e9 sur la holding berlinoise : Jonas Schneider onderneming. Outre la possession de cette soci\u00e9t\u00e9 de stockage enregistr\u00e9e au nom de Wolke en Pologne, elle d\u00e9tient \u00e9galement la galerie M\u00fcller de G\u00f6ttingen, mais \u00e7a, vous le saviez d\u00e9j\u00e0. Un examen plus approfondi, m&rsquo;a permis de d\u00e9terminer qu&rsquo;elle d\u00e9tenait plus de cent cinquante affaires distinctes, diss\u00e9min\u00e9es dans toute l&rsquo;Europe et dans le monde entier. Nous avons trouv\u00e9 cinq autres soci\u00e9t\u00e9s identiques a Wolke, une implant\u00e9e sur chaque continent. Nous en avons avis\u00e9 les autorit\u00e9s comp\u00e9tentes. Elles portent toutes le nom \u00ab nuages\u00a0\u00bb traduit dans la langue des pays d&rsquo;implantation. Nous avons \u00e9tabli des liens de partenariat \u00e9conomiques et commerciaux, entre cette holding et les personnes mises en cause par Jessica Fr\u00e9mont. On peut affirmer que ses investigations c\u2019\u00e9tait du lourd, mais que les preuves transmises sont de v\u00e9ritables shrapnels qui vont arroser la plan\u00e8te. Tout un pan de l&rsquo;\u00e9conomie mondiale va \u00eatre secou\u00e9. Des signalements internationaux sont d\u00e9j\u00e0 lanc\u00e9s, afin de juguler l\u2019effondrement de certains secteurs, et traduire les mises en cause devant la justice des pays d\u00e9mocrates. Les autres vont se diluer dans les circonvolutions de tribunaux internationaux, et finir comme un serpent de mer. \u00c0 moins que la justice divine ne s\u2019en saisisse. Mais, attendez\u00a0! La cerise sur le g\u00e2teau, c\u2019est l\u2019identification formelle de l\u2019aigle de l\u2019ombre. Tenez-vous bien. Le monde entier en est sur le cul\u00a0! Au sommet de la pyramide, sur le tr\u00f4ne, un seul Kaiser. Jonas Schneider n\u00e9 \u00e0 Munich le 4 janvier 1967. Vous ne le connaissez certainement pas, mais tout le monde a entendu parler de son grand-p\u00e8re. Il est l&rsquo;h\u00e9ritier direct d&rsquo;un nom charg\u00e9 d&rsquo;histoire. C\u2019est le fils de l&rsquo;implacable homme d&rsquo;affaires Ulrich Schneider et de sa discr\u00e8te \u00e9pouse Frida Braun. Celle-ci n&rsquo;est autre que la fille l\u00e9gitime, inattendue et m\u00e9connue d&rsquo;Adolf Hitler et d\u2019Eva Braun. Jonas est \u00e2g\u00e9 maintenant de cinquante-quatre ans. Il r\u00e8gne sans partage, sur un empire financier colossal d\u2019import-export d\u2019or, de diamants, et de pierres pr\u00e9cieuses entre l\u2019Afrique et l\u2019Europe. Il est le dictateur terrifiant d\u2019un conglom\u00e9rat d\u2019affaires, qu\u2019il dirige seul. Une de ses filiales g\u00e8re un n\u00e9goce d\u2019armes, alimentant des th\u00e9\u00e2tres de guerre aux quatre coins du monde. Une autre s\u2019implique dans la traite des blanches et des \u00eatres humains par le biais de ses soci\u00e9t\u00e9s fictives de stockage de datas. C\u2019est lui l\u2019aigle de l\u2019ombre. Il dirige cet ordre occulte depuis trente ans, second\u00e9 par les membres de la descendance M\u00fcller. Tirant les ficelles, retranch\u00e9 dans la p\u00e9nombre discr\u00e8te de sa base, une tour inaccessible, mais bien en vue dans Berlin, implant\u00e9e entre la tour Merc\u00e9d\u00e8s et l\u2019\u00e9glise du souvenir, dite l\u2019\u00e9glise cass\u00e9e. Un aigle stylis\u00e9 gigantesque, noir et en relief, surplombe le b\u00e2timent, faisant face au logo d\u00e9mesur\u00e9 de la tour Mercedes. Avec ses amis, il rayonne sur toute la plan\u00e8te, cr\u00e9ant une \u00e9conomie parall\u00e8le. Depuis les coulisses il a creus\u00e9 un sillon inalt\u00e9rable dans lequel l\u2019humanit\u00e9 s\u2019est engouffr\u00e9e. Notre quotidien en est profond\u00e9ment impr\u00e9gn\u00e9. Il est riche \u00e0 Milliard, poss\u00e9dant, Ch\u00e2teaux, villas, Yachts luxueux et jets priv\u00e9s, s\u2019appropriant au passage la vie d\u2019\u00eatres humains pour les asservir et s\u2019en d\u00e9barrasser. Un mandat d\u2019arr\u00eat international est d\u00e9livr\u00e9 \u00e0 son encontre, mais il a d\u00e9j\u00e0 pris la fuite on ne sait pas o\u00f9. Nous avons plac\u00e9 sous s\u00e9questre son immeuble du Kurf\u00fcrstendamm, ainsi que tous les biens de la soci\u00e9t\u00e9. Sa fouille et son exploitation vont prendre des mois. Ah\u00a0! J\u2019allais oublier, Il faudra \u00e9galement que vous fassiez tous les deux une d\u00e9position officielle en tant que t\u00e9moin pour la justice, mais on en reparlera plus tard, il y a plus urgent pour le moment.<\/p><p>Hugo n&rsquo;avait jamais entendu son ami parler aussi longtemps, avec autant de passion et d&rsquo;enthousiasme, surtout en fran\u00e7ais. Ils avaient termin\u00e9 leur casse-croute, et quitt\u00e8rent le restaurant, tout en continuant \u00e0 d\u00e9battre sur la suite de leur aventure. Hugo et Anna avait deux priorit\u00e9s. En repartant, ils s\u2019arr\u00eateraient \u00e0 G\u00f6ttingen pour s\u2019enqu\u00e9rir de la position et de l\u2019\u00e9tat de sant\u00e9 de Danuta. Ils ne voulaient pas l\u2019abandonner et la laisser en plan. Ils devaient aussi foncer \u00e0 Gen\u00e8ve pour r\u00e9cup\u00e9rer Charline. Hugo ne trouverait pas la paix tant qu\u2019il n\u2019aurait pas atteint cet objectif. Gr\u00ebtta leur avait affirm\u00e9 par t\u00e9l\u00e9phone, quelques minutes auparavant, que les deux femmes \u00e9taient en bonne sant\u00e9, et qu\u2019elles avaient \u00e9t\u00e9 prises en charge. Les implants avaient \u00e9t\u00e9 retir\u00e9s sans incident. Charline se trouvait sous la surveillance discr\u00e8te d\u2019une de ses amies \u00e0 Gen\u00e8ve. Elles \u00e9taient toutes les deux hospitalis\u00e9e pour un check-up, en attendant qu\u2019ils viennent les chercher. \u00c7a faisait six jours qu\u2019Hugo avait quitt\u00e9 la France. Il lui restait encore quinze jours avant de reprendre le travail.\u00a0 Il \u00e9tait fou de joie \u00e0 l\u2019id\u00e9e de revoir sa s\u0153ur et d\u2019en apprendre plus sur son histoire. En moins d\u2019une semaine, il avait particip\u00e9 au sauvetage de prisonniers en Pologne, lev\u00e9 une \u00e9p\u00e9e de Damocl\u00e8s mena\u00e7ant des centaines de personnes, permis le d\u00e9mant\u00e8lement d\u2019une organisation mafieuse internationale, et repris contact avec son ami Frantz. Cette semaine riche, s\u2019\u00e9tait \u00e9galement ouverte pour lui sur une seconde vie. Il avait travers\u00e9 et retravers\u00e9 l\u2019Europe, et ce n\u2019\u00e9tait pas fini. Il avait crois\u00e9 et \u00e9chang\u00e9 avec des gens formidables, d\u00e9couvert un monde souterrain insoup\u00e7onn\u00e9, d\u00e9couvert une jeune femme qui l\u2019enchantait, et pour couronner l\u2019ensemble, il allait retrouver Charline. En faisant ce rapide bilan, il s\u2019apercevait qu\u2019il avait v\u00e9cu plus intens\u00e9ment que jamais, et accompli plus de chose en une semaine qu\u2019au cours des dix derni\u00e8res ann\u00e9es. Il ressentait au plus profond de son \u00eatre, qu\u2019Anna et lui devenaient indissociables. Tous deux se tenaient par la main, en marchant. Anna silencieuse, semblait suivre le cours de ses pens\u00e9es.\u00a0 Elle lui assura qu\u2019elle ne le laisserait pas tomber. Ils \u00e9taient sur le m\u00eame bateau et ils arriveraient ensemble \u00e0 bon port. Un lien myst\u00e9rieux semblait les unir, sans qu\u2019ils puissent l\u2019expliquer. Ils ne se connaissait que depuis si peu de temps, mais ils avaient le sentiment r\u00e9ciproque d\u2019\u00eatre les deux faces d\u2019une m\u00eame pi\u00e8ce. Ils se s\u00e9par\u00e8rent de Frantz, et reprirent leur route imm\u00e9diatement. La premi\u00e8re \u00e9tape, G\u00f6ttingen, se trouvait sur leur route, ainsi que Danuta. Ensuite ils continueraient \u00e0 Gen\u00e8ve, pour Charline, puis retour sur Wolschheim pour voir les Schwartz et prendre des nouvelles de F\u00e9lix. Ils rendraient le van \u00e0 G\u00fcnther et r\u00e9cup\u00e9reraient le Kuga d\u2019Hugo, ainsi que leurs affaires \u00e0 l\u2019h\u00f4tel. Ils \u00e9tabliraient la suite de leur plan apr\u00e8s. Pour l\u2019instant, ils \u00e9taient partis pour mille cinq cents kilom\u00e8tres, soit deux bons jours de voyage pour atteindre Gen\u00e8ve. Ils n\u2019envisageaient pas de longue halte sur l\u2019itin\u00e9raire, si ce n\u2019est quelques arr\u00eats buffet et les pleins du v\u00e9hicule. Ils arriv\u00e8rent \u00e0 G\u00f6ttingen en fin de journ\u00e9e, et se rendirent directement chez Anna \u00e0 Rosdorf. Ils \u00e9taient \u00e9puis\u00e9s et n\u2019avaient rien manger de consistant depuis le casse-croute pris avec Frantz. Leurs estomacs criaient famine, et ils s\u2019arr\u00eat\u00e8rent prendre des sandwichs au kebab du coin de la rue. Ils d\u00e9cid\u00e8rent de passer la nuit dans l\u2019appartement d\u2019Anna, avant de reprendre la route de tr\u00e8s bonne heure le lendemain matin. Ils s\u2019\u00e9croul\u00e8rent face \u00e0 face sur les sofas du salon, d\u00e9vorant avec avidit\u00e9 les sandwichs et les frites, faisant glisser la nourriture avec un Mass de bi\u00e8re bien fraiche. Anna vint se lover contre Hugo, et lan\u00e7a RTL Plus, l\u2019\u00e9quivalent Allemand de Deezer sur son enceinte acoustique. Elle s\u00e9lectionna \u00ab\u00a0Human II Nature de Nightwitsh, un groupe finlandais tr\u00e8s en vogue. Ils se laiss\u00e8rent aller l\u2019un contre l\u2019autre, sans bouger, se laissant bercer par la musique de m\u00e9tal symphonique. Ils sirotaient leur bi\u00e8re, sans parler, sans bouger, \u00e9changeant juste de temps en temps des regards amoureux, puis le sommeil les embarqua, sans pr\u00e9venir, comme ils \u00e9taient. Demain serait un autre jour.<\/p><p>Chapitre 17\u00a0: La lib\u00e9ration de Danuta.<\/p><p>Ils se r\u00e9veill\u00e8rent comme ils s\u2019\u00e9taient endormis. Face \u00e0 face dans les bras l\u2019un de l\u2019autre, avachis sur le sofa, la bouche p\u00e2teuse et la langue r\u00e2peuse, \u00e0 cause du k\u00e9bab et de la bi\u00e8re de la veille. Toujours v\u00eatus de leurs v\u00eatements sales, ils \u00e9taient hirsutes et sentaient la transpiration. Un v\u00e9ritable rem\u00e8de contre l\u2019amour. L\u2019ambiance \u00e9tait peu glamour mais leur arrach\u00e2t un sourire amus\u00e9. La lumi\u00e8re p\u00e2le du jour commen\u00e7ait \u00e0 filtrer \u00e0 travers les rideaux occultants. Plus courageuse, Anna se leva et se dirigea vers sa chambre o\u00f9 elle r\u00e9cup\u00e9ra des v\u00eatements confortables et propres. Le passage par la salle de bains la transforma, et lui rendit toute sa fraicheur et son dynamisme. C\u2019est une Anna toute guillerette et taquine qui en ressorti une demi-heure plus tard. Elle rejoignit Hugo, toujours en vrac sur le canap\u00e9. Tout en souriant franchement, elle lui d\u00e9signa la salle de bains du menton en disant\u00a0:<\/p><p>&#8211; Tu ressembles \u00e0 un ours mal l\u00e9cher, crois\u00e9 avec un putois, ayant une haleine de poney. Va vite te doucher, tu sens\u00a0le bouc. N\u2019oublie pas de te laver les dents si tu veux un baiser. J\u2019ai des brosses neuves dans l\u2019armoire, au-dessus du lavabo. D\u00e9sol\u00e9, pour le rasoir, il n\u2019y en a qu\u2019un pour femme et il est scrupuleusement r\u00e9serv\u00e9 \u00e0 mes jambes.\u00a0 Je n\u2019ai pas non plus de v\u00eatement \u00e0 ta taille.<\/p><p>Puis elle s\u2019activa dans le coin cuisine, organisant un petit d\u00e9jeuner avec ce qu\u2019elle avait dans les placards. Elle programma la cafeti\u00e8re et fit couler un caf\u00e9 serr\u00e9 \u00e0 l\u2019ancienne. Elle \u00e9tait r\u00e9fractaire aux dosettes et n\u2019aimait que le caf\u00e9 de\u00a0jus de chaussette, comme disait sa m\u00e8re. Elle sortit des viennoiseries du cong\u00e9lateur et les r\u00e9chauffa au four micro-onde, diffusant une fragrance douce et chaude. Elle disposa sur la table des bols, des biscottes, du beurre et de la confiture, donnant le temps \u00e0 Hugo de se pr\u00e9parer. En sortant de la salle de bains, celui-ci huma \u00e0 plein poumon l\u2019odeur des viennoiseries chaudes, m\u00e9lang\u00e9es aux effluves de caf\u00e9. La fatigue de la veille et les traces de l\u2019inconfort de la nuit sur le sofa \u00e9taient gomm\u00e9es. Il \u00e9tait en pleine forme, le sourire aux l\u00e8vres, l\u2019\u0153il coquin. Il s\u2019approcha d\u2019Anna, l\u2019enla\u00e7a et lui glissa \u00e0 l\u2019oreille\u00a0:<\/p><p>&#8211; Pour le baiser, c\u2019est maintenant, avant que la journ\u00e9e ne s\u2019emballe et ne nous laisse aucun r\u00e9pit.<\/p><p>La jeune femme se colla contre lui, et ils \u00e9chang\u00e8rent un langoureux baiser, tout en douceur. Hugo s\u2019\u00e9carta doucement, en lui susurrant\u00a0:<\/p><p>&#8211;\u00a0La temp\u00e9rature monte, et elle n\u2019est pas toute seule \u00e0 monter.\u00a0 Si tu veux que nous poursuivions notre route, il faut bouger. Je suis navr\u00e9.<\/p><p>Anna le regarda en riant, lui passant doucement la main sur la protub\u00e9rance que son pantalon tentait vainement de dissimuler. Elle r\u00e9pliqua, le regard carnassier :<\/p><p>&#8211;\u00a0Tu ne sais pas ce que tu perds. J\u2019ai un app\u00e9tit de lionne, et on est parti pour au moins vingt-quatre heure d\u2019abstinence. Tant pis pour toi, Il te faudra attendre maintenant.\u00a0 Apr\u00e8s un nouveau baiser torride, ils s\u2019arrach\u00e8rent l\u2019un \u00e0 l\u2019autre et d\u00e9jeun\u00e8rent copieusement, ne sachant quand il pourrait prendre leur prochain repas ou profiter de leurs prochains \u00e9bats.<\/p><p>Danuta attendait \u00e0 l\u2019h\u00f4pital de G\u00f6ttingen. Les m\u00e9decins avaient retir\u00e9 son implant et lui avait fait subir toute une batterie de tests. Elle \u00e9tait sous aliment\u00e9s et d\u00e9shydrat\u00e9e. Ils l\u2019avaient plac\u00e9 sous perfusion pendant une journ\u00e9e. Maintenant, elle pouvait partir quand elle le souhaitait. D\u00e9sormais elle \u00e9tait libre, mais ne savait pas trop quoi faire de cette nouvelle libert\u00e9. Jusqu\u2019\u00e0 pr\u00e9sent, Hugo et Anna ne l\u2019avaient aper\u00e7ue que dissimul\u00e9e derri\u00e8re des v\u00eatements trop amples, et des chapeaux trop bas. Ils la d\u00e9couvraient r\u00e9ellement, pour la premi\u00e8re fois. C\u2019\u00e9tait une belle jeune femme, v\u00eatue d\u2019une robe crayon vert bouteille, s\u2019arr\u00eatant \u00e0 mi-cuisse. Elle \u00e9tait tr\u00e8s l\u00e9g\u00e8rement maquill\u00e9e, ses pommettes hautes \u00e9taient mises en valeur, ses l\u00e8vres teint\u00e9es de rose pastel, et deux traits de liner sur les cils lui conf\u00e9rait un regard de biche aux abois. Ses cheveux ch\u00e2tain clair \u00e9taient relev\u00e9s en une queue de cheval haute sur la nuque. De fines lunettes dor\u00e9es encerclaient ses yeux noisette, qui renfermaient toute la d\u00e9tresse du monde. De la m\u00eame taille qu\u2019Anna elle \u00e9tait plus mince et filiforme, presque maigre. Un sourire triste et las ourlait d\u00e9licatement ses l\u00e8vres. Elle avait une petite trentaine d\u2019ann\u00e9es, trainant derri\u00e8re elle un v\u00e9cu compliqu\u00e9 qui exsudait de toute sa silhouette. Elle s\u2019\u00e9tait soumise aux interrogatoires policiers, d\u00e9taillant son histoire depuis son enl\u00e8vement jusqu\u2019\u00e0 sa lib\u00e9ration. Ils avaient consign\u00e9 sa d\u00e9position, mais n\u2019avaient montr\u00e9 aucune empathie. Ils n\u2019avaient retenu que sa nationalit\u00e9 Polonaise et son absence de statut l\u00e9gal. On ne lui avait fait aucune proposition, ni sociale, ni pour assurer sa s\u00e9curit\u00e9. Elle ne pouvait pas se projeter, elle n\u2019avait aucun avenir imm\u00e9diat. Elle n\u2019existait toujours pas. Elle \u00e9tait consid\u00e9r\u00e9e comme un d\u00e9g\u00e2t Co-lat\u00e9ral, dont on ne savait pas quoi faire. Jusqu\u2019alors, elle vivait recluse dans une chambre sordide, au-dessus de la joaillerie M\u00fcller, c\u2019\u00e9tait son chez elle, m\u00eame si elle y \u00e9tait battue et subissait des contraintes quotidiennes. L\u2019\u00e9tablissement avait \u00e9t\u00e9 perquisitionn\u00e9 et saisie par la police.\u00a0 Du fait, elle n\u2019avait plus acc\u00e8s \u00e0 cette chambre mansard\u00e9, sans confort, qu\u2019elle occupait jusqu\u2019alors. Sa lib\u00e9ration la jetait dans la rue sans papier et sans argent. Son seul bien \u00e9tait la robe qu\u2019elle portait, et ses chaussures. Comme en France, beaucoup de droits \u00e9taient ouverts, dans tous les domaines, et pour tous les cas de figure. Mais voil\u00e0, comme en France il fallait remplir des conditions et biffer toutes les cases d\u2019un listage long comme un jour sans fin. Il lui manquait malheureusement une ou deux cases pour acc\u00e9der \u00e0 une quelconque assistance. Elle passait comme beaucoup \u00e0 travers un filet en forme d\u2019entonnoir \u00e0 l\u2019envers. Un vague signalement avait \u00e9t\u00e9 communiqu\u00e9 aux autorit\u00e9s polonaises, sans \u00e9cho de leur part.<\/p><p>Elle r\u00e9it\u00e9ra \u00e0 Hugo et \u00e0 Anna, une nouvelle fois, son histoire mille fois cont\u00e9e aux flics. Elle avait \u00e9t\u00e9 enlev\u00e9e \u00e0 Gdansk en Pologne, une dizaine d\u2019ann\u00e9es plus t\u00f4t. Elle n\u2019avait alors que dix-neuf ans. Orpheline, elle vivait dans un foyer pour femme isol\u00e9e dans la vieille ville. Un soir d\u2019hiver, alors qu\u2019elle rentrait du travail, sur les docs, un homme l\u2019avait abord\u00e9e lui demandant du feu. La nuit \u00e9tait d\u2019une noirceur d\u2019encre, et les lieux absolument d\u00e9serts. Elle n\u2019eut pas le temps d\u2019avoir peur. Sans qu\u2019elle s\u2019y attende, il l\u2019avait violemment frapp\u00e9e sur le visage, et charg\u00e9e de force \u00e0 l\u2019arri\u00e8re d\u2019une fourgonnette, o\u00f9 il l\u2019avait b\u00e2illonn\u00e9e et ligot\u00e9e. Elle avait repris connaissance enti\u00e8rement nue, dans une baraque de chantier.\u00a0 \u00c0 la suite des coups, elle avait un \u0153il gonfl\u00e9 et ferm\u00e9, et la l\u00e8vre inf\u00e9rieure \u00e9clat\u00e9e. Elle se sentait poisseuse, collante du sang qui avait coul\u00e9 sur elle, durant son inconscience. Elle entendait au loin le bruit du chantier maritime, et la sir\u00e8ne des bateaux quittant le port. Elle resta captive environ une semaine, elle ne pouvait se rep\u00e9rer dans le temps, vivant dans une obscurit\u00e9 totale, ayant pour seul confort un vulgaire seau de ma\u00e7on pour ses besoins. Elle avait hurl\u00e9, et tambourin\u00e9 sur les t\u00f4les de sa prison, se cassant les ongles et s\u2019\u00e9gratignant les mains. Personne n\u2019\u00e9tait venu la secourir. Son agresseur passait la voir tous les jours ou tous les deux jours, elle ne pouvait \u00eatre pr\u00e9cise sur ce point. Il lui apportait un crouton de pain et de l\u2019eau. Chaque visite \u00e9taient assorties de violences et de viols. Il la frappait et lui imposait des relations sexuelles, l\u2019utilisant de toutes les fa\u00e7ons possibles. Elle pensait qu\u2019il la tuerait lorsqu\u2019il en aurait fini avec elle. Elle n\u2019avait plus aucun espoir. Un matin il revint accompagn\u00e9 par deux autres hommes. Sans lui adresser la parole, ils lui li\u00e8rent les mains dans le dos et la jet\u00e8rent dans la caisse d\u2019une camionnette int\u00e9gralement t\u00f4l\u00e9e. Elle rejoignit quatre jeunes femmes, \u00e2g\u00e9es de seize \u00e0 vingt ans, et deux adolescents. Tous \u00e9taient entrav\u00e9s par des collier serflex. Ils portaient des traces de coup sur le corps et le visage. Les gar\u00e7ons \u00e9taient nus, ainsi que deux des filles. Ils portaient manifestement les stigmates de violents s\u00e9vices sexuels, ayant laiss\u00e9 des traces sanglantes sur leurs appareils g\u00e9nitaux et leurs anus. Ils \u00e9taient sales et marqu\u00e9s par les coups. Apr\u00e8s un long trajet d\u2019une dur\u00e9e ind\u00e9termin\u00e9e, ou ils furent ballot\u00e9s, se roulant les uns sur les autres, heurtant violemment les parois de la fourgonnette, ils furent jet\u00e9s sur le quai d\u2019un entrep\u00f4t en rase campagne. Guid\u00e9s \u00e0 coups de b\u00e2ton \u00e9lectrique, comme du b\u00e9tail, ils furent conduits et enferm\u00e9s dans des cellules grillag\u00e9es, r\u00e9parties de part et d\u2019autre d\u2019un couloir. Ils avaient \u00e0 leur disposition un simple \u00e9vier en inox et des WC turc, avec du papier hygi\u00e9nique, au fond de la cellule, sans aucune intimit\u00e9. Leur possession \u00e9tait limit\u00e9e \u00e0 un gant de toilette et \u00e0 une serviette en \u00e9ponge, \u00e0 une brosse \u00e0 dent et \u00e0 un demi-cube de savon brut. Pour tout v\u00eatement ils portaient une blouse unisexe grise sans poche, qui descendait jusqu\u2019aux genoux, variant en fonction de la taille de son utilisateur. les sous-v\u00eatements \u00e9taient prohib\u00e9s. Elle v\u00e9cue ainsi pendant six mois, chaque jour apportait son lot de coups, d\u2019humiliation et de viols. Elle parvint cependant \u00e0 faire connaissance avec ses voisins de cellule. A gauche F\u00e9lix, num\u00e9ro huit cent quarante-cinq, et \u00e0 droite Charline num\u00e9ro huit cent quarante-sept. Elle ne put \u00e9tablir aucun autre contact avec les prisonniers. Les seuls choses qu\u2019elle connaissait d\u2019eux, c\u2019\u00e9taient les cris et hurlement qu\u2019ils poussaient lors des s\u00e9ances de torture quotidienne. Six mois de souffrance s\u2019\u00e9coul\u00e8rent. Elle \u00e9tait bris\u00e9e et d\u00e9truite, quasiment lobotomis\u00e9e. Ils lui implant\u00e8rent une puce GPS explosive dans la nuque, et lui tatou\u00e8rent un code barre avec son num\u00e9ro d\u2019identification, le\u00a0: \u00ab\u00a0<strong>846\u00a0\u00bb<\/strong>. C\u2019est comme \u00e7a que d\u00e9sormais on l\u2019appellerait. Afin d\u2019enfoncer le clou, et leur montrer les risques qu\u2019ils encouraient, les gardes choisirent al\u00e9atoirement un d\u00e9tenu, qu\u2019ils sortirent de sa cellule en le frappant et en l\u2019aiguillonnant au b\u00e2ton \u00e9lectrique. Ils le firent tomber d\u2019un m\u00e9chant croche pieds. Un des gardiens s\u2019approcha de lui, et glissa son t\u00e9l\u00e9phone portable sur sa nuque pour scanner le code barre.\u00a0 Dans la foul\u00e9e, les deux autres gardes le remirent sur pieds, le relevant en le tirant par les aisselles, lui donnant au passage de nombreux coups de poings et des claques retentissantes. Ils le laiss\u00e8rent divaguer dans le couloir comme un zombi, durant une bonne minute, en se moquant de lui. Le premier gardien s\u2019avan\u00e7a th\u00e9\u00e2tralement au centre du couloir, tenant sont t\u00e9l\u00e9phone devant lui, de fa\u00e7on que tous les d\u00e9tenus le voient. Il appuya ostensiblement sur une touche. Un faible claquement per\u00e7a le silence. Le prisonnier dans un spasme s\u2019\u00e9croula, raide mort, la nuque d\u00e9chiquet\u00e9e. Le gardien tout sourire, se courba, saluant son public comme un acteur de th\u00e9\u00e2tre apr\u00e8s une macabre prestation. Ils \u00e9vacu\u00e8rent le cadavre en ricanant, contents de leur petit effet, le trainant sur le sol par les pieds, laissant derri\u00e8re eux une trace sanglante, qu\u2019ils firent nettoyer par les autres d\u00e9tenus. Danuta reconnu dans le cadavre, un des adolescents arriv\u00e9 en m\u00eame temps qu\u2019elle dans la fourgonnette. Elle ne connaissait m\u00eame pas son nom. A partir du jour de l\u2019implantation de la puce, les coups s\u2019arr\u00eat\u00e8rent et les viols s\u2019espac\u00e8rent. On commen\u00e7a \u00e0 leur fournir des sous-v\u00eatements, des v\u00eatements et les produits d\u2019hygi\u00e8ne de base. Elle reprit petit \u00e0 petit une apparence humaine. Les prisonniers commenc\u00e8rent \u00e0 quitter leurs ge\u00f4les, le plus souvent seul, parfois \u00e0 deux ou \u00e0 trois, pour une destination inconnue, on ne les revoyait plus. Un jour ce f\u00fbt son tour. Ils vinrent la chercher et la brief\u00e8rent longuement. Un homme en costume gris, escort\u00e9 par deux vigiles arm\u00e9s, commen\u00e7a l\u2019entretien. En pr\u00e9ambule, il lui ass\u00e9n\u00e2t froidement une gifle sur le visage, la blessant \u00e0 la l\u00e8vre inf\u00e9rieure, provoquant une douleur cuisante et lui arrachant des larmes. Il expliqua qu\u2019elle partait servir un nouveau ma\u00eetre en Allemagne. Il insista sur le fait qu\u2019elle n\u2019avait aucune existence. Elle ne serait ni salari\u00e9e, ni libre, mais restait exclusivement le num\u00e9ro huit cent quarante-six, jusqu\u2019\u00e0 la fin de ses jours. Il lui assura qu\u2019au moindre faux pas, ils activeraient le d\u00e9tonateur pour la tuer. Elle devait ob\u00e9ir aveugl\u00e9ment, sans poser de question. Elle n\u2019avait pas le choix. Une \u00e9p\u00e9e de Damocl\u00e8s \u00e9tait suspendue au-dessus de sa t\u00eate. Puis vint l\u2019\u00e9num\u00e9ration d\u2019une s\u00e9rie d\u2019interdictions sous peine d\u2019une mort imm\u00e9diate et violente. Elle avait l\u2019interdiction formelle de contacter qui que ce soit, de d\u00e9voiler le moindre d\u00e9tail sur sa captivit\u00e9 ou de d\u00e9vier des itin\u00e9raires fix\u00e9s par son nouveau ma\u00eetre.\u00a0 Elle devait rester parfaitement invisible. Il finit en lui disant qu\u2019elle n\u2019\u00e9tait qu\u2019un produit commercial, et qu\u2019elle avait \u00e9t\u00e9 vendue \u00e0 un nomm\u00e9 Gerhart M\u00fcller. Sa vie lui appartenait. Il pouvait l\u2019utiliser \u00e0 sa guise comme pute, tueur \u00e0 gage ou tout autre selon sa volont\u00e9. Voil\u00e0 maintenant dix ans qu\u2019elle menait cette vie de servitude. C\u2019est au d\u00e9tour d\u2019une de ses missions qu\u2019elle avait crois\u00e9 F\u00e9lix \u00e0 G\u00f6ttingen, lui-m\u00eame revenait d\u2019un recouvrement de dette muscl\u00e9 pour son ma\u00eetre. Ils avaient pu parler un peu. Il en allait de m\u00eame lorsque Danuta s\u2019\u00e9tait rendue \u00e0 Sofia en Bulgarie, pour convoyer des bijoux vol\u00e9s et revenir avec une valise d\u2019euros.\u00a0 Au retour elle avait accidentellement crois\u00e9 Charline dans un train. Elles avaient \u00e9chang\u00e9 leur point de chute respectif. Charline avait parl\u00e9 de son fr\u00e8re en Auvergne et lui avait confi\u00e9 la photo qu\u2019elle gardait sur elle, comme si elle jetait une bouteille \u00e0 la mer. Elle esp\u00e9rait que Danuta pourrait l\u2019exploiter. Elle n\u2019avait aucun r\u00e9pit et ne pouvait pas lancer d\u2019alerte. La surveillance sur sa personne s\u2019\u00e9tait accrue et elle sentait que sa vie ne tenait plus qu\u2019\u00e0 un fil. Dans la discussion, elle avait confi\u00e9 que son kidnappeur \u00e9tait le photographe.<\/p><p>Danuta avait conserv\u00e9 cette photo, sous une lame du plancher de sa chambre, pendant quatre ou cinq ans. Elle ne connaissait pas Hugo, mais en avait fait son fr\u00e8re par procuration. Un jour que M\u00fcller venait de lui donner une correction, il lui fit savoir pour l\u2019impressionner que \u00ab\u00a0<strong>845<\/strong>\u00a0\u00bb avait \u00e9t\u00e9 ex\u00e9cut\u00e9. Sa puce avait \u00e9t\u00e9 d\u00e9clench\u00e9e. Il l\u2019avait menac\u00e9e de la m\u00eame sanction. Elle avait reconnu ce num\u00e9ro comme celui de son voisin de cellule. Plusieurs mois plus tard, par le plus grand des hasards, elle avait crois\u00e9 \u00ab\u00a0<strong>845\u00a0\u00bb<\/strong>, bien vivant \u00e0 quelques pas de la joaillerie. Il surveillait les all\u00e9es et venues autour de l\u2019\u00e9tablissement, c\u2019est l\u00e0 qu\u2019il l\u2019avait rep\u00e9r\u00e9e.\u00a0 Il l\u2019avait discr\u00e8tement abord\u00e9e, lui avait donn\u00e9 son pr\u00e9nom r\u00e9el, F\u00e9lix, et dit qu\u2019il \u00e9tait libre. Il promit qu\u2019il essaierait de l\u2019aider, mais que ce n\u2019\u00e9tait pas simple. Ils convinrent de se voir tous les deux ou trois jours de la m\u00eame mani\u00e8re furtive, c\u2019est lui qui l\u2019aborderait sur son trajet. Elle avait r\u00e9ussi \u00e0 lui passer la photo de Charline et d\u2019Hugo, et lui avait demand\u00e9 de le retrouver et de le contacter pour lui dire que sa s\u0153ur \u00e9tait toujours vivante, en Suisse. Ils s\u2019\u00e9taient revus plusieurs fois, y compris le soir ou elle avait manqu\u00e9 sa filature d\u2019Hugo et d\u2019Anna, commandit\u00e9e par M\u00fcller. Il l\u2019avait d\u2019ailleurs pist\u00e9e dans cette filature, et avait fait le rapprochement avec le Hugo de la photo. Il demanda \u00e0 Danuta si elle voulait bien faire quelque chose pour lui, mais que c\u2019\u00e9tait tr\u00e8s risqu\u00e9. Elle accepta. Il lui redonna le clich\u00e9 de Charline, au dos duquel des indications et coordonn\u00e9es \u00e9taient inscrites et lui confia la mission de le leur remettre. C\u2019est ce qu\u2019elle fit lors du rendez-vous nocturne qu\u2019elle avait provoqu\u00e9. Le soir, au retour de son escapade, elle crut avoir \u00e9t\u00e9 d\u00e9masqu\u00e9e. La porte de sa chambre n\u2019\u00e9tait pas encore totalement referm\u00e9e qu\u2019elle se r\u00e9ouvrit avec fracas. Gerhart M\u00fcller, brute avin\u00e9e se dressait devant elle. Il bavait, \u00e9cumait et hurlait comme un fou. Il la gifla hargneusement sur le visage, puis la repoussa avec force sur le lit. Il lui arracha ses v\u00eatements, baissa d\u2019un seul geste son pantalon et son slip, et la p\u00e9n\u00e9tra bestialement, assouvissant une tension sexuelle primaire, grognant comme un porc. Ce n\u2019\u00e9tait pas la premi\u00e8re fois qu\u2019il agissait ainsi, cette fois, c\u2019\u00e9tait la punition pour ne pas avoir \u00e9t\u00e9 \u00e0 la hauteur lors du piratage des donn\u00e9es qu\u2019elle devait r\u00e9cup\u00e9rer \u00e0 la biblioth\u00e8que. Cela faisait moins d\u2019une semaine que ces faits s\u2019\u00e9taient d\u00e9roul\u00e9s. Lors de son audition, les flics avaient consign\u00e9 ces viols r\u00e9p\u00e9t\u00e9s et les violences subis depuis dix ans. Ils semblaient incr\u00e9dules, d\u00e9pass\u00e9s par la gravit\u00e9 des actes commis, ils tournaient comme des gu\u00eapes folles dans un sabot, sans apporter de soutien \u00e0 la victime. Danuta dans son c\u0153ur renfermait toute la haine du monde. Elle savait que si la justice ne s\u2019occupait pas de M\u00fcller, elle le ferait elle-m\u00eame, sans h\u00e9siter.<\/p><p>Anna mesurait le d\u00e9sarroi de Danuta. Elle proposa de lui pr\u00eater son appartement, le temps qu\u2019elle accompagne Hugo chercher Charline \u00e0 Gen\u00e8ve. Dans tous les cas elle trouverait une solution pour l\u2019aider. Hugo \u00e9tait d\u2019accord, mais son esprit \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 parti. Il avait h\u00e2te de retrouver Charline. Danuta, quant \u00e0 elle ne savait pas quoi faire. Elle ne voulait pas rester seule et inactive. Finalement elle d\u00e9cida de les accompagner. Elle n\u2019avait plus de famille en Pologne, et ne connaissait personne en Allemagne. Ses seuls amis \u00e9taient ces inconnus. Une heure plus tard, ils \u00e9taient tous les trois dans le van de G\u00fcnther. Ils s\u2019arr\u00eat\u00e8rent \u00e0 Rosdorf, le temps de trouver une tenue ad\u00e9quate pour Danuta dans la garde-robe d\u2019Anna. Un nouvel arr\u00eat dans un super march\u00e9 pour acheter des produits hygi\u00e9niques ainsi qu\u2019un ou deux v\u00eatements pour Hugo et ils prirent l\u2019autoroute, direction Gen\u00e8ve.<\/p><p>Chapitre 18\u00a0: La lib\u00e9ration de Charline.<\/p><p>Ils avaient neuf heures de routes \u00e0 parcourir et se relayaient r\u00e9guli\u00e8rement tous les trois, toutes les deux heures. Danuta participait \u00e0 l\u2019effort de guerre. L\u2019ambiance tendue du d\u00e9part s\u2019all\u00e9geait. Hugo et Anna parlaient de leur vie professionnelle, et priv\u00e9e, racontant des histoires, apprenant \u00e0 mieux se conna\u00eetre. Ils partageaient sur leurs hobbies et leurs passions. Danuta introvertie, n\u2019avait qu\u2019une vie de mis\u00e8re \u00e0 raconter, et c\u2019\u00e9tait d\u00e9j\u00e0 fait. Elle \u00e9coutait, mur\u00e9e dans un mutisme imp\u00e9n\u00e9trable, ferm\u00e9e comme une huitre. Elle se d\u00e9contractait pourtant, au fil des anecdotes cocasses de ses compagnons et des carricatures qu\u2019ils brossaient de leurs connaissances professionnelles. Certains portraits lui arrachaient m\u00eame un petit hoquet de rire. Ses r\u00e9f\u00e9rences musicales \u00e0 elle, dataient des ann\u00e9es 2010. En ce temps-l\u00e0, CHOPIN \u00e9tait toujours dans le TOP 10, tr\u00e8s \u00e0 la mode en Pologne. Le groupe Kasia Nosowska venait de sortir un album de reprises des ann\u00e9es r\u00e9volutionnaire de 1980. Les cin\u00e9mas diffusaient \u00ab\u00a0L\u2019ombre de Staline\u00a0\u00bb\u00a0; \u00ab\u00a0Sous la ville\u00a0\u00bb ou encore\u00a0\u00ab\u00a0Les r\u00e9volt\u00e9 de l\u2019\u00eele du diable\u00a0\u00bb. Elle \u00e9tait \u00e0 des ann\u00e9es-lumi\u00e8re des programmations actuelles et des formations musicales en vogue. Cependant elle commen\u00e7ait \u00e0 prendre plaisir \u00e0 les \u00e9couter babiller. Elle \u00e9tait t\u00e9moin des pr\u00e9mices d\u2019une histoire d\u2019amour, et \u00e7a l\u2019amusait. Les discussions ralentissaient ou reprenaient de la vigueur, fluctuant en fonction de leur \u00e9tat de fatigue. Danuta s\u2019int\u00e9grait petit \u00e0 petit \u00e0 leurs comm\u00e9rages. Elle leur apprit qu\u2019elle parlait couramment le polonais, l\u2019allemand, le fran\u00e7ais mais aussi l\u2019anglais. Elle avait \u00e0 la base un dipl\u00f4me d\u2019\u00e9lectrom\u00e9canicienne, et avant de se faire enlever, elle travaillait sur le chantier naval de Gdansk. Elle avait nulle attache. Elle \u00e9tait terroris\u00e9e par son futur imm\u00e9diat. Elle se sentait socialement morte, ray\u00e9e du monde des vivant. Le couple la rassurait, lui promettant de ne pas l\u2019abandonner. Hugo s\u2019engagea en lui assurant qu\u2019il entreprendrait les d\u00e9marches n\u00e9cessaires pour la remettre en selle, que ce soit en Allemagne, en Pologne ou en France. Ils comptaient \u00e9galement sur les Schwartz et les Gardiens pour les aider. Il y avait le cas Danuta, certes, mais il y avait un bon millier de personnes \u00e0 aider et les structures \u00e9tatiques, toujours auto-satisfaites, \u00e9taient trop souvent \u00e0 la ramasse.<\/p><p>Ils arriv\u00e8rent \u00e0 l\u2019H\u00f4pital universitaire de Gen\u00e8ve, Rue Gabrielle-Perret-Gentil vers dix-neuf heures. L\u2019\u00e9tablissement d\u2019une propret\u00e9 immacul\u00e9e, brillait de tous ses feux, comme la piste d\u2019atterrissage d\u2019un a\u00e9roport international. Ils franchirent le sas d\u2019entr\u00e9e, un tambour rotatif g\u00e9ant, et se heurt\u00e8rent \u00e0 une infirmi\u00e8re bougonne qui leur barrait le passage, tel un cerb\u00e8re mythologique. Ses bajoues et son faci\u00e8s aplatie, rougeaud, lui donnait un air de bouledogue pr\u00eat \u00e0 mordre. Agressivement, elle leur refusa l\u2019acc\u00e8s \u00e0 Charline, pr\u00e9textant qu\u2019ils se pr\u00e9sentaient en dehors des heures de visites l\u00e9gales. Elle se mit dans tous ses \u00e9tats lorsque Hugo insista, lui demandant la d\u00e9livrance d\u2019un bon d\u2019autorisation de sortie pour sa s\u0153ur. Il \u00e9tait \u00e0 bout d\u2019argument devant ce monument d\u2019indiff\u00e9rence, et il commen\u00e7ait \u00e0 envisager s\u00e9rieusement de lui donner une bourrade pour l\u2019\u00e9carter du chemin, et d\u2019enlever sa s\u0153ur avant de s\u2019enfuir vers la France voisine de dix kilom\u00e8tres \u00e0 peine. Il s\u2019expliquerait et assumerait quant ils seraient tous en s\u00e9curit\u00e9. Anna, plus calme et tranchante, prit le leadership. Encore une fois, elle exhiba sa carte de presse, et la fourra sous le nez de l\u2019infirmi\u00e8re. Elle mena\u00e7a froidement son interlocutrice de r\u00e9diger un article sur les conditions inhumaines de r\u00e9tention d\u2019une victime d\u2019enl\u00e8vement, ressortissante fran\u00e7aise de surcro\u00eet, en dehors de tout cadre sanitaire et juridique l\u00e9gal. L\u2019infirmi\u00e8res se laissa fl\u00e9chir devant autant de d\u00e9termination et appela le responsable de la direction. Un petit homme ventru, ne portant qu\u2019une couronne de cheveux gris sur un cr\u00e2ne chauve, \u00e2g\u00e9 d\u2019une soixantaine d\u2019ann\u00e9es se pr\u00e9senta. Il \u00e9tait v\u00eatu d\u2019une tenue d\u2019int\u00e9rieur luxueuse et arriva en fulminant, tr\u00e8s en col\u00e8re. La courtoisie devait l\u2019avoir d\u00e9sert\u00e9 depuis des ann\u00e9es, car il interpella insolemment l\u2019infirmi\u00e8re, la r\u00e9primandant pour l\u2019avoir d\u00e9rang\u00e9 pour un probl\u00e8me qui \u00e9tait de son ressort. Puis, s\u2019adressant \u00e0 Hugo, il lui servi d\u00e9daigneusement la m\u00eame histoire r\u00e8glementaire de sortie impossible apr\u00e8s dix-huit heures. Devan\u00e7ant la r\u00e9action \u00e9pidermique de son ami, qui commen\u00e7ait \u00e0 bouillir et avait le regard noir du toro s\u2019appr\u00eatant \u00e0 foncer, Anna r\u00e9p\u00e9ta son la\u00efus d\u2019articles sal\u00e9s \u00e0 venir. Comme tout bon haut fonctionnaire qui se respecte devant ce type de menace pouvant engendrer une publicit\u00e9 n\u00e9gative, l\u2019homme se d\u00e9gonfla comme une baudruche, et fit marche arri\u00e8re, faisant preuve d\u2019une obs\u00e9quiosit\u00e9 d\u00e9concertante. Il s\u2019excusa servilement aupr\u00e8s du trio, expliquant avoir mal \u00e9t\u00e9 renseign\u00e9. Il r\u00e9digea sur le champ un bulletin de sortie pour Charline, rabrouant vertement une nouvelle fois cette infirmi\u00e8re, incapable de communiquer les bonnes informations, et s\u2019enfuit \u00e0 toute jambe vers la douce chaleur ouat\u00e9e de son appartement de fonction. Munis du pr\u00e9cieux coupe fil, guid\u00e9s par la pauvre infirmi\u00e8re d\u00e9savou\u00e9e, ils travers\u00e8rent l\u2019h\u00f4pital silencieux, jusqu\u2019\u00e0 la chambre de Charline. La porte \u00e9tait entrouverte, et elle attendait prostr\u00e9e, assise sur le lit que son fr\u00e8re vienne la chercher. Elle avait \u00e9t\u00e9 avis\u00e9e de sa venue par l\u2019amie de Gr\u00ebtta. En fait d\u2019amie, plut\u00f4t une ombre que personne ne pouvait d\u00e9crire ou nomm\u00e9e, fugace et discr\u00e8te comme un fant\u00f4me. Ils y virent la p\u00e2te des Gardiens. Hugo franchit la porte en courant pour la rejoindre. Il n\u2019en croyait pas ses yeux. Elle avait chang\u00e9, mais pas tant que \u00e7a. Elle se leva et fit un pas pour le rejoindre. Ils tomb\u00e8rent dans les bras l\u2019un de l\u2019autre en sanglotant. Entre deux hoquets, ils se murmuraient qu\u2019ils s\u2019\u00e9taient manqu\u00e9s, qu\u2019ils \u00e9taient heureux car ils pensaient ne jamais se revoir. Hugo lui dit qu\u2019il la croyait morte. Anna et Danuta attendaient sur le pas de la porte, \u00e9mues, les yeux remplis de larmes, n\u2019osant pas bouger pour ne pas troubler ces retrouvailles. Avant de s\u2019\u00e9clipser, l\u2019infirmi\u00e8re bouledogue leur proposa de prendre tout leur temps, et de partir lorsqu\u2019ils seraient pr\u00eats. Charline rep\u00e9ra Danuta dans l\u2019entreb\u00e2illement de la porte, elle l\u00e2cha son fr\u00e8re et se pr\u00e9cipita pour la prendre dans ses bras. Elle la regardait, interrogative. Danuta lui dit avec un sourire\u00a0:<\/p><p>&#8211;\u00a0Moi aussi je suis libre. C\u2019est ta photo que j\u2019ai fait passer \u00e0 F\u00e9lix, <strong>845<\/strong>, qui \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 lib\u00e9r\u00e9 et qui a d\u00e9clench\u00e9 tout \u00e7a.<\/p><p>Charline l\u00e2cha Danuta en d\u00e9couvrant Anna. Elle se tourna face \u00e0 elle, la regarda avec attention, pensant qu\u2019elle faisait partie elle aussi des ex-captifs de l\u2019aigle de l\u2019ombre. Cependant, tout dans son attitude et sa tenue vestimentaire criait le contraire. Hugo la lui pr\u00e9senta, se collant \u00e0 elle en l\u2019enserrant par la taille. Charline n\u2019ayant aucun effet personnel, ils d\u00e9cid\u00e8rent de partir sur le champ. Avant de quitter les lieux, Charline leur dit qu\u2019ils avaient quelqu\u2019un d\u2019autre \u00e0 emmener. Elle les conduisit jusqu\u2019\u00e0 la chambre voisine. Un enfant d\u2019une douzaine d\u2019ann\u00e9es, maigre, cheveux ras\u00e9s, portant des cicatrices r\u00e9centes sur le cr\u00e2ne et les bras sommeillait. Il \u00e9tait d\u2019origine malienne, et provenait de la m\u00eame maison qu\u2019elle. Ils avaient d\u2019ailleurs \u00e9t\u00e9 conduit ensemble \u00e0 l\u2019h\u00f4pital, dans la m\u00eame ambulance. Pendant que des m\u00e9decins retiraient l\u2019implant de Charline, d\u2019autres soignaient le petit pour des fissures anales et des lac\u00e9rations infect\u00e9es dans le dos, provoqu\u00e9es vraisemblablement par une cravache. Il avait \u00e9t\u00e9 achet\u00e9 par le m\u00eame ma\u00eetre, et servait \u00e0 ses jeux sexuels pervers. Fermement, Charline affirma qu\u2019elle ne pouvait pas l\u2019abandonner. En dix ans, elle avait vu se succ\u00e9der cinq jeunes gar\u00e7ons, venant tous d\u2019Afrique sub-saharienne. Ils avaient entre huit et dix ans lorsqu\u2019ils arrivaient, et ne d\u00e9passaient pas douze ans avant de dispara\u00eetre d\u00e9finitivement. Ce gamin n\u2019avait ni famille, ni lieu o\u00f9 se r\u00e9fugier. Depuis son arriv\u00e9e, deux ans plus t\u00f4t, ils s\u2019\u00e9taient mutuellement \u00e9paul\u00e9s. Il embarrassait les autorit\u00e9s Suisse, plus que stricte au regard du droit sur l\u2019immigration. L\u2019enfant se r\u00e9veilla sous les c\u00e2lins de Charline. Il avait une bonne frimousse souriante, toute ronde, une petite stature et semblait peu bavard.\u00a0 Il portait un nom alambiqu\u00e9, impronon\u00e7able pour des europ\u00e9ens. Charline l\u2019avait rebaptis\u00e9 Y\u00e9y\u00e9, ce qui correspondait aux deux derni\u00e8res syllabes de son pr\u00e9nom. Ce sobriqu\u00e9 fut adopt\u00e9 \u00e0 l\u2019unanimit\u00e9. De toute fa\u00e7on, ils embarquaient ill\u00e9galement un patient de plus, et n\u2019avaient donc pas de temps pour m\u00e9gotter sur un pr\u00e9nom. Ils l\u2019entrain\u00e8rent avec eux, estimant que plus on \u00e9tait de fou, plus on avait de chance de rire. Ils retravers\u00e8rent l\u2019h\u00f4pital en sens inverse, sans croiser leur infirmi\u00e8re bouledogue. Ils rejoignirent le van de G\u00fcnther et sans s\u2019attarder, prirent la direction d\u2019Annemasse en France, \u00e0 une quinzaine de kilom\u00e8tres. Ils seraient chez eux en France dans un petit quart d\u2019heure, et laisserait la partie diplomatique se d\u00e9canter par des gens autrement plus comp\u00e9tents qu\u2019eux. Ils pourraient se poser et \u00e9tablir un plan d\u2019action pour la suite de leur aventure. En entrant dans l\u2019agglom\u00e9ration, ils opt\u00e8rent pour l\u2019h\u00f4tel du centre, au c\u0153ur de la ville. Hugo r\u00e9serva une chambre double et trois simples. La nuit tombait et ils \u00e9taient \u00e9puis\u00e9s. Il commen\u00e7ait \u00e0 faire froid, la bise s\u2019engouffrait dans les ruelles \u00e9troites, les transper\u00e7ant jusqu\u2019\u00e0 la moelle.\u00a0 Ils trouv\u00e8rent un petit restaurant \u00e0 deux pas, place de la gare, qu\u2019ils ralli\u00e8rent \u00e0 pied, ratatin\u00e9s sur eux par ce froid polaire. Ils s\u2019attabl\u00e8rent lourdement autour d\u2019une grande table ronde. Un grand feu brulait dans l\u2019\u00e2tre d\u2019une chemin\u00e9e g\u00e9ante, les r\u00e9chauffant doucement. Ils \u00e9taient seul dans le restaurant, ou papillonnait une gracieuse et discr\u00e8te serveuse. Ils se laiss\u00e8rent tenter par une fondue savoyarde aux morilles, arros\u00e9e par une bouteille de Gewurztraminer, \u00e0 l\u2019exception de Y\u00e9y\u00e9 qui eut droit \u00e0 un soda.\u00a0 Ils se r\u00e9gal\u00e8rent de ce plat typiquement savoyard, tout en \u00e9coutant Charline et Y\u00e9y\u00e9 raconter leurs histoires. Charline avait v\u00e9cu le m\u00eame parcours que Danuta. Son ma\u00eetre ne la violait pas lui-m\u00eame, c\u2019\u00e9tait un p\u00e9dophile exclusif. Cependant, il ne se privait pas pour la livrer \u00e0 d\u2019autres hommes ou \u00e0 des femmes, en tous cas \u00e0 de richissimes clients. C\u2019\u00e9tait sa mani\u00e8re \u00e0 lui d\u2019accomplir de sympathiques gestes commerciaux. Il s\u2019agissait de monsieur Keller Fran\u00e7ois, pr\u00e9sident directeur g\u00e9n\u00e9ral de la plus importante banque de Suisse, dont les plus grosses succursales \u00e9taient implant\u00e9es \u00e0 Berne, Zurich et Gen\u00e8ve. Comme Danuta, Charline \u00e9tait remplie de haine, et ne le laisserait pas passer \u00e0 travers les mailles du filet. Pour l\u2019heure il \u00e9tait en garde \u00e0 vue dans les locaux de la police cantonale de Gen\u00e8ve. Afin de pr\u00e9server son int\u00e9grit\u00e9 physique, il \u00e9tait pr\u00e9f\u00e9rable qu\u2019il y reste le plus longtemps possible, Charline et Y\u00e9y\u00e9 l\u2019ayant d\u00e9j\u00e0 condamn\u00e9 \u00e0 mourir dans d\u2019atroces souffrance.<\/p><p>Y\u00e9y\u00e9, avait une tout autre histoire. Il faisait partie d\u2019un groupe de migrants qui fuyaient l\u2019Affrique. Lorsqu\u2019il avait dix ans, accompagn\u00e9 par ses parents, ils avaient quitt\u00e9 le Mali sous les balles des milices russes de Wagner, des terroristes int\u00e9gristes de Daesh, et d\u2019un gouvernement vendu au plus offrant. Ils n\u2019avaient rien, et avec le peu de rien qu\u2019ils poss\u00e9daient, ils avaient tent\u00e9 l\u2019aventure pour rejoindre la France, qui depuis l\u2019Affrique semblait briller d\u2019une aura de richesse et de bien-\u00eatre. D\u2019ailleurs tous partaient pour l\u2019Europe, l\u2019Eldorado pour des africains affam\u00e9s et pourchass\u00e9s. Il avait franchi la m\u00e9diterran\u00e9e \u00e0 bord d\u2019une grande barque \u00e0 fond plat. En pleine mer, le passeur s\u2019\u00e9tait d\u00e9barrass\u00e9 de ses parents, en les poussant vivant par-dessus bord, le confiant \u00e0 un migrant, un Soudanais nomm\u00e9 Mahmoud. Dans l\u2019indiff\u00e9rence g\u00e9n\u00e9rale, Il avait r\u00e9serv\u00e9 le m\u00eame sort \u00e0 trois autres couples, remettant leurs prog\u00e9nitures \u00e0 ce m\u00eame individu. Arriv\u00e9e \u00e0 Lampedusa en Italie, il les avait vendus \u00e0 la dirigeante d\u2019une ONG, charg\u00e9e d\u2019accueillir les r\u00e9fugi\u00e9s. Elle avait fait son march\u00e9 parmi les quatre ou cinq bateaux accostant journali\u00e8rement sur l\u2019ile, s\u2019attachant \u00e0 ne pr\u00e9lever que des jeunes gar\u00e7ons sans parents. Elle avait jet\u00e9 son d\u00e9volu sur dix enfants dont Y\u00e9y\u00e9, tous orphelins de fraiche date. Elle les avait faits \u00e9vacuer discr\u00e8tement le jour m\u00eame, en direction du continent, \u00e0 bord d\u2019un yacht de plaisance. D\u00e8s le lendemain, elle les avait remis \u00e0 son commanditaire, empochant au passage une somme cons\u00e9quente d\u2019Euros en esp\u00e8ces. C\u2019est par cette fili\u00e8re que Y\u00e9y\u00e9 avait abouti chez Keller, o\u00f9 son calvaire avait perdur\u00e9 jusqu\u2019\u00e0 sa lib\u00e9ration.<\/p><p>Une question br\u00fblait encore les l\u00e8vres d\u2019Hugo. Elle concernait le photographe qui avait enlev\u00e9 Charline. Impatient, il voulait embrayer sur l\u2019\u00e9tape suivante. Il souhaitait qu\u2019elle lui explique ce qui c\u2019\u00e9tait pass\u00e9 le jour de son enl\u00e8vement. Le clich\u00e9 repr\u00e9sentait Hugo, Charline et leurs copains, Arthur et Ethan. Ils posaient insouciant, au bord du gour de Tazenat. Celui qui prenait la photo \u00e9tait Gabin Fiola, l\u2019amoureux fou de Charline. Elle leur raconta qu\u2019il \u00e9tait devenu un peu trop entreprenant, et qu\u2019elle l\u2019avait remis \u00e0 sa place ce qui l\u2019avait vex\u00e9. Son petit groupe connaissait l\u2019int\u00e9r\u00eat qu\u2019elle portait \u00e0 la l\u00e9gende du gour. Un jour Gabin \u00e9tait venu la voir, lui r\u00e9v\u00e9lant certains secrets d\u2019\u00e9poque, et surtout, il se vanta de travailler pour l\u2019aigle de l\u2019ombre, comme homme \u00e0 tout faire. Il avoua que cette entit\u00e9 avait surv\u00e9cu \u00e0 la guerre, et qu\u2019elle \u00e9tait active. Il avait \u00e0 peine vingt ans, vantard et farfelus assorti d\u2019une grande gueule, et faisait le beau aupr\u00e8s d\u2019elle. Charline ne l\u2019avait pas pris au s\u00e9rieux. Elle s\u2019\u00e9tait m\u00eame un peu moqu\u00e9e de lui, et de sa fa\u00e7on de faire le paon, ce qui l\u2019avait rendu furieux. Elle n\u2019en avait parl\u00e9 \u00e0 personne, estimant qu\u2019il faisait beaucoup de cin\u00e9ma pour rien. Elle trouvait ses propos totalement aberrants. Cependant, tr\u00e8s insistant, il lui promit de lui d\u00e9voiler d\u2019autres secrets et de lui montrer les grottes nazies qu\u2019il connaissait aux alentours. Intrigu\u00e9e, elle convint d\u2019un rendez-vous avec lui sur les hauteurs du gour. Ne pressentant pas le danger, elle s\u2019y rendit par pure curiosit\u00e9. Il lui d\u00e9voila effectivement une grotte historique, mais ne lui laissa pas le temps d\u2019y p\u00e9n\u00e9trer. Il la poussa, la faisant chuter sur un sol caillouteux, et l\u2019immobilisa. Un second personnage qu\u2019elle n\u2019avait pas vu arriver, et qu\u2019elle ne pouvait identifier, vint \u00e0 sa rescousse. Il lui plaqua un b\u00e2illon de chloroforme sur la bouche et le nez, l\u2019emportant dans un sommeil profond et sans r\u00eave. Elle ne reprit conscience que bien plus tard, alors qu\u2019elle \u00e9tait bringuebal\u00e9e, ligot\u00e9e et b\u00e2illonn\u00e9e dans la caisse nue d\u2019une fourgonnette inconnue, sentant le chiffon huileux et la graisse de vidange. La suite \u00e9tait un copi\u00e9-coll\u00e9 conforme \u00e0 l\u2019histoire de Danuta. Epuis\u00e9s par toute ces \u00e9motions, ils rentr\u00e8rent \u00e0 l\u2019h\u00f4tel. Y\u00e9y\u00e9, Charline et Danuta fil\u00e8rent dans leur chambre individuelle. Anna et Hugo rejoignirent la leur. Les cloches de l\u2019\u00e9glise saint Andr\u00e9 venaient de marteler les douze coups de minuit. Malgr\u00e9 la fatigue, Anna vint se lover contre Hugo, en minaudant, le titillant comme une chatte, lui rappelant sa promesse du matin. Ils se retrouv\u00e8rent nus en un tour de mains, allong\u00e9s sur le lit King Size, s\u2019embrassant \u00e0 pleine bouche, se caressant et faisant l\u2019amour comme des morts de faims. Ils s\u2019\u00e9teignirent tard dans la nuit, \u00e9puis\u00e9s apr\u00e8s leurs \u00e9bats et avoir bavard\u00e9 \u00e0 voix basse, entrecoupant leurs propos de baisers. Dans les chambres voisines, Danuta, Charline et Y\u00e9y\u00e9 re\u00e7urent quelques \u00e9chos sonores, mais la fatigue l\u2019emporta, et ils se laiss\u00e8rent porter dans les bras de Morph\u00e9e, \u00e0 l\u2019exception de Charline qui resta \u00e9veill\u00e9e toute la nuit, n\u2019osant croire au bonheur de sa libert\u00e9 retrouv\u00e9e. Le petit jour s\u2019\u00e9tait lev\u00e9e depuis un moment. Hugo et Anna avait remis le couvert, profitant de ce moment o\u00f9 l\u2019urgence \u00e9tait derri\u00e8re eux. Ils fl\u00e2n\u00e8rent un moment, puis rejoignirent les trois autres pour le petit d\u00e9jeuner, encore humide de leur douche coquine.<\/p><p>Charline et Danuta les attendaient en bavardant, contente de se retrouver et d\u2019\u00eatre libre, \u00e9bauchant une r\u00e9flexion sur leurs reconstructions. Charline vouait une confiance aveugle \u00e0 son fr\u00e8re. Elle savait qu\u2019il ferait tout pour elle et ses compagnons de gal\u00e8re. Y\u00e9y\u00e9, en les voyants arriver, ne put se retenir et dit en riant\u00a0:<\/p><p>&#8211;\u00a0J\u2019ai entendu plein de souris cette nuit. Elles faisaient la f\u00eate. Il y en a qui couinaient et d\u2019autres qui pleuraient. Il faudra se plaindre au chef de l\u2019h\u00f4tel, pour qu\u2019il mette des pi\u00e8ges.<\/p><p>Un fou rire communicatif emporta Danuta et Charline, faisant rosir les joues du couple prit en flagrant d\u00e9lit. Redevenant s\u00e9rieux, Hugo s\u2019adressa \u00e0 eux en ces termes\u00a0:<\/p><p>&#8211; Charline Danuta et Y\u00e9y\u00e9 peuvent d\u2019ores et d\u00e9j\u00e0 rejoindre notre maison familiale en Auvergne, et m\u2019attendre. Il leur faudra \u00eatre tr\u00e8s discret, pour ne pas attirer l\u2019attention avant que tout soit rentr\u00e9 dans l\u2019ordre. Anna et moi devons retourner en Allemagne. Je dois r\u00e9cup\u00e9rer ma voiture, et nous devons lib\u00e9rer notre chambre d&rsquo;h\u00f4tel \u00e0 Wolschheim. J&rsquo;aimerais \u00e9galement faire le point avec Gr\u00ebtta sur les rebondissements de cette affaire. Anna doit commencer \u00e0 r\u00e9fl\u00e9chir pour r\u00e9diger son article et le remettre \u00e0 son journal. Nous devons contacter Frantz, car il doit nous auditionner officiellement pour nous sortir des griffes de la justice. Il nous reste encore pas mal de boulot \u00e0 accomplir, avant d&rsquo;attaquer le sprint final pour r\u00e9soudre le meurtre de Jessica, et l&rsquo;enl\u00e8vement de Charline.<\/p><p>Charline, Danuta et Y\u00e9y\u00e9 se regard\u00e8rent, puis Charline prit la parole au nom du trio :<\/p><p>&#8211; Okay mon frangin d&rsquo;amour\u00a0! On vient de finir une partie du chemin et maintenant nous sommes libres. Nous choisissons de vous accompagner, si \u00e7a ne vous d\u00e9range pas. Nous voulons rester ensemble jusqu&rsquo;au d\u00e9nouement de cette affaire. Je pense pouvoir parler sans me tromper, au nom de mes deux amis. Tu viens de me retrouver et de me lib\u00e9rer, ne crois pas que tu vas te d\u00e9barrasser de moi comme \u00e7a.<\/p><p>Y\u00e9y\u00e9 rajouta s\u00e9rieusement\u00a0:<\/p><p>&#8211; Vous savez je n&rsquo;ai plus de maison, et ils ont tu\u00e9 mes parents. Je suis comme Danuta, et Charline c&rsquo;est ma grande s\u0153ur. Je veux rester avec vous et je des nulle part ailleurs o\u00f9 aller.<\/p><p>Avant de remonter en voiture, Hugo s&rsquo;arr\u00eata au kiosque pour acheter des journaux et des revues en fran\u00e7ais et en allemands. Il les distribua aux filles et \u00e0 Y\u00e9y\u00e9, ainsi qu&rsquo;un assortiment de bouteilles d&rsquo;eau et de bo\u00eetes de biscuits pour patienter tout au long de la route. Ils repartirent directement dans la matin\u00e9e \u00e0 destination de Wolschheim, toujours en alternant les conducteurs.<\/p><p>Chapitre 19\u00a0: Nouveau d\u00e9part.<\/p><p>Ils \u00e9taient repartis \u00e0 d\u00e9vorer l\u2019asphalte de l\u2019autoroute A31. Au bas mot une dizaine d\u2019heures \u00e0 se taper les fesses dans le van de G\u00fcnther. Les quatre adultes se relayaient au volant, rendant le voyage ainsi plus confortable. Ils avaient coll\u00e9gialement pris le parti de tracer leur chemin essentiellement sur le sol Fran\u00e7ais. L\u2019itin\u00e9raire \u00e9tait l\u00e9g\u00e8rement plus long, mais plus sure en cas de contr\u00f4le. Ils contourn\u00e8rent Dijon, Nancy, Metz, sortant de l\u2019autoroute \u00e0 Kaiserlautern en Allemagne. Ils emprunt\u00e8rent ensuite les petites routes bucoliques de Rh\u00e9nanie-Palatinat, jusqu\u2019\u00e0 Wolschheim, o\u00f9 ils retrouv\u00e8rent ais\u00e9ment le Zum Ochsen, toujours tr\u00e8s cubique, toujours tr\u00e8s jaune. Hugo r\u00e9serva trois nouvelles chambres individuelles pour les deux filles et Y\u00e9y\u00e9. L\u2019urgence \u00e9tait derri\u00e8re eux, et ils avaient le temps de voir venir. Ils souhaitaient passer une nuit tranquille, s\u2019ils le pouvaient. Danuta avait rel\u00e9gu\u00e9 sa timidit\u00e9 au vestiaire au contact des autres, elle \u00e9tait plus ouverte, plus enjou\u00e9e et c\u2019est sur un mode blagueur qu\u2019elle dit \u00e0 Hugo en riant\u00a0:<\/p><p>&#8211; Pas trop mal notre conduite \u00e0 Charline et \u00e0 moi, quand on sait que nous n\u2019avons pas de permis de conduire. On aurait m\u00eame pu faire conduire Y\u00e9y\u00e9, c\u2019\u00e9tait tout droit sur l\u2019autoroute\u00a0!<\/p><p>Hugo se frappa le front en la regardant, interloqu\u00e9. Il r\u00e9pliqua\u00a0en r\u00e2lant :<\/p><p>&#8211; Mais vous \u00eates compl\u00e8tement folles\u00a0? On ne doit pas se faire remarquer, imaginez le d\u00e9sastre si on avait \u00e9t\u00e9 contr\u00f4l\u00e9 lorsque l\u2019une de vous deux conduisait.<\/p><p>La t\u00eate d\u2019Hugo et sa sortie, arrach\u00e8rent un \u00e9clat de rire communicatif \u00e0 Anna et Y\u00e9y\u00e9, qui les entrain\u00e8rent tous dans un fou rire incoercible. Leur tension nerveuse se rel\u00e2chait, dans la bonne humeur. Charline regardait son fr\u00e8re avec tendresse, droit dans les yeux, elle lui prit la main et enchaina\u00a0:<\/p><p>&#8211; Tu es bien mon fr\u00e8re, tu n&rsquo;as pas chang\u00e9 d&rsquo;un iota. Je suis si heureuse, \u00e7a fait du bien de te retrouver. C&rsquo;est vrai tu es tellement rigoureux que tu aurais pu finir gendarme. Enfin rappelle-toi, je l\u2019ai bien obtenu ce satan\u00e9 permis, au bout de la troisi\u00e8me fois. Tu t&rsquo;es assez moqu\u00e9 de moi \u00e0 l\u2019\u00e9poque. Mais imagine, \u00e7a fait dix ans que je suis ray\u00e9e de la surface de la terre, et je pense que ce petit carton rose est devenu invalide aujourd&rsquo;hui. En tous cas il est vrai que je ne peux pas prouver que je l\u2019ai eu un jour. Pour ce qui est de Danuta, je pense qu&rsquo;elle ne l&rsquo;a jamais pass\u00e9 officiellement, mais sa conduite \u00e9tait parfaite. Je vote pour lui accorder ce permis, ce n\u2019est semble-t-il plus une novice. Pour Y\u00e9y\u00e9 on va attendre un peu.<\/p><p>Au milieu du rire enjou\u00e9 de ses amis, Hugo r\u00e9pondit, usant des termes taquins qu\u2019ils utilisaient lorsqu\u2019ils \u00e9taient enfants\u00a0:<\/p><p>&#8211; Te casse pas ma Bichette\u00a0! Tu as raison, j&rsquo;ai bien fini gendarme, je le suis toujours d&rsquo;ailleurs. Tu pourras le constater de tes propres yeux la semaine prochaine, lorsque j\u2019aurai repris mon service et que je brillerai de mille feux dans mon habit de lumi\u00e8re. D\u2019autre part, tu es toujours titulaire de ton permis, m\u00eame si tu ne poss\u00e8des plus le carton rose, qui cela dit en passant, a \u00e9t\u00e9 remplac\u00e9 par un document de la taille d\u2019une carte bancaire, et qui n\u2019est plus rose.<\/p><p>Anna moqueuse, rench\u00e9rit en prenant une grosse voix :<\/p><p>&#8211; <strong>J&rsquo;ai h\u00e2te de te voir en habit de lumi\u00e8re, bichette\u00a0<\/strong>! Faisant redoublez de rire ses compagnons.<\/p><p>Battant en retraite devant la coalition hilare qui s\u2019organisait face \u00e0 lui, Hugo repris plus s\u00e9rieusement\u00a0:<\/p><p>&#8211; Si vous vous en sentez le courage, je vous propose d\u2019aller imm\u00e9diatement au chalet chez les Schwartz. Qui veut venir\u00a0? \u00c7a sera rapide. On fait le point, on rend le Van \u00e0 Gunther, on revient, on dort et on repart demain matin de bonne heure.<\/p><p>Charline et Y\u00e9y\u00e9 ne connaissaient pas la famille Schwartz. Aiguillonn\u00e9s par la curiosit\u00e9, ils d\u00e9cid\u00e8rent de se joindre \u00e0 Hugo Anna et Danuta.<\/p><p>Y\u00e9y\u00e9 riait toujours, et ses \u00e9clats redoublaient \u00e0 l\u2019id\u00e9e de la bonne blague qu\u2019il allait sortir\u00a0:<\/p><p>&#8211; Hugo, quand tu dis on dort, c&rsquo;est tout le monde\u00a0? ou uniquement Charline Danuta et moi. Parce que quand il y a la f\u00eate des souris, j&rsquo;ai un peu de mal \u00e0 m&rsquo;endormir.<\/p><p>Souriant \u00e0 la blague de Y\u00e9y\u00e9, Hugo repris la parole.<\/p><p>&#8211; Allez, c\u2019est parti, Je prends le van de G\u00fcnther, et Anna conduira ma voiture. On va \u00e9viter les probl\u00e8mes avec ces histoires de permis.<\/p><p>Ils se r\u00e9partirent entre les deux v\u00e9hicules, Charline avec son fr\u00e8re, Danuta et Y\u00e9y\u00e9 avec Anna, et ils prirent la route en se suivant.<\/p><p>En arrivant, ils stationn\u00e8rent les v\u00e9hicules \u00e0 l&rsquo;arri\u00e8re du chalet, \u00e0 couvert sous les pins et les m\u00e9l\u00e8zes bordant la propri\u00e9t\u00e9. La nuit \u00e9tendait son voile obscur au-dessus des taillis, absorbant la for\u00eat dans un ab\u00eeme t\u00e9n\u00e9breux, accompagnant le hululement angoissant des chouettes et des grands ducs. De temps \u00e0 autre le glapissement \u00e9raill\u00e9 d&rsquo;un renard brisait sporadiquement le silence, appelant l&rsquo;obscurit\u00e9 avec insistance. La bise froide et mordante, entra\u00eenait les arbres dans une danse macabre, provoquant des murmures sinistres \u00e0 travers les basses branches. Les Pas feutr\u00e9s de la faune sauvage, froissant les aiguilles de pin, caressait le sol, glissait comme des fant\u00f4mes sur la couche holorganique. Le premier quartier de lune \u00e9clairait chichement les lieux d&rsquo;une lueur p\u00e2le, jouant avec de lourds nuages bas. Pas d&rsquo;\u00e9toile. Un angoissant son et lumi\u00e8re se mettait en sc\u00e8ne. Le chalet s&rsquo;\u00e9rigeait devant eux, tel un spectre d\u00e9sincarn\u00e9. Seule une timide luciole vacillait derri\u00e8re les rideaux de la fen\u00eatre au rez-de-chauss\u00e9e, signalant une pr\u00e9sence humaine. Hugo releva son col, et ferma la fermeture \u00e9clair de son blouson en frissonnant. Tous s&#8217;emmitoufl\u00e8rent dans leurs v\u00eatements, grignot\u00e9s par le froid et l&rsquo;ambiance r\u00e9solument terrifiante. Y\u00e9y\u00e9 claquait des dents de froid, ou peut-\u00eatre de peur, certainement un peu des deux \u00e0 la fois. Danuta et Charline portaient des manteaux trop l\u00e9gers, elles grelottaient. Anna s&rsquo;en fit l\u2019observation, se promettant de rem\u00e9dier \u00e0 ce probl\u00e8me d\u00e8s le lendemain. En file indienne, ils atteignirent la porte. Frappant l\u00e9g\u00e8rement, sans attendre de r\u00e9ponse, Hugo l\u2019ouvrit et ils s\u2019engouffr\u00e8rent dans l&rsquo;unique pi\u00e8ce, la fouillant des yeux \u00e0 travers l&rsquo;\u00e9clairage diffus.<\/p><p>Gr\u00ebtta se tenait debout dans la cuisine, s&rsquo;activant devant la cafeti\u00e8re. Sans se retourner, le regard riv\u00e9 sur un petit \u00e9cran plat elle leur dit\u00a0:<\/p><p>&#8211; Je vous attendais. Vous en avez mis du temps\u00a0! Un caf\u00e9\u00a0? Un Th\u00e9 ? Une soupe ?<\/p><p>Devant leur mimique interrogative, elle leur d\u00e9signa un petit moniteur vid\u00e9o de la taille d\u2019un t\u00e9l\u00e9phone portable, ins\u00e9r\u00e9 entre deux pots sur un coin d\u2019\u00e9tag\u00e8re devant elle.<\/p><p>&#8211; Je vous surveille depuis que vous vous \u00eates engag\u00e9s pour monter au chalet. Une douzaine de cam\u00e9ras et des alarmes muettes sont diss\u00e9min\u00e9es sur la route, les chemins, autour et dans la maison, m\u00eame les bois en sont \u00e9quip\u00e9s. Je suis alert\u00e9e d\u00e8s qu&rsquo;un intrus de plus de cinquante kilos est en approche.<\/p><p>Gr\u00ebtta saisi un grand plateau en plastique bariol\u00e9 ovale. Elle y d\u00e9posa une cafeti\u00e8re en porcelaine blanche, fumante, diffusant une d\u00e9licieuse odeur de caf\u00e9 frais. Une bouilloire sifflante vint la rejoindre, ainsi qu\u2019un sucrier, un petit pot de lait, et une boite en c\u00e9ramique contenant des sachets de th\u00e9 et de soupe lyophilis\u00e9e. Telle une serveuse de l\u2019Oktoberfest \u00e0 Munich, Gr\u00ebtta transporta et d\u00e9posa le plateau sur la table de la cuisine. Elle fit un second voyage avec des assiettes de saucisses et de charcuterie pour le sal\u00e9, du beurre, du pain, et pour le sucr\u00e9, un \u00e9norme saladier de Pl\u00e4tzchen \u00e0 la cannelle. Y\u00e9y\u00e9 toujours transi de froid, regardait cette avalanche de nourriture les yeux brillants, l&rsquo;eau \u00e0 la bouche suintait aux commissures de ses l\u00e8vres au sourire \u00e9panoui. Il fr\u00e9tillait comme un Gardon au bout d&rsquo;une ligne. Gr\u00ebtta le remarqua et lui proposa de ne pas attendre. Sans se faire prier, il s&rsquo;attaqua \u00e0 une \u00e9norme tartine de beurre recouverte d&rsquo;une \u00e9paisse tranche de jambon. Il l\u2019avait englouti avant m\u00eame qu\u2019ils aient pris place autour de la table.<\/p><p>Gr\u00ebtta, apr\u00e8s deux ou trois formules conventionnelles d&rsquo;accueil, entra dans le vif du sujet, souhaitant avoir un r\u00e9sum\u00e9 de leurs aventures \u00e0 partir de la clinique de Francfort sur l\u2019Oder. Hugo et Anna expos\u00e8rent \u00e0 tour de r\u00f4le ce qu&rsquo;ils avaient v\u00e9cu jusqu\u2019aux lib\u00e9rations de Danuta, Charline, et Y\u00e9y\u00e9, soulignant le fait qu&rsquo;ils n&rsquo;avaient ni papier, ni existence l\u00e9gale. Y\u00e9y\u00e9 insouciant, se sentait en s\u00e9curit\u00e9. Il continuait \u00e0 s&#8217;empiffrer sans rel\u00e2che, avalant des tonnes de charcuterie et de g\u00e2teaux recouverts de confiture. Rassasi\u00e9, collant de sucre et de graisse, il fila sur un des canap\u00e9s, tira un plaid sur lui, et se laissa glisser dans un paradis de somnolente digestion. Danuta, puis Charline, retrac\u00e8rent leur calvaire dans un silence religieux. Gr\u00ebtta \u00e9coutait en hochant la t\u00eate, respectant le rythme hach\u00e9 des narratrices. Anna se tenait coll\u00e9e \u00e0 Hugo en le tenant par la main, de temps \u00e0 autre ils \u00e9crasaient une larme qui roulait sur leurs joues. Aucun d&rsquo;entre eux ne pensait \u00e0 manger, indiff\u00e9rent au mug de caf\u00e9 et de th\u00e9 fumant devant eux et aux odeurs all\u00e9chantes qui planaient au-dessus de la table.<\/p><p>Apr\u00e8s les avoir \u00e9cout\u00e9s sans les interrompre, Gr\u00ebtta accusait le coup devant toute cette cruaut\u00e9, laissant planer un lourd silence avant de reprendre la parole\u00a0:<\/p><p>&#8211; Mon \u00e9poux et mon fils sont actuellement \u00e0 Bruxelles pour suivre l&rsquo;approche des autorit\u00e9s europ\u00e9ennes et leurs d\u00e9cisions vis-\u00e0-vis des victimes. Comme vous vous en \u00eates rendu compte, elles proviennent de tous les pays europ\u00e9ens, et ont \u00e9t\u00e9 revendues en Europe, mais dans des pays diff\u00e9rents du lieu de leur enl\u00e8vement. Le Parlement europ\u00e9en essaie de mettre de l&rsquo;ordre, et de synchroniser au moins les \u00c9tats membres. Il y a mille deux cent vingt-trois personnes vivantes, recens\u00e9es, avec le fichier qu\u2019Anna nous a remis. Je pense que nous sommes en dessous de la r\u00e9alit\u00e9, mais c\u2019est une base de travail. Il faut leur rendre leur identit\u00e9, leur statut social, et les r\u00e9adapter \u00e0 une vie normale. Pour Y\u00e9y\u00e9 ce sera beaucoup plus difficile. Bien que mineur isol\u00e9, il est consid\u00e9r\u00e9 comme migrant clandestin, et \u00e0 ce titre, il doit \u00eatre enregistr\u00e9 dans les bases du pays o\u00f9 il a \u00e9t\u00e9 trouv\u00e9. Lorsqu&rsquo;il atteindra sa majorit\u00e9 il va rencontrer des probl\u00e8mes avec son pays d&rsquo;accueil, qui va tenter de le refouler par tous les moyens. Il est en dehors du circuit des victimes puc\u00e9es par l&rsquo;aigle de l&rsquo;ombre. Il a quitt\u00e9 la Suisse sans y \u00eatre autoris\u00e9, ce qui a g\u00e9n\u00e9r\u00e9 un monstrueux bazar entre les autorit\u00e9s diplomatiques Suisse et Fran\u00e7aise. Ils ont bien capt\u00e9 que c\u2019est vous qui l\u2019aviez emmen\u00e9 dans vos bagages en m\u00eame temps que Charline. Il n&rsquo;a pas \u00e9t\u00e9 entendu par les policiers Helv\u00e9tique, ce qui en a remis une couche sur leur grogne. Pour l&rsquo;heure Y\u00e9y\u00e9 est consid\u00e9r\u00e9 comme un banal migrant clandestin, et non comme la victime de l\u2019honn\u00eate et incorruptible banquier p\u00e9dophile et esclavagiste Keller Fran\u00e7ois, dixit le gouvernement Suisse. Il nous faudra trouver une solution alternative pour lui. Deux solutions sont envisageables. Il peut \u00eatre plac\u00e9 dans un foyer, Fran\u00e7ais ou Allemand, voir rendu \u00e0 la Suisse le cas \u00e9ch\u00e9ant. Son avenir sera d\u00e9cid\u00e9 par des fonctionnaires ayant un tableur Excel \u00e0 la place du c\u0153ur, \u00e0 plus ou moins longue \u00e9ch\u00e9ance. Ma seconde proposition n\u00e9cessite un engagement formel de votre part, car il s\u2019appuiera sur un socle ind\u00e9boulonnable, mais factice. L\u2019un d\u2019entre vous prend la responsabilit\u00e9 de le garder. Ce qui veut dire qu\u2019il n\u2019y aura pas de marche arri\u00e8re possible. Seuls Hugo ou Anna peuvent prendre cette d\u00e9cision, car pour l\u2019instant, nous n\u2019avons pas r\u00e9gl\u00e9 les cas de Charline et Danuta. De mon c\u00f4t\u00e9 je r\u00e9gulariserai la situation en \u00e9tablissant des documents qui seront validez par un tribunal pour enfant, fran\u00e7ais ou allemand, et vous en attribuera la garde officielle, voire son adoption pl\u00e9ni\u00e8re si vous le souhaitez. Mes contacts peuvent me permettre cette option. Dans tous les cas, il faudra lui cr\u00e9er une fausse identit\u00e9 et un faux parcours. Pour vous les filles, dit-elle en s\u2019adressant \u00e0 Danuta et Charline, je peux vous \u00e9tablir de faux papiers provisoires, en attendant que votre situation soit rentr\u00e9e dans l\u2019ordre. \u00c7a risque d\u2019\u00eatre un peu long pour Danuta, car la Pologne est une mauvaise \u00e9l\u00e8ve de l\u2019Europe et traine des pieds, mais Bruxelles les talonne et elle finira par r\u00e9agir.<\/p><p>Comme \u00e0 l\u2019\u00e9cole, Danuta leva la main et demanda\u00a0:<\/p><p>&#8211; On aura m\u00eame des permis de conduire\u00a0?<\/p><p>Etonn\u00e9 par la ma\u00eetrise de leur interlocutrice, et surtout par l&rsquo;impression de pouvoir qu&rsquo;elle d\u00e9gageait, Hugo et Anna se regard\u00e8rent, puis Hugo prit la parole\u00a0:<\/p><p>&#8211; Je vis seul, et je suis gendarme. Ces deux \u00e9tats de fait cumul\u00e9s risquent de rendre difficile l&rsquo;accueil d&rsquo;un enfant de douze ans chez moi. Je n&rsquo;ai aucune exp\u00e9rience en la mati\u00e8re. Je pense que Charline sera bien l\u00e0 pour m&rsquo;aider, mais le temps qu&rsquo;elle reprenne ses marques risque de prendre du temps.<\/p><p>Anna le fixa droit dans les yeux et lui dit doucement\u00a0:<\/p><p>&#8211; On ne se connait pas depuis tr\u00e8s longtemps, mais on s\u2019entend plut\u00f4t bien. Si tu le souhaites nous pouvons tenter l&rsquo;aventure ensemble. Pour ma part, comme toi je suis c\u00e9libataire. Mon travail de journaliste me permet de me d\u00e9placer \u00e0 ma guise. J\u2019ai la possibilit\u00e9 de travailler \u00e0 distance via le net, surtout dans le domaine de l&rsquo;investigation. Je peux conserver mon poste au der Spiegel, et je doublerais en travaillant en free-lance comme le faisait Jessica. Apr\u00e8s, advienne ce que pourra, l\u2019avenir n\u2019est pas grav\u00e9, et \u00e7a nous permettra de laisser la situation se d\u00e9canter.<\/p><p>Danuta et Charline ne se cantonn\u00e8rent pas \u00e0 rester \u00e0 l\u2019\u00e9cart. L\u2019une et l\u2019autre s\u2019engageaient \u00e0 aider Hugo pour \u00e9lever et prot\u00e9ger Y\u00e9y\u00e9. La premi\u00e8re assurait ne pas craindre de vivre en France, la seconde affirmait qu\u2019elle le consid\u00e9rait comme un petit fr\u00e8re. Gr\u00ebtta avait chaud au c\u0153ur de voir autant de d\u00e9vouement et de grandeur d\u2019\u00e2me. Elle leur affirma qu\u2019ils pourraient \u00e9galement compter sur les Gardiens. Tout en discutant \u00e0 b\u00e2ton rompu, ils d\u00e9cid\u00e8rent que leur installation se ferait dans la maison familiale d\u2019Hugo et Charline. C\u2019\u00e9tait l\u2019endroit le plus propice pour les accueillir, Hugo l\u2019entretenait et s\u2019y retranchait lors de ses repos et de ses permissions. Il s\u2019agissait d\u2019une vieille ferme bourgeoise, en pierres de Volvic, couverte de lauze en roches tulli\u00e8res et Sanadoire, b\u00e2tie en fin de dix-neuvi\u00e8me si\u00e8cle, par un anc\u00eatre de la famille. Elle \u00e9tait constitu\u00e9e par un corps de ferme sur deux \u00e9tages, et d\u2019une grande d\u00e9pendance annexe, certainement une grange ou une \u00e9table \u00e0 l\u2019origine. L\u2019ensemble \u00e9tait construit sur un \u00e9peron rocheux dans les Combrailles, juste au-dessus du village de Manzat, au lieu-dit du bec. Elle disposait de suffisamment de chambres pour accueillir tout le monde. Hugo l\u2019avait re\u00e7u en h\u00e9ritage \u00e0 la suite du d\u00e9c\u00e8s de leurs parents, Charline avait d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 enlev\u00e9e et \u00e9tait toujours port\u00e9e disparue. Il y avait \u00e9galement une cave et des sous pentes am\u00e9nageables. Bien que ce soit le bout du monde, L\u2019\u00e9lectricit\u00e9 y arrivait, ainsi que le r\u00e9seau de fibre optique pour le t\u00e9l\u00e9phone. L\u2019agglom\u00e9ration de Manzat se trouvait \u00e0 une dizaine de minutes en voiture, ainsi qu\u2019un coll\u00e8ge pour Y\u00e9y\u00e9. Le cas du gamin \u00e9tant r\u00e9gl\u00e9, Gr\u00ebtta satisfaite changea de sujet.<\/p><p>&#8211; Voil\u00e0 un souci pris en charge, je ne pensais pas trouver une solution aussi coll\u00e9giale et rapide. Nous sommes donc d\u2019accord sur votre futur commun imm\u00e9diat. Il nous reste \u00e0 r\u00e9gler les probl\u00e8mes pr\u00e9sents. Les t\u00e9moignages de Danuta, Hugo et Anna doivent absolument et formellement \u00eatre recueillis par la police. Pour cela G\u00fcnther a d\u00e9j\u00e0 pris attache avec votre ami Frantz qui vous attend. Celui-ci a suivi la mont\u00e9 en puissance pour l\u2019organisation de la chute de l\u2019aigle de l\u2019ombre, \u00e0 travers vous, et se trouve \u00e0 m\u00eame de comprendre l\u2019ensemble des tenants et des aboutissants. J\u2019ai actionn\u00e9 mes contacts aupr\u00e8s du gouvernement f\u00e9d\u00e9ral, et j\u2019ai obtenu sa nomination comme coordinateur et directeur des investigations sur le volet Allemand de cette affaire. Il porte la double casquette des minist\u00e8res de l\u2019int\u00e9rieur et de la justice. Il est en relation directe avec les administrations correspondantes dans toute l\u2019Europe. En France c\u2019est l\u2019Office Central de Lutte contre les Crimes contre l\u2019Humanit\u00e9 qui a re\u00e7u cette charge. (L\u2019OCLCH). C\u2019est un des Offices centraux de la Gendarmerie Nationale. Normalement, Hugo, vous devriez \u00eatre tranquille pour la suite de votre enqu\u00eate. Sur ce plan, je crois que vous avez les pr\u00e9mices d\u2019une piste. De mon c\u00f4t\u00e9, je peux vous affirmer que l\u2019antenne de l\u2019Aigle de l\u2019ombre en France est dirig\u00e9e par un haut fonctionnaire de la pr\u00e9fecture. Je ne l\u2019ai pas encore identifi\u00e9 cat\u00e9goriquement, mais d\u00e8s que j\u2019aurais la bonne information, je vous la communiquerai. Je pense que vous ferez d\u2019une pierre deux coups, avec le meurtre de Jessica et l\u2019enl\u00e8vement de Charline.<\/p><p>Chapitre 20\u00a0: Retour au chalet.<\/p><p>Gr\u00ebtta poursuivi son la\u00efus, leur disant que Frantz les attendait \u00e0 Bonn le lendemain \u00e0 quinze heures, pour enregistrer leurs auditions. D\u2019ici leurs d\u00e9parts, elle leur aurait \u00e9tabli des pi\u00e8ces d\u2019identit\u00e9, ainsi que le permis de conduire souhait\u00e9 par Danuta. Elle r\u00e9digerait \u00e9galement le document officiel pour la garde de Y\u00e9y\u00e9, qui sera transmis \u00e0 un juge pour enfants Fran\u00e7ais, avec qui elle \u00e9tait en relation, pour validation officielle. Il sera sign\u00e9 par ce magistrat, et attendra sagement leurs retours \u00e0 la maison.<\/p><p>Laissant Y\u00e9y\u00e9 comat\u00e9 sur le canap\u00e9, et le couple \u00e0 table, elle pria Charline et Danuta de l\u2019accompagner. Elles se rendirent dans l\u2019angle d\u2019o\u00f9 Gr\u00ebtta \u00e9tait miraculeusement apparu \u00e0 Hugo et Anna, lors de leur premi\u00e8re visite. Sous l\u2019escalier, une porte blind\u00e9e se dressait, camoufl\u00e9e par un faux placard. Elles emprunt\u00e8rent un escalier abrupt pour descendre dans une vaste salle, brillamment \u00e9clair\u00e9e par des rang\u00e9es de diodes \u00e9lectroluminescentes. Au centre, une large table supportait six unit\u00e9s informatiques qui ronronnaient comme des chats au coins d\u2019un feu. Elles \u00e9taient cern\u00e9es par des moniteurs, des claviers et des souris bien entendu. Sur le mur le plus \u00e9loign\u00e9 au fond de la pi\u00e8ce, un \u00e9cran g\u00e9ant recouvrait toute la surface. Le mur oppos\u00e9 supportait une mosa\u00efque de moniteur plasma, sur lesquelles on distinguait la route d\u2019acc\u00e8s au chalet, ainsi que, les sentiers, les sous-bois alentours et la pi\u00e8ce de vie dans laquelle leurs trois amis attendaient. Gr\u00ebtta les entraina dans un angle encore plus lumineux. Un appareil photo, a trois objectifs, pos\u00e9 sur un tr\u00e9pied fixait un fond vert, devant lequel un tabouret semblait les attendre. Gr\u00ebtta les fit assoir \u00e0 tour de r\u00f4le, et les photographia. Les clich\u00e9s furent directement enregistr\u00e9s sur l\u2019ordinateur qui \u00e9tait reli\u00e9 \u00e0 l\u2019appareil. Elle pianota quelques secondes sur le clavier, sollicitant des renseignements d\u2019identit\u00e9 aux jeunes femmes, afin de s\u2019approcher le plus possible de leur r\u00e9alit\u00e9. Les filles regardaient autour d\u2019elles impressionn\u00e9es. Elles avaient le sentiment de se trouver dans une base militaire secr\u00e8te, ou plus exactement, dans un bloc m\u00e9dical aseptis\u00e9. Des consoles d\u00e9bordantes de moniteurs \u00e9taient install\u00e9es dans tous les espaces disponibles. Des centaines de diodes clignotaient, donnant la r\u00e9plique \u00e0 des synoptiques qui scintillaient sur une symphonie de bips discrets. Des circonvolutions sinuso\u00efdales se dessinaient sur des \u00e9crans d\u2019oscilloscopes, comme des moniteurs d\u2019h\u00f4pital surveillant le c\u0153ur bless\u00e9 d\u2019un monde en perdition.<\/p><p>Gr\u00ebtta reprit la parole\u00a0:<\/p><p>&#8211;\u00a0Vous \u00eates dans un des quartiers g\u00e9n\u00e9raux d\u2019un ordre secret, nomm\u00e9 Les gardiens. Vos amis sont au courant de qui nous sommes. Notre vocation est de nous opposer aux agissements d\u2019organisation, telle que celle de l\u2019aigle de l\u2019ombre. Je vous l\u2019assure elles sont l\u00e9gion. Nous agissons dans l\u2019ombre, sans aucune existence reconnue ou l\u00e9gale, a l\u2019\u00e9cart de toute politique et de tous gouvernement. Certaines pr\u00e9sidences connaissent notre existence, mais nous ne sommes au service d\u2019aucune en particulier. Les \u00e9tats sont bloqu\u00e9s par leurs proc\u00e9dures complexes, soumises \u00e0 des politiciens qui ne parlent que la langue de bois. G\u00e9n\u00e9ralement, ils ne font que prot\u00e9ger leurs propres int\u00e9r\u00eats. En ce qui nous concerne, G\u00fcnther et moi avons totalement bascul\u00e9 dans l\u2019ombre, lorsque F\u00e9lix nous a \u00e9t\u00e9 enlev\u00e9. Avant nous n\u2019\u00e9tions que des sympathisants et nous avons travaill\u00e9 l\u00e9galement pendant dix ans, pour le sortir de son pi\u00e8ge, sans aucun r\u00e9sultat. Nous avons d\u00e9cid\u00e9 de devenir les acteurs occultes pour le lib\u00e9rer, quitte \u00e0 enfreindre une loi ou deux. D\u2019o\u00f9 notre disparition de la sc\u00e8ne publique. Officiellement Gunther et moi sommes en retrait de nos postes respectifs. Cependant, nous agissons toujours en usant de nos anciennes pr\u00e9rogatives, sans jamais appara\u00eetre. Nous avons des fonds propres, ce qui nous permet d\u2019engager d\u2019importants moyens en cas de besoins. Des subventions nous sont allou\u00e9es par le parlement Europ\u00e9en de Strasbourg, qui est devenu tellement tentaculaire qu\u2019il ne sait plus ce qu\u2019il donne, ni \u00e0 qui, ni pourquoi. Notre autre source de revenus, la plus importante, ce sont les prises de guerre. Nous siphonnons les organisations mafieuses ou terroristes, en d\u00e9tournant les avoirs, argent, immobilier et tout ce qui est monnayable, sauf ce qui est prohib\u00e9. Voil\u00e0, vous savez qui nous sommes, et vous comprenez pour quelle raison vous ne devez jamais parler de nous.<\/p><p>Tous trois remont\u00e8rent rejoindre Anna et Hugo, qui s\u2019\u00e9taient assoupis l\u2019un contre l\u2019autre sur le second divan. Apr\u00e8s une s\u00e9ance d\u2019adieux et quelques effusions, ils s\u2019entass\u00e8rent tous les cinq dans le Kuga d\u2019Hugo. Ils avaient not\u00e9 le num\u00e9ro de t\u00e9l\u00e9phone et l\u2019adresse \u00e9lectronique de Gr\u00ebtta, avec qui ils resteraient en relation. Elle promit toute l\u2019aide et l\u2019assistance possible, et laissait la porte ouverte, s\u2019ils souhaitaient rejoindre les gardiens.<\/p><p>Ils arriv\u00e8rent \u00e0 l\u2019h\u00f4tel \u00e0 deux heures du matin. Hugo porta Y\u00e9y\u00e9 qui dormait comme un bienheureux.\u00a0\u00a0 Le gosse \u00e9tait l\u00e9ger comme une plume. Il l\u2019allongea sur son lit, et Anna le recouvrit d\u2019une \u00e9paisse couette. Danuta et Charline fourbues, all\u00e8rent se coucher sans discuter, elles s\u2019endormirent sans tarder. Hugo et Anna les suivirent de pr\u00e8s. Ils avaient en t\u00eate leur nouveau statut de parents, alors qu\u2019une semaine avant ils ne se connaissaient pas. Ils n\u2019en \u00e9taient pas traumatis\u00e9s pour autant. Ils s\u2019aimaient de fraiche date, certes, mais ils avaient pris un engagement vis-\u00e0-vis de Y\u00e9y\u00e9. Ils \u00e9taient conscients que cette d\u00e9cision chamboulerait leurs existences, qu\u2019ils poursuivent ou non l\u2019aventure ensemble. En attendant ils \u00e9taient nus dans le m\u00eame lit, et profitaient pleinement du moment de plaisir que la vie leur offrait. Ils \u00e9vacuaient leurs tensions en \u00e9changeant des gestes tendres, et des paroles a peines formul\u00e9es dans un murmure c\u00e2lin. La main d\u2019Hugo courait d\u2019elles m\u00eame sur la poitrine tendue de Charline. Ses doigts suivaient le galbe de ses courbes d\u00e9licates, aga\u00e7ant doucement ses pointes \u00e9rig\u00e9es. Elle avait des petits seins, doux et fermes, en forme de pomme, fi\u00e8rement dress\u00e9s. Le couple \u00e9tait \u00e9puis\u00e9, berc\u00e9 par cette douce qui\u00e9tude. Ils se laiss\u00e8rent gagner par la torpeur, blottis l\u2019un contre l\u2019autre, interrompant le flot des mots et des caresses, basculant vers un n\u00e9ant de b\u00e9atitude.<\/p><p>Le lendemain matin, ils se retrouv\u00e8rent au bar de l\u2019h\u00f4tel. Ils avaient dormi comme des masses, et semblaient bien repos\u00e9s. Y\u00e9y\u00e9 leur dit tout de go\u00a0:<\/p><p>&#8211; \u00a0Je n\u2019ai pas entendu la dance des souris cette nuit. J\u2019\u00e9tais trop fatigu\u00e9. Je ne me souviens m\u00eame pas \u00eatre aller dans mon lit.<\/p><p>&#8211; C\u2019est normal, lui r\u00e9pondit Anna en riant,\u00a0tu as tellement mang\u00e9 que tu t\u2019es endormi. Tu \u00e9tais tellement gros et rond qu\u2019on t\u2019a fait rouler comme un ballon jusqu\u2019\u00e0 ta chambre. En plus tu n\u2019as pas pu entendre les souris, parce que tu \u00e9tais tellement rempli qu\u2019il y avait des saucisses qui te sortaient par les oreilles.<\/p><p>Y\u00e9y\u00e9 repris\u00a0:<\/p><p>&#8211; Oui d\u2019accord, mais si j\u2019ai autant manger que tu le dis hier soir, pourquoi j\u2019ai encore faim ce matin, je mangerais un buffle \u00e0 moi tout seul.<\/p><p>Ils s\u2019attabl\u00e8rent devant un pantagru\u00e9lique petit d\u00e9jeuner \u00e0 l\u2019Allemande, avec saucisses, tartines, jus d\u2019orange et caf\u00e9. Y\u00e9y\u00e9 engloutit au passage une demi-douzaine de viennoiseries suppl\u00e9mentaires, qui trainaient sur une desserte, et qui n\u2019\u00e9taient \u00e0 personne. Hugo le regardait en souriant et dit :<\/p><p>&#8211; Mais on ne va pas pouvoir le nourrir ce gosse, il va nous ruiner. Il est taill\u00e9 come une ablette, et il mange comme un silure. En plus, il va falloir qu\u2019il \u00e9limine tout \u00e7a, je vais devoir faire livrer le papier hygi\u00e9nique par palette enti\u00e8re, et le mettre au sport.<\/p><p>Anna capta le mot sport, et rebondit aussit\u00f4t\u00a0s\u2019adressant \u00e0 Hugo :<\/p><p>&#8211; En parlant de \u00e7a <strong>Bichette<\/strong>, \u00e7a fait \u00e0 peine une petite semaine que je te connais, et le sport est sorti de ma vie. Je ne suis pas all\u00e9e courir une seule fois, et n\u2019ai m\u00eame pas crois\u00e9 une salle de fitness. J\u2019esp\u00e8re que tu es un peu sportif, parce que c\u2019est moi qui vais t\u2019y mettre. Footing-v\u00e9lo-piscine le triathlon du fl\u00e9mard.<\/p><p>Danuta et Charline se moqu\u00e8rent gentiment de lui, lui faisant remarquer qu\u2019il aurait du mal \u00e0 chambrer Y\u00e9y\u00e9. Trois lionnes \u00e9taient pr\u00eates \u00e0 lui tomber dessus au moindre faux pas, pour prot\u00e9ger le petit. Ils se s\u00e9par\u00e8rent pour rejoindre leurs chambres, se donnant rendez-vous une demi-heure plus tard pour partir \u00e0 Bonn.\u00a0 Hugo et Anna en profit\u00e8rent pour faire un petit c\u00e2lin rapide, sur le lit, sans pr\u00e9liminaires, emport\u00e9s par leur fougue et leurs d\u00e9sirs, \u00e0 la hussarde. Puis ils se pr\u00e9cipit\u00e8rent dans la salle de bains pour des ablutions \u00e9clairs, et un brossage de dents, tout en riant de leur folie. Ils jet\u00e8rent en vrac dans leurs sacs les quelques affaires qu\u2019ils avaient amen\u00e9s, ainsi que l\u2019ordinateur portable d\u2019Anna. Hugo repensa \u00e0 son t\u00e9l\u00e9phone mobile qu\u2019il avait laiss\u00e9 chez elle \u00e0 Rosdorf. Il faudra bien qu\u2019il passe le r\u00e9cup\u00e9rer pour v\u00e9rifier sa messagerie. Ils descendirent avec dix minutes de retard, sous les quolibets de Y\u00e9y\u00e9, et les regards moqueurs de sa s\u0153ur et Danuta. Maugr\u00e9ant entre ses dents, Hugo leur dit\u00a0:<\/p><p>&#8211; Ils faudra bien vous y faire, si on habite tous sous le m\u00eame toit. Provoquant l\u2019hilarit\u00e9 de tout le monde, y compris d\u2019Anna.\u00a0Juste avant de partir, l\u2019h\u00f4tesse d\u2019accueil leur apporta une enveloppe, leur sp\u00e9cifiant que c\u2019\u00e9tait une inconnue qui l\u2019avait d\u00e9pos\u00e9e \u00e0 l\u2019attention de Danuta et Charline. A l\u2019int\u00e9rieur ils d\u00e9couvrirent les papiers d\u2019identit\u00e9s, et les permis de conduire pour les deux jeunes femmes. Une chose \u00e9tait s\u00fbre, c\u2019est que Gr\u00ebtta \u00e9tait plus qu\u2019op\u00e9rationnelle.<\/p><p>Ils se tass\u00e8rent dans le SUV d\u2019Hugo. Ils n\u2019avaient que deux cents petits kilom\u00e8tres \u00e0 couvrir, une promenade de sant\u00e9. Ils seraient \u00e0 l\u2019heure pour rencontrer Frantz. Anna pris le volant d\u2019autorit\u00e9, laissant Hugo se d\u00e9battre avec l\u2019itin\u00e9raire \u00e0 suivre. Y\u00e9y\u00e9 \u00e0 l\u2019arri\u00e8re, avait entrain\u00e9 les filles dans un jeux dont Hugo ne comprit aucune des r\u00e8gles. Les trois riaient, ils chantaient par moment des refrains qu\u2019il ne connaissait pas non plus. Il \u00e9tait conscient qu\u2019il n\u2019aurait jamais pu g\u00e9rer seul cet enfant. Trop militaire, trop impliqu\u00e9 dans son m\u00e9tier, compl\u00e8tement absorb\u00e9 depuis des ann\u00e9es par le s\u00e9rieux de son travail. Il s\u2019\u00e9tait oubli\u00e9 en route. Une semaine avant, il avait quitt\u00e9 l\u2019Auvergne sans attache. Il y revenait avec une femme, un gosse et toute une famille. De quoi perturber le plus \u00e9quilibr\u00e9 des hommes, mais il \u00e9tait heureux. La cerise sur le g\u00e2teau sera l\u2019arrestation de l\u2019ordure ayant kidnapp\u00e9 sa s\u0153ur, et de d\u00e9masquer la vip\u00e8re tapit au sein de la pr\u00e9fecture. Il portera ainsi, un coup vicieux \u00e0 sa capitaine qui tombera de haut. Il am\u00e8nera sur un plateau la t\u00eate de l\u2019assassin de Jessica aux magistrats, qui auront toutes les cartes en mains pour le faire condamner. Il fantasmait sur ses objectifs, lorsqu\u2019Anna l\u2019interrompit dans ses songes :<\/p><p>&#8211; Dit donc mon gros lapin, c\u2019est bien beau de r\u00eaver, j\u2019esp\u00e8re que c\u2019est de moi d\u2019ailleurs, mais \u00e7a serait pas mal si tu me guidais un peu maintenant. Nous arrivons \u00e0 Bonn, et je ne connais pas du tout cette ville. Nous avons deux heures d\u2019avance sur l\u2019horaire de notre rendez-vous.\u00a0Nous aurons le temps de r\u00e9alimenter notre petit glouton s\u2019il est en manque, je ne voudrai pas prendre le risque qu\u2019il nous fasse une crise d\u2019hypoglyc\u00e9mie.<\/p><p>Complice, ils se regard\u00e8rent et s\u2019esclaff\u00e8rent, surprenant les passagers arri\u00e8re qui ne comprirent pas les raisons de cette soudaine bonne humeur.<\/p><p>Hugo, tout en riant, s\u2019aff\u00e9ra au r\u00e9glage du GPS. Il indiqua l\u2019itin\u00e9raire \u00e0 Anna qui les amena \u00e0 bon port. Elle gara le SUV sur le parking devant le mus\u00e9e BEETHOVEN. Le commissariat ou ils devaient rencontrer Frantz se trouvait \u00e0 cinquante m\u00e8tres, en bordure du Rhin. Cette ville recensait trois cent trente mille habitants.\u00a0 Elle avait \u00e9t\u00e9 la capitale de la RDA \u00e0 l\u2019\u00e9poque o\u00f9 les deux Allemagnes \u00e9tait s\u00e9par\u00e9es. Elle s\u2019\u00e9talait de part et d\u2019autre du fleuve, abritant le fameux palais Popp Elsdorf, mus\u00e9e min\u00e9ralogique de renom. Fervent min\u00e9ralogiste, Hugo \u00e9tait frustr\u00e9 de ne pas avoir le temps de le visiter. Ils achet\u00e8rent des sandwichs et des bouteilles d\u2019eau, dans un kiosque bordant le fleuve, et se restaur\u00e8rent assis sur des bancs en bordure du coure d\u2019eau. Y\u00e9y\u00e9, courait, sautait et se d\u00e9pensait sans compter comme un gamin de son \u00e2ge, jouant au foot avec une boite de soda vide.\u00a0 A quinze heures, ils gagn\u00e8rent le commissariat, o\u00f9 ils furent accueillis chaleureusement par Frantz. Les deux hommes se serr\u00e8rent vigoureusement la main. Ils furent r\u00e9partis aupr\u00e8s de quatre enqu\u00eateurs charg\u00e9s de les auditionn\u00e9s. Frantz, parlant fran\u00e7ais, auditionna Hugo. Chacun narra son histoire qui fut s\u00e9rieusement consign\u00e9e.\u00a0 Apr\u00e8s trois bonnes heures d\u2019audition compl\u00e8tes et pr\u00e9cises, ils les \u00e9marg\u00e8rent content que cet exercice soit derri\u00e8re eux. Aucun d\u2019eux ne mentionna\u00a0les gardiens. Les flics \u00e9taient p\u00e2les devant tant de cruaut\u00e9 inflig\u00e9e \u00e0 des humains. Hugo et Anna furent appel\u00e9s pour lire et parapher la d\u00e9position de Y\u00e9y\u00e9, en tant que repr\u00e9sentant l\u00e9gaux. L\u2019enfant avait donn\u00e9 son nom r\u00e9el qui \u00e9tait impronon\u00e7able. Le policier avait bataill\u00e9 pour l\u2019\u00e9crire correctement et avait mis un point d\u2019honneur \u00e0 y parvenir. Cependant, comme les autres, il l\u2019appelait Y\u00e9y\u00e9. C\u2019est tr\u00e8s \u00e9mu qu\u2019il avait dit au revoir au jeune gar\u00e7on, son histoire sordide l\u2019avait profond\u00e9ment touch\u00e9, et il souhaitait tous les malheurs du monde \u00e0 l\u2019inf\u00e2me banquier Keller Fran\u00e7ois.<\/p><p>Frantz et Hugo se s\u00e9par\u00e8rent \u00e0 nouveau, se promettant de rester en contact pour partager les rebondissements de cette histoire. Frantz s\u2019engagea \u00e0 le pr\u00e9venir lorsque Jonas Schneider tomberait. Avant qu\u2019ils ne repartent, Il leur indiqua que M\u00fcller Gerhart avait \u00e9t\u00e9 retrouv\u00e9 pendu dans son \u00e9tablissement. Il avait \u00e9t\u00e9 \u00e9nucl\u00e9\u00e9 et castr\u00e9, une bouteille de soda enfonc\u00e9 dans le rectum. Cette nouvelle ravit Danuta, regrettant de ne pas avoir pu y proc\u00e9der elle-m\u00eame.<\/p><p>Un bref conciliabule d\u00e9cida de leur prochain objectif. Ils d\u00e9cid\u00e8rent de se rendre \u00e0 G\u00f6ttingen. Anna devait rendre des comptes \u00e0 son journal le\u00a0Der spiegel. Elle voulait remettre l\u2019article r\u00e9dig\u00e9 par Jessica et un article qu\u2019elle-m\u00eame avait \u00e9crit. Elle proposerait aussi \u00e0 son journal, l\u2019exclusivit\u00e9 sur les p\u00e9rip\u00e9ties de la destruction du centre de r\u00e9\u00e9ducation de Treblinka, et de la lib\u00e9ration des prisonniers, photos \u00e0 l\u2019appui. Elle proposerait aussi la r\u00e9daction d\u2019un livre document\u00e9, sur l\u2019histoire de l\u2019aigle de l\u2019ombre.<\/p><p><em>\u00a0<\/em><\/p><p>Chapitre 21\u00a0: Retour \u00e0 G\u00f6ttingen.<\/p><p>Apr\u00e8s quatre heures d\u2019une route fade et monotone, ils arriv\u00e8rent chez Anna, pensant se restaurer et se reposer. Qu\u2019elle ne f\u00fbt pas leur surprise en d\u00e9couvrant que la porte de son appartement avait \u00e9t\u00e9 fractur\u00e9e. Le logement avait \u00e9t\u00e9 vandalis\u00e9. Une vision apocalyptique se pr\u00e9sentait \u00e0 eux.\u00a0 Tout \u00e9tait sans-dessus dessous. Les cadres arrach\u00e9s des murs, \u00e9taient bris\u00e9s sur le sol, les canap\u00e9s \u00e9ventr\u00e9s et retourn\u00e9s. Les portes de placard et les tiroirs \u00e9taient ouverts et leurs contenus \u00e9parpill\u00e9s. Le dressing \u00e9tait enti\u00e8rement vid\u00e9, les v\u00eatements et les chaussures r\u00e9pandus sur la moquette comme de vulgaires chiffons. Les livres de sa biblioth\u00e8que jonchaient le parquet du salon, d\u00e9chir\u00e9s pour certain, et un amas de papier \u00e9pars saupoudraient l\u2019ensemble. A l\u2019\u00e9picentre de ce cataclysme, tr\u00f4nait le t\u00e9l\u00e9viseur \u00e0 \u00e9cran plasma, compl\u00e8tement explos\u00e9 par un coup ass\u00e9n\u00e9 au milieu. Anna fouillant au milieu de ce fatras, retrouva leurs t\u00e9l\u00e9phones, \u00e9clat\u00e9s sur le sol jonch\u00e9 de d\u00e9bris de bibelots, et de meubles bris\u00e9s. Un cyclone n\u2019aurait pas fait plus de ravage. Le mur blanc de la salle \u00e0 manger \u00e9tait tagu\u00e9 d\u2019un \u00e9norme symbole noir, repr\u00e9sentant un aigle, les ailes d\u00e9ploy\u00e9es, soulign\u00e9 par une multitude de svastikas. La signature des auteurs. Anna inqui\u00e8te fon\u00e7a dans la salle de bains. Le miroir au-dessus du lavabo \u00e9tait \u00e9toil\u00e9 par un impact violent, renvoyant une image cal\u00e9idoscopique, mais il \u00e9tait rest\u00e9 fix\u00e9 sur son support, viss\u00e9 au mur. Usant de mille pr\u00e9cautions pour ne pas se couper, et avec l\u2019aide d\u2019Hugo, elle le fit coulisser sur ses glissi\u00e8res et le d\u00e9pos\u00e2t sur l\u2019\u00e9vier. Dissimul\u00e9 derri\u00e8re la glace, une cache rectangulaire d\u2019une quinzaine de centim\u00e8tres sur dix avait \u00e9t\u00e9 am\u00e9nag\u00e9e, par le retrait d\u2019une brique. La planque contenait un disque dur externe, la cl\u00e9 USB bleue, le bristol manuscrit et la chevali\u00e8re orn\u00e9e d\u2019un Aigle provenant du coffre de Jessica. Hormis le disque dur qui \u00e9tait \u00e0 elle, et contenait le fruit de ses propres investigations, il s\u2019agissait des \u00e9l\u00e9ments que Jessica lui avait laiss\u00e9s en h\u00e9ritage. Heureusement, les malfaiteurs n\u2019avaient pas mis la main dessus. En tous cas Anna avait eu la sagesse de transf\u00e9rer tous les fichiers de Jessica sur son cloud professionnel s\u00e9curis\u00e9, limitant la casse s\u2019ils avaient trouv\u00e9 la cl\u00e9. Elle appela la Polizei. Lorsque les policiers arriv\u00e8rent, elle se r\u00e9f\u00e9r\u00e2t aussit\u00f4t \u00e0 l\u2019enqu\u00eate de Frantz pour expliquer la situation, et les raisons du cambriolage. Les agents, hi\u00e9rarchiquement sensibilis\u00e9s \u00e0 cette affaire, prirent la situation au s\u00e9rieux. Ils proc\u00e9d\u00e8rent \u00e0 toutes les constatations, et aux pr\u00e9l\u00e8vements techniques d\u2019usage. Tr\u00e8s professionnels, ils propos\u00e8rent \u00e0 Anna une s\u00e9curisation des lieux ainsi qu\u2019une protection physique, le temps qu\u2019elle prenne ses dispositions. Anna accepta les mesures de surveillance autour de son appartement, le temps que ses amis y resteraient, mais d\u00e9clina la pr\u00e9sence d\u2019un garde du corps attach\u00e9 \u00e0 sa personne. Elle voulait rester libre de ses mouvements. Elle laisserait Charline, Danuta et Y\u00e9y\u00e9, dans le logement, le temps qu\u2019elle r\u00e8gle ses activit\u00e9s professionnelles au journal. Elle prit quelques photos pour les joindre \u00e0 son article, reprenant la devise d\u2019un grand hebdomadaire fran\u00e7ais\u00a0:\u00a0\u00ab\u00a0<strong><em>Le poids des mots, le choc des photos<\/em><\/strong>\u00a0\u00bb. Elle invita Hugo \u00e0 l\u2019accompagner. Il serait son Kevin Costner dans le r\u00f4le du body-garde charg\u00e9 de sa s\u00e9curit\u00e9. C\u2019\u00e9tait un beau b\u00e9b\u00e9 de presque deux m\u00e8tres, et son allure en d\u00e9couragerait plus d\u2019un. Il s\u2019empressa d\u2019accepter, pour rester avec sa belle.\u00a0 Ils abandonn\u00e8rent le trio d\u2019amis, charg\u00e9 de la gestion du serrurier alert\u00e9 en urgence. Il devait arriver d\u2019un moment \u00e0 l\u2019autre. Ils proc\u00e9deraient \u00e9galement au nettoyage sommaire de l\u2019appartement, se d\u00e9barrassant de ce qui \u00e9tait irr\u00e9cup\u00e9rable. Anna n\u2019\u00e9tait pas mat\u00e9rialiste, et avait d\u00e9j\u00e0 fait son deuil de ce qui avait \u00e9t\u00e9 son chez elle. Le concierge avait \u00e9t\u00e9 alert\u00e9 de la situation, et il \u00e9tait venu proposer son aide. Anna restait pr\u00e9occup\u00e9e. Elle devait faire le point avec son r\u00e9dacteur en chef, et lui proposer l\u2019article de Jessica. Elle r\u00e9digerait le sien sur les conditions de lib\u00e9ration des otages \u00e0 Treblinka, et proposerait l\u2019\u00e9criture d\u2019un livre racontant toute l\u2019histoire, nommant les principaux protagonistes, ainsi que les lieux impliqu\u00e9s. Jonas Schneider serait sa cible principale. Elle pouvait m\u00eame envisager un livre sur ce personnage, sorti des entrailles puantes de l\u2019histoire.\u00a0 Ils prirent la direction de G\u00f6ttingen, \u00e0 bord du Kuga d\u2019Hugo. Ils avaient la sensation d\u2019avoir quitt\u00e9 la ville depuis des d\u00e9cennies, alors qu\u2019il y avait \u00e0 peine une semaine. Ils avaient le sentiment de s\u2019\u00eatre toujours connu. Ils \u00e9taient en parfaite ad\u00e9quation et leurs pens\u00e9es voguaient \u00e0 l\u2019unissons. Ils ne voulaient pas que \u00e7a s\u2019interrompe. Hugo conduisait silencieux et concentr\u00e9. Anna tourn\u00e9e de trois quart face \u00e0 lui, observait son profil avec tendresse, le d\u00e9taillant, scrutant les moindres d\u00e9tails de son visage. Elle nota la petite cicatrice traversant son sourcil droit. Elle voyait ses yeux naviguer rapidement entre ses r\u00e9troviseurs et la route. Son h\u00e9ro en pleine action. Bien qu\u2019ils arrivassent au journal sans encombre, Hugo avait la sensation d\u2019avoir \u00e9t\u00e9 fil\u00e9. Non pas par un v\u00e9hicule, mais par deux. Il avait remarqu\u00e9 dans leur sillage, la pr\u00e9sence d\u2019un combi Volkswagen beige, transportant deux personnes \u00e0 l\u2019avant. Beaucoup plus loin, et par intermittence, il avait \u00e9galement remarqu\u00e9 un Mercedes Vito vert bouteille aux vitres fum\u00e9es, plus discret. Stationnant son Kuga sur une place du parking devant le journal, il remarqua le Combi s\u2019arr\u00eater au bout de la rue. Il le montra discr\u00e8tement \u00e0 Anna. Le Vito quant \u00e0 lui n\u2019\u00e9tait plus dans le paysage. Ils press\u00e8rent le pas jusqu\u2019\u00e0 l\u2019entr\u00e9e \u00e0 tambour du journal. Anna pr\u00e9senta son badge \u00e0 la borne implant\u00e9e devant le portique, puis se dirigea vers l\u2019h\u00f4tesse d\u2019accueil assise derri\u00e8re son bureau, prot\u00e9geant l\u2019acc\u00e8s au couloir desservant le b\u00e2timent. Elle se salu\u00e8rent en se faisant la bise et s\u2019appelant par leur pr\u00e9nom. Anna lui demanda d\u2019\u00e9tablir un badge visiteur pour son compagnon. La d\u00e9marche effectu\u00e9e, elle conduisit Hugo \u00e0 travers une succession de couloirs, aboutissant \u00e0 un \u00e9norme open-space d\u00e9limit\u00e9 par une paroi vitr\u00e9e. Anna fit patienter Hugo derri\u00e8re la vitre et entra dans le saint des saints, la salle de r\u00e9daction, interdite \u00e0 toute personne \u00e9trang\u00e8re au service. Elle traversa les divisions de la pi\u00e8ce, elles-m\u00eames partag\u00e9es par des blocs bien distincts. Elle entra dans un espace, ou un homme en bras de chemise \u00e9tait attabl\u00e9 devant une pile de documents et un ordinateur. Elle s\u2019entretint quelques minutes avec lui. Il l\u2019\u00e9coutait sans l\u2019interrompre, hochant la t\u00eate de temps \u00e0 autre en signe d\u2019approbation. Puis, se relevant, il balaya des yeux le couloir vitr\u00e9s encerclant l\u2019open-space, o\u00f9 il aper\u00e7ut Hugo. Il lui fit signe de poursuive dans la coursive, afin de les rejoindre sur le c\u00f4t\u00e9 oppos\u00e9, o\u00f9 ils se retrouv\u00e8rent tous les trois. Anna pr\u00e9senta Kurt Herman, son r\u00e9dacteur en chef \u00e0 Hugo. Elle fit de m\u00eame en retour et pr\u00e9senta Hugo \u00e0 Kurt, comme \u00e9tant son petit ami, pr\u00e9cisant qu\u2019ils allaient s\u2019\u00e9tablir ensemble en France. Kurt les invita \u00e0 entrer dans une pi\u00e8ce ferm\u00e9e, d\u00e9nu\u00e9e de toute d\u00e9coration, juste meubl\u00e9e par une table de r\u00e9union ovale. Ils s\u2019assirent dans des fauteuils arts-d\u00e9co, beaux, mais d\u00e9finitivement inconfortables. L&rsquo;\u00e9change se d\u00e9roula en allemand, entre Anna et son chef. Hugo n&rsquo;y comprenait rien, si ce n&rsquo;est les Jawohl avec lequel l&rsquo;interlocuteur d&rsquo;Anna ponctuait les phrases de celle-ci. Il \u00e9tait tout sourire et semblait fermement int\u00e9ress\u00e9 par les propositions de la journaliste. Dans ce qui sembla \u00eatre \u00e0 Hugo une seconde partie, il le voyait grimacer quelques fois, interrompant parfois son interlocutrice en prof\u00e9rant des : \u00ab\u00a0Nein es ist nicht gut\u00a0\u00bb. Il y avait visiblement des points d\u2019achoppement, mais Anna ne s\u2019en laissait pas conter, et revenait syst\u00e9matiquement \u00e0 la charge. Finalement ils sembl\u00e8rent trouver un compromis satisfaisant. Anna lui remis la cl\u00e9 contenant l\u2019article de Jessica, ainsi que la chevali\u00e8re en or rhodi\u00e9 assorti de l\u2019aigle \u00e9nucl\u00e9\u00e9 en platine. Kurt examina le texte contenu dans le support USB, puis il appela un assistant, lui confia la cl\u00e9 et l\u2019envoya en salle de r\u00e9daction pour que le texte soit relu, corrig\u00e9 et transmis aux rotatives pour impression. Il avait d\u00e9j\u00e0 son id\u00e9e pour la mise en page. Kurt parti d\u00e9poser la bague dans le coffre du journal, et revint avec un ordinateur portable pour qu\u2019Anna r\u00e9dige l\u2019article qu\u2019elle avait en t\u00eate. Il esp\u00e9rait bien pouvoir mettre les deux articles en kiosque d\u00e8s le lendemain matin. Laissant Anna \u00e0 sa r\u00e9daction, il invita Hugo \u00e0 la caf\u00e9t\u00e9ria du journal pour lui offrir un verre. Il s\u2019adressa \u00e0 lui dans un fran\u00e7ais hach\u00e9, fortement impr\u00e9gn\u00e9 de son accent germanique, presque caricatural, rappelant \u00e0 Hugo cette vieille s\u00e9rie am\u00e9ricaine, Papa Schultz\u00a0:<\/p><p>&#8211; <strong><em>Fous saller bartir afec nodr\u00e9 b\u00e9tite fraulein. C\u2019est une chournaliste de grosse talent, mais elle \u00eatre t\u00eatue comme fieille m\u00fble. Che feut pas quelle guitte meine chournal, che la carde, elle sera touchours la\u00a0 pien fenue dans der spiegel. Elle \u00e9crira pour moi tepuis Frankreich. Achtung\u00a0! Fous defoir faire tr\u00e8s attention \u00e0 elle. C\u2019est mein b\u00e9tite princesse. Che serais tr\u00e8s col\u00e8re si fous pas la prot\u00e9ger. Che fous donne doute ma f\u00e9licitations b\u00e9tit feinard. Sie ist eine tolle frau.<\/em><\/strong><\/p><p>Sur ces entrefaites Anna franchit la porte de la caf\u00e9t\u00e9ria, Hugo qui n\u2019avait pas compris la derni\u00e8re phrase, se retourna vers elle lui demandant la traduction. Anna la lui fit en riant\u00a0:<\/p><p>&#8211; Il a dit que j\u2019\u00e9tais une femme formidable. Surtout ne le croit pas, \u00e7a fait des ann\u00e9es qu\u2019il essaie de me caser.<\/p><p>La jeune femme rendit l\u2019ordinateur \u00e0 Kurt en lui disant que l\u2019article \u00e9tait \u00e9crit, et que ce n\u2019\u00e9tait qu\u2019un d\u00e9but. D\u2019autre se succ\u00e9deraient, car elle en avait plein la t\u00eate. Anna embrassa son r\u00e9dacteur en chef pour lui dire au revoir, et les deux hommes \u00e9chang\u00e8rent une vigoureuse poign\u00e9e de mains. Le couple quitta les lieux, mais avant de partir Anna appela la Police pour signaler qu\u2019ils \u00e9taient suivis. Elle donna le signalement du combi au planton, qui lui recommanda d&rsquo;\u00eatre prudente et de laisser son t\u00e9l\u00e9phone ouvert pour qu&rsquo;il puisse la g\u00e9olocaliser ais\u00e9ment en cas de besoin. Il promit d\u2019envoyer une patrouille sur leur itin\u00e9raire de retour, pour intercepter les suiveurs. Ils reprirent la route pour rentrer \u00e0 Rosdorf. Anna appela Danuta avec son t\u00e9l\u00e9phone jetable pour v\u00e9rifier que tout allait bien. Une patrouille de deux policiers faisait le pieds de grue en bas de l\u2019immeuble. Le concierge leur avait donn\u00e9 un bon coup de mains, et le nettoyage de l\u2019appartement \u00e9tait en bonne voie. Il faut reconnaitre qu\u2019il n\u2019\u00e9tait pas tr\u00e8s grand, et le d\u00e9blaiement avait \u00e9t\u00e9 rapide. Ils roulaient depuis plusieurs minutes, lorsqu\u2019Hugo remarqua que le combi se rapprochait dangereusement. Il acc\u00e9l\u00e9ra et s\u2019engagea dans des rues traversi\u00e8res qu\u2019il ne connaissait pas, en vue d\u2019\u00e9chapper \u00e0 leurs poursuivants. Sans savoir o\u00f9 ils allaient, ils d\u00e9bouch\u00e8rent dans une vieille zone industrielle, plus ou moins d\u00e9saffect\u00e9e. Ils entr\u00e8rent dans un secteur ou des entrep\u00f4ts en ruine, succ\u00e9dait \u00e0 des b\u00e2timents v\u00e9tustes et d\u00e9serts. Des terrains vagues \u00e9taient encadr\u00e9s par des trottoirs herbeux, et les carrefours \u00e9taient d\u00e9pourvus de signalisation. Ils se trouvaient dans une vaste plaine ou rien ne pouvait leur servir d\u2019abri. Hugo regrettait se choix d\u2019itin\u00e9raire fort peu judicieux. Un Kangoo, circulant \u00e0 vive allure dans une rue transversale, vint se planter en travers au milieu de la chauss\u00e9e, \u00e0 une cinquantaine de m\u00e8tres devant eux, l\u2019obligeant \u00e0 freiner violemment. Le combi avait gagn\u00e9 du terrain et venait le prendre en \u00e9taux, arrivant derri\u00e8re lui. Toutes voies de repli \u00e9taient coup\u00e9es. Six hommes arm\u00e9s jusqu\u2019aux dents, furent vomis par les deux v\u00e9hicules, pointant des armes de poing dans leur direction tout en avan\u00e7ant vers eux. Hugo n\u2019avait plus le SIG Sauer, qui \u00e9tait rest\u00e9 avec G\u00fcnther. Il s\u2019appr\u00eatait \u00e0 d\u00e9marrer pour foncer dans le tas, et demanda \u00e0 Anna de s\u2019allonger sur le sol \u00e0 l\u2019arri\u00e8re de leur v\u00e9hicule. Alors qu\u2019elle enjambait les si\u00e8ges avant pour se glisser entre les banquettes, le Mercedes Vito qu\u2019Hugo avait pr\u00e9c\u00e9demment rep\u00e9r\u00e9, d\u00e9boula \u00e0 grand renfort de craquement de pignons, et de crissement de pneumatiques qui d\u00e9rapait sur le bitume. A peine l\u2019avait-il vu arriv\u00e9 que le staccato caract\u00e9ristique d\u2019armes automatiques claquait \u00e0 leurs oreilles. Quatre hommes, v\u00eatus de noir, cagoul\u00e9s, et arm\u00e9s de kalachnikovs \u00e9taient descendu du Vito et fon\u00e7aient sur leurs agresseurs en courant, l\u00e2chant de br\u00e8ves rafales, faisant place nette en un temps records. Puis ils se repli\u00e8rent comme des diables, grimpant dans le Vito o\u00f9 un chauffeur se tenait pr\u00eat \u00e0 d\u00e9marrer. Ils s\u2019enfuirent, terminant le travail en l\u00e2chant des rafales sur le combi et le Kangoo, afin d\u2019\u00e9liminer ceux qui se trouvaient encore \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur. Le bilan s\u2019emblait simple, quatre corps inertes semblaient r\u00e9duit \u00e0 l\u2019\u00e9tat de cadavre, deux autres geignaient en remuant \u00e0 peine, baignant dans leur sang. En tous cas, tous semblaient hors d\u2019\u00e9tat de nuire. Si le combi et le Kangoo avait encore eu des occupants, Hugo ne donnait pas cher de leurs peaux. Les deux v\u00e9hicules \u00e9taient quasiment d\u00e9coup\u00e9s par les balles \u00e0 hauteur des porti\u00e8res. Hugo et Anna \u00e9tait choqu\u00e9 par la rapidit\u00e9 du raid, moins de vingt secondes. Anna tenait la police inform\u00e9e en direct avec son t\u00e9l\u00e9phone rest\u00e9 ouvert. Ils entendaient au loin le hululement des sir\u00e8nes qui s&rsquo;approchaient. Ils attendirent sur place l&rsquo;arriv\u00e9e d&rsquo;une escouade de policiers qui s\u00e9curis\u00e8rent les lieux avec des rubalises, avant l\u2019arriv\u00e9e d\u2019enqu\u00eateurs, tout d\u2019abord de la Landespolize\u00ef, puis de la Bundespolize\u00ef. Apr\u00e8s trois heures interminables de patiences, et d&rsquo;explications maintes fois r\u00e9p\u00e9t\u00e9es, ils furent \u00e0 nouveau entendus officiellement. Durant cette attente forc\u00e9e, Frantz avait appel\u00e9 Hugo pour lui demander des nouvelles. Il avait fait acc\u00e9l\u00e9rer la man\u0153uvre aupr\u00e8s des policiers, leur expliquant la position de ses amis, et l&rsquo;ampleur du ph\u00e9nom\u00e8ne. Frantz avait chambr\u00e9 son ami en lui disant\u00a0:<\/p><p>&#8211; Dit donc mon pote, c&rsquo;est le bordel partout o\u00f9 tu passes. Fais-moi penser \u00e0 ne pas t&rsquo;inviter pendant mes vacances. Rappelle-toi que tu m&rsquo;en dois une, et que lorsque je viendrai te rendre visite chez toi, au pays du fromage, attends-toi \u00e0 ce que je te rende la pareille.<\/p><p>Avant de se s\u00e9parer, Hugo lui fit remarquer\u00a0:<\/p><p>&#8211; Tu vas me faire pleurer mon copain\u00a0! Tu n&rsquo;as vraiment pas de chance. Tu dois g\u00e9rer l&rsquo;aigle de l&rsquo;ombre, mais pour l&rsquo;instant je pense que tu as d&rsquo;autres soucis. Il va te falloir conserver ces fripouilles bien au chaud, parce que j&rsquo;ai l&rsquo;impression que tu as un justicier, ou plut\u00f4t des justiciers dans la ville. Un vrai remake des sept mercenaires avec Charles Bronson. En tout cas je ne vais pas pleurer sur leurs sorts. Ils n\u2019\u00e9taient pas venus nous conter fleurette, et ils n\u2019ont fait que r\u00e9colter ce qu\u2019ils avaient sem\u00e9. Bon courage \u00e0 toi mon ami. Demain matin nous reprenons la route, et je rentre chez moi en Auvergne.<\/p><p>Les formalit\u00e9s polici\u00e8res achev\u00e9es, Hugo et Anna repartirent pour rentrer chez elle. Elle \u00e9tait p\u00e2le et ne disait pas un mot, elle baissait la t\u00eate, r\u00e9alisant ce \u00e0 quoi ils venaient d\u2019\u00e9chapper. Ils arriv\u00e8rent rapidement. Essayant de prendre un air d\u00e9gag\u00e9 elle s&rsquo;adressa \u00e0 Hugo en lui disant\u00a0:<\/p><p>&#8211; C&rsquo;est toujours comme \u00e7a la vie avec toi\u00a0? On n\u2019a vraiment pas le temps de s&rsquo;ennuyer\u00a0! Et toi, tu prends \u00e7a comme si on venait d\u2019\u00e9crabouiller une simple mouche sur un carreau. Tu as int\u00e9r\u00eat \u00e0 y calmer, parce que je ne ferai pas de vieux os \u00e0 ce rythme. Tu auras une compagne toute rid\u00e9e et frip\u00e9e, mais tu ne pourras pas te d\u00e9barrasser de moi comme \u00e7a, car comme le dit mon r\u00e9dac-chef, je suis plus t\u00eatue qu&rsquo;une vieille mule. En tout cas, je suis bien avec toi, tu es solide, gentil et calme, en plus tu es beau gosse ce qui ne g\u00e2te rien. Ils entr\u00e8rent dans l&rsquo;appartement, attendu par le trio de leurs amis rong\u00e9s par l&rsquo;inqui\u00e9tude. Ils expliqu\u00e8rent leur m\u00e9saventure assez rapidement, car Y\u00e9y\u00e9 \u00e0 qui ces d\u00e9tails de vie ou de mort passaient largement au-dessus de sa t\u00eate ras\u00e9e, insistait pour leur faire les honneurs de l&rsquo;appartement rang\u00e9.<\/p><p>Cinq gros sacs poubelle de deux cents litres, noir, \u00e9taient entass\u00e9s dans l&rsquo;entr\u00e9e. Il contenait les vestiges d\u2019une vie pass\u00e9e. Les lieux \u00e9taient redevenus propres, mais compl\u00e8tement impersonnel. Plus de cadres, plus de tableaux, plus de bibelots et le dressing \u00e9tait vide. Les v\u00eatements \u00e9taient entass\u00e9s dans deux \u00e9normes valises. En fait c&rsquo;\u00e9tait devenu un appartement-t\u00e9moin. Hugo crut bon de rajouter\u00a0:<\/p><p>&#8211;\u00a0 Les filles, je vous propose de prendre la route pour l&rsquo;Auvergne. J&rsquo;esp\u00e8re qu&rsquo;il n&rsquo;y aura pas d&rsquo;autre bagage parce que mon Kuga a un coffre de d\u00e9capotable. Je ne pense pas que l&rsquo;on puisse charger beaucoup plus. Je vous propose de fermer l\u2019appartement d\u00e8s ce soir. On d\u00e9colle maintenant, on s\u2019arr\u00eatera sur la route o\u00f9 on d\u00e9gotera un petit h\u00f4tel cool. Je nous d\u00e9clare officiellement en vacances\u00a0!<\/p><p>Emball\u00e9s par cette d\u00e9cision, ils d\u00e9branch\u00e8rent l\u2019\u00e9lectro-m\u00e9nager et coup\u00e8rent les compteurs d\u2019eau, de gaz et d\u2019\u00e9lectricit\u00e9. Anna apr\u00e8s un dernier regard, ferma \u00e0 cl\u00e9 la belle porte toute neuve qu\u2019on lui avait install\u00e9 l\u2019apr\u00e8s-midi m\u00eame. Ils descendirent les sacs poubelles dans le local pr\u00e9vu \u00e0 cet effet. Anna passa chez le concierge, lui remis un jeu de cl\u00e9, tout en le remerciant pour ses services, le chargeant d\u2019avoir un \u0153il sur son appartement. Il lui appartenait et elle voulait le conserver.<\/p><p>Comme convenu, ils quitt\u00e8rent Rosdorf, direction la terre natale d\u2019Hugo et Charline. Cette derni\u00e8re rechercha un h\u00f4tel sur leur itin\u00e9raire. Elle en trouva un \u00e0 une centaine de kilom\u00e8tres dans un petit village, bordant leur chemin. Le fr\u00e8re et la s\u0153ur avaient h\u00e2te de retrouver leurs volcans. Pour les autres, une nouvelle aventure s\u2019ouvrait \u00e0 eux. Chacun s\u2019\u00e9tait r\u00e9fugi\u00e9 dans ses pens\u00e9es, envisageant leur nouvelle vie, mais tous avaient la certitude d\u2019appartenir \u00e0 une m\u00eame famille.<\/p><p>Chapitre 22\u00a0: Retour au pays des volcans.<\/p><p>Ils pass\u00e8rent une nuit sans histoire, un peu agit\u00e9e du c\u00f4t\u00e9 d\u2019Anna qui revivait sans tr\u00eave dans ses r\u00eaves, l\u2019attentat dont elle avait \u00e9t\u00e9 victime la veille. Hugo \u00e0 ses c\u00f4t\u00e9s, dormait comme un gros b\u00e9b\u00e9, recevant quelques l\u00e9gers coups de pieds de son amie, jalouse de sa respiration r\u00e9guli\u00e8re et apais\u00e9e. Elle envisagea m\u00eame de le r\u00e9veiller pour lui offrir une nuit d\u2019amour.\u00a0Il ne r\u00e2lerait certainement pas pour \u00e7a, un homme \u00e9tait toujours partant, ils n\u2019avaient jamais la migraine pour se d\u00e9filer. Quoique, \u00e0 deux heures du matin ce n\u2019\u00e9tait pas gagn\u00e9. Elle ne dormait pas, il n\u2019y avait pas de raison qu\u2019il ne partage pas. Elle eut piti\u00e9 de sa b\u00e9atitude bien heureuse, et attendit le petit matin pour passer \u00e0 l\u2019acte, le r\u00e9veillant par des caresses pr\u00e9cises et bien appuy\u00e9es, couronnant ses assauts par des baisers fougueux. Hugo, tir\u00e9 de son sommeil patienta un moment, faisant semblant de dormir, la laissant se d\u00e9mener. Il ne tint pas longtemps, excit\u00e9s par les attouchements de son amie, il r\u00e9agit \u00e0 ces stimuli, il \u00e9tait en forme et \u00e7a se voyait. Le jour n\u2019\u00e9tait pas lev\u00e9, qu\u2019il commen\u00e7ait cette journ\u00e9e sous les meilleurs auspices. Leurs sens apais\u00e9s, Anna s\u2019extirpa du lit, et lui proposa de visiter la salle de sport de l\u2019h\u00f4tel. Tout en maugr\u00e9ant, Hugo s\u2019arracha des draps \u00e0 son tour, il aurait bien prolong\u00e9 la s\u00e9ance par un peu de tendresse c\u00e2line, mais Anna \u00e9tait remont\u00e9e comme une vraie pile \u00e9lectrique. Elle sautillait et tr\u00e9pignait. Il lui fallait un autre exutoire, l\u2019amour l\u2019avait content\u00e9 mais ne l\u2019avait pas assouvie. Elle n\u2019avait pas dormi, perturb\u00e9e par ses songes et par l\u2019excitation li\u00e9e \u00e0 la nouvelle vie qui s\u2019ouvrait devant elle. Fini le train-train routinier dans ses habitudes, elle devrait se r\u00e9inventer. Main dans la main, ils ralli\u00e8rent la salle de sport, encastr\u00e9e \u00e0 l\u2019arri\u00e8re de l\u2019h\u00f4tel. Elle \u00e9tait plut\u00f4t imposante et proposait de multiples agr\u00e9es, passant du v\u00e9lo elliptique au tapis de course pour le cardio, \u00e0 des bancs de musculations vari\u00e9s pour la gonflette. Au fond sur la largeur, une piscine \u00e0 courant offrait deux lignes d\u2019eau. Ils saisirent des serviettes empil\u00e9es \u00e0 l\u2019entr\u00e9e. Anna se dirigea sans h\u00e9siter vers le tapis de course. Hugo, lui monta sur les p\u00e9dales du v\u00e9lo elliptique. Ils r\u00e9gl\u00e8rent la puissance de l\u2019effort, et le minutage sur quarante-cinq minutes. Hugo ne portait qu\u2019un cale\u00e7on, restant torse nu. Anna qui avait adopt\u00e9 le No Bra, \u00e9tait v\u00eatue d\u2019un CropTop de sport et d\u2019un mini short. En d\u2019autre lieu, leurs tenues totalement impudiques auraient provoqu\u00e9 une \u00e9meute, mais vue l\u2019horaire tr\u00e8s matinale, ils ne risquaient pas de rencontrer grand monde. Le temps programm\u00e9 \u00e9coul\u00e9, ils quitt\u00e8rent leurs agr\u00e8s. Pour se d\u00e9barrasser de la sueur, ils prirent une micro-douche, et saut\u00e8rent dans la piscine, nus comme des vers. Ils nag\u00e8rent \u00e0 contrecourant une vingtaine de minutes, puis regagn\u00e8rent la margelle du bassin. D\u00e9goulinant, ils se s\u00e9ch\u00e8rent et se sauv\u00e8rent dans leur chambre pour partager une douche. Ils n\u2019\u00e9taient pas encore huit heures lorsqu\u2019ils se rendirent au restaurant pour d\u00e9jeuner. Ils furent surpris de trouver F\u00e9lix attabl\u00e9. Il les attendait. Ils bavard\u00e8rent de tout et de rien, n\u2019abordant aucun des sujets qui leur brulaient les l\u00e8vres, attendant l\u2019arriv\u00e9e de Charline Danuta et Y\u00e9y\u00e9. Le trio arriva peu apr\u00e8s. Ils se servirent un copieux petit d\u00e9jeuner, sal\u00e9 pour les uns, sucr\u00e9 pour les autres. F\u00e9lix attaqua en Allemand, apr\u00e8s avoir demand\u00e9 \u00e0 Anna de traduire\u00a0:<\/p><p>&#8211; \u00a0Je pense que vous vous posez plein de questions. Je vais m\u2019efforcer d\u2019y r\u00e9pondre. La veille de notre op\u00e9ration en Pologne, cent quatre-vingt-treize personnes ont \u00e9t\u00e9 ex\u00e9cut\u00e9es \u00e0 travers l\u2019Europe, par le biais des implants. Danuta faisait partie de la vague suivante. M\u00fcller avait communiqu\u00e9 son code barre aux bourreaux du centre. Sa mort \u00e9tait programm\u00e9e pour le matin m\u00eame, avec une cinquantaine d\u2019autres personnes, si nous n\u2019avions pas d\u00e9clench\u00e9 notre raid. En fait, elle avait bel et bien \u00e9t\u00e9 d\u00e9masqu\u00e9e lorsqu\u2019elle vous a remis la photo. C\u2019\u00e9tait ma faute, et je tiens \u00e0 m\u2019excuser aupr\u00e8s de toi Danuta. On a trouv\u00e9 la preuve de ce que je vous dis sur le disque dur que tu nous as remis Anna. Son bourreau voulait la punir lui-m\u00eame, avant de la faire ex\u00e9cuter, d\u2019o\u00f9 la correction et le viol que tu as subi. C\u2019est cette barbarie qui nous a donn\u00e9 un d\u00e9lai suppl\u00e9mentaire. M\u00fcller Gerhart a \u00e9t\u00e9 violemment et sauvagement assassin\u00e9, \u00e0 l\u2019image de ce qu\u2019il pratiquait lui-m\u00eame. Comme vous pouvez vous en douter, Danuta n\u2019\u00e9tait pas sa seule victime. Il avait \u00e0 sa disposition cinq autre serfs, dispers\u00e9s entre Berlin et G\u00f6ttingen. J\u2019ignore si Danuta a eu un jour l\u2019occasion de les croiser, mais ils \u00e9taient soumis au m\u00eame r\u00e9gime de discr\u00e9tion qu\u2019elle. Ils les utilisaient dans le cadre de ses trafics d\u2019or et de pierres pr\u00e9cieuses, ainsi que pour assouvir ses pulsions sexuelles malsaines. A l\u2019origine ils \u00e9taient six, mais il en a \u00e9limin\u00e9 un, comme Danuta allait l\u2019\u00eatre. Ils ont \u00e9t\u00e9 enlev\u00e9s en Pologne et dans les Balkans. Ces personnes, trois hommes et deux femmes pour \u00eatre pr\u00e9cis, ont \u00e9t\u00e9 lib\u00e9r\u00e9es en m\u00eame temps que tous les autres. Leur soif de vengeance \u00e9tait \u00e0 la hauteur de ce qu\u2019il vous avait fait subir. Ils ont d\u00e9cid\u00e9 de faire justice eux m\u00eame. Maintenant, ils se sont constitu\u00e9s en un groupe organis\u00e9, d\u2019une quinzaine de personnes, bien d\u00e9cid\u00e9es \u00e0 faire rendre gorge \u00e0 tous ces barbares. Hier, se sont eux qui sont intervenus pour vous secourir. Rien ne pourra les arr\u00eater, surtout pas les flics. D\u2019autres groupes identiques se sont constitu\u00e9s en Europe. Nous Les Gardiens, n\u2019interviendront pas. Je pense que les exploiteurs qui pensaient passer au travers les mailles du filet, ont du mouron \u00e0 se faire. Nous allons seulement essayer de les canaliser, et inciter les victimes \u00e0 faire confiance en la justice. Apr\u00e8s il se passera ce qu\u2019il se doit, nous n\u2019y pouvons rien. La terreur a toujours fait \u00e9cho \u00e0 la terreur. J\u2019ai une proposition \u00e0 vous faire. Vous pouvez nous rejoindre, surtout Charline et Danuta. Vous avez \u00e9t\u00e9 effac\u00e9e de la surface de la terre pendant dix ans, et vous avez surv\u00e9cu. Vous pouvez nous aider. Vous savez vous fondre dans le paysage. Bien s\u00fbr, ce n\u2019est pas un engagement \u00e0 plein temps, avec un contrat et tout le toutim, mais des interventions ponctuelles en cas de force majeur. Nous souhaiterions pouvoir compter sur vous, comme on l\u2019a fait avec la femme qui est venue r\u00e9cup\u00e9rer Charline \u00e0 Gen\u00e8ve. Vous resteriez toujours dans l\u2019ombre. La situation est diff\u00e9rente pour Hugo et Anna, ils doivent \u00eatre pr\u00e9sents, et assurer officiellement la garde de Y\u00e9y\u00e9. Pour nous rejoindre, ils devraient d\u00e9missionner de leur fonction. Nous vous avons attribuez une bourse pr\u00e9lev\u00e9e sur les avoirs de M\u00fcller. C\u2019est un petit d\u00e9dommagement naturel pour Danuta et Charline. Nous avons aussi ouvert un compte pour aider \u00e0 l\u2019\u00e9ducation de Y\u00e9y\u00e9. Il a le droit d\u2019aller \u00e0 l\u2019\u00e9cole et de faire des \u00e9tudes s\u2019il le souhaite.\u00a0Vous trouverez tous les d\u00e9tails bancaires dans votre boite aux lettres \u00e0 Manzat.<\/p><p>Ayant termin\u00e9 leur petit d\u00e9jeuner, ils se lev\u00e8rent et remerci\u00e8rent F\u00e9lix. Celui-ci embrassa les trois femmes et donna l\u2019accolade aux gar\u00e7ons, ne sachant s\u2019ils se reverraient. Ils se souhait\u00e8rent mutuellement bonne chance et se s\u00e9par\u00e8rent. La route du retour serait longue, plus de mille kilom\u00e8tres, soit une douzaine d\u2019heures de voyage. C\u2019\u00e9tait parti, toujours entass\u00e9 dans le Kuga d\u2019Hugo. Charline, craintivement, lui demanda de parler de la fin de leurs parents. Elle ne les avait jamais revus apr\u00e8s son enl\u00e8vement. Elle n\u2019avait re\u00e7u aucune nouvelle d\u2019eux, ni de lui, pas m\u00eame de leur r\u00e9gion. Les seules nouvelles qu\u2019elle avait de la France provenait des gros titres de presse qu\u2019elle pouvait approcher. Il expliqua le cancer fulgurant de sa m\u00e8re, cinq ans auparavant, la d\u00e9tresse qui s\u2019ensuivie, pr\u00e9cipitant son p\u00e8re dans la tombe pour la rejoindre. Ils ne s\u2019\u00e9taient jamais remis de la disparition de leur fille. Charline pleurait sans bruit, assise sur la banquette arri\u00e8re, sa t\u00eate reposait contre la vitre, indiff\u00e9rente aux paysages qu\u2019ils traversaient. Les yeux rouges embu\u00e9s, la gorge s\u00e8che, elle pensait \u00e0 tout ce qu\u2019on lui avait vol\u00e9, et \u00e0 tout ce qu\u2019on lui avait fait subir. L\u2019aigle de l\u2019ombre, c\u2019\u00e9tait l\u2019antichambre d\u2019Had\u00e8s, le purgatoire, le neuvi\u00e8me cercle de l\u2019enfer de Dante. C\u2019\u00e9tait les trois r\u00e9unis dans une m\u00eame horreur. Combien de vies comme la sienne avait \u00e9t\u00e9 bris\u00e9es et bafou\u00e9es. O\u00f9 se cachaient les bons penseurs\u00a0? les d\u00e9fenseurs omnipotents de tout et de rien\u00a0? Qu\u2019allait-il arriver \u00e0 tous ces tortionnaires\u00a0? bien install\u00e9s dans une soci\u00e9t\u00e9 les adulant hypocritement, au regard de leur r\u00e9ussite sociale. Se perdraient t\u2019ils dans les m\u00e9andres d\u2019une justice, tr\u00e8s sereine et s\u00fbre d\u2019elle, incapable de les prot\u00e9ger, eux les victimes\u00a0? Seraient-ils relax\u00e9s\u00a0? avec les formes, en raison de crimes insuffisamment caract\u00e9ris\u00e9s, ou par manque de preuve, \u00e0 peine sermonn\u00e9s pour des d\u00e9lits mineurs. Seraient-ils absous par le temple de la fourberie humaine qui passe son temps \u00e0 se repentir, mais laisse se commettre les pires exactions. Dans son esprit elle rejoignait les vengeurs de G\u00f6ttingen. Jamais ch\u00e2timent ne sera \u00e0 hauteur de son calvaire. Elle \u00e9tait perdue dans ses pens\u00e9es, reniflant de temps \u00e0 autre. Y\u00e9y\u00e9 lui tenait la main, touch\u00e9 par sa tristesse.<\/p><p>Charline toute \u00e0 sa peine, brisa le lourd silence qui planait dans l\u2019habitacle du v\u00e9hicule :<\/p><p>&#8211; \u00a0A part Danuta et Y\u00e9y\u00e9, personne ne peut imaginer ce que Keller m\u2019obligeait \u00e0 faire. J\u2019ai d\u00fb avoir des relations sexuelles avec de parfaits inconnus, hommes ou femmes indistinctement, et satisfaire leurs fantasmes les plus d\u00e9gradants. J\u2019\u00e9tais pr\u00e9sente lorsqu\u2019il torturait Y\u00e9y\u00e9 et qu\u2019il lui imposait les actes les plus pervers. Il m\u2019a contrainte, \u00e0 une dizaine de reprise de coucher avec des personnes, et \u00e0 enregistrer nos actes avec une cam\u00e9ra cach\u00e9e dans un sac. Ces images servaient \u00e0 faire chanter ces gens, g\u00e9n\u00e9ralement bien en vue sur la sc\u00e8ne publique. Il m\u2019a oblig\u00e9e, sous peine de mort, \u00e0 ex\u00e9cuter un type qui n\u2019avait pas r\u00e9gl\u00e9 une dette, et qui l\u2019avait d\u00e9nonc\u00e9 au fisc.<\/p><p>Charline se tu, enchain\u00e9e \u00e0 sa sordide histoire. Danuta, dans un souffle, repris en disant\u00a0:<\/p><p>&#8211; C\u2019est vrai qu\u2019avec Y\u00e9y\u00e9, nous sommes les seuls \u00e0 comprendre ce que tu as v\u00e9cu. Nous avons travers\u00e9 ce m\u00eame enfer indescriptible, et personne ne pourra jamais se mettre \u00e0 notre place. Je voue \u00e0 ses ordures une haine sans borne. Je suis avec toi, si tu veux aller r\u00e9gler son compte \u00e0 Keller. La raison me recommande de rejoindre F\u00e9lix et Les Gardiens, mais la partie sombre de mon c\u0153ur me hurle de rejoindre les vengeurs, je suis vraiment borderline. Ces salauds doivent payer, y compris les profiteurs passifs qui se sont servi de nous. M\u00fcller m\u2019a aussi jet\u00e9e en p\u00e2ture \u00e0 des inconnus qui ont abus\u00e9 de moi. J\u2019ai d\u00fb aussi faire chanter des gens, et sous la contrainte j\u2019ai tu\u00e9 trois hommes. C\u2019\u00e9taient aussi des crevards qui jouaient dans la m\u00eame cour que lui. Je ne suis ni une pute ni une meurtri\u00e8re, mais je n\u2019ai pas mauvaise conscience pour les avoirs \u00e9limin\u00e9s. Eux aussi m\u2019avaient viol\u00e9e, comme ce gros porc de M\u00fcller. J\u2019en fait toujours des cauchemars la nuit.<\/p><p>La route se poursuivait, entrecoup\u00e9e de petits monologues des uns ou des autres, chacun enferm\u00e9 dans sa peine.\u00a0 L\u2019ambiance n\u2019\u00e9tait pas festive, mais au fond, ils \u00e9taient contents d\u2019\u00eatre tir\u00e9 d\u2019affaire. Ils firent le trajet d\u2019une traite, alternant les conducteurs, ne s\u2019arr\u00eatant que pour faire le plein du v\u00e9hicule et se d\u00e9gourdir les jambes.<\/p><p>Hugo profita d\u2019une pose pour ins\u00e9rer son ancienne carte SIM dans son t\u00e9l\u00e9phone jetable. Il lista ses appels et ses messages. Sa bo\u00eete vocale, et sa messagerie SMS \u00e9taient satur\u00e9es. Il en \u00e9tait de m\u00eame pour ses courriels. Les trois quarts \u00e9manaient de sa commandante de compagnie, la capitaine Justine Devaux. Au fil, les messages devenaient agac\u00e9s, imp\u00e9rieux puis hyst\u00e9rique. Hugo en \u00e9couta et en lut quelques-uns. Aucun ne s\u2019enquerrait de sa sant\u00e9. Ils d\u00e9marraient par des\u00a0:\u00a0\u00ab\u00a0<em>rappelez-moi<\/em>\u00a0\u00bb, secs, \u00ab\u00a0<em>Qu\u2019est-ce que vous foutez\u00a0<\/em>\u00bb, agac\u00e9s, <em>\u00ab\u00a0Il y a urgence<\/em>\u00a0\u00bb, et \u00ab\u00a0<em>C\u2019est quoi le bordel que vous mettez<\/em>\u00a0\u00bb, tout \u00e7a sur un mode crescendo, allant jusqu\u2019\u00e0 la menace sublime. \u00ab\u00a0<em>J\u2019ai la direction g\u00e9n\u00e9rale qui me talonne, vous allez d\u00e9rouiller<\/em>.\u00a0\u00bb Ce qui le fit rire. Puis lass\u00e9 il d\u00e9connecta sa carte Sim, rangea son t\u00e9l\u00e9phone\u00a0et dit :<\/p><p>&#8211; Je verrai \u00e7a plus tard. Je m\u2019occuperai de cette pagaille demain et je pense que la journ\u00e9e ne sera pas de trop. De toute mani\u00e8re, je suis encore en vacances jusqu\u2019\u00e0 la fin de la semaine il me semble\u00a0!<\/p><p>Ils se d\u00e9tendirent, apr\u00e8s Lyon, sur l\u2019autoroute A89. Clermont trente kilom\u00e8tres. Ils \u00e9taient presque \u00e0 destination, ils contourn\u00e8rent la ville et attaqu\u00e8rent les premiers contreforts des Combrailles. Enfin, la sortie MANZAT. Hugo conduisait tranquillement. Ils travers\u00e8rent le village, puis emprunt\u00e8rent une petite route sur la gauche, fr\u00f4lant la salle des f\u00eates et la gendarmerie. Apr\u00e8s une poign\u00e9e de kilom\u00e8tres sur une route \u00e9troite et sinueuse, ils d\u00e9couvrirent la vieille maison familiale, flanqu\u00e9e de sa grange. La route n\u2019allait pas plus loin. Ils \u00e9taient arriv\u00e9s au bout du monde. La b\u00e2tisse \u00e9tait isol\u00e9e, cern\u00e9e par de petit p\u00e2turage et de vieilles sapini\u00e8res.<\/p><p>Tous saut\u00e8rent de la voiture, content de se d\u00e9gourdir les jambes, heureux d\u2019\u00eatre arriv\u00e9e. Le voyage avait \u00e9t\u00e9 long. Pour ne pas changer, Y\u00e9y\u00e9 avait faim et le faisait savoir \u00e0 qui voulait l\u2019entendre. Il courait partout, montant et descendant les escaliers, jusqu\u2019\u00e0 ce qu\u2019il trouve la chambre mansard\u00e9e au second \u00e9tage, spacieuse et lumineuse. Il d\u00e9cr\u00e9ta en \u00eatre l\u2019ultime et unique occupant l\u00e9gitime. A l\u2019\u00e9tage en dessous, trois chambres donnaient sur le palier. Charline repris possession de celle qu\u2019elle occupait jeune fille, et s\u2019y enferma. Hugo et Anna adopt\u00e8rent la chambre parentale, la seule \u00e9quip\u00e9e d\u2019un grand lit deux place. Danuta s\u2019installa dans l\u2019unique chambre restante, qui \u00e9tait celle d\u2019Hugo. Anna vida ses valises et rangea ses v\u00eatements dans l\u2019armoire vide. Hugo avait r\u00e9cup\u00e9r\u00e9 ses affaires dans sa chambre, lib\u00e9rant l\u2019espace pour Danuta, qui n\u2019avait rien \u00e0 ranger. Il installa ses v\u00eatements \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de ceux d\u2019Anna. La chambre \u00e9tait \u00e9quip\u00e9e d\u2019une salle d\u2019eau et de sanitaire privatifs. Le pallier et le troisi\u00e8me \u00e9tage en \u00e9tait \u00e9galement \u00e9quip\u00e9s, ce qui laissait une certaine intimit\u00e9 a chacun. En redescendant il trouv\u00e8re Y\u00e9y\u00e9 affal\u00e9 devant la t\u00e9l\u00e9vision. Il avait trouv\u00e9 une boite de biscuits et les engloutissait aussi vite que ces mains pouvaient faire la navette, entre sa bouche et le paquet. Hugo se rendit jusqu\u2019\u00e0 la boite aux lettres. Il y trouva le document du minist\u00e8re de la justice, estampill\u00e9 et sign\u00e9, confiant la garde officielle de Y\u00e9y\u00e9 conjointement \u00e0 Anna et \u00e0 lui-m\u00eame. Gr\u00ebtta avait tenu ses engagements. Ce qui \u00e9tait fantastique, c\u2019est de constat\u00e9 que les voies officielles \u00e9taient longues fastidieuses et sinueuses, alors que la gardienne avait g\u00e9r\u00e9 le probl\u00e8me en moins d\u2019une semaine. Ils attendirent que les filles r\u00e9apparaissent. Hugo voulait leur proposer de les accompagner au village, pour acheter des v\u00eatements, des produits de toilette, et surtout pour remplir le frigo. Il n\u2019avait dans la maison que de quoi substanter un vieux gar\u00e7on peu exigeant. Danuta apparut, mais Charline restait dans sa chambre. Hugo monta voire si elle allait bien. Elle avait vid\u00e9 son armoire sur le lit, et se d\u00e9battait dans des essayages, se regardant dans un miroir. Elle lui dit\u00a0:<\/p><p>&#8211; Vous ne vous \u00eates pas d\u00e9barrass\u00e9 de toutes mes vieilleries\u00a0? Je rentre encore dans tous ces v\u00eatements. Ils me vont toujours, mais ils sont terriblement pass\u00e9 de mode. Si je les porte, je n\u2019ai plus qu\u2019\u00e0 me laisser pousser les couettes et \u00e0 me maquiller avec des taches de rousseur. Je ressemblerai \u00e0 une gamine de quinze ans et je vais attirer tous les pervers d\u2019Auvergne. Elles ne correspondent plus \u00e0 la femme que je suis aujourd\u2019hui. J\u2019ai besoin d\u2019un peu plus de sobri\u00e9t\u00e9.<\/p><p>&#8211;\u00a0Tu n\u2019as qu\u2019\u00e0 mettre ces vieilles fripes dans des sacs. Nous les d\u00e9poserons dans un container des Emma\u00fcs. Maintenant, on file faire des courses \u00e0 Manzat. Veux-tu venir avec nous\u00a0? On va chercher de l\u2019alimentaire, je n\u2019ai plus rien, et on ach\u00e8tera aussi quelques v\u00eatements. Danuta Y\u00e9y\u00e9 et toi en avez besoins, les journ\u00e9es se sont bien refroidies. On va prendre l\u2019essentiel, et on ira \u00e0 Riom ou \u00e0 Clermont dans la semaine pour reconstituer vos gardes robes.<\/p><p>&#8211; Je pense que je peux durer un jour ou deux avec ce que j\u2019ai. J\u2019ai plus envie de rester, et de m\u2019impr\u00e9gner de la maison. Je vais reprendre mes marques. Je suis au milieu de mes affaires, de ma vie d\u2019avant, et \u00e7a me fait du bien. Est-ce que vous vous \u00eates d\u00e9barrass\u00e9 de ma vieille deux chevaux\u00a0? Elle \u00e9tait dans la grange lorsqu\u2019ils m\u2019ont enlev\u00e9e.<\/p><p>&#8211; Je n\u2019ai pas eu le courage de la vendre. Cette voiture c\u2019\u00e9tait toi et ta bonne humeur. Je l\u2019ai entretenue et l\u2019ai r\u00e9guli\u00e8rement fait rouler. Elle n\u2019attend plus que toi.<\/p><p>Chapitre 23\u00a0: Atterrissage forc\u00e9.<\/p><p>Apr\u00e8s une bonne nuit de sommeil, le matin qui se levait les trouva tous les cinq avec une sensation de gueule de bois. La veille, ils \u00e9taient descendus au village faire des empl\u00e8tes, mais ils n\u2019avaient pas pr\u00eat\u00e9 garde \u00e0 l\u2019horaire, et tous les commerces \u00e9taient ferm\u00e9s. Ils s\u2019\u00e9taient rabattus sur une pizz\u00e9ria, dans laquelle ils avaient command\u00e9 huit pizzas et autant de sodas. Le patron qu\u2019Hugo connaissait bien, leur avait donn\u00e9 du pain, du lait et du beurre v\u00e9g\u00e9tal, pour le petit d\u00e9jeun\u00e9 du lendemain. Ils \u00e9taient rentr\u00e9s directement \u00e0 la maison, et avaient aval\u00e9 leur repas rapidement avant d\u2019aller se coucher. Les draps et les couettes \u00e9taient pli\u00e9s dans des sacs sous-vides en plastique, rang\u00e9s au-dessus des armoires de chaque chambre. Ils durent faire leur lit avant de s\u2019effondrer comme des masses. Les tensions nerveuses s\u2019\u00e9vacuaient, comme le ressac des vagues se retirant de la plage. Le lendemain matin, c\u2019est comme des m\u00e9duses \u00e9chou\u00e9es qu\u2019ils se retrouv\u00e8rent tous dans la salle \u00e0 manger. Seule Anna \u00e9tait comme la veille p\u00e9tillante et pleine d\u2019entrain. Elle avait d\u00e9j\u00e0 fait couler le caf\u00e9 et griller du pain. Elle avait d\u00e9gott\u00e9 des pots de confiture maison dans le buffet de la cuisine, et dispos\u00e9s des bols et des cuill\u00e8res sur la table. Hugo n\u2019avait pas franchi la porte qu\u2019elle l\u2019interpellait en ces termes\u00a0:<\/p><p>&#8211;\u00a0On va se d\u00e9rouiller les pattes mon gros lapin\u00a0? M\u00e9m\u00e8re est pr\u00eate \u00e0 d\u00e9couvrir tes volcans. On va courir une petite heure et on d\u00e9jeune apr\u00e8s\u00a0?<\/p><p>Hugo la mine \u00e0 moiti\u00e9 endormi, trainant les pieds lui r\u00e9pondit.<\/p><p>&#8211; T\u2019es s\u00fbre ma poule\u00a0? J\u2019aurais appr\u00e9ci\u00e9 une petite accalmie dans ce monde de brute.<\/p><p>En fait il \u00e9tait pr\u00eat, et n\u2019attendait que \u00e7a, il avait d\u00e9j\u00e0 enfil\u00e9 un short et un sweat. Il allait courir r\u00e9guli\u00e8rement trois ou quatre matins par semaine, et ces deux semaines il n\u2019avait pas fait de sport, \u00e7a commen\u00e7ait \u00e0 lui peser. De plus, la journ\u00e9e qui l\u2019attendait allait \u00eatre stressante et compliqu\u00e9e. Ils chauss\u00e8rent leurs baskets, et partirent faire un tour \u00e0 travers les chemins et sentiers de montagne, laissant leurs compagnons comater. Il fit d\u00e9couvrir \u00e0 Anna de superbes panoramas sur la chaine des puys, et sa majest\u00e9 le Puy de D\u00f4me. Au retour, petit d\u00e9jeuner, douche, et ils \u00e9taient d\u2019attaque pour repartir. Hugo proposa \u00e0 l\u2019assembl\u00e9e de l\u2019accompagner \u00e0 Riom, ou ils pourraient faire des courses, pendant qu\u2019il rendrait des comptes \u00e0 sa hi\u00e9rarchie. Sans \u00e9nergie, ils d\u00e9clin\u00e8rent son invitation. Charline proposa de le rejoindre \u00e0 midi. Elle conduirait tout le monde \u00e0 bord de sa deudeuche. Hugo se leva pour partir,\u00a0 Anna lui emboita le pas, lui avouant qu\u2019elle \u00e9tait curieuse de visiter Riom, ville judiciaire par excellence, b\u00e2tie en bordure de la chaine des Puys, avec de la pierre noire de Volvic. En arrivant \u00e0 la caserne de gendarmerie, rue Alphonse CORNET, Hugo lui fit faire le tour du propri\u00e9taire de son appartement de fonction et lui en confia les cl\u00e9s. L\u2019abandonnant l\u00e0, il gagna son bureau situ\u00e9 dans le b\u00e2timent de service, en empruntant la porte arri\u00e8re. Il fila directement dans le bureau de son chef, affectueusement surnomm\u00e9 Papajoe par ses subordonn\u00e9s. Il longea le couloir, trainant dans son sillage les quatre autres membres de l\u2019\u00e9quipe, hilares, qui lui donnaient au passage de chaleureuses tapes amicales sur l\u2019\u00e9paule, lui demandant s\u2019il allait bien. Papajoe, bienveillant, r\u00e9unit le groupe dans l\u2019\u00e9troite salle \u00e0 caf\u00e9 de l\u2019unit\u00e9, prenant soin de fermer la porte. Il attaqua directement\u00a0:<\/p><p>&#8211; Comment vas-tu Hugo. Tu tiens bon\u00a0? Pas de blessure\u00a0? Tu es en forme\u00a0? Bon voil\u00e0 la situation. Ici C\u2019est la r\u00e9volution \u00e0 l\u2019\u00e9tage. J\u2019ignore dans quelle situation tu t\u2019es fourr\u00e9, mais la Justine est en train de couler une bielle. Elle qui ne supporte que les mers d\u2019huile, se retrouve sur des montagnes russes, et \u00e7a la met de mauvais poil. Elle est ex\u00e9crable, elle enguirlande tout le monde, et jure de te torpiller d\u00e9s que ton nom est prononc\u00e9. Pour \u00eatre franc, on ne parle que de toi. Tu es la star de ces lieux mon vieux. Je propose de boire un caf\u00e9 entre nous, on mange un croissant, tu te d\u00e9tends avant d\u2019aller affronter l\u2019ouragan Devaux. Habituellement, elle aboie beaucoup mais ne mord pas, mais l\u00e0, fait quand m\u00eame gaffe, elle est enrag\u00e9e. Le standard est en surchauffe. \u00c7a t\u00e9l\u00e9phone de partout\u00a0! Les minist\u00e8res des arm\u00e9es, de l\u2019int\u00e9rieur et de la justice, La direction g\u00e9n\u00e9rale de la Gendarmerie, La R\u00e9gion, le groupement, en fait tout ceux qui sont au-dessus de nous. J\u2019ai m\u00eame cru comprendre que notre capitaine avait re\u00e7u un appel de la pr\u00e9sidence de la r\u00e9publique, mais je ne pourrais pas le certifier. Je ne m\u2019\u00e9tais jamais rendu compte \u00e0 quel point la r\u00e9partition des t\u00e2ches \u00e9tait disproportionn\u00e9es. C\u2019est tr\u00e8s clair et officiel, il y a bien plus de chefs que de guerriers, c\u2019est peut-\u00eatre pour \u00e7a qu\u2019on rame\u00a0? Bon\u00a0! tu r\u00e8gles le probl\u00e8me avec la capitaine Fury, et tu rappliques dare-dare. On fera le point sur le meurtre Fremont. On a du nouveau, m\u00eame si on avait l\u2019ordre de laisser cette affaire en roue libre. Ah au fait, en plus des appels dont je t\u2019ai parl\u00e9s, il y en a un r\u00e9curant qui \u00e9mane de la pr\u00e9fecture. La secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9rale du directeur de cabinet appelle sa toute nouvelle meilleure copine de l\u2019\u00e9tage, quatre ou cinq fois par jours, ce qui \u00e0 chaque fois la met dans tous ses \u00e9tats, et la fait flipper. Sans vouloir \u00eatre vulgaire, tu lui glisse une olive entre les fesses, et elle te produit de l\u2019huile pour alimenter un r\u00e9giment.<\/p><p>Hugo se mit \u00e0 rire en disant\u00a0:<\/p><p>&#8211; C\u2019est le Why ici. Je pars \u00e0 peine quinze jours en vacances et quand je reviens c\u2019est la grosse panique. Je ne savais pas que je pouvais vous manquer \u00e0 ce point-l\u00e0, surtout \u00e0 Justine. En fait les gars, moi aussi j\u2019ai ratiss\u00e9 large. J\u2019en ram\u00e8ne des pleines cantines. Je vous expliquerai tout \u00e0 l\u2019heure, pour l\u2019instant, je vais affronter la dame de fer. Je suis bien peign\u00e9\u00a0???<\/p><p>Pichot, enqu\u00eateur de premier ordre, mais ainsi surnomm\u00e9 \u00e0 cause de ses blagues pourries et de sa grande d\u00e9licatesse, sorti du groupe et vint lui tapoter l\u2019\u00e9paule. Il s\u2019esclaffa tout en lui disant\u00a0:<\/p><p>&#8211; Dit donc mon nounours, j\u2019ai vu par la fen\u00eatre que tu n\u2019avais pas ramen\u00e9 que des cantines\u00a0!<\/p><p>Hugo s\u2019\u00e9clipsa, monta \u00e0 l\u2019\u00e9tage, salua en passant le staff des secr\u00e9taires, et fila directement frapper \u00e0 la porte du bureau de la capitaine Justine Devaux. Le chef secr\u00e9taire couru pour le suivre, lui susurrant \u00e0 l\u2019oreille, compatissant, que c\u2019\u00e9tait la catastrophe et qu\u2019il allait se faire d\u00e9foncer. Derri\u00e8re la porte, la capitaine cria.<\/p><p>&#8211;\u00a0Une seconde.<\/p><p>Elle termina son entretien t\u00e9l\u00e9phonique, le laissant patienter devant la porte. Un bref instant s\u2019\u00e9coula avant qu\u2019elle ne crie sur le m\u00eame ton \u00ab\u00a0entrez\u00a0\u00bb. Hugo \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 dans l\u2019ambiance. Il entra, elle ne lui proposa pas de s\u2019assoir. Elle \u00e9tait remont\u00e9e comme une pendule. Elle restait assise, le toisa de ses petits yeux froids pliss\u00e9s, \u00e9tir\u00e9s en deux fentes \u00e9troites, laissant filtrer des pupilles noires meurtri\u00e8res. Raide, au garde \u00e0 vous, il attendait qu\u2019elle ouvre les hostilit\u00e9s. Sans une parole d\u2019accueil, elle l\u2019attaqua de front, directement sur le fait qu\u2019il ne r\u00e9ponde pas au t\u00e9l\u00e9phone. Elle encha\u00eena avec une longue litanie de griefs qu\u2019elle tenait \u00e0 son encontre. Elle lui reprocha son d\u00e9part en cong\u00e9 inopin\u00e9, malgr\u00e9 sa ferme opposition, elle poursuivie par sa continuation d\u2019enqu\u00eate en Allemagne, en dehors de tous cadre l\u00e9gal. Sa col\u00e8re atteignit son paroxysme lorsqu\u2019elle l\u2019accusa d\u2019avoir particip\u00e9 \u00e0 un coup de main en Pologne, s\u2019associant \u00e0 la lib\u00e9ration d\u2019otages, sans lui en rendre compte. Ce fait avait entrain\u00e9 une d\u00e9ferlante d\u2019interrogation de la part de toutes les sph\u00e8res de l\u2019\u00e9tat, \u00e0 laquelle elle ne pouvait apporter de r\u00e9ponse. Elle l\u2019invectiva ainsi pendant trente bonnes minutes, sans rel\u00e2che. Hugo, ne bougeait pas devant cette furie, un l\u00e9ger sourire indiff\u00e9rent flottait sur les commissures de ses l\u00e8vres, le regard perdu dans le n\u00e9ant. Le flot d\u2019arguties tari, il resta sto\u00efque, impassible, laissant filer un lourd silence.<\/p><p>Il faisait toujours face \u00e0 sa sup\u00e9rieure, assise, \u00e9cumante de rage. Soudain, il se d\u00e9tendit comme un ressort, restant debout, il quitta brusquement son allure martiale. Il la fixa intens\u00e9ment, lui accrochant le regard de ses yeux marron clair. Les paillettes d\u2019or qui les incrustaient lib\u00e9raient des \u00e9clairs. Calmement, il prit la parole, sans hausser le ton, restant dans les basses de sa voix d\u00e9j\u00e0 grave.<\/p><p>&#8211; Capitaine. Je vous sais gr\u00e9 de votre accueil et de votre sollicitude, surtout de vous enqu\u00e9rir si soucieusement de ma sant\u00e9. Vous ne faites que confirmer ce que je pense de vous, et de votre int\u00e9r\u00eat pour les militaires plac\u00e9s sous votre commandement. Donc pour commencer, je vais r\u00e9pondre \u00e0 une question que vous ne vous posez m\u00eame pas. Je vais bien, merci, ni moi ni mes proches n\u2019avons \u00e9t\u00e9 bless\u00e9s. Si je n\u2019ai pas r\u00e9pondu \u00e0 votre harc\u00e8lement t\u00e9l\u00e9phonique, c\u2019est que je n\u2019\u00e9tais plus en possession de mon t\u00e9l\u00e9phone portable. Je vais vous la faire courte, mais il faut quand m\u00eame en revenir aux fondamentaux, c\u2019est-\u00e0-dire au meurtre de Jessica Fr\u00e9mont et de votre insistance pour que nous classions cette affaire. Il semblerait que vous vous soyez \u00e9loign\u00e9 de notre c\u0153ur de m\u00e9tier. Je vous rappelle que le seul ma\u00eetre en mati\u00e8re de police judiciaire, c\u2019est le procureur de la r\u00e9publique et son parquet. Visiblement vous prenez vos ordres ailleurs. J\u2019ai contact\u00e9 le substitut, Tony Picateille, a qui j\u2019avais donn\u00e9 l\u2019information le soir m\u00eame de la d\u00e9couverte de la journaliste assassin\u00e9e. Il m\u2019a certifi\u00e9 qu\u2019il n\u2019avait jamais \u00e9t\u00e9 question de lever le pieds sur cette enqu\u00eate, ni de nous en retirer. Votre insistance pour nous virer du dossier m\u2019a parue suspecte, et c\u2019est pour cela que j\u2019ai pris un cong\u00e9 afin de poursuivre mes investigations. Je ne vous en dirai pas plus, car j\u2019ai l\u2019impression que vous \u00eates fortement impliqu\u00e9e. Comme vous avez pu le comprendre avec tous ce ramdam qui se fait autour de moi, et de cette affaire, il s\u2019agit d\u2019une enqu\u00eate internationale, dans laquelle je ne suis qu\u2019un grain de sable, qui nous d\u00e9passe, et vous, et moi. Vous avez trahi ma confiance, et mes comptes rendus seront adress\u00e9 au parquet et au commandant de groupement, que cela vous plaise ou non. Brandissez toutes les menaces que vous voulez, mais surtout ne vous loupez pas, moi je suis en mesure de d\u00e9clencher un tsunami sur votre bol de soupe. Ah au fait, j\u2019aimerais que vous me donniez votre contact \u00e0 la pr\u00e9fecture, vos agissements sont contraires \u00e0 l\u2019\u00e9thique. Je crois qu\u2019il va falloir fermer le robinet avec cette taupe, car vous courez \u00e0 la catastrophe.<\/p><p>P\u00e2le comme un linge, la capitaine se dressait devant lui, vibrante de frustration et de col\u00e8re, les deux points plant\u00e9s sur son bureau, le regard assassin. L\u2019inqui\u00e9tude commen\u00e7ait \u00e0 la gagner, ne sachant pas sur quel pied danser. Elle devait choisir son camp tout de suite, la pr\u00e9fecture ou Hugo. Celui-ci \u00e9tait s\u00fbr de lui, et semblait la tenir, mais ce n\u2019\u00e9tait qu\u2019un petit major, un simple sous-officier. Pour faire bonne mesure, il rajouta\u00a0:<\/p><p>&#8211; Si la Direction ou un minist\u00e8re quelconque appel, vous leur dites que je serai pr\u00e9sent lundi, je rentre de cong\u00e9s. Ne cherchez pas \u00e0 donner une r\u00e9ponse dont vous n\u2019avez m\u00eame pas le d\u00e9but. J\u2019aurais mon nouveau t\u00e9l\u00e9phone. En attendant, je vais terminer mes vacances tranquillement.<\/p><p>Sur ce, il proc\u00e9da \u00e0 un demi-tour r\u00e8glementaire et quitta le bureau en claquant fortement la porte pour bien marquer son m\u00e9contentement, laissant la capitaine d\u00e9pit\u00e9e. Il \u00e9tait temps de calmer cette femme. Une parvenue carri\u00e9riste qui ne songeait qu\u2019a son propre int\u00e9r\u00eat, visant sans vergogne un postillon \u00e9toil\u00e9.<\/p><p>En franchissant le seuil, il tomba nez \u00e0 nez avec Pichot, qui trainait accidentellement dans le couloir, une oreille coll\u00e9e \u00e0 la porte. Il riait tout en secouant la main dans un ou lala muet. Il accompagna Hugo dans les bureaux de la brigade des recherches, rameutant le reste de l\u2019\u00e9quipe au passage, ils s\u2019enferm\u00e8rent dans le bureau de Papajoe. Un conseil de guerre improvis\u00e9 se mettait en place. Chacun sa place, chacun son r\u00f4le qui serait d\u00e9terminant. Maman, le technicien en investigation criminelle, Pichot, le bomb\u00e9, papy les enqu\u00eateurs, et Papajoe le leader, sans oublier Hugo qui avait rang de directeur d\u2019enqu\u00eate sur cette affaire. Les six hommes se connaissaient depuis longtemps et n\u2019avaient pas besoin de long pr\u00e9liminaire pour se comprendre. Maman, le TIC, commen\u00e7a \u00e0 exposer les traces et \u00e9l\u00e9ments de preuve recueillis sur la sc\u00e8ne de crime. Une cha\u00eenette en or, cass\u00e9e, d\u00e9pourvue de pendentif avait \u00e9t\u00e9 d\u00e9couverte dans les buissons \u00e0 proximit\u00e9 du corps de Jessica. Il pr\u00e9senta des photos de la sc\u00e8ne de crime, avec le r\u00e9troprojecteur, sur un \u00e9cran en toile plastifi\u00e9e enroulable. Passant \u00e0 la phase deux de son expos\u00e9, il montra l\u2019empreinte digitale compl\u00e8te d\u2019un pouce, qu\u2019il avait relev\u00e9 sur le sac \u00e0 mains de la victime. Elle ne matchait avec aucune occurrence contenue dans la base de donn\u00e9es du FNAEG, mais continuait \u00e0 tourner jusqu\u2019\u00e0 une entr\u00e9e nouvelle, concordante. Le graal pour un enqu\u00eateur, un ADN avait \u00e9t\u00e9 relev\u00e9. Une particule de peau \u00e9tait rest\u00e9e coins\u00e9e sous un ongle cass\u00e9 de Jessica, malgr\u00e9 son s\u00e9jour dans l\u2019eau. En se d\u00e9battant elle avait griff\u00e9 son agresseur, mais malheureusement, comme pour l\u2019empreinte, aucune concordance n\u2019avait \u00e9t\u00e9 trouv\u00e9e.<\/p><p>Les trois enqu\u00eateurs n\u2019avaient aucun \u00e9l\u00e9ment probant \u00e0 apporter, si ce n\u2019est que le v\u00e9hicule de Jessica avait \u00e9t\u00e9 retrouv\u00e9 en rase campagne, dans un foss\u00e9 \u00e0 deux kilom\u00e8tres du lac, les portes n\u2019\u00e9taient pas verrouill\u00e9es et il avait \u00e9t\u00e9 accroch\u00e9 sur l\u2019aile avant gauche. Des traces de peinture noire, apparaissaient \u00e0 l\u2019endroit de l\u2019impact. Des d\u00e9bris de verre avaient \u00e9t\u00e9 r\u00e9cup\u00e9r\u00e9s sur la chauss\u00e9e, et ils avaient \u00e9t\u00e9 envoy\u00e9 au labo pour d\u00e9terminer \u00e0 quel type de v\u00e9hicule ils appartenaient. Le d\u00e9lai d\u2019exploitation \u00e9tait de six mois, autant dire dans une autre vie. Un v\u00e9hicule de type fourgonnette, t\u00f4l\u00e9, sombre, non connu, avait bien \u00e9t\u00e9 aper\u00e7ue non loin du gour, mais aucun t\u00e9moin n\u2019avait pu noter l\u2019immatriculation. De ce c\u00f4t\u00e9 c\u2019\u00e9tait l\u2019impasse.<\/p><p>Pichot y alla de deux ou trois blagues relatives au recadrage de la capitaine Devaux par Hugo, faisant rigoler l\u2019assistance. Puis ce fut au tour d\u2019Hugo de prendre la parole.<\/p><p>Papajoe l\u2019invita \u00e0 raconter son p\u00e9riple, souhaitant connaitre tous les d\u00e9tails.<\/p><p>Hugo attaqua son r\u00e9cit par la d\u00e9couverte de la petite aigue marine, entre les galets du gour, \u00e0 l\u2019emplacement ou le corps de Jessica avait \u00e9t\u00e9 retrouv\u00e9. Il expliqua les m\u00e9andres o\u00f9 son esprit l\u2019avait entrain\u00e9, et l\u2019intuition qui en avait r\u00e9sult\u00e9. Le rapprochement lui semblait farfelu. Il voulait faire des v\u00e9rifications avant d\u2019exposer son id\u00e9e \u00e0 ses camarades. Il s\u2019\u00e9tait lanc\u00e9 dans des recherches historiques pour d\u00e9mystifier l\u2019existence de l\u2019aigle de l\u2019ombre, et avait rapidement trouv\u00e9 un fil d\u2019ariane, l\u2019aidant \u00e0 d\u00e9rouler la pelote. L\u2019aigue Marine se trouvait en d\u00e9p\u00f4t chez son ami bijoutier \u00e0 Clermont-Ferrand. L\u2019autre fait troublant, avait \u00e9t\u00e9 l\u2019ordre de la capitaine Devaux de ne pas s\u2019impliquer dans cette enqu\u00eate. Il s\u2019agissait quand m\u00eame d\u2019un meurtre, et non d\u2019une vague histoire de chien \u00e9cras\u00e9. C\u2019\u00e9tait la vocation de leur service, et ils avaient certes du travail, mais ils n\u2019\u00e9taient pas d\u00e9bord\u00e9s, et en tous cas, ils n\u2019avaient rien de plus grave \u00e0 traiter qu\u2019un meurtre. Hugo n\u2019avait donc rien dit pour ne pas impliquer ses camarades, et avait pris quinze jours de cong\u00e9s. Connaissant ses amis, il savait tr\u00e8s bien qu\u2019ils continueraient \u00e0 investiguer discr\u00e8tement au milieu de leurs autres dossiers. Il leur raconta son p\u00e9riple en Allemagne, la rencontre avec Anna et Danuta. Il passa sous silence les gardiens, invoquant un groupe paramilitaire l\u2019ayant aid\u00e9 \u00e0 secourir les otages de Pologne, laissant certains d\u00e9tails dans le flou. Il r\u00e9ins\u00e9ra Jessica dans ses investigations, faisant monter l\u2019aigue marine en pendentif dans la Joaillerie M\u00fcller. C\u2019est l\u00e0 qu\u2019elle avait sign\u00e9 son arr\u00eat de mort. Frantz, lui avait communiquer par mail qu\u2019elle apparaissait bien dans le livre client\u00e8le de l\u2019\u00e9tablissement. Elle s\u2019\u00e9tait jet\u00e9e dans la gueule du loup. Rien n\u2019expliquait pourquoi elle \u00e9tait revenue en France apr\u00e8s cela. Elle en savait d\u00e9j\u00e0 beaucoup, et avait d\u00e9pos\u00e9 des fichiers informatiques dans une banque de G\u00f6ttingen. Sur un autre plan, Hugo expliqua ses investigations parall\u00e8les pour retrouver sa s\u0153ur. Tous au sein du groupe connaissait l\u2019histoire de Charline.\u00a0 Il narra son aventure jusqu\u2019en Pologne, la d\u00e9connection des d\u00e9tonateurs, la lib\u00e9ration des esclaves, les num\u00e9ros, les codes-barres, les meurtres t\u00e9l\u00e9command\u00e9s, les violences, les viols, en gros l\u2019enfer de ces victimes. Tous restaient cois, silencieux et impressionn\u00e9s. Hugo poursuivi son histoire par les r\u00e9cup\u00e9rations de Danuta, Charline et Y\u00e9y\u00e9. Il leur annon\u00e7a que pour l\u2019heure, ils s\u2019\u00e9taient tous \u00e9tablis dans sa maison \u00e0 Manzat. L\u2019information devait rester secr\u00e8te pour l\u2019instant, tant qu\u2019ils n\u2019auraient pas ficeler leur affaire. En effet, Charline avait \u00e9t\u00e9 kidnapp\u00e9 par Gabin Fiola, un ancien ami de jeunesse. Hugo le soup\u00e7onnait d\u2019\u00eatre aussi le meurtrier de Jessica. Rien ne l\u2019emp\u00eacherait de s\u2019en prendre \u00e0 nouveau \u00e0 Charline s\u2019il se sentait coinc\u00e9. L\u2019autre versant de l\u2019enqu\u00eate, \u00e9tait l\u2019implication d\u2019un personnel de la pr\u00e9fecture. Celui-ci man\u0153uvrait la capitaine, ou \u00e9tait-elle partie prenante du complot\u00a0? Cela restait \u00e0 d\u00e9terminer. Hugo leur demanda de localiser Gabin, et de faire son environnement complet, travail, r\u00e9sidence, fiscalit\u00e9 etc\u00e9t\u00e9ra. Il leur demanda \u00e9galement d\u2019identifier la taupe de la pr\u00e9fecture. \u00c7a ne serait pas difficile en retra\u00e7ant le num\u00e9ro de t\u00e9l\u00e9phone appelant la capitaine. Il leur demanda de pr\u00e9voir l\u2019op\u00e9ration d\u2019interpellation pour le mardi matin, six heures, et d\u2019en aviser le parquet, mais d\u2019en tenir la capitaine \u00e0 l\u2019\u00e9cart. Il l\u2019assumerait personnellement. Hugo se rendit \u00e0 l\u2019armurerie prendre son\u00a0SIG SAUER. Il le chargea, et le pla\u00e7a dans son holster. Il fit retomber son blouson par-dessus, le dissimulant au regard du public. Il n\u2019\u00e9tait pas loin de treize heures lorsqu\u2019il vit passer la deux chevaux de Charline. Celle-ci se gara, devant leur fen\u00eatre, sur la place de la Manu. Il invita ses coll\u00e8gues \u00e0 venir faire connaissance et \u00e0 manger avec eux dans leur restaurant favori, en p\u00e9riph\u00e9rie de la ville. Un peu leur quartier g\u00e9n\u00e9ral en somme.<\/p><p>Chapitre 24\u00a0: Jour de d\u00e9tente.<\/p><p>Ils arriv\u00e8rent en convoi au Cherokees-d\u00eeners. Ce restaurant aux relents de far West \u00e9tait spacieux et a\u00e9r\u00e9. Sur la droite, un bar immense, \u00e9quip\u00e9 d\u2019une batterie de tireuse \u00e0 bi\u00e8re pression. Au fond, une sc\u00e8ne sur laquelle des soir\u00e9es \u00e0 th\u00e8me \u00e9tait fr\u00e9quemment organis\u00e9es. Au pied de celle-ci une piste de danse circulaire, encadr\u00e9e par des tables et des chaises en bois massif. La salle \u00e9tait domin\u00e9e par un balcon qui courait sur tout son p\u00e9rim\u00e8tre, auquel on acc\u00e9dait par un escalier en bois. De vieilles motos am\u00e9ricaines y \u00e9taient suspendues, ainsi que des pompes \u00e0 essence balisant une imaginaire route 66. Des tables et des bancs \u00e9taient r\u00e9parties dans cet espace. Ils furent accueillis par leur ami et patron de l\u2019\u00e9tablissement, Lo\u00efc, qui les pr\u00e9c\u00e9da sur la terrasse, o\u00f9 ils seraient seul, entre eux. Puis il s\u2019adressa au groupe\u00a0:<\/p><p>&#8211;\u00a0Salut la fine \u00e9quipe, mes argalus pr\u00e9f\u00e9r\u00e9s se portent bien\u00a0? \u00c7a fait un bail que je ne vous avais pas vu. Mais qui sont donc ces belles dames et ce jeune damoiseau\u00a0?<\/p><p>Hugo proc\u00e9da aux pr\u00e9sentations en pr\u00e9cisant que leur pr\u00e9sence ne devait pas \u00eatre \u00e9bruit\u00e9e. Lo\u00efc acquies\u00e7a et repris\u00a0:<\/p><p>&#8211;\u00a0 Pour vous les viandards, je vous propose un pav\u00e9 de Salers XXL de quatre cents grammes, avec frites, aligot ou haricots verts en accompagnement. Je sais, pour toi Hugo, pas de verdure, tu la pr\u00e9f\u00e8re dans les pr\u00e9s pour les vaches. Pour ces dames et ce jeune homme, voil\u00e0 la carte. Je vous propose le boudin aux pommes, accompagn\u00e9 d\u2019un aligot ou par des frites, a votre guise.<\/p><p>Les hommes bondirent sur la proposition carn\u00e9e de Lo\u00efc, accompagn\u00e9s par Anna et Y\u00e9y\u00e9, qui se partageraient la viande. Danuta et Charline opt\u00e8rent pour du plus l\u00e9ger. Ils command\u00e8rent tous des pintes de bi\u00e8re pression, sauf Y\u00e9y\u00e9, bien s\u00fbr, fid\u00e8le au soda. Assis sur des bancs autour d\u2019une longue table, les convives avaient cr\u00e9\u00e9 une ambiance festive, ils mang\u00e8rent et burent copieusement jusqu\u2019\u00e0 tard dans l\u2019apr\u00e8s-midi. Anna, Danuta, Charline et Y\u00e9y\u00e9 se forgeaient une vision pr\u00e9cise de l\u2019\u00e9quipe dans laquelle Hugo \u00e9voluait. Tous \u00e9taient tr\u00e8s \u00e0 l\u2019aise. Pichot, fid\u00e8le \u00e0 lui-m\u00eame, plissait ses yeux malicieux et tentait des approches un peu lourdes aupr\u00e8s de Danuta et Charline, qui finirent par lui dire qu\u2019elles \u00e9taient lesbiennes pour avoir la paix. Devant sa t\u00eate abasourdie, un fou rire emporta le groupe. Papajoe comme \u00e0 son habitude \u00e9tait empreint de gentillesse et de compassion pour les deux filles et Y\u00e9y\u00e9. Il les questionna gentiment et offrit son aide en cas de besoin. Il avait des ouvertures dans l\u2019\u00e9ducation et leur proposa de voir ce qu\u2019il pouvait faire pour leur remettre le pied \u00e0 l\u2019\u00e9trier. La conversation ne d\u00e9riva jamais sur l\u2019enqu\u00eate, restant sur un mode insouciant de convivialit\u00e9. Juste avant de quitter le restaurant, Hugo se pencha par-dessus l\u2019\u00e9paule de Papajoe et lui glissa \u00e0 l\u2019oreille.<\/p><p>&#8211; \u00a0Si tu arrives \u00e0 mettre la main sur Fiola rapidement, vois avec le parquet pour le mettre sur \u00e9coute et g\u00e9olocalisation. Je veux l\u2019interpeller mardi, en \u00e9tant s\u00fbr de le trouver du premier coup, je n\u2019ai pas envie de courir apr\u00e8s lui.<\/p><p>Ils se s\u00e9par\u00e8rent, chacun retournant \u00e0 ses occupations, l\u2019apr\u00e8s-midi \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 bien entam\u00e9. Hugo, Anna et Y\u00e9y\u00e9, prirent place dans le Kuga. Charline et Danuta repartirent vers la deudeuche en se tenant par la main, rien que pour profiter de la t\u00eate de Pichot, qui n\u2019en revenait pas. Ils se retrouv\u00e8rent dans la zone commerciale o\u00f9 ils se s\u00e9par\u00e8rent formant deux groupes, celui des filles, et celui des gar\u00e7ons. Hugo emmena Y\u00e9y\u00e9 dans un magasin de v\u00eatement pour jeunes. Il le laissa divaguer dans les rayons, pour faire ses propres choix de pantalons, T shirt, sweat et sous-v\u00eatements. En sortant ils portaient une montagne de sacs. Y\u00e9y\u00e9 dans un dernier sursaut r\u00e9clama une casquette de base-ball qu\u2019il se viss\u00e2t sur la t\u00eate. Pendant ce temps, les filles faisaient le tour des boutiques de pr\u00eat \u00e0 porter et de chaussures. Anna les conseillait, pantalons, jupes, robes, petits hauts, tout y passait avec fr\u00e9n\u00e9sie. Elle devait se refaire une garde-robe, vu qu\u2019elle n\u2019avait plus rien. Elles finirent par un magasin de lingerie fine o\u00f9 elles firent le plein. Anna participa \u00e0 la fi\u00e8vre acheteuse g\u00e9n\u00e9rale, s\u2019offrant un petit ensemble un peu coquin, disant aux filles.<\/p><p><em>&#8211; <\/em>Ce soir j\u2019offre un petit cadeau \u00e0 Hugo, mais ce n\u2019est pas lui qui va le porter.<\/p><p>Elles riaient, d\u00e9tendues, libres, la vie renaissait sur les vestiges de leurs existences pass\u00e9es. Ils se retrouv\u00e8rent dans l\u2019officine d\u2019un op\u00e9rateur en t\u00e9l\u00e9phonie au sein de la galerie marchande du centre commercial. Tous sans exception avaient besoins d\u2019un t\u00e9l\u00e9phone. Chacun faisait son choix en fonction de ses besoins. Hugo et Anna, chang\u00e8rent d\u2019op\u00e9rateur, tout en conservant leurs num\u00e9ros. Ils expliqu\u00e8rent au vendeur qu\u2019ils avaient \u00e9t\u00e9 pirat\u00e9s. Celui-ci les rassura et leurs certifia qu\u2019il n\u2019y aurait pas d\u2019incidence avec ce nouveau compte. Ensuite, comme un vieux couple de parent, ils se concert\u00e8rent pour offrir une Nintendo-Switch \u00e0 Y\u00e9y\u00e9. Ils prirent la console, en y ajoutant deux jeux, Mario Kart et Farming Simulator. Y\u00e9y\u00e9 \u00e9tait comme fou, sautant et riant \u00e0 la fois. Il n\u2019avait jamais eu de cadeau aussi fastueux. Apr\u00e8s avoir d\u00e9pos\u00e9 leurs achats dans le Kuga, ils pass\u00e8rent au super march\u00e9 faire les courses de bouches, o\u00f9 ils firent un gros plein. De retour \u00e0 Manzat, ils d\u00e9charg\u00e8rent les v\u00e9hicules, puis chacun se retrancha dans ses quartiers pour ranger ses empl\u00e8tes. Hugo et Anna stock\u00e8rent les victuailles dans les placards de la cuisine. Il y avait \u00e0 manger pour un r\u00e9giment entre les packs de lait, de jus de fruit, de bi\u00e8re et les victuailles. Ils avaient tellement mang\u00e9 lors du d\u00e9jeuner, qu\u2019aucun ne voulut diner le soir. Y\u00e9y\u00e9 s\u2019\u00e9croula sur le divan dans le salon, hypnotis\u00e9 par l\u2019\u00e9cran de t\u00e9l\u00e9vision. Hugo avait connect\u00e9 sa Switch, et le gamin s\u2019\u00e9tait perdu dans les circuits de Mario, riant aux \u00e9clats, heureux de vivre. Chacun vaquait \u00e0 ses occupations, prenant ses marques, commen\u00e7ant \u00e0 se forger des habitudes et \u00e0 marquer son territoire. Anna et Hugo se retir\u00e8rent dans leur chambre, o\u00f9 il d\u00e9posa son arme de service au-dessus de l\u2019armoire. Elle se pla\u00e7a devant lui, lui barrant le chemin, l\u2019enla\u00e7a et l\u2019embrassa amoureusement. Ils vinrent s\u2019assoir sur le lit c\u00f4te \u00e0 c\u00f4te, en se tenant par la main. A voix feutr\u00e9e, Hugo lui raconta les p\u00e9rip\u00e9ties de sa matin\u00e9e. Il l\u2019informa que l\u2019interpellation du tueur potentiel de Jessica, \u00e9tait programm\u00e9e pour le mardi matin suivant, \u00e0 l\u2019aube. Ils avaient un week-end \u00e0 passer, durant lequel Papajoe s\u2019occuperait des pr\u00e9paratifs. Lui expliquant \u00e0 son tour sa matin\u00e9e, elle lui dit qu\u2019elle avait d\u00e9ambul\u00e9e dans les rues de RIOM. Elle avait m\u00eame pris contact avec l\u2019agence d\u2019un journal\u00a0local. Elle lui avoua que la r\u00e9gion lui plaisait beaucoup, bien que visiblement moins anim\u00e9e et active que G\u00f6ttingen. Elle appr\u00e9ciait l\u2019espace et l\u2019air pur, avec ce majestueux Puy de D\u00f4me en toile de fond. Elle \u00e9mit le souhait de se rendre o\u00f9 son amie avait \u00e9t\u00e9 tu\u00e9e pour s\u2019y recueillir. Hugo lui promit de la conduire sur place d\u00e8s le lendemain matin. Elle se leva et se dirigea nonchalamment vers la salle de bains, o\u00f9 elle s\u2019enferma quelques minutes. Elle ressortie l\u00e9g\u00e8rement maquill\u00e9e, ses cheveux blond retombant en cascade sur ses \u00e9paules, v\u00eatue d\u2019une courte robe rouge, tr\u00e8s d\u00e9collet\u00e9e, ses longues jambes gain\u00e9es par des bas. Intrigu\u00e9, Hugo lui demanda si elle avait pr\u00e9vu une sortie. L\u2019\u0153il coquin, elle le fit lever et le d\u00e9shabilla, le repoussant doucement sur le lit, l\u2019emp\u00eachant de la toucher. Elle lan\u00e7a en sourdine, une Play liste de Rock symphonique sur l\u2019enceinte Bluetooth qu\u2019Hugo avait mis \u00e0 disposition dans la chambre. Elle \u00e9teignit le plafonnier, ne laissant allumer que les appliques de chevets, baignant la pi\u00e8ce d\u2019une lumi\u00e8re tamis\u00e9e. L\u2019ambiance \u00e9tait intime et chaude. Hugo commen\u00e7ait \u00e0 se laisser gagner par la douceur du moment. Anna ne le touchait pas, ne faisant que l\u2019effleurer, le regardant intens\u00e9ment. Elle \u00e9tait entr\u00e9e dans un jeu \u00e9rotique, ne lui laissant rien voir de son corps, juste deviner ses formes par transparence en jouant avec les contre jours. Dans un lent mouvement, elle retira sa robe, la faisant glisser le long de son corps dans un d\u00e9hanchement suggestif, d\u00e9voilant un ensemble rouge compos\u00e9 d\u2019un string br\u00e9silien, d\u2019un soutien gorges en dentelle, d\u2019un porte jarretelles et de bas \u00e0 couture. Elle virevoltait sur la musique, laissant les ombres jouer avec son corps. Hugo la d\u00e9vorait des yeux, elle \u00e9tait la d\u00e9finition m\u00eame de la beaut\u00e9, et lui offrait un spectacle fabuleux le laissant pantois. La sueur perlait sur son front, il n\u2019osait pas bouger de peur de briser cet enchantement qui le transportait dans un monde f\u00e9\u00e9rique. Elle se rapprochait de lui, en le fr\u00f4lant, lui interdisant de la toucher. Elle \u00e9tait la d\u00e9esse de la f\u00e9minit\u00e9, de la douceur et de la beaut\u00e9. Elle pouvait constater l\u2019effet qu\u2019elle produisait sur son amant, nu devant elle, se tr\u00e9moussant mais soumis \u00e0 sa volont\u00e9. Elle en retirait une certaine fiert\u00e9 et son amour croissait pour cet homme qui la comprenait et la respectait si bien.<\/p><p>Elle lui dit d\u2019une voix rauque, ou per\u00e7ait une pointe de f\u00e9brilit\u00e9\u00a0:<\/p><p>&#8211;\u00a0C\u2019est un cadeau que je t\u2019ai pr\u00e9par\u00e9 cet apr\u00e8s-midi mon amour.<\/p><p>Anna continuait \u00e0 danser pour lui devant les lueurs tamis\u00e9es, accrochant de fugaces reflets sur son \u00e9paule d\u00e9nud\u00e9e, dans ses cheveux ondul\u00e9s ou sur un sein couvert par des arabesques de dentelle. Elle se fondit dans le lit, se coulant dans une reptation de panth\u00e8re pour venir se glisser contre lui. Il ne respirait plus, ne sachant quelle attitude adopter. Anna gardait l\u2019initiative. L\u2019inaction \u00e9tait dure \u00e0 contr\u00f4ler, Il \u00e9tait pr\u00eat \u00e0 exploser, mais il la laissait venir \u00e0 son rythme profitant de chaque seconde. Il n\u2019avait jamais v\u00e9cu une aussi douce torture. Elle lui fr\u00f4lait le corps de ses longs cheveux, lui interdisant toujours tout mouvement dans sa direction. Elle lui faisait mille baisers sur le corps, lui provoquant des frissons.<\/p><p>Ils \u00e9taient suspendus, planant dans un paradis \u00e9rotique, lorsque le staccato d\u2019une arme automatique les ramena brutalement \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9. Hugo, toujours hypnotis\u00e9 et engourdi dans un monde vaporeux, r\u00e9agit aussit\u00f4t, bondissant du lit pour r\u00e9cup\u00e9rer son arme sur l\u2019armoire. Anna se saisi de son t\u00e9l\u00e9phone en lui criant.<\/p><p>&#8211;\u00a0J\u2019appelles la gendarmerie et Papajoe.<\/p><p>Hugo d\u00e9vala les marches de l\u2019escalier quatre \u00e0 quatre, arme en main, pr\u00eat \u00e0 ouvrir le feu. Un rapide regard circulaire lui permit de localiser Y\u00e9y\u00e9 \u00e0 plat ventre dans le salon, cach\u00e9 derri\u00e8re le canap\u00e9. La t\u00e9l\u00e9vision avait explos\u00e9 sous un impact, et le mur face \u00e0 la fen\u00eatre \u00e9tait cribl\u00e9 de balles, de bas en haut, dans une ligne oblique presque parfaite. Y\u00e9y\u00e9 \u00e9tait couvert de bouts de verre et de pl\u00e2tre, mais ne semblait pas bless\u00e9. Hugo courb\u00e9 en deux, fit rapidement le tour du rez de chauss\u00e9e, percevant des impacts s\u2019\u00e9craser sur les murs ext\u00e9rieurs de la maison. La porte d\u2019entr\u00e9e vola en \u00e9clat, un individu en treillis noir, le visage masqu\u00e9 par une cagoule de motard entra dans la pi\u00e8ce, kalachnikov \u00e0 la hanche. Les entrainements de tir rapide qu\u2019Hugo avait suivi durant son cursus militaire, port\u00e8rent leurs fruits, et c\u2019est sans r\u00e9fl\u00e9chir, juste au jug\u00e9 qu\u2019il tira deux balles faisant mouche. La premi\u00e8re dans la poitrine, la seconde ouvrait un troisi\u00e8me \u0153il sur le front de l\u2019agresseur. Y\u00e9y\u00e9 ne pleurait pas, il avait la sagesse de rester cach\u00e9, lorsqu\u2019un bruit de verre bris\u00e9 leur parvint de l\u2019\u00e9tage. Hugo lan\u00e7a son pistolet \u00e0 Y\u00e9y\u00e9 pour qu\u2019il d\u00e9fende la porte, dans le m\u00eame temps, il s\u2019empara de la kalachnikov sur le cadavre, et se pr\u00e9cipita \u00e0 l\u2019\u00e9tage, dans la direction du bruit de fen\u00eatre bris\u00e9e.<\/p><p>D\u00e8s les premiers coups de feu, Charline avait rejoint les deux autres femmes sur le palier. Elle s\u2019\u00e9tait pr\u00e9cipit\u00e9e vers un placard sous l\u2019escalier pour y r\u00e9cup\u00e9rer le vieux fusil de chasse de son p\u00e8re. A l\u2019\u00e9poque, elle savait qu\u2019il le cachait l\u00e0, dans ce r\u00e9duit sous l\u2019escaliers donnant acc\u00e8s au grenier et \u00e0 la chambre mansard\u00e9e. Elle le trouva, il n\u2019avait pas chang\u00e9 de place. Elle prit des cartouches dans le tiroir et chargea l\u2019arme. Elle savait s\u2019en servir. Elle se revoyait enfant, lorsque son p\u00e8re les entrainait \u00e0 tirer son fr\u00e8re et elle, sur de vieilles boites de conserves dans le pr\u00e9 derri\u00e8re la maison. Ils entendirent la porte d\u2019entr\u00e9e s\u2019ouvrir au rez de chauss\u00e9e, et deux coups de feu claquer. Juste apr\u00e8s, la fen\u00eatre de la chambre de Charline explosa. Deux hommes y p\u00e9n\u00e9tr\u00e8rent. Ils avaient utilis\u00e9 une \u00e9chelle pour acc\u00e9der \u00e0 cette ouverture. Ils se pr\u00e9cipit\u00e8rent sur les trois jeunes femmes, armes en mains. Danuta et Anna, bien que terroris\u00e9e firent face au plus proche, se d\u00e9calant l\u2019une de l\u2019autre, et profitant d\u2019un l\u00e9ger flottement dans son attaque, elles lui saut\u00e8rent dessus. Un coup de feu parti, fr\u00f4lant la t\u00eate d\u2019Anna, la balle allant se loger dans la cloison derri\u00e8re elle. Galvanis\u00e9es par les risques encourus, elles le frapp\u00e8rent comme des furies, dans un d\u00e9chainement de coups de pieds et de poings, l\u2019obligeant \u00e0 se prot\u00e9ger. D\u2019un croche pied l\u2019une d\u2019elles r\u00e9ussit \u00e0 le faire chuter et rouler sur le sol. Il \u00e9chappa son arme. Pendant ce temps, sans se poser de question, le fusil bien cal\u00e9 contre la hanche, Charline ouvrit le feu sur le second. L\u2019homme s\u2019\u00e9croula, foudroy\u00e9, la poitrine d\u00e9chiquet\u00e9e par les impacts de plombs group\u00e9s autour du c\u0153ur. Elle courut vers ses amies qui se battaient, et donna un magistral coup de crosse sur le cr\u00e2ne de l\u2019autre agresseur, provoquant accidentellement le d\u00e9part de la seconde cartouche du fusil. H\u00e9b\u00e9t\u00e9es, les filles se regard\u00e8rent et comprirent qu\u2019heureusement personne n\u2019avait \u00e9t\u00e9 touch\u00e9 par le d\u00e9part intempestif du coup de feu, occasionnant quand m\u00eame quelques d\u00e9g\u00e2ts au plafond.<\/p><p>Hugo arriva sur ses entrefaites. Il v\u00e9rifia le pouls des assaillants. Celui qui avait re\u00e7u la d\u00e9charge de chevrotine \u00e9tait mort. Le second avait la boite cr\u00e2nienne enfonc\u00e9e \u00e0 l\u2019endroit de l\u2019impact, mais il respirait encore. Anna vint se coller contre lui, lui faisant remarquer\u00a0:<\/p><p>&#8211; \u00a0Dit donc, c\u2019est bien de te d\u00e9p\u00eacher pour sauver la veuve et l\u2019orphelin, mais sans vouloir te brusquer tu es \u00e0 poil. Il y a ta s\u0153ur, Danuta et Y\u00e9y\u00e9, et dans quelques secondes il y aura toute une armada de flics qui grouilleront partout dans la maison.<\/p><p>Hugo se rendit compte de la situation, l\u2019adr\u00e9naline refluant de ses veines doucement. Il regarda Anna et lui dit en retour\u00a0:<\/p><p>&#8211; Tu as raison ma toute belle, mais tu n\u2019es gu\u00e8re plus avanc\u00e9e que moi. String, porte jarretelles et bas, tu exciterais un mort. D\u2019ailleurs je ne suis pas s\u00fbr, mais je crois que le cadavre l\u00e0-bas \u00e0 une \u00e9rection. En plus quand Pichot arrivera, s\u2019il te voit ainsi, tu ne pourras plus t\u2019en d\u00e9barrasser.<\/p><p><em>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 <\/em>Ils s\u2019\u00e9clips\u00e8rent une seconde pour passer des tenues plus adapter, puis rejoignirent Y\u00e9y\u00e9. Comme un cowboy, il \u00e9tait encore dissimul\u00e9 derri\u00e8re le canap\u00e9, pointant le revolver en direction de la porte. Hugo lui retira l\u2019arme des mains. Ils entendaient le moteur hurlant d\u2019un v\u00e9hicule qui s\u2019\u00e9loignait. Au loin, les deux tons poussifs d\u2019un v\u00e9hicule de la gendarmerie s\u2019approchaient. Hugo rappela aussit\u00f4t Papajoe pour lui faire part de l\u2019attaque en r\u00e8gle qu\u2019ils venaient de subir, lui demandant de rameuter toute l\u2019\u00e9quipe. D\u00e9j\u00e0 inform\u00e9 par Anna, Papajoe lui r\u00e9pondit qu\u2019ils \u00e9taient d\u00e9j\u00e0 en route. Deux gendarmes de la brigade de Manzat se pr\u00e9sent\u00e8rent, compl\u00e8tement d\u00e9pass\u00e9s par les \u00e9v\u00e8nements. Ce n\u2019est pas tous les jours qu\u2019un coll\u00e8gue subissait une attaque \u00e0 la kalachnikov, surtout dans les Combrailles. Ils dirent avoir crois\u00e9 sur la route, une fourgonnette t\u00f4l\u00e9e noir, dont l\u2019immatriculation \u00e9tait masqu\u00e9e. Il y avait deux hommes \u00e0 bord, mais ils avaient privil\u00e9gi\u00e9 les secours plut\u00f4t que de se lancer dans une hypoth\u00e9tique poursuite avec leur v\u00e9hicule hors d\u2019\u00e2ge. Hugo s\u2019\u00e9carta du groupe, et informa le substitut Tony Picateille de l\u2019attentat dont ils venaient d\u2019\u00eatre victime. Il passa un second coup de t\u00e9l\u00e9phone a son commandant de groupement \u00e0 Clermont Ferrand, faisant l\u2019impasse sur la capitaine Deveau. Il fit son compte rendu, et informa l\u2019officier de la raison pour laquelle il tenait sa sup\u00e9rieure \u00e0 l\u2019\u00e9cart, pr\u00e9cisant qu\u2019il en assumerait personnellement les cons\u00e9quences s\u2019il s\u2019\u00e9tait tromp\u00e9. Son troisi\u00e8me appel fut adress\u00e9 \u00e0 l\u2019Office Central de Lutte Contre les Crimes Contre l\u2019Humanit\u00e9 et les crimes de Haine, plus commun\u00e9ment appel\u00e9 sous l\u2019acronyme OCLCH. Apr\u00e8s quelques filtres, il pu parler au g\u00e9n\u00e9ral commandant cet office, et lui d\u00e9tailla la situation. Il lui exposa le degr\u00e9 d\u2019urgence. Ce haut responsable, tr\u00e8s r\u00e9ceptif \u00e0 sa demande et visiblement inform\u00e9 en amont, lui promis d\u2019envoyer une solide \u00e9quipe le plus vite possible, le temps de rameuter ses troupes.<\/p><p>Ayant termin\u00e9, Hugo rejoignit les deux gendarmes et sa famille dans le salon, demandant aux militaires de commencer \u00e0 mettre en place un gel des lieux, en attendant l\u2019arriv\u00e9e des renforts.<\/p><p>Chapitre 25\u00a0: Jour le plus long.<\/p><p>Ils attendirent patiemment pendant une demi-heure, le temps que l\u2019\u00e9quipe d\u2019Hugo arrive. Ils d\u00e9barqu\u00e8rent \u00e0 deux voitures, arm\u00e9s jusqu\u2019aux dents. Papajoe s\u2019enquit tout de suite sur d\u2019\u00e9ventuels blessures et sur leur \u00e9tat de sant\u00e9. Les autres membres du groupe se r\u00e9partirent sur les diff\u00e9rentes sc\u00e8nes de crime, \u00e9tage, rez de chauss\u00e9e et ext\u00e9rieur, donnant un coup de main pour le gel des lieux. Maman mat\u00e9rialisa les douilles au sol avec des plaquettes jaunes num\u00e9rot\u00e9es. Il chargea un des brigadiers pr\u00e9sents de prot\u00e9ger les traces de pas et de pneus autour de la maison, et d\u2019installer un jalonnement avec des rubalises, afin de canaliser la foule de curieux officielles qui ne tarderaient pas \u00e0 se manifester. L\u2019essentiel \u00e9tait de prot\u00e9ger la sc\u00e8ne de crime de toute pollution maladroite. Papajoe et Hugo firent le tour des possibilit\u00e9s de fuite de l\u2019information concernant la pr\u00e9sence de Charline Danuta et Y\u00e9y\u00e9. Outre l\u2019\u00e9quipe, seul Lo\u00efc et la commandante de compagnie pouvait avoir connaissance de la pr\u00e9sence des filles et de l\u2019enfant. Elle les avait certainement remarqu\u00e9s par la fen\u00eatre, lorsqu\u2019ils l\u2019avaient rejoint devant la caserne, et en avait vraisemblablement inform\u00e9 son contact \u00e0 la pr\u00e9fecture. Les gars du groupe et Lo\u00efc, \u00e9taient logiquement \u00e9cart\u00e9s de cette suspicion. En tous cas cet \u00e9pisode guerrier ne leur laissait aucun choix. Ils devaient donner rapidement un coup de pieds dans la fourmili\u00e8re, et intervenir imm\u00e9diatement sans attendre le mardi comme ils l\u2019avaient pr\u00e9vu.<\/p><p>Monsieur Tony Picateille le substitut, arriva avec son v\u00e9hicule personnel, une vieille guimbarde hors du temps. Citadin pure jus, il ne voyait pas l\u2019int\u00e9r\u00eat de poss\u00e9der une voiture, alors que les transports en commun reliaient les villes entre elles, lui \u00e9vitant de se perdre dans les campagnes. Il \u00e9tait v\u00eatu d\u2019un pardessus gris, enfil\u00e9 sur une petite veste l\u00e9g\u00e8re, d\u2019un pantalon de toile et de mocassins en peau de chevreau. Sa silhouette \u00e9tait couronn\u00e9e par un bonnet de laine noire, qui cachait une \u00e9paisse chevelure brune, coup\u00e9e courte. Une barbe \u00e0 la hipster lui mangeait en partie le visage, et des lunettes cercl\u00e9es de noir soulignaient une forte myopie. C\u2019est l\u00e9g\u00e8rement essouffl\u00e9 qu\u2019il d\u00e9boucha dans le salon, franchissant la porte d\u2019entr\u00e9e fracass\u00e9e. Il saluait au passage les gendarmes qu\u2019il croisait et qu\u2019il connaissait sans exception. Il demanda des nouvelles de leur sant\u00e9 au groupe de victimes. Rassur\u00e9, il improvisa un d\u00e9briefing permettant \u00e0 chacun de s\u2019exprimer. Hugo l\u2019informa de l\u2019arriv\u00e9e imminente de l\u2019OCLCH. Pour ne pas perdre de temps, le magistrat d\u00e9cida de scinder les investigations en deux p\u00f4les distincts, laissant \u00e0 Hugo la charge de l\u2019enqu\u00eate sur la mort de Jessica, et la reprise d\u2019enqu\u00eate concernant l\u2019enl\u00e8vement de sa s\u0153ur. Il confia le pr\u00e9sent attentat conjointement \u00e0 la section de recherches de Clermont, et \u00e0 la brigade des recherches de Riom, excluant Hugo de ces investigations.<\/p><p>Papajoe fit part aux enqu\u00eateurs pr\u00e9sent du r\u00e9sultat des recherches qu\u2019il avait effectu\u00e9 l\u2019apr\u00e8s-midi\u00a0:<\/p><p>&#8211; J\u2019ai identifi\u00e9 la taupe. J\u2019ai travaill\u00e9 sur les fadettes invers\u00e9es et sur la ligne de la capitaine. Les appels proviennent bien de la pr\u00e9fecture, en remontant sur les cr\u00e9neaux horaires des appels, j\u2019ai pu identifier le correspondant dans la m\u00e9moire du standard. Il appara\u00eet que c\u2019est la ligne attribu\u00e9e directement au directeur de cabinet, et il la partage avec Mme Ozon Fran\u00e7oise, secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9rale de la pr\u00e9fecture. Depuis le meurtre de Jessica Fr\u00e9mont, cette femme harc\u00e8le la commandante de compagnie. Entre cinq et dix appels quotidiens sont \u00e9chang\u00e9s, \u00e0 l\u2019initiative de l\u2019une ou de l\u2019autre. Madame Ozon est \u00e2g\u00e9e d\u2019une quarantaine d\u2019ann\u00e9es. Elle est l\u2019\u00e9pouse de Georges Ozon qui est bien plus \u00e2g\u00e9, et fleurte all\u00e8grement avec les quatre-vingt-quinze ans. Elle lui doit sa place \u00e0 la pr\u00e9fecture comme membre ind\u00e9boulonnable. Monsieur Ozon est le p\u00e8re fondateur de la soci\u00e9t\u00e9 du m\u00eame nom, aujourd\u2019hui cot\u00e9e en bourse. Moins c\u00e9l\u00e8bre que Michelin, il est tout aussi puissant, car seul maitre \u00e0 bord, second\u00e9 par son \u00e9pouse. Ils habitent tous les deux dans le ch\u00e2teau de La Bastide, qui leur appartient sur les hauteurs de Royat. Cette ancienne demeure Royale poss\u00e8de des \u00e9curies et des d\u00e9pendances \u00e0 n\u2019en plus finir, et devinez qui y habite\u00a0? Gabin Fiona et sept autres hommes, plus ou moins connus pour des d\u00e9lits divers. Gabin Fiona est employ\u00e9 officiellement par la pr\u00e9fecture comme chef des chauffeurs, et responsable du parc auto. Il est plac\u00e9 sous l\u2019autorit\u00e9 directe de Mme Ozon, comme deux autres salari\u00e9s de la pr\u00e9fecture, un aux espaces verts, l\u2019autre \u00e0 l\u2019entretien. Ils sont h\u00e9berg\u00e9s dans un b\u00e2timent annexe au ch\u00e2teau, dans des studios individuels. Je tiens le pari que les deux cadavres abandonn\u00e9s ici, et le mec amoch\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9tage sont des locataires attitr\u00e9s de Mme Ozon. Je pense aussi que les fugitifs se sont r\u00e9fugi\u00e9s au ch\u00e2teau. Il ne faut pas attendre, et aller les interpeller demain matin \u00e0 six heures. Nous avons \u00e0 peine huit heures pour tout mettre en place. Je m\u2019occupe du PSIG et des modalit\u00e9s d\u2019intervention, et je r\u00e8gle tout \u00e7a avec le groupement.<\/p><p>La valse des ambulances, des v\u00e9hicules de pompiers, de pompes fun\u00e8bres, ainsi que ceux des techniciens en investigations criminelles, commen\u00e7aient \u00e0 tourner dans un balai de gyrophares et dans un concert de sir\u00e8ne.\u00a0 Ces v\u00e9hicules \u00e9taient repouss\u00e9s en limite de propri\u00e9t\u00e9, l\u00e0 o\u00f9 personne ne risquait de d\u00e9truire par inadvertance les traces ou indices. Disciplin\u00e9s, les intervenant suivaient le cheminement d\u00e9limit\u00e9 par les rubalises. Les pompiers avaient descendu le bless\u00e9 de l\u2019\u00e9tage, l\u2019avait plac\u00e9 sous perfusion, et install\u00e9 dans un v\u00e9hicule de secours. Une patrouille avait \u00e9t\u00e9 sollicit\u00e9e pour l\u2019escorter jusqu\u2019\u00e0 l\u2019h\u00f4pital carc\u00e9ral, o\u00f9 il serait pris en charge le temps des soins.<\/p><p>Hugo aper\u00e7u Anna qui se faisait soigner par un pompier \u00e0 l\u2019arri\u00e8re d\u2019un VSAB. Il n\u2019avait pas d\u00e9tect\u00e9 de blessure de prime abord, et c\u2019est tr\u00e8s inquiet qu\u2019il se rapprocha d\u2019elle. La jeune femme tenait appuy\u00e9 une poche de glace sur son \u0153il gauche. Elle lui sourit en le rassurant\u00a0:<\/p><p>&#8211;\u00a0Ce n\u2019est rien de grave mon ch\u00e9ri, on m\u2019a juste offert une paire de Ray-ban sans monture.<\/p><p>En effet lors de l\u2019\u00e9chauffour\u00e9e, lorsque l\u2019agresseur se d\u00e9battait, elle avait re\u00e7u un coup sur le visage, lui occasionnant un superbe h\u00e9matome sur l\u2019\u0153il. Elle avait aussi des acouph\u00e8nes dues \u00e0 la d\u00e9tonation \u00e0 proximit\u00e9 imm\u00e9diate de sa t\u00eate, mais rien de bien s\u00e9rieux.<\/p><p>Les enqu\u00eateurs de la section recherches prirent le relai. Ils proc\u00e9d\u00e8rent aux prises de vue et aux diff\u00e9rents pr\u00e9l\u00e8vements et relev\u00e9s n\u00e9cessaires. Ils moul\u00e8rent les empreintes de la fourgonnette utilis\u00e9e par les malfrats. Les occupants de la maison furent tous entendus individuellement sur le champ, et des pr\u00e9l\u00e8vements papillaires furent r\u00e9alis\u00e9s aux fins de discrimination. Pendant ce temps, Papajoe pr\u00e9parait l\u2019op\u00e9ration pour le matin. Le bomb\u00e9 et papy, \u00e9taient partis en reconnaissance au ch\u00e2teau de la Bastide, et y avaient install\u00e9 une planque. Maman surveillait en directe l\u2019\u00e9coute de Gabin Fiola, et le suivait par g\u00e9olocalisation. Pour l\u2019heure, il \u00e9tait en mouvement dans le secteur de Clermont Ferrand, mais n\u2019\u00e9tait pas revenu au ch\u00e2teau. Il s\u2019y faufila vers cinq heures, \u00e0 bord d\u2019une camionnette noire tous feux \u00e9teints, transportant deux autres hommes.<\/p><p>Pendant ce temps, un groupe de huit gendarmes du PSIG de Riom, avait pris position, dissimul\u00e9s non loin de la grille du ch\u00e2teau. Papajoe, Pichot, Maman et Hugo avaient rejoint le bomb\u00e9 et papy. Ils attendaient six heures p\u00e9tantes pour d\u00e9clencher l\u2019assaut. Chacun avait sa cible. A l\u2019heure dite, un grand gaillard du PSIG, Ludo, fit sauter la chaine de la grille du parc avec un \u00e9norme coupe boulons. Deux colonnes se form\u00e8rent. La premi\u00e8re \u00e0 l\u2019assaut du ch\u00e2teau, command\u00e9e par Papajoe, l\u2019autre en direction des d\u00e9pendances, dirig\u00e9e par Hugo. L\u2019ouverture des portes se fit sans difficult\u00e9. Un violent coup de b\u00e9lier en eu raison dans un vacarme assourdissant.<\/p><p>Dans le ch\u00e2teau, Papajoe ne rencontra aucune r\u00e9sistance. Monsieur Ozon dans un pyjama \u00e0 rayures verticales trop large pour lui, semblait plus vieux que Mathusalem. Ses cheveux blancs \u00e9pars couronnant un cr\u00e2ne chauve se dressaient parcimonieusement, \u00e9bouriff\u00e9s sur sa t\u00eate. Son visage \u00e9maci\u00e9 \u00e9tait sculpt\u00e9 comme une t\u00eate de vautour pos\u00e9e sur un corps d\u00e9charn\u00e9. Il se tenait en bas d\u2019un escalier colossal, se cramponnant \u00e0 l\u2019arr\u00eatoir de la rampe. Il tremblait de rage, faisant mine de ne rien comprendre, il criait au scandale d\u2019une voix chevrotante. Madame Ozon pr\u00e9sentait un tout autre visage. C\u2019\u00e9tait une belle et vigoureuse femme, v\u00eatue d\u2019une longue chemise de nuit sophistiqu\u00e9e, pleine de volants et de dentelles. Ses cheveux entortill\u00e9s dans une nasse de bigoudis, \u00e9taient rassembl\u00e9s sous un bonnet de contention, et elle portait un masque cosm\u00e9tique de nuit sur le visage. C\u2019est dans cet accoutrement ridicule de vieille bourgeoise d\u00e9catie qu\u2019elle les re\u00e7u avec arrogance, camp\u00e9e fermement et furieusement \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de son \u00e9poux. Parlant fort et tr\u00e8s d\u00e9daigneuse dans son propos, elle expliqua qu\u2019elle occupait un poste de haute responsabilit\u00e9 \u00e0 la pr\u00e9fecture, pr\u00e9cisant m\u00eame qu\u2019elle \u00e9tait le num\u00e9ro trois dans l\u2019ordre hi\u00e9rarchique, apr\u00e8s le pr\u00e9fet lui-m\u00eame. Elle les mena\u00e7a de briser leurs carri\u00e8res, se gaussant de connaitre la capitaine de gendarmerie de Riom, le procureur g\u00e9n\u00e9ral, le ministre de l\u2019Int\u00e9rieur et bien d\u2019autres autorit\u00e9s. C\u2019est tout juste si elle ne se recommanda pas directement de Saint Pierre. Devant l\u2019indiff\u00e9rence de ces interlocuteurs, elle montait le ton jusqu\u2019\u00e0 hurler apr\u00e8s eux. Elle perdu de sa superbe lorsque Pichot vint se placer face \u00e0 elle, lui notifiant ses droits, et la pla\u00e7a en garde \u00e0 vue du chef de meurtre. Puis il la fit se tourner sur elle-m\u00eame, la menotta sans h\u00e9sitation les mains dans le dos. Il lui annon\u00e7a qu\u2019ils allaient proc\u00e9der \u00e0 une perquisition dans le ch\u00e2teau. Estomaqu\u00e9e par autant d\u2019outrecuidance, elle \u00e9ructait, crachait, insultait. Papajoe l\u2019invita \u00e0 se calmer, et l\u2019entraina s\u00e8chement dans la fouille du b\u00e2timent, sa pr\u00e9sence \u00e9tant l\u00e9galement requise. Son vieillard de mari, d\u00e9laiss\u00e9 vu son grand \u00e2ge, se pr\u00e9cipita pour t\u00e9l\u00e9phoner \u00e0 leur batterie d\u2019avocats.<\/p><p>De son c\u00f4t\u00e9 Hugo p\u00e9n\u00e9tra dans les d\u00e9pendances avec sa colonne d\u2019assaut. Casqu\u00e9s, arm\u00e9s, prot\u00e9g\u00e9s par des boucliers, la colonne avan\u00e7ait dans le couloir, s\u00e9curisant les lieux au fur et \u00e0 mesure de leur progression. Ils interpell\u00e8rent trois individus qui \u00e9taient sortis de leurs studios se rendant sans r\u00e9sistance, s\u2019allongeant \u00e0 plat ventre sur le sol mains sur la t\u00eate. Ils les exfiltr\u00e8rent au fur et \u00e0 mesure, leur notifiant leurs droits en les entravants, les laissant \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur sous la surveillance d\u2019un gendarme du PSIG habill\u00e9 en Robocop. La colonne arrivait en bout de couloir, lorsque deux individus arm\u00e9s bondirent devant eux, tirant \u00e0 l\u2019arme automatique. Les militaires abrit\u00e9s derri\u00e8re leurs boucliers, r\u00e9pliqu\u00e8rent de fa\u00e7on non l\u00e9tale, les touchants aux membres inf\u00e9rieurs. Hugo s\u2019approcha. Gabin Fiola \u00e9tait bien l\u00e0, il geignait en se tenant une jambe. Il le saisi par les cheveux, l\u2019obligeant \u00e0 le regarder droit dans les yeux, et lui dit froidement\u00a0:<\/p><p>&#8211; Dans une autre vie, tu as \u00e9t\u00e9 mon copain, et nous avions confiance en toi. Aujourd\u2019hui tu as eu de la chance que je sois accompagn\u00e9 de bon professionnels. Si j\u2019avais d\u00fb tirer, je l\u2019aurais fait ailleurs que dans les jambes. Maintenant, je te place en garde \u00e0 vue pour le meurtre de Jessica Fremont et pour l\u2019enl\u00e8vement de Laroche Charline, ainsi que pour les tentatives d\u2019homicide sur tous les occupants de ma maison. Rappels toi de cet instant. Tu as vol\u00e9 dix ans de la vie de Charline et plong\u00e9 notre famille dans la peine. Tu as rejoint une association de malfaiteurs internationaux. Tu fais partie de l\u2019aigle de l\u2019ombre. Tu es une incarnation du mal.\u00a0 Je te haie plus que tout. Prie le bon dieu pour que la justice fasse son job et te prot\u00e8ge jusqu\u2019\u00e0 la fin de tes jours. Dehors tu ne seras plus en s\u00e9curit\u00e9.<\/p><p>Puis, Hugo le releva brutalement le tirant par un bras, le fouilla et lui passa sans m\u00e9nagement les menottes dans le dos. Il subtilisa le revolver cach\u00e9 sous sa ceinture, et ramassa sur le sol l\u2019arme que Gabin avait utilis\u00e9e. Son comparse, re\u00e7u le m\u00eame traitement. Tous deux vinrent rejoindre ceux qui attendaient \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur.<\/p><p>Dix studios \u00e9taient r\u00e9partis de part et d\u2019autre du couloir. Hugo organisa les perquisitions dans les appartements occup\u00e9s par les voyous. Lors de leur visite, chez les occupants interpell\u00e9s sans r\u00e9sistance ils d\u00e9couvrirent trois kalachnikovs et six armes de poing, pistolets et r\u00e9volvers. Dans tous les cas, ces armes pouvaient \u00e0 minima \u00eatre reli\u00e9es aux tentatives de meurtre chez Hugo. Il s\u2019agissait d\u2019arme prohib\u00e9es et dont la d\u00e9tention \u00e9tait ill\u00e9gale. Poursuivant leurs investigations, ils trouv\u00e8rent dans chaque studio des armes et les preuves de leurs implications dans diff\u00e9rents meurtres et enl\u00e8vements. Hugo d\u00e9couvrit dans les chambres de Gabin et de son acolyte, des ordres de mission d\u00e9livr\u00e9s par Mme Ozon, commanditant le meurtre de Jessica. Ils avaient gard\u00e9 ces courriels en guise d\u2019assurance vie. Ils plac\u00e8rent sous scell\u00e9 les kalachnikovs de Gabin et de son camarade ayant ouvert le feu sur la colonne d\u2019assaut. Ces armes s\u2019inscrivaient sur la longue liste de preuves mat\u00e9rielles concernant la tentative d\u2019homicide commise chez lui, ainsi que d\u2019autres crimes ou d\u00e9lits potentiels. L\u2019expert armurier aurait de quoi s\u2019amuser avec des \u00e9tudes balistiques comparatives \u00e0 \u00e9tablir entre toutes ces armes et les nombreux impacts de balles sur les murs et les cloisons de son domicile. Un carton complet de mille munitions calibre 7,62&#215;39 mmM43, fut d\u00e9couvert dans un petit r\u00e9duit, dissimul\u00e9 par un contreplaqu\u00e9 \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de la porte du couloir. Lors des fouilles, Hugo trouva p\u00e8le m\u00eale, des menottes, l\u2019outillage et le mat\u00e9riel n\u00e9cessaire du parfait petit cambrioleur, du coton hydrophile, des bidons de chloroforme, des cagoules, et des gants de latex. De quoi mobiliser plusieurs \u00e9quipes d\u2019enqu\u00eateurs \u00e0 plein temps pour les cinq prochaines ann\u00e9es. Hugo avait rempli une partie de son contrat. L\u2019assassin de Jessica \u00e9tait arr\u00eat\u00e9 et sa s\u0153ur \u00e9tait libre. Maintenant il voulait entrer dans le d\u00e9tail, et donn\u00e9 un petit coup de pouce \u00e0 l\u2019OCLCH. Il \u00e9tait pratiquement quinze heures, et il n\u2019avait rien bu ni mang\u00e9 depuis la veille. Il commen\u00e7ait \u00e0 fatiguer et \u00e0 avoir des crampes d\u2019estomacs. Il fit conduire les deux bless\u00e9s sous escorte \u00e0 l\u2019h\u00f4pital, et rapatria les trois autres dans les bureaux de son unit\u00e9. Il d\u00e9p\u00eacha une patrouille pour livrer des sandwichs et de l\u2019eau aux \u00e9quipes rest\u00e9es au ch\u00e2teau, et en profita pour se restaurer. Il savait que la journ\u00e9e \u00e9tait loin d\u2019\u00eatre finie.<\/p><p>La perquisition men\u00e9e dans le ch\u00e2teau f\u00fbt tr\u00e8s longue, mais apporta \u00e9galement son lot de surprises. Papajoe avait d\u00e9but\u00e9 par une fouille minutieuse du rez de chauss\u00e9e, et avait poursuivi par les deux niveaux sup\u00e9rieurs puis par les combles, avant de redescendre fouiller un vaste sous-sol. Dans les \u00e9tages, y compris sous les combles, ils mirent en \u00e9vidence un floril\u00e8ge d\u2019objets, de meubles, de tableaux et de bronzes dont l\u2019origine semblait suspecte et dont la provenance ne pouvait \u00eatre d\u00e9terminer sur le champ. Papajoe r\u00e9quisitionna un camion de d\u00e9m\u00e9nagement et proc\u00e9da \u00e0 des saisies conservatoires, le temps d\u2019effectuer les v\u00e9rifications qui s\u2019imposaient. Jusque-l\u00e0, rien ne reliait Mme Ozon \u00e0 l\u2019aigle noir, ou \u00e0 d\u2019\u00e9ventuels enl\u00e8vement ou homicides. D\u00e9courag\u00e9s de ne pas pouvoir l\u2019impliquer directement et mat\u00e9riellement dans le meurtre de Jessica, et pour la violente attaque chez Hugo, ils descendirent au sous-sol. Quel ne fut pas leur surprise de d\u00e9couvrir une immense pi\u00e8ce carrel\u00e9e de blanc, \u00e9clair\u00e9e par des tubes n\u00e9ons \u00e0 Leds, ayant toutes les allures du laboratoire de Docteur No, f\u00e9roce ennemi de James Bond. Ils s\u2019attaqu\u00e8rent avec acharnement et m\u00e9ticulosit\u00e9 \u00e0 ce nouveau d\u00e9fi. Dix ordinateurs en batterie ronronnaient sur une console g\u00e9ante. Une imprimante titanesque tr\u00f4nait en bout de chaine. Quatre antiques minitels si\u00e9geaient sur un bureau. Des casiers \u00e0 clapets et des armoires m\u00e9tallique \u00e9taient dispos\u00e9es sur chaque mur disponible. Ces \u00e9tag\u00e8res contenaient des tas de CD Rom, de DVD, de supports informatiques en tous genre, ainsi que des documents papiers, dont certains \u00e9taient estampill\u00e9s du sceau de l\u2019aigle de l\u2019ombre. Le groupe d\u2019enqu\u00eateurs piochait au hasard dans les vid\u00e9os qu\u2019ils regardaient al\u00e9atoirement en utilisant le mat\u00e9riel sur place. Soudain Pichot se mit \u00e0 hurler, trouant le silence studieux de la pi\u00e8ce, faisant sursauter toutes les personnes pr\u00e9sentes.<\/p><p>&#8211; Bingo Papajoe\u00a0!\u00a0 Magne toi\u00a0! Viens vite voir ce que j\u2019ai trouv\u00e9. C\u2019est pli\u00e9 pour leurs culs\u00a0! On les tient\u00a0!<\/p><p>Il lan\u00e7a sous leurs yeux une vid\u00e9o dans laquelle apparaissait un Gerhart M\u00fcller en grand uniforme noir des Sections Sp\u00e9ciales. Apr\u00e8s un c\u00e9r\u00e9monial rituel n\u00e9o nazi, raide et saccad\u00e9, il ordonnait solennellement et clairement en fran\u00e7ais \u00e0 Mme Ozon, l\u2019\u00e9limination de Jessica Fr\u00e9mont. Il expliquait cette d\u00e9cision, car elle se rapprochait de trop pr\u00e8s de l\u2019organisation et qu\u2019ils devaient s\u2019en d\u00e9barrasser de fa\u00e7on discr\u00e8te, un accident ou quelque chose dans le genre pour ne pas attirer l\u2019attention. Cet ordre \u00e9tait sans appel. Des photos encadr\u00e9es sur les murs, montraient Mme Ozon posant en grande tenue des Sections Sp\u00e9ciales, entour\u00e9e par neuf individus dont M\u00fcller, les autres \u00e9tant inconnus. Ils levaient le bras droit tendu devant eux, dans un parfait salut Hitl\u00e9rien. Ils arboraient fi\u00e8rement une chevali\u00e8re noire orn\u00e9e d\u2019un aigle dont l\u2019\u0153il brillait d\u2019une Aigue marine, bien en \u00e9vidence sur l\u2019annulaire de la main gauche. Ces individus \u00e9taient r\u00e9partis de part et d\u2019autre d\u2019un personnage central, formant un arc de cercle autour de lui. Celui-ci \u00e9tait sangl\u00e9 dans un uniforme brun, le bras droit ceint d\u2019un bandeau rouge avec une croix gamm\u00e9e noire contenu dans un cercle blanc. Papajoe \u00e9tait satisfait de sa d\u00e9couverte, mais \u00e9c\u0153ur\u00e9 par ces personnages sortis de l\u2019enfer. Il fit rassoir vigoureusement Mme Ozon qui s\u2019\u00e9tait lev\u00e9e pour les invectiver de plus belle, devenant quasiment hyst\u00e9rique. Les sandwichs envoy\u00e9s par Hugo \u00e9taient arriv\u00e9s, et le groupe f\u00fbt ravi de pouvoir se sustenter et faire une pause. Papajoe octroya une demi-heure de repos pour dig\u00e9r\u00e9e l\u2019information gagnante, et se remettre en selle sereinement. Mme Ozon refusa sandwichs et boissons, arguant du fait qu\u2019elle ne mangeait pas ce genre de merde, poursuivant par une bord\u00e9e d\u2019injures. Ils rentr\u00e8rent \u00e0 la caserne apr\u00e8s vingt-trois heures trente, fourbus, mais la mission \u00e9tait accomplie. La moisson avait \u00e9t\u00e9 des plus g\u00e9n\u00e9reuse, et Papajoe savait que des jours d\u2019exploitation l\u2019attendait.<\/p><p>Hugo avait fait int\u00e9grer la caserne \u00e0 Anna, \u00e0 sa s\u0153ur, \u00e0 Danuta et \u00e0 Y\u00e9y\u00e9. Papajoe proposa d\u2019h\u00e9berger ce dernier, le temps que les premi\u00e8res r\u00e9parations soient effectu\u00e9es dans leur maison. Pichot proposa spontan\u00e9ment \u00e0 Danuta et \u00e0 Charline de les accueillir chez lui, mais les deux jeunes femmes d\u00e9clin\u00e8rent son invitation, subodorant une vraisemblable arri\u00e8re-pens\u00e9e. Il \u00e9tait dr\u00f4le et elle l\u2019aimait bien, mais elles le soup\u00e7onnaient d\u2019avoir le cerveau situ\u00e9 dans le bas ventre, et elle ne voulait pas lui laisser miroiter l\u2019espoir d\u2019un plan \u00e0 trois. Elles pr\u00e9f\u00e9raient se serrer un peu chez Hugo. A deux heures du matin, les enqu\u00eateurs, vann\u00e9s, d\u00e9cid\u00e8rent de stopper leurs investigations. Ils prirent rendez-vous pour huit heures, laissant les gard\u00e9s \u00e0 vue en chambre de s\u00fbret\u00e9, sous la garde d\u2019une \u00e9quipe du PSIG. Tous \u00e9taient tr\u00e8s excit\u00e9s, la journ\u00e9e avait \u00e9t\u00e9 interminable. Charline et Danuta partag\u00e8rent une banquette BZ dans le salon, Y\u00e9y\u00e9 dormi chez Papajoe. Hugo et Anna retrouv\u00e8rent un peu d\u2019intimit\u00e9 dans la chambre. Anna avait un superbe coquard, et ils s\u2019en amus\u00e8rent tous les deux, jusqu\u2019\u00e0 ce qu\u2019ils sombrent dans le n\u00e9ant.<\/p><p>Chapitre 26\u00a0: Le ch\u00e2teau de Zephyrthor.<\/p><p>La nuit f\u00fbt courte et peupl\u00e9e de r\u00eaves d\u00e9moniaques.\u00a0 Les songes d\u2019Hugo le trainait dans les arcanes de proc\u00e9dures complexes, favorables aux fripouilles. Des vices de forme le hantaient, profitant aux m\u00e9chants qui \u00e9taient remis en libert\u00e9, au pr\u00e9judice d\u2019une justice \u00e9quitable pour les victimes. La forme pr\u00e9valait sur le fond, et \u00e7a lui donnait des sueurs froides. Anna, elle, chutait d\u2019une tour infernale dans un gouffre au fond duquel le brasier des flammes de l\u2019enfer la guettait. Des diables surgissaient de chaudron bouillonnant de lave, la mitraillant de projectiles crochus s\u2019enfon\u00e7ant dans sa peau, puis l\u2019ensevelissaient sous des croix gamm\u00e9es enchev\u00eatr\u00e9es les unes aux autres, formant une inexorable prison. A six heures, la sonnerie du t\u00e9l\u00e9phone d\u2019Hugo les lib\u00e9ra d\u2019un sommeil harassant. Ils se r\u00e9veill\u00e8rent soulag\u00e9s, mais plus fatigu\u00e9s que lorsqu\u2019ils s\u2019\u00e9taient couch\u00e9s. Le lit avait des allures de champs de bataille tellement ils s\u2019\u00e9taient agit\u00e9s dans leur sommeil jumeaux. Anna avait les traits tir\u00e9s, de d\u00e9licates cernes ourlaient le dessous de ses yeux, renfor\u00e7ant la teinte violac\u00e9e de son \u0153il au beurre noir d\u2019un beau d\u00e9grad\u00e9. Ses longs cheveux blonds totalement d\u00e9coiff\u00e9s, rebiquaient de part et d\u2019autre de sa t\u00eate. Pour tout v\u00eatement, elle ne portait qu\u2019un tee shirt d\u2019Hugo, trop grand pour elle, lui tombant sur les genoux. Mise \u00e0 part son absence de coquard, Hugo \u00e9tait le parfait pendant de sa compagne. Sa chevelure brune et courte \u00e9tait en bataille, et les poches sous les yeux qui le marquaient attestaient d\u2019une nuit difficile. Ils sortirent simultan\u00e9ment du lit, mais Hugo fut le plus rapide pour sauter sous la douche. Anna ne s\u2019en laissa pas compter pour autant et le rejoignit sous les jets br\u00fblants, qui ruisselaient sur leurs corps. Apr\u00e8s dix minutes d\u2019un intense massage sous la pression exag\u00e9r\u00e9ment chaude de l\u2019eau, et quelques caresses mutuelles, ils sortirent rouge comme des \u00e9crevisses, et se s\u00e9ch\u00e8rent, avant d\u2019aller pr\u00e9parer un copieux petit d\u00e9jeuner. Ils furent rejoints \u00e0 table par Charline et Danuta qui avaient elles aussi pass\u00e9 une nuit ex\u00e9crable. Anna exposa ses plans pour la journ\u00e9e. Elle envisageait de r\u00e9diger son grand article initiant la s\u00e9rie pour le Der Spiegel. Ensuite, elle commencerait \u00e0 pr\u00e9parer l\u2019ossature de son livre, et fouillerait sur la toile pour sortir de la documentation. Les deux filles avaient pris la d\u00e9cision de retourner dans la maison pour faire un \u00e9tat des lieux, et remettre en ordre ce qui pouvait l\u2019\u00eatre. Elles commen\u00e7aient \u00e0 en avoir l\u2019habitude, une sombre tornade les pourchassait \u00e0 travers l\u2019Europe.<\/p><p>Hugo r\u00e9cup\u00e9ra son pistolet dans la chambre, embrassa les filles et fon\u00e7a au bureau o\u00f9 il fut accueilli par maman et Papy. Finalement ils n\u2019\u00e9taient pas rentr\u00e9s chez eux, finalisant les actes de proc\u00e9dures \u00e0 r\u00e9gler en temps et en heure, notamment les demandes et notifications de prolongations de garde \u00e0 vue. Ils avaient des t\u00eates de zombis, mais ils avaient effectu\u00e9 un \u00e9norme travail de tri et de classement, afin que la journ\u00e9e puisse d\u00e9marrer directement. Une dizaine de personnes en civile divaguaient dans le b\u00e2timent, faisant le pied de grue entre bureaux et coursives. Ils bavardaient entre eux, tenant pour la plupart un gobelet fumant \u00e0 la main. Ils d\u00e9gustaient des viennoiseries. Pour faire patienter les envahisseurs, Maman avait pr\u00e9par\u00e9 du th\u00e9 et du caf\u00e9. Il avait fait un saut \u00e0 la boulangerie voisine pour acheter croissants et chocolatines. En quelques mots, avec l\u2019accent rocailleux du Toulousain qu\u2019il \u00e9tait rest\u00e9 dans son c\u0153ur, malgr\u00e9 les vingt derni\u00e8res ann\u00e9es pass\u00e9es en Auvergne, il expliqua \u00e0 Hugo qu\u2019il s\u2019agissait des enqu\u00eateurs de l\u2019OCLCH. Il d\u00e9signa un homme du menton, seul, install\u00e9 \u00e0 un bureau, \u00e9tudiant un journal Parisien. Il avait l\u2019allure martiale du militaire, cheveux coup\u00e9s ras et visage anguleux. Sa tenue vestimentaire \u00e9tait stricte, costume gris anthracite, chemise blanche cravate bleue marine fonc\u00e9e et bottillons noirs vernis. Le st\u00e9r\u00e9otype m\u00eame du soldat d\u00e9guis\u00e9 en civil. Maman rajouta\u00a0:<\/p><p>&#8211; T\u00e9\u00a0! c\u2019est lui le cake. Il n\u2019est pas particuli\u00e8rement bavard ce branquignole, boudu con\u00a0!<\/p><p>Hugo s\u2019approcha et se pr\u00e9senta militairement\u00a0:<\/p><p>&#8211; Major Laroche Hugo affect\u00e9 \u00e0 la BR de RIOM. Je g\u00e8re les enqu\u00eates pour les meurtres de Jessica Fr\u00e9mont et l\u2019enl\u00e8vement de Charline Laroche. A qui ai-je l\u2019honneur\u00a0?\u00a0 En quoi pu-je vous \u00eatre utile\u00a0?<\/p><p>L\u2019homme le toisa, le visage totalement inexpressif. Il se leva et se pr\u00e9senta \u00e0 son tour.<\/p><p>&#8211; Lieutenant-colonel Desviziers, commandant adjoint de l\u2019OCLHCL, secondant le g\u00e9n\u00e9ral Vicat. Il prend votre affaire tr\u00e8s \u00e0 c\u0153ur et m\u2019a d\u00e9p\u00each\u00e9 ici pour prendre les mesures n\u00e9cessaires. J\u2019avais h\u00e2te de vous rencontrer, savez-vous que vous \u00eates une c\u00e9l\u00e9brit\u00e9\u00a0? On ne parle que de vous dans les minist\u00e8res et \u00e0 la Direction G\u00e9n\u00e9rale. Je ne vais pas \u00eatre restrictif vous \u00eates la curiosit\u00e9 un peu dans toutes les strates gouvernementales. Vous pouvez vous vanter d\u2019avoir donn\u00e9 un beau coup de pied dans un nid de scorpions internationaux. Vous en embarrassez plus d\u2019un, ils marchent aujourd\u2019hui sur des \u0153ufs. C\u2019est la premi\u00e8re fois que je vois un tel bordel. La derni\u00e8re fois, c\u2019\u00e9tait dans les ann\u00e9es quatre-vingt lorsque les faux \u00e9poux Turange du SDECE, avaient fait sauter le Rainbow Warrior \u00e0 Auckland. Fran\u00e7ois Mitterrand pr\u00e9sident \u00e0 l\u2019\u00e9poque avait eu le hoquet, et le premier ministre Charles Hernu en tant que fusible officiel avait sombr\u00e9 avec le bateau. Nous avons bien commenc\u00e9 \u00e0 faire le tri et le m\u00e9nage, mais la t\u00e2che est pharaonique. Nous travaillons avec toutes les SR et les SRPJ de France, mais nous n\u2019arrivons pas \u00e0 \u00e9coper assez vite. En plus, il y a l\u2019exception Laroche\u00a0! \u00c7a vient en droite ligne de la pr\u00e9sidence et du parlement Europ\u00e9en. Soit, ils vous portent au nu, soit, ils veulent votre peau, mais vous ne laissez personne indiff\u00e9rent. Pour rester sur des bases saines, je pense que nous devons d\u00e9limiter nos territoires de chasse. Vous \u00eates saisis du meurtre de Jessica Fr\u00e9mont et de l\u2019enl\u00e8vement de Laroche Charline. Nous, on a en charge tous le restant. On prend le relai avec la SR et votre unit\u00e9 pour nettoyer le secteur. Je vous propose de mutualiser nos efforts, et d\u2019attendre que tous les intervenants soient pr\u00e9sents afin que vous nous fassiez une r\u00e9union pr\u00e9paratoire.<\/p><p>Le visage du lieutenant-colonel n\u2019avait pas vari\u00e9 durant tout son la\u00efus. Il \u00e9tait totalement inexpressif, ni souriant, ni maussade, mais ferm\u00e9 \u00e0 toutes \u00e9motions. Int\u00e9rieurement Hugo le surnomma Le masque de fer. Il d\u00e9cida n\u00e9anmoins de jouer le jeu, car il n\u2019avait visiblement pas affaire \u00e0 un adversaire. Il lui r\u00e9v\u00e9la les tenants et les aboutissants de l\u2019enqu\u00eate, sans rien lui dissimuler \u00e0 l\u2019exception Des Gardiens. Il exposa clairement la d\u00e9fiance et les griefs qu\u2019il entretenait \u00e0 l\u2019encontre de sa capitaine, ne sachant attribuer son comportement \u00e0 une sottise li\u00e9e \u00e0 son ambition exacerb\u00e9e, ou \u00e0 une implication r\u00e9mun\u00e9r\u00e9e. Il l\u2019accusa directement d\u2019\u00eatre \u00e0 l\u2019origine de la fuite sur la pr\u00e9sence de sa s\u0153ur et de Danuta chez lui, provoquant ainsi par ricochet l\u2019attaque dont ils avaient \u00e9t\u00e9 victime. Le Lt colonel pris en compte l\u2019information, se gardant de r\u00e9agir, mais n\u2019\u00e9carta pas la possibilit\u00e9 de placer cette officier en garde \u00e0 vue s\u2019il le jugeait n\u00e9cessaire. Il voulait quand m\u00eame appr\u00e9hender la situation d\u2019une mani\u00e8re plus globale avant de se forger une opinion. Les dix minutes qui suivirent, accueillir les coll\u00e8gues d\u2019Hugo et les enqu\u00eateurs de la SR qui d\u00e9barqu\u00e8rent par petits groupes. L\u2019ensemble se retrouva confin\u00e9 dans la salle de r\u00e9union, \u00e0 bavarder en buvant du caf\u00e9, grignotant des viennoiseries tout en attendant que le briefing commence. Un brouhaha indistinct s\u2019\u00e9levait de la pi\u00e8ce, lorsqu\u2019il fut brutalement interrompu par le hurlement strident d\u2019une voix f\u00e9minine en col\u00e8re, au bord de l\u2019hyst\u00e9rie. Fendant le rassemblement d\u2019un pas d\u00e9cid\u00e9, elle se dirigea vers Hugo qui \u00e9tait pr\u00eat \u00e0 entamer son expos\u00e9. Elle le prit vertement \u00e0 parti devant l\u2019assembl\u00e9e, et lui ordonna de la suivre dans son bureau. Tout en marchant elle maugr\u00e9ait pour elle-m\u00eame \u00e0 haute voix\u00a0:<\/p><p>&#8211; C\u2019est quoi ce foutoir\u00a0? Vous faites chiez\u00a0! Encore une fois je ne suis au courant de rien. Vous faites ce que vous voulez sans m\u2019en informer. C\u2019est intol\u00e9rable. J\u2019\u00e9tabli une demande de punition et je vous suspens avec effet imm\u00e9diat. Vous n\u2019avez plus rien \u00e0 faire sur les dossiers dont vous aviez la charge. Vous vous croyez tout permis\u00a0?<\/p><p>Hugo nullement impressionn\u00e9, la suivait en souriant, accompagn\u00e9 par le Lt colonel Desviziers. Ils franchirent la porte, percevant le tumulte enfler \u00e0 nouveau dans la salle de r\u00e9union. Elle contournait son bureau, lorsqu\u2019elle capta du coin de l\u2019\u0153il la pr\u00e9sence de l\u2019inconnu en civil qui les suivait. Redoublant de v\u00e9h\u00e9mence, elle lui ordonna de quitter son bureau dans un langage ch\u00e2tier, \u00e0 la limite de la d\u00e9cence.<\/p><p>Le masque de fer la fixait durement de son regard froid et inexpressif, \u00e0 travers la fente \u00e9troite de ses yeux, tout en fron\u00e7ant les sourcils. C\u2019\u00e9tait le seul mouvement facial qu\u2019Hugo lui avait vu jusqu\u2019\u00e0 pr\u00e9sent. Il se pr\u00e9senta, annon\u00e7ant grade et titres. La capitaine s\u2019empourpra, bafouillant des excuses, ne sachant qu\u2019elle attitude adopter. A br\u00fble pourpoint, sans que rien ne la pr\u00e9pare \u00e0 cela, le Lieutenant-colonel Desviziers lui annon\u00e7a martialement en regardant sa montre\u00a0:<\/p><p>&#8211; Capitaine, votre langage n\u2019est pas digne de celui d\u2019un officier et votre conduite l\u2019est encore moins. Il est tr\u00e8s exactement huit heures quarante-cinq, et je vous place en garde \u00e0 vue pour complicit\u00e9 de meurtre, entrave \u00e0 une enqu\u00eate judiciaire et violation du secret professionnel.<\/p><p>La capitaine abasourdie, se d\u00e9gonfla comme une baudruche. Elle s\u2019\u00e9croula sur son fauteuil, se cramponnant au bureau comme une naufrag\u00e9e \u00e0 une planche de salut. P\u00e2le comme un linge elle cherchait Hugo du regard. Il quittait la pi\u00e8ce, tout sourire, lui faisant un clin d\u2019\u0153il malicieux.<\/p><p>Desviziers sollicita une adjudante OPJ de son groupe, et lui confia la garde \u00e0 vue de la capitaine, pr\u00e9cisant qu\u2019il s\u2019occuperait lui-m\u00eame des auditions.<\/p><p>La r\u00e9union pr\u00e9paratoire commen\u00e7a dans un silence religieux. Il pr\u00e9senta Hugo \u00e0 l\u2019auditoire avant de lui c\u00e9der la parole. Il pr\u00e9senta l\u2019affaire du d\u00e9but \u00e0 la fin, et fit le point sur les derniers \u00e9v\u00e8nements, perquisitions et gardes \u00e0 vue en cours. Les \u00e9quipes furent constitu\u00e9es et les t\u00e2ches r\u00e9parties. Les gardes \u00e0 vue furent redispatch\u00e9es \u00e0 huit \u00e9quipes de deux OPJ. Papajoe et Pichot conserv\u00e8rent Mme Ozon. Ils s\u2019amusaient comme des fous avec cette harpie. Le bomb\u00e9 et Papy h\u00e9rit\u00e8rent de Gabin Fiola qu\u2019ils all\u00e8rent r\u00e9cup\u00e9rer \u00e0 l\u2019h\u00f4pital. Maman, qui entre-temps \u00e9tait all\u00e9 se doucher et se restaurer, avait lanc\u00e9 un logiciel de reconnaissance faciale dans lequel il avait introduit les photo ou Madame Ozon se pavanait en compagnie de neuf autres SS. La recherche avait permis d\u2019identifier toutes les personnes pr\u00e9sentes, que du beau linge. Il ouvrit son portable et lan\u00e7a le r\u00e9troprojecteur, projetant des images sur le mur blanc en face de lui. Les enqu\u00eateurs s\u2019\u00e9cart\u00e8rent de part et d\u2019autre du faisceau lumineux. Maman prit la parole et exposa le r\u00e9sultat de ses recherches\u00a0:<\/p><p>Outre Madame Ozon, situ\u00e9 \u00e0 gauche sur l&rsquo;image, en pension temporaire chez nous, on reconna\u00eet\u00a0: Madame Ursula von-Raguel, premi\u00e8re secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9rale de la banque communautaire europ\u00e9enne \u00e0 la Haye. Monsieur Lee-Xi-Pong, haut fonctionnaire et conseiller du pr\u00e9sident chinois Xi Jinping. Madame B\u00e9thanie Lowel-Troump, haut-commissaire \u00e0 l&rsquo;ONU, charg\u00e9e de la faim et de la pauvret\u00e9 mondiale, accessoirement ni\u00e8ce de l&rsquo;ancien pr\u00e9sident des Etats-Unis. Monsieur Oswald Scho\u00e9man, ancien commandant des forces paramilitaires de l&rsquo;apartheid, et nouveau gouverneur du Mpumalanga, \u00e9missaire africain charg\u00e9 de mission aupr\u00e8s de l&rsquo;UNESCO. Monsieur Pedro V\u00e9lasquez-Duart\u00e9 fils a\u00een\u00e9 d&rsquo;un g\u00e9n\u00e9ral argentin g\u00e9nocidaire, ministre des Affaires culturelles en poste, charg\u00e9 des relations avec Isra\u00ebl pour la restitution des \u0153uvres d&rsquo;art spoli\u00e9es aux juifs pendant la guerre. Monsieur Nasser El Kharzaou\u00ef, huiti\u00e8me fils h\u00e9ritier du roi Farouk. Il pr\u00e9side un consortium arabe repr\u00e9sentant les pays du Golfe persique aupr\u00e8s de l\u2019OPEP. Le personnage central n\u2019est autre que Jonas Schneider. Il r\u00e8gne en monarque absolu sur un empire r\u00e9gissant le commerce de diamants et d&rsquo;or sur la plan\u00e8te. Sept de ces personnages ont une aura plan\u00e9taire et son courtis\u00e9 par les m\u00e9dias internationaux, en raison de leurs influences. C&rsquo;est le haut du panier de la jet-set des fripouilles, le gratin de notre civilisation. Une inscription manuscrite \u00e9tait trac\u00e9e au stylo encre, sur le dos du clich\u00e9 ainsi qu&rsquo;une date : Ch\u00e2teau de Z\u00e9phyrthor, 13 ao\u00fbt 2021. Bien \u00e0 vous mes Aigles. Sign\u00e9 Jonas Schneider.<\/p><p>Maman avait pris l&rsquo;initiative de gratter dans cette direction \u00e0 tout hasard et reprit son discours :<\/p><p>&#8211; Le ch\u00e2teau de Z\u00e9phyrthor est situ\u00e9 sur un \u00e9peron rocheux, surplombant verticalement la vall\u00e9e du Veredalus dans les montagnes de Transdanubie en Hongrie. La montagne est noy\u00e9e par une dense for\u00eat de ch\u00eanes mill\u00e9naires. C&rsquo;est un \u00e9difice historique et priv\u00e9 m\u00ealant l\u2019architecture m\u00e9di\u00e9vale Magyars \u00e0 des \u00e9l\u00e9ments fantastiques modernes. L&rsquo;unique acc\u00e8s se fait par une route serpentant le long du versant le moins abrupt. Pour entrer entre les murs, il faut passer un pont-levis qui donne sur une porte massive. En fait c&rsquo;est toujours une forteresse, ayant une vue d\u00e9gag\u00e9e sur tout le Veredalus. Autre chose, papy a retrouv\u00e9 la fourgonnette noire, lors de la visite du ch\u00e2teau de la bastide. Elle \u00e9tait planqu\u00e9e dans un hangar sous une b\u00e2che. J&rsquo;ai proc\u00e9d\u00e9 \u00e0 toute une flop\u00e9e de relev\u00e9s d\u2019empreintes digitales sur le volant, les r\u00e9tros etc&#8230; J&rsquo;ai aspir\u00e9 l&rsquo;int\u00e9rieur de la caisse, o\u00f9 il y a largement mati\u00e8re \u00e0 analyse. L&rsquo;\u00e9clairage au luminol m&rsquo;a permis de d\u00e9celer des traces de sang un peu partout. Elles ont \u00e9t\u00e9 lav\u00e9es, mais j\u2019ai pu en exploiter une partie. Le fourgon a \u00e9t\u00e9 rapatri\u00e9 ici. J&rsquo;effectuerai d\u2019autres recherches ADN dans la journ\u00e9e. Ah\u00a0! Autre chose, le fourgon appartenait \u00e0 la pr\u00e9fecture. Il a \u00e9t\u00e9 rachet\u00e9 par Madame Ozon au domaine comme \u00e9tant un v\u00e9hicule r\u00e9form\u00e9 alors qu\u2019il n\u2019affiche de cinq mille kilom\u00e8tres. Elle n&rsquo;a jamais proc\u00e9d\u00e9 \u00e0 la mutation de carte grise. Les plaques l&rsquo;immatriculation sont recouvertes d&rsquo;une substance collante et je crois qu&rsquo;ils la masquaient avec du sparadrap avant de partir en op\u00e9ration. \u00c7a y est j&rsquo;en ai termin\u00e9 avec la police technique, je passe la main au suivant.<\/p><p>Hugo n\u2019avait jamais vu Maman aussi prolixe, lui qui \u00e9tait habituellement plut\u00f4t r\u00e9serv\u00e9. Le Lt colonel Desviziers prit l\u2019initiative, distribuant les t\u00e2ches \u00e0 ses hommes et aux militaires de la section de recherches. Il laissa Hugo libre de g\u00e9rer ses propres enqu\u00eates. Celui-ci confirma la garde \u00e0 vue de Mme Ozon \u00e0 Papajoe et \u00e0 Pichot et celle de Fiola au Bomb\u00e9 et \u00e0 Papy. Papajoe et Pichot se h\u00e2t\u00e8rent d\u2019aller taquiner Mme Ozon. Maman continua \u00e0 proc\u00e9der aux actes de Police Technique et Scientifique, assist\u00e9 par trois techniciens du groupement. Monsieur Picateille repr\u00e9sentant le parquet, arriva en fin de r\u00e9union. Avant de venir il avait r\u00e9dig\u00e9 les actes de prolongation de garde \u00e0 vue. Hugo lui fit un r\u00e9sum\u00e9 de la r\u00e9union tout en le conduisant dans son bureau o\u00f9 ils retrouv\u00e8rent l\u2019officier de l\u2019OCLCH.\u00a0 Ils d\u00e9cid\u00e8rent qu\u2019ils resteraient dans ce bureau en tant que poste de commandement, et install\u00e8rent leurs ordinateurs portables. Hugo envoya un courriel \u00e0 Frantz pour l\u2019informer des derniers rebondissements de l\u2019enqu\u00eate, et surtout lui fournir les \u00e9l\u00e9ments qu\u2019ils avaient recueillis sur le ch\u00e2teau de Z\u00e9phyrthor. Dans la demi-heure qui suivie, Franz lui r\u00e9v\u00e9la que ledit ch\u00e2teau appartenait \u00e0 Jonas Schneider, sous couvert d&rsquo;une soci\u00e9t\u00e9-\u00e9cran et d&rsquo;un homme de paille. L&rsquo;Allemagne ayant des rapports privil\u00e9gi\u00e9s avec la Hongrie, il prenait attache imm\u00e9diatement avec les autorit\u00e9s de ce pays pour y former une \u00e9quipe d&rsquo;intervention. Schneider avait tr\u00e8s bien pu s&rsquo;y retrancher apr\u00e8s sa fuite de Berlin. De toute fa\u00e7on il \u00e9tait invisible en Allemagne. Le masque de fer s&rsquo;adressa \u00e0 Hugo sur un ton de reproche.<\/p><p>&#8211;\u00a0 Vous ne vous embarrassez pas avec la remont\u00e9e verticale des informations. Vous court-circuitez tout le monde en prenant des transversales, sans vous occuper de froisser les susceptibilit\u00e9s hi\u00e9rarchiques. Vous avez d\u00fb louper vos cours de diplomatie lors de vos \u00e9tudes. Cette information aurait d\u00fb transiter par les minist\u00e8res de l\u2019Int\u00e9rieur, de la justice, voire des Affaires \u00e9trang\u00e8res via la cha\u00eene de commandement, et suivre le m\u00eame cheminement en sens inverse en Allemagne.<\/p><p>Sans se d\u00e9monter, Hugo le regarda sans animosit\u00e9 et r\u00e9pliqua\u00a0:<\/p><p>&#8211; Avez-vous entendu l\u2019ancien ministre de l\u2019\u00c9ducation Claude All\u00e8gre\u00a0? Il parlait de d\u00e9graisser le mammouth. C\u2019est ce que je fais. Nous sommes en face d\u2019un diplodocus g\u00e9ant, et si vous lui marchez sur la queue aujourd\u2019hui, le message n\u2019atteindra son cerveau que dans une dizaine de jours. L\u2019inertie de notre administration est telle, que dans le meilleur des cas, l\u2019information atteindra sa cible dans quinze jours, rendant caduc tous nos efforts. J\u2018ai choisi mon camp et il s\u2019appelle efficacit\u00e9. De toute fa\u00e7on je n\u2019oublie jamais la m\u00e9galomanie de nos dirigeant, o\u00f9 qu\u2019ils se situe dans la pyramide. Je vais \u00e9tablir un message maintenant qui va suivre tranquillement les nombreux \u00e9tages de ce monde parall\u00e8le. A la fin si les r\u00e9sultats sont positifs, tout le monde s\u2019auto-congratulera, estimant \u00eatre la pierre angulaire du succ\u00e8s, effa\u00e7ant du coup tout griefs potentiel envers qui que ce soit.<\/p><p>Le lieutenant-colonel Desviziers \u00e9tait constern\u00e9 par autant de cynisme.<\/p><p>&#8211; Vous n\u2019avez pas forc\u00e9ment tord Laroche, mais vous avez quand m\u00eame une pi\u00e8tre opinion du syst\u00e8me et des personnes qui le compose. Il y a quand m\u00eame des cadres \u00e0 respecter. De mon c\u00f4t\u00e9, je ne veux pas connaitre vos chemins de traverses.<\/p><p>Monsieur Picateille surench\u00e9rit\u00a0:<\/p><p>&#8211; Je vous le dit tout le temps Hugo, vous n\u2019\u00eates qu\u2019un anarchiste. La r\u00e9publique \u00e0 des lois et nous devons nous y plier, autrement nous ne vaudrions pas mieux que ceux que nous combattons. La fin ne justifie pas les moyens.<\/p><p>Hugo commen\u00e7ait \u00e0 s\u2019agacer de ce d\u00e9bat anachronique. Il cl\u00f4t la discussion en disant\u00a0:<\/p><p>&#8211; Vous avez parfaitement raison tous les deux. Je vous laisse donner ces explications aux victimes. En Allemagne, il commence \u00e0 ressentir le contre coup de ce type de raisonnement avec la propagation des vengeurs. La soci\u00e9t\u00e9 ne peut pas fonctionner sur deux \u00e9tages diff\u00e9rents, et si l\u2019un veut contraindre l\u2019autre, nous tomberont sous le coup d\u2019une dictature.\u00a0 C\u2019est la simple opinion d\u2019un anarchiste. L\u2019enfer est pav\u00e9 de bonnes intentions.<\/p><p>La journ\u00e9e se poursuivie \u00e0 une cadence infernale. Chacun collationnait les remont\u00e9s d\u2019information et les pi\u00e8ces de proc\u00e9dures, cr\u00e9ant des tas de dossiers sur toutes les surfaces planes existantes dans le bureau, s\u2019\u00e9talant ainsi jusque dans le couloir. Le magistrat \u00e9tudiait tous les proc\u00e8s-verbaux, commandant des r\u00e9quisitions ou provoquant des actes de proc\u00e9dure compl\u00e9mentaires. Tous trois engrangeaient des \u00e9l\u00e9ments de preuve et les classaient par proc\u00e9dure, amassant des tonnes de papier, ouvrant pour l\u2019heure une trentaine d\u2019homicides suppl\u00e9mentaires, attribu\u00e9s aux gard\u00e9s \u00e0 vue. Ils parlaient entre eux doucement, croisaient les informations, et r\u00e9partissaient les meurtres et enl\u00e8vement imput\u00e9s \u00e0 untel ou \u00e0 untel, sur de grandes feuilles de papier blanc punais\u00e9es aux murs. En face des actes r\u00e9pertori\u00e9s, ils \u00e9num\u00e9raient les preuves et indices recueillis, y accolant un num\u00e9ro de renvoie aux proc\u00e9dures. Un fil rouge s\u2019\u00e9tait d\u00e9tach\u00e9 en la personne de Mme Ozon. C\u2019\u00e9tait la donneuse d\u2019ordre. Celle-ci malmen\u00e9e par un interrogatoire serr\u00e9 de Papajoe et de Pichot, continuait \u00e0 nier les \u00e9vidences. Fid\u00e8le \u00e0 elle-m\u00eame, elle s\u2019adressait \u00e0 eux avec condescendance, mena\u00e7ant de les faires destituer, de les poursuivre en justice, et dans ses moments de plus en plus fr\u00e9quents d\u2019hyst\u00e9rie, de les faire ex\u00e9cuter. Papajoe et Pichot \u00e9taient aux anges. Ils adoraient s\u2019occuper des furieux comme cette femme. Elle se contredisait et s\u2019enfon\u00e7ait dans ses mensonges comme \u00e0 un fer \u00e0 repasser qu\u2019on aurait jet\u00e9 dans un \u00e9tang. Le substitut avait sollicit\u00e9 une greffi\u00e8re pour venir l\u2019aider \u00e0 r\u00e9diger des suppl\u00e9tifs, car la multiplicit\u00e9 des faits \u00e9tait devenue exponentielle, et s\u2019il voulait rester dans les clous il avait besoin d\u2019aide. Il dansait une sarabande infernale entre son t\u00e9l\u00e9phone et son ordinateur, courant de ci de l\u00e0 pour v\u00e9rifier un acte ou une notification. Il lui arrivait de recadrer des avocats vindicatifs qui se plaignaient d\u2019enqu\u00eateurs entreprenants. Les plus arrogant \u00e9taient ceux de Mme Ozon. Incisifs et teigneux, ils cherchaient \u00e0 intervenir dans la proc\u00e9dure, se faisant syst\u00e9matiquement remettre dans leur but par les enqu\u00eateurs. Ils allaient pleurer ensuite aupr\u00e8s du magistrat qui les renvoyait \u00e0 son tour. A treize heures, sur l\u2019initiative d\u2019Hugo, ils lev\u00e8rent le pied et se firent livrer des k\u00e9babs et des sodas. Des perquisitions \u00e9taient effectu\u00e9es dans divers endroits, en fonction des remont\u00e9es faites par les enqu\u00eateurs. La compagnie de gendarmerie, deux rue Alphonse Cornet \u00e0 RIOM, \u00e9tait une ruche bourdonnante. Un balai de v\u00e9hicules entrait et sortait, sans tempos pr\u00e9cis, au rythme des nouveaux \u00e9l\u00e9ments \u00e0 v\u00e9rifier. De temps \u00e0 autre un cri d\u2019\u00e9nervement trouait le bourdonnement continu, suivi par une accalmie aussi angoissante. La multitude d\u2019informations motiva l\u2019affectation de deux OPJ suppl\u00e9mentaires, en tant que proc\u00e9durier dans le poste de commandement qui commen\u00e7ait \u00e0 \u00eatre \u00e9troit. Une quarantaine de bannettes d\u00e9bordaient de pi\u00e8ces de proc\u00e9dures qu\u2019elles engrangeaient \u00e0 flux tendu. Des monceaux de tas annexe s\u2019empilaient sur les tables, repr\u00e9sentant un nombre croissant d\u2019affaire nouvelles exhum\u00e9es.<\/p><p>Chapitre 27\u00a0: Un jour de plus.<\/p><p>Une journ\u00e9e harassante se d\u00e9roulait pour les enqu\u00eateurs. Pendant ce temps, Anna avait r\u00e9dig\u00e9 un compl\u00e9ment d\u2019article pour le Der Spiegel. Elle avait repris le papier de Jessica, l\u2019avait compl\u00e9t\u00e9, \u00e9toff\u00e9 des \u00e9l\u00e9ments nouveaux qui avaient jouxt\u00e9s son itin\u00e9raire depuis sa rencontre avec Hugo. Son article \u00e9tait tr\u00e8s personnel et impliqu\u00e9. Elle relatait la lib\u00e9ration des prisonniers de Treblinka en Pologne, s\u2019attardant sur leurs conditions de d\u00e9tention et les tortures qu\u2019ils subissaient. Elle mit l\u2019accent sur la lourdeur des autorit\u00e9s polonaises pour intervenir. Elle exposa leur rapatriement rocambolesque vers l\u2019h\u00f4pital de Frankfort sur l\u2019orbe, les recueils de Danuta, Charline et Y\u00e9y\u00e9, en modifiant les noms. Elle faisait part de ses angoisses, et de ses peurs, suivant le fil d\u2019ariane de l\u2019aigle de l\u2019ombre. Elle narrait l\u2019attentat dont elle et Hugo avait \u00e9t\u00e9 victime \u00e0 G\u00f6ttingen. Elle taisait l\u2019existence des gardiens, mais \u00e9voquait l\u2019\u00e9mergence d\u2019un groupe de vengeurs qui les avaient secourus lors de leur agression. Elle avait effectu\u00e9 des recherches sur internet, sur chaque personne mises en cause par Jessica. Elle avait \u00e9tabli leurs biographies compl\u00e8tes, v\u00e9rifiant chaque information, elle en faisait une synth\u00e8se pr\u00e9cise. Le point d\u2019orgue restait Jonas Schneider. L\u2019origine et l\u2019histoire du personnage, au demeurant \u00e9nigmatique, m\u00e9ritait la r\u00e9daction d\u2019un article lui \u00e9tant int\u00e9gralement d\u00e9di\u00e9, voire peut-\u00eatre m\u00eame l\u2019\u00e9criture d\u2019un livre. Elle y songeait s\u00e9rieusement. Elle avait scrupuleusement retrac\u00e9 les histoires de Danuta et Y\u00e9y\u00e9. Son travail repr\u00e9sentait trois articles distincts. Elle prit attache avec son r\u00e9dacteur en chef \u00e0 G\u00f6ttingen. Il \u00e9tait content de lui parler. Il avait entendu parler de l\u2019attaque dont elle avait \u00e9t\u00e9 victime avec Hugo, et il \u00e9tait heureux qu\u2019elle aille bien. Ils bavard\u00e8rent de chose et d\u2019autre pendant quelques minutes, puis, Anna lui expliqua ce qu\u2019elle avait \u00e9crit. Avec son aval, elle le lui transmit via une messagerie crypt\u00e9e. Anna resta en ligne le temps qu\u2019il lise ses articles et les valide. Les formalit\u00e9s accomplies, elle lui demanda s\u2019il n\u2019\u00e9mettait pas d\u2019objection \u00e0 ce qu\u2019elle f\u00eet para\u00eetre ses articles dans un journal fran\u00e7ais, soit r\u00e9gional, soit national. Il lui accorda l\u2019autorisation, \u00e0 condition qu\u2019elle d\u00e9cale ses remises d\u2019articles d\u2019une journ\u00e9e par rapport \u00e0 lui. Il voulait en garder la primeur. Elle lui f\u00eet part de ses projets de livre sur l\u2019aigle de l\u2019ombre, et sur Jonas Schneider. Il \u00e9tait emball\u00e9, et lui promit de piloter son projet aupr\u00e8s de la direction du journal, section litt\u00e9rature. Toute guillerette d\u2019avoir pu s\u2019exprimer dans sa langue paternelle, elle prit le train, et se rendit \u00e0 Clermont Ferrand pour se pr\u00e9senter au si\u00e8ge de la direction du journal r\u00e9gional. Elle se pr\u00e9senta \u00e0 l\u2019accueil, et patienta une heure, assise sur une chaise en bois dans un couloir borgne, v\u00e9tuste, sentant le vieux papier et la poussi\u00e8re. Elle f\u00fbt re\u00e7ue par Monsieur Laguilier, r\u00e9dacteur en chef, bougon, la soixantaine bien frapp\u00e9e, petit, maigre, chauve, le visage en lame de couteau, le nez aquilin, ses yeux rapproch\u00e9s lui donnant l\u2019air d\u2019une fouine. Ses sourcils \u00e9pais masquaient un regard sournois. Il l\u2019\u00e9couta \u00e0 moiti\u00e9, peu int\u00e9ress\u00e9. Elle ne lui cacha pas qu\u2019elle servirait en priorit\u00e9 son journal, Der spiegel en Allemagne, et que l\u2019information lui serait communiqu\u00e9e avec une journ\u00e9e de d\u00e9calage. L\u2019homme la regardait d\u00e9daigneusement, et lui expliqua qu\u2019il n\u2019avait pas besoins d\u2019une pigiste. Il avait des correspondants par secteurs et ne souhaitait pas s\u2019attacher les services d\u2019une inconnue, allemande de surcroit. Sans parler, elle se leva, posa une carte professionnelle sur le bureau de son interlocuteur, tourna les talons et partit. Elle \u00e9tait surprise et d\u00e9\u00e7ue par ce manque de professionnalisme. Elle refit le chemin \u00e0 l\u2019envers pour rejoindre l\u2019appartement de service d\u2019Hugo. Le train la d\u00e9posa \u00e0 cinquante m\u00e8tres de la caserne. Elle p\u00e9n\u00e9tra dans une ruche vrombissante, au milieu d\u2019un balai de v\u00e9hicules bleus, de gendarmes \u00e9nerv\u00e9s qui s\u2019agitaient en tous sens, et d\u2019individus posant devant un tableau r\u00e9fl\u00e9chisseur blanc, install\u00e9 \u00e0 l\u2019entr\u00e9e des garages. Elle aurait aim\u00e9 qu\u2019Hugo soit l\u00e0 pour lui expliquer ce capharna\u00fcm, sa curiosit\u00e9 de journaliste \u00e9tait piqu\u00e9e au vif. Elle regagna l\u2019appartement, et commen\u00e7a \u00e0 prospecter aupr\u00e8s de journaux nationaux connus. Elle essuya deux ou trois refus, avant d\u2019accrocher une touche avec un hebdomadaire c\u00e9l\u00e8bre, cr\u00e9dit\u00e9 d\u2019un tirage important. Elle fut orient\u00e9e sur un premier correspondant qui semblait int\u00e9ress\u00e9, puis un second vint se greffer en conf\u00e9rence, confirmant l\u2019appr\u00e9ciation du premier. Ils avaient eu vent de l\u2019article paru dans le Der Spiegel, qui avait eu un retentissement national en Allemagne. Ils souhaitaient avoir un \u0153il sur cette affaire et sentait qu\u2019Anna \u00e9tait la plus performante pour leur en apporter un suivi.\u00a0 Ils tomb\u00e8rent d\u2019accord sur les modalit\u00e9s de fonctionnement et la r\u00e9mun\u00e9ration. Ils envoy\u00e8rent sur le champ des documents contractuels. De son c\u00f4t\u00e9 elle transmit ses r\u00e9f\u00e9rences professionnelles et la copie de sa carte de journaliste. La prochaine parution \u00e9tait programm\u00e9e en d\u00e9but de semaine suivante. Elle avait le temps de peaufiner et transmettre ses articles en fran\u00e7ais. Ce type de parution avait l\u2019avantage de lui permettre de r\u00e9aliser des articles plus complets, voir \u00e9volutifs. Ses interlocuteurs lui propos\u00e8rent de les rencontrer au si\u00e8ge du journal, lors de son prochain passage \u00e0 Paris. Elle accepta avec joie. Dix-huit heures sonnaient au clocher de l\u2019\u00e9glise notre dame du Marthuret. Elle avait atteint les objectifs qu\u2019elle s\u2019\u00e9tait fix\u00e9s. Elle sauta sous la douche pour se d\u00e9faire des stigmates d\u2019une journ\u00e9e poisseuse. Elle repensait \u00e0 son entretien avec monsieur Laguilier, s\u2019interrogeant sur le fait d\u2019\u00eatre aussi born\u00e9 et stupide lorsque l\u2019on travaillait dans la presse au vingt-et-uni\u00e8me si\u00e8cle. Elle avait termin\u00e9, quand elle entendit la porte de l\u2019appartement s\u2019ouvrir. Elle se glissa dans un peignoir \u00e9ponge blanc, entortilla ses cheveux dans une serviette de la m\u00eame couleur, enfila une paire de chaussons et sortie. Elle trouva Charline et Danuta souriantes dans l\u2019entr\u00e9e, se d\u00e9chaussant et retirant leurs manteaux. Derri\u00e8re elles, la porte s\u2019ouvrit brutalement dans un grand fracas, c\u00e9dant le passage \u00e0 un diablotin noire, bondissant, jacassant et s\u2019\u00e9brouant comme un jeune chiot. Le retour de Y\u00e9y\u00e9. Il avait pass\u00e9 la nuit et la journ\u00e9e chez Papajoe, surveill\u00e9 par son \u00e9pouse, ou du moins sous la garde rapproch\u00e9e d\u2019une Nintendo qui lui avait fracass\u00e9 les yeux. Il \u00e9tait excit\u00e9 comme une puce, heureux de retrouver ses tatas. Charline interrogea Anna.<\/p><p>&#8211;\u00a0As-tu eu des nouvelles d\u2019Hugo aujourd\u2019hui\u00a0? La nuit derni\u00e8re a \u00e9t\u00e9 courte, et il est parti de bonne heure.<\/p><p>Anna r\u00e9pondit n\u00e9gativement, tout en se dirigeant vers la cuisine pour pr\u00e9parer le repas. Les trois femmes parlaient de leur journ\u00e9e.\u00a0 Elles se r\u00e9partirent spontan\u00e9ment les t\u00e2ches, comme si leur collocation \u00e9tait rod\u00e9e depuis des ann\u00e9es. Y\u00e9y\u00e9 tournait autour d\u2019elles comme une abeille folle, demandant \u00e0 l\u2019une ou \u00e0 l\u2019autre, indiff\u00e9rent aux r\u00e9ponses\u00a0:<\/p><p>&#8211;\u00a0Qu\u2019est-ce qu\u2019on mange\u00a0? Quand est-ce qu\u2019on mange\u00a0? Y\u2019a d\u2019la glace\u00a0?<\/p><p>Ils pass\u00e8rent \u00e0 table et \u00e9chang\u00e8rent sur leurs journ\u00e9es respectives. Les filles expliqu\u00e8rent \u00e0 Anna les r\u00e9parations qu\u2019elles avaient effectu\u00e9es dans la maison. Les techniciens de la gendarmerie avaient fini leurs relev\u00e9s, et elles avaient entrepris de boucher les impacts sur les cloisons et les plafonds avec du pl\u00e2tre. Un artisan \u00e9tait venu changer la porte d\u2019entr\u00e9e, et la fen\u00eatre cass\u00e9e. Elles avaient fait installer une porte blind\u00e9e moderne, \u00e9quip\u00e9e de cinq points de fixation. Elles avaient command\u00e9 de la peinture pour r\u00e9nover les pi\u00e8ces d\u00e9t\u00e9rior\u00e9es par les balles, mais aussi pour rafraichir leurs chambres. Elles montr\u00e8rent \u00e0 Anna les \u00e9chantillons de couleurs qu\u2019elles avaient s\u00e9lectionn\u00e9s, tous pastels, et se les attribu\u00e8rent selon leurs go\u00fbts qui \u00e9taient assez voisin. Y\u00e9y\u00e9, voulait en plus des posters luminescents d\u2019animaux en trois dimensions. Anna, ayant r\u00e9gl\u00e9 ses obligations professionnelles, leur proposa de les accompagner le lendemain, pour proc\u00e9der au lessivage des murs et attaquer la peinture. Y\u00e9y\u00e9 voulait \u00eatre de la partie. Ils projet\u00e8rent de partir dans la matin\u00e9e, ce qui leur laisserait le temps de r\u00e9cup\u00e9rer la peinture et le mat\u00e9riel au magasin de bricolage dans la zone artisanale implant\u00e9e sur leur chemin.\u00a0 Le repas termin\u00e9, Y\u00e9y\u00e9 reparti chez Papajoe. Les trois femmes d\u00e9cid\u00e8rent d\u2019aller boire un verre en ville pour passer la soir\u00e9e. Elles choisirent un bar du centre-ville, tr\u00e8s spacieux et lumineux, ou un Juke-box distillait des chansons contemporaines de groupes ou chanteurs qu\u2019elle ne connaissaient pas. Une partie de la soir\u00e9e fut d\u00e9di\u00e9e \u00e0 un karaok\u00e9, ou des personnes tentaient leurs chances de mani\u00e8re plus ou moins heureuse. Elles \u00e9taient d\u00e9tendues et profitaient de l\u2019ambiance bon enfant du lieu, se laissant emporter de temps \u00e0 autre par des fou rire, lorsque les candidats \u00e9taient trop pr\u00e9somptueux, voir ridicules. Elles rentr\u00e8rent sur les coups de minuit, Hugo \u00e9tait toujours au travail.<\/p><p>Il revint vers cinq heures du matin. Il \u00e9tait \u00e9puis\u00e9, mais avait le sentiment du devoir accompli. Toutes les gardes \u00e0 vue aboutissaient \u00e0 des pr\u00e9sentations devant un juge d\u2019instruction, suivie par des mises en examen et des incarc\u00e9rations. Monsieur Picateille s\u2019\u00e9tait dessaisi au profit d\u2019une juridiction nationale, ayant plus de pouvoir et d\u2019envergure pour regrouper et traiter les quarante-deux homicides, et les vingt-trois enl\u00e8vements, r\u00e9partis sur l\u2019ensemble du territoire Fran\u00e7ais. Les pr\u00e9venus seraient s\u00e9par\u00e9s et incarc\u00e9r\u00e9s dans diverses maisons d\u2019arr\u00eats, certain seraient vraisemblablement plac\u00e9s dans des quartiers de haute s\u00e9curit\u00e9. Hugo s\u2019\u00e9croula \u00e0 c\u00f4t\u00e9 d\u2019Anna comme une masse, sans se d\u00e9shabiller. Il s\u2019endormi avant m\u00eame d\u2019avoir touch\u00e9 le matelas. R\u00e9veill\u00e9e, Anna lui retira ses chaussures et remonta la couette sur lui. Elle se serra fort contre lui et se rendormie. Elle se leva en catimini \u00e0 sept heure trente pour rejoindre ses amies et se pr\u00e9parer pour aller \u00e0 Manzat. Elle d\u00e9posa un mot \u00e0 l\u2019attention d\u2019Hugo sur la table de la cuisine, lui expliquant ce qu\u2019elles comptaient faire, et o\u00f9 elles se rendaient. Une fois pr\u00eatent, les trois jeunes femmes sortirent de l\u2019appartement, et intercept\u00e8rent Y\u00e9y\u00e9 avant qu\u2019ils ne d\u00e9boulent avec sa discr\u00e9tion l\u00e9gendaire.<\/p><p>Hugo dormait, allong\u00e9 sur le dos, les yeux clos, la bouche l\u00e9g\u00e8rement entrouverte, un souffle lourd et profond s\u2019en \u00e9chappait. Un l\u00e9ger mouvement sous ses paupi\u00e8res indiquait une activit\u00e9 c\u00e9r\u00e9brale intense. Il r\u00eavait. Un songe que l\u2019on pourrait qualifier d\u2019\u00e9rotique de prime abord. Il flottait sur un oc\u00e9an de femmes nues. Le contact de leur peau \u00e9tait doux, et leurs caresses agr\u00e9ables excitaient tous ses sens. Il voguait sans vergogne sur cette mer de b\u00e9atitude, calme et serein. Puis, les effleurements devinrent plus insistants, se muant en cajoleries buccales de plus en plus pressantes. Des milliers de bouches se collaient \u00e0 lui, l\u2019aspiraient comme des ventouses, provoquaient des milliers de br\u00fblures et de piq\u00fbres sur sa peau. Il \u00e9tait coins\u00e9 sous un amas de m\u00e9duses qui l\u2019oppressaient et le t\u00e9tanisaient. Soudain, une bouche \u00e9norme le goba, l\u2019avalant enti\u00e8rement. Il f\u00fbt entra\u00een\u00e9 dans un tourbillon, comme s\u2019il \u00e9tait \u00e9vacu\u00e9 dans le syphon d\u2019un \u00e9vier, propuls\u00e9 dans une spirale vertigineuse. Sa chute dura une \u00e9ternit\u00e9, il \u00e9touffait, suffoquait, se d\u00e9battait dans l\u2019\u00e9troitesse d\u2019un tube qui le dig\u00e9rait et l\u2019\u00e9jecta dans le couloir de lancement d\u2019une bille de flippers \u00e9lectrique. Une seconde de pose, et il se trouva violemment catapult\u00e9 sur l\u2019aire de jeu de l\u2019appareil. Il rebondissait contre des plots \u00e9lectriques, provoquant des d\u00e9charges et des \u00e9clairs impitoyables. Il \u00e9tait renvoy\u00e9 dans le jeu par de f\u00e9roces flippers, qui venaient le mordre et le frapper brutalement, dans un d\u00e9chainement de sons et lumi\u00e8res. Il avait le c\u0153ur au bord des l\u00e8vres. Un tintinnabulement col\u00e9rique et persistant le tira \u00e9nergiquement de son sommeil. Il se retrouva assis sur le lit, en sueur, tremblant de tous ses membres. Il \u00e9tait treize heures, et il remercia le r\u00e9veil de son t\u00e9l\u00e9phone de l\u2019avoir sauv\u00e9.<\/p><p>Il se leva, et sauta sous la douche pour se d\u00e9barrasser des t\u00e9n\u00e8bres accrocheuses de la nuit, son cauchemar l\u2019avait mis mal \u00e0 l\u2019aise et le collait comme une sangsue. Il laissa le jet d\u2019eau bouillante ruisseler sur sa t\u00eate et son corps pendant de longues minutes, sans bouger, les yeux ouverts, le regard dans le vide. Il avait pourtant bien dormi, mais une sensation de malaise vivace le tenaillait. Il n\u2019aurait su l\u2019expliquer. Un peu revitalis\u00e9, il se brossa les dents, se rev\u00eatit de propre et se rendit \u00e0 la cuisine. En y repensant, son dernier repas datait de vingt-quatre heures, et il avait l\u2019estomac dans les talons. Sur la table, il trouva le petit mot d\u2019Anna. Tout en d\u00e9jeunant il l\u2019appela par t\u00e9l\u00e9phone. En deux mots, il esquissa sa journ\u00e9e de la veille, et lui demanda si elle avait pu avancer. Elle lui raconta ce qu\u2019elle avait fait, et l\u2019ouverture qu\u2019elle avait eu avec l\u2019hebdomadaire. Elle d\u00e9crivit succinctement les travaux dans la maison, puis lui passa Charline qui fourni force de d\u00e9tail. Cette derni\u00e8re avait vraiment pris en main la destin\u00e9e de la maison. Il ne resterait plus qu\u2019\u00e0 faire reboucher les impacts ext\u00e9rieurs, par un ma\u00e7on, et r\u00e9aliser un petit cr\u00e9pi. Dit comme cela tout paraissait simple. Danuta et Y\u00e9y\u00e9 allait bien, sauf qu\u2019il \u00e9tait un Melding-Pot des diff\u00e9rentes laques utilis\u00e9es pour chaque pi\u00e8ce. En plaisantant, Charline pr\u00e9cisa qu\u2019ils seraient oblig\u00e9s de le baigner dans un diluant efficace pour retrouver le Y\u00e9y\u00e9 d\u2019origine. Anna repris le t\u00e9l\u00e9phone pour lui donner un aper\u00e7u des couleurs qu\u2019elle avait s\u00e9lectionn\u00e9es pour leur chambre. Elle avait retenu un Bleu Marie-Galante sur trois murs, le dernier, c\u00f4t\u00e9 t\u00eate de lit, serait Beige Ol\u00e9ron. Hugo, loin de ses consid\u00e9rations, reconnu quelle \u00e9tait mieux \u00e0 m\u00eame que lui pour g\u00e9rer le domaine de la d\u00e9coration. Elle avait bon go\u00fbt, et il se souvenait que Charline \u00e9tait \u00e9galement une ma\u00eetresse dans ce domaine. La maison allait revivre. Sur ce, ils s\u2019embrass\u00e8rent et se promirent de profiter de leur soir\u00e9e, pour parler de tout \u00e7a au calme. Ils reviendraient dans l\u2019appartement pour dormir, en raison des odeurs de peintures susceptible de les incommoder pour la nuit. Hugo termina son brunch copieux. Il \u00e9tait pr\u00eat, il quitta l\u2019appartement, traversa la cour et se rendit au bureau.<\/p><p>Chapitre 28\u00a0: Les chemins de traverses.<\/p><p>Hugo arriva au bureau o\u00f9 il retrouva le Lt colonel Desviziers et le substitut Picateille. La ruche \u00e9tait encore endormie. Ils firent le point sur les r\u00e9sultats engrang\u00e9s. Trente-six homicides r\u00e9partis sur le territoire national \u00e9taient r\u00e9solus, ainsi que vingt-trois enl\u00e8vements dont celui de Charline, ceci sur les dix ann\u00e9es \u00e9coul\u00e9es. L\u2019audition de Mme Ozon avait r\u00e9v\u00e9l\u00e9 d\u2019autres v\u00e9rit\u00e9s. En fait son \u00e9poux, Ozon Georges, \u00e2g\u00e9 de 95 ans, \u00e9tait son mentor. Encore adolescente elle \u00e9tait devenue sa ma\u00eetresse, puis son \u00e9pouse alors qu\u2019elle n\u2019avait pas vingt ans. Il l\u2019avait initi\u00e9e et intronis\u00e9e dans l\u2019ordre de l\u2019aigle de l\u2019ombre d\u00e8s cette \u00e9poque. Ils leur restaient \u00e0 d\u00e9terminer le nombre cons\u00e9quent de ce m\u00eame type de crimes sous le r\u00e8gne de cet homme. Il \u00e9tait f\u00e9roce et lui avait inculqu\u00e9e le go\u00fbt du sang. Son mari vieillissant, elle avait repris le flambeau d\u2019une main de fer. Elle avait fait le m\u00e9nage dans les \u00e9quipes d\u2019hommes de mains, rajeunissant le cheptel. Elle conservait \u00e0 disposition entre huit et dix brutes capables de tuer p\u00e8re et m\u00e8re sans scrupule. Vu sa position \u00e0 la pr\u00e9fecture, elle les avait fait embaucher par divers corps de l\u2019\u00e9tat, o\u00f9 elle pouvait s\u2019assurer de leurs disponibilit\u00e9s. C\u2019est elle qui avait recrut\u00e9 Fiola. Pour gagner sa place, il avait d\u00fb \u00e9liminer son pr\u00e9d\u00e9cesseur et faire disparaitre son corps. Il l\u2019avait donn\u00e9 \u00e0 manger \u00e0 des porcs dans un \u00e9levage de montagne. L\u2019un des premiers ordres en solo donn\u00e9s par Mme Ozon, avait \u00e9t\u00e9 l\u2019enl\u00e8vement de Charline. Gabin, fi\u00e8re de son nouveau statut de gros bras, s\u2019\u00e9tait fait briller aupr\u00e8s de la jeune fille, provoquant par sa niaiserie l\u2019enl\u00e8vement de celle-ci. Sur recommandation de son \u00e9poux, Mme Ozon avait \u00e9t\u00e9 adoub\u00e9e par M\u00fcller, puis par Schneider, la pla\u00e7ant \u00e0 la t\u00eate de l\u2019organisation en France. Elle avait us\u00e9 de sa position strat\u00e9gique pour abuser la capitaine commandant la compagnie de Riom. Celle-ci, subjugu\u00e9e par le titre ronflant de secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9rale du directeur de cabinet du pr\u00e9fet, imaginait l\u2019int\u00e9r\u00eat carri\u00e9riste qu\u2019elle pouvait en tirer. Entendue sur cette conjuration, la capitaine avait confirm\u00e9 qu\u2019elle croyait travailler sous les ordres du pr\u00e9fet, elle avait voulu bien faire, mais c\u2019\u00e9tait fourvoy\u00e9e et avait persist\u00e9 dans son erreur. C\u2019est t\u00eate basse qu\u2019elle croisa Hugo, alors qu\u2019elle quittait son bureau menott\u00e9e les mains dans le dos, pour \u00eatre conduite devant un juge d\u2019instruction. Il l\u2019ignora. Elle ne fut pas exon\u00e9r\u00e9e de poursuite judiciaire. La b\u00eatise ne constituait ni un crime ni un d\u00e9lit, mais son action avait mis en p\u00e9ril la vie d\u2019Hugo et de sa famille. Elle avait \u00e9t\u00e9 mise en examen, et plac\u00e9e sous contr\u00f4le judiciaire avec interdiction de poursuivre son activit\u00e9 de gendarme. Son parcourt professionnel serait d\u00e9finitivement tranch\u00e9 par la direction de la gendarmerie. De toute fa\u00e7on elle \u00e9tait d\u00e9mise de ses fonctions \u00e0 la t\u00eate de la compagnie, et remplac\u00e9e par son adjoint.<\/p><p>Une \u00e9quipe de la section de recherches avait \u00e9t\u00e9 envoy\u00e9e au ch\u00e2teau de la Bastide \u00e0 ROYAT, pour interpeller l\u2019\u00e9poux de Mme OZON. Ils \u00e9taient accompagn\u00e9s par une \u00e9quipe m\u00e9dicalis\u00e9e, en raison de l\u2019\u00e2ge canonique du suspect. Ils carillonn\u00e8rent \u00e0 l\u2019huis monumental de la b\u00e2tisse, sans r\u00e9ponse. Ils fouill\u00e8rent, appel\u00e8rent, faisant le tour du ch\u00e2teau et des d\u00e9pendances sans r\u00e9sultat. En d\u00e9sespoir de cause, ils sollicit\u00e8rent un serrurier pour entrer dans le ch\u00e2teau. Ils d\u00e9couvrirent le vieillard baignant dans son vomi, \u00e9croul\u00e9 en un petit tas informe au bas de l\u2019escalier \u00e0 double r\u00e9volution dans le vestibule du ch\u00e2teau. Le m\u00e9decin pr\u00e9sent se pr\u00e9cipita et ne put que constater le d\u00e9c\u00e8s de Georges Ozon, vraisemblablement d\u00fb \u00e0 une ingestion massive de m\u00e9dicaments. Ils d\u00e9couvrirent d\u2019ailleurs les plaquettes vides dans sa chambre, confirmant ainsi ce point. Le vieillard, apr\u00e8s des ann\u00e9es de tyrannie et de malveillance, n\u2019avait pas support\u00e9 le regard et la justice des hommes. Il avait rejoint ses pairs, r\u00f4tissant en enfer, laissant son \u00e9pouse seule assumer leurs horreurs. Les enqu\u00eateurs inform\u00e8rent le poste de commandement de ce nouvel \u00e9v\u00e8nement.<\/p><p>Le Lt colonel Desviziers, Monsieur Picateille et Hugo, avaient repris leurs activit\u00e9s dans le PC. Ils accueillirent la nouvelle avec indiff\u00e9rence, le d\u00e9c\u00e8s de cet homme ne provoquant aucune compassion, juste un go\u00fbt amer de d\u00e9gout. Ils avaient pour t\u00e2che de finaliser le montage de la proc\u00e9dure papier, v\u00e9rifiant chaque pi\u00e8ce pour corriger d\u2019\u00e9ventuels vices.\u00a0 La proc\u00e9dure elle-m\u00eame avait \u00e9t\u00e9 transmise de mani\u00e8re d\u00e9mat\u00e9rialis\u00e9e aux magistrat saisis. Le second p\u00f4le important de leur travail, consistait \u00e0 alimenter l\u2019outil statistique, par des tonnes de renseignements, travail fastidieux au possible. Hugo se tourna vers ses compagnons et leur dit\u00a0:<\/p><p>&#8211; Mon colonel, vous avez dit que vous ne vouliez pas connaitre mes chemins de traverses. Je vais cependant aller aux nouvelles, pour voir ou on en est \u00e0 l\u2019international. Etes-vous int\u00e9ress\u00e9\u00a0? Pareil pour vous Monsieur le substitut. Si \u00e7a ne vous int\u00e9resse pas, je vais \u00e9tablir cet appel \u00e0 partir d\u2019un autre bureau. De toutes fa\u00e7ons vous aurez certainement des informations, d\u2019ici quelques mois\u00a0!<\/p><p>Ses interlocuteurs se regard\u00e8rent. Le Lt colonel Desviziers acquies\u00e7a\u00a0:<\/p><p>&#8211; OK Laroche, vous avez gagn\u00e9\u00a0! On vous suit. \u00c7a\u00a0 ne peut que nous \u00eatre utile.<\/p><p>Hugo appela son ami Frantz Wagner, avec son t\u00e9l\u00e9phone jetable, sur leur ligne s\u00e9curis\u00e9e. Celui-ci d\u00e9crocha \u00e0 la troisi\u00e8me sonnerie. Hugo lui dit qu\u2019ils \u00e9taient trois \u00e0 l\u2019\u00e9couter. Il pr\u00e9senta ses acolytes, et lui demanda s\u2019il pouvait communiquer l\u2019informations avec Anna, dans le cadre de son travail. Frantz lui r\u00e9pondit par l\u2019affirmative, Anna ayant partag\u00e9 l\u2019aventure avec eux et pris des risques \u00e9normes. Frantz d\u00e9buta directement par le r\u00e9sultat de l\u2019exploitation de leurs informations sur le ch\u00e2teau de Zephyrthor en Hongrie.\u00a0Le kaiser Jonas Schneider s\u2019y cachait effectivement. Une op\u00e9ration d\u2019extraction avait \u00e9t\u00e9 mont\u00e9e avec les autorit\u00e9s hongroise. Frantz s\u2019\u00e9tait rendu sur place. Le ch\u00e2teau \u00e9tait vraiment une forteresse moyen\u00e2geuse imprenable. L\u2019op\u00e9ration s\u2019\u00e9tait transform\u00e9e en conflit arm\u00e9. Les installations de d\u00e9fense \u00e9taient colossales, et un groupe d\u2019une quarantaine de mercenaires prot\u00e9geait les lieux. L\u2019attaque avait n\u00e9cessit\u00e9 des moyens en mat\u00e9riel et en homme, digne d\u2019une offensive militaire. Ils n\u2019avaient pu p\u00e9n\u00e9trer entre les murs, qu\u2019apr\u00e8s avoir utilis\u00e9 des drones kamikazes, et abattu des miliciens. Ils avaient d\u00e9chain\u00e9 un d\u00e9luge de feu et de sang, plongeant le ch\u00e2teau dans un enfer de cendre, de d\u00e9bris et de cadavres. Les combats s\u2019\u00e9tait poursuivis dans les couloirs et sur l\u2019ensemble du site. Les cons\u00e9quences \u00e9taient absolument \u00e9normes. Du c\u00f4t\u00e9 des soldats hongrois, deux morts et six bless\u00e9s. Les mercenaires avaient \u00e9t\u00e9 d\u00e9cim\u00e9s, d\u00e9nombrant une vingtaine de tu\u00e9s et une dizaine de bless\u00e9s, les autres s\u2019\u00e9taient rendus, et avaient \u00e9t\u00e9 faits prisonniers. Les enqu\u00eateurs participaient aux combats en premi\u00e8re ligne. Ils avaient d\u00e9couvert le corps de Jonas Schneider dans un abri dissimul\u00e9 dans les sous-sols du ch\u00e2teau, rev\u00eatu d\u2019un grand uniforme de c\u00e9r\u00e9monie noir des Sections Sp\u00e9ciales nazis. Il s\u2019\u00e9tait tir\u00e9 une balle de Luger P08 dans la bouche, et gisait tordu sur le sol, les membres \u00e9cart\u00e9s, repr\u00e9sentant ironiquement une croix gamm\u00e9e. Sa t\u00eate reposait sur le sol, aur\u00e9ol\u00e9e d\u2019une mare de sang noir comme du goudron, repr\u00e9sentant une ic\u00f4ne d\u00e9moniaque d\u00e9chue. Ses yeux sans vie convergeaient dans un strabisme mortuaire, fixant le n\u00e9ant. L\u2019aigle de l\u2019ombre n\u2019\u00e9tait plus.<\/p><p>Le ch\u00e2teau de Zephyrthor porterait longtemps les stigmates de ces combats. Peut-\u00eatre qu\u2019un jour il aurait la c\u00e9l\u00e9brit\u00e9 du Kehlsteinhaus de Berchtesgaden dans les alpes bavaroise, le nid d\u2019aigle d\u2019Hitler, ou encore de son bunker \u00e0 Berlin. Il deviendrait peut-\u00eatre un site de p\u00e8lerinage pour une bande de d\u00e9g\u00e9n\u00e9r\u00e9s nostalgique d\u2019une haine diabolique. En tout cas une page d\u2019histoire venait de se tourner.<\/p><p>Frantz continua en donnant des nouvelles du banquier Keller Fran\u00e7ois. La justice Suisse avait ouvert une enqu\u00eate sur ses agissements. Le pouvoir de l\u2019argent avait fait le reste, le notable n\u2019\u00e9tait pas rest\u00e9 une semaine en prison. C\u2019\u00e9tait compter sans le groupuscule des vengeurs qui s\u2019\u00e9tait cr\u00e9\u00e9 en Allemagne. On lui attribuait sans preuve son ex\u00e9cution. Il avait \u00e9t\u00e9 retrouv\u00e9, attach\u00e9 \u00e0 un poteau en bordure du lac L\u00e9man. Il tournait le dos \u00e0 l\u2019\u00e9tendue d\u2019eau, les mains li\u00e9es derri\u00e8re lui, une corde pass\u00e9e autour du cou pour le maintenir droit contre le poteau. Il \u00e9tait nu, ne portant qu\u2019un bandeau sur les yeux. Son buste \u00e9tait cribl\u00e9 par dix impacts, et une balle tir\u00e9e dans la nuque \u00e0 bout touchant l\u2019avait achev\u00e9. La justice avait b\u00e9gay\u00e9, la vengeance avait trac\u00e9 son chemin sans h\u00e9sitation. Frantz continua en \u00e9num\u00e9rant une longue liste de d\u00e9c\u00e8s imputables aux vengeurs Allemands, qui s\u2019europ\u00e9anisait. Ils avaient fait des \u00e9mules qui tra\u00eenaient son cort\u00e8ge de cadavres. Chaque d\u00e9fection de la justice \u00e9tait sanctionn\u00e9e par une ex\u00e9cution, en Allemagne, en Pologne, en Autriche, en Suisse, et ce ph\u00e9nom\u00e8ne commen\u00e7ait \u00e0 toucher la France. Le Lt colonel Desviziers interrompit Frantz. Il s\u2019inqui\u00e9tait pour cette vague meurtri\u00e8re qui d\u00e9ferlait sur l\u2019Europe. Il craignait que le tsunami ne d\u00e9ferle sur la France. Il \u00e9tait charg\u00e9 avec son office de g\u00e9rer les atteintes aux personnes, et d\u2019endiguer l\u2019esclavage sur le territoire national. Une cellule de magistrats avait \u00e9t\u00e9 ouverte \u00e0 Paris, d\u00e9di\u00e9e uniquement \u00e0 ces \u00e9v\u00e9nements. C\u2019\u00e9tait la cons\u00e9quence directe du coup de main d\u2019Hugo en Pologne. Ils avaient proc\u00e9d\u00e9 dans l\u2019urgence sur le territoire national, \u00e0 la lib\u00e9ration des trois cent quarante-cinq otages puc\u00e9s, agissant sous la houlette des op\u00e9rateurs Germaniques ayant initi\u00e9 la campagne. Ils avaient mont\u00e9 une cellule de crise, in\u00e9dite, m\u00ealant les forces de l\u2019ordre et les services sanitaires. Ils avaient d\u00e9but\u00e9 les interpellations, et certains tortionnaires se trouvaient d\u00e9j\u00e0 sous les verrous, d\u2019autre s\u2019extirpaient des griffes de la justice sous les qualificatifs fallacieux d\u2019infractions insuffisamment caract\u00e9ris\u00e9es, ou par manque de preuve. Dans tous les cas, ils auraient du fil \u00e0 retordre pour endiguer cette pulsion vengeresse. La justice de notre \u00e9tat de droit passera en claudiquant comme \u00e0 son habitude. La sanction prononc\u00e9e par la vindicte populaire sera prononc\u00e9e sans appel, et frappera aveugl\u00e9ment, au risque de g\u00e9n\u00e9rer la terreur et un vent de panique parmi la population. L\u2019\u00e9quation \u00e9tait compliqu\u00e9e. Desviziers essayait d\u2019analyser les cons\u00e9quences de ce qu\u2019il apprenait. Picateille \u00e9tait abasourdi et ne voyait pas d\u2019issue positive.<\/p><p>Hugo relan\u00e7a Frantz, lui demandant sans se faire d\u2019illusion les retomb\u00e9es connues concernant les autres hauts dirigeant de l\u2019aigle de l\u2019ombre. Mme Ursula Von Raguel, ressortissante Allemande interpell\u00e9e a La Haye au pays bas, a \u00e9t\u00e9 extrad\u00e9e imm\u00e9diatement et se trouve au centre p\u00e9nitentiaire de Fribourg en Allemagne. Mme Bethany Lowel-Troump \u00e0 bien fait l\u2019objet d\u2019une interpellation au palais des nations, si\u00e8ge de l\u2019ONU \u00e0 Gen\u00e8ve. Elle a \u00e9t\u00e9 d\u00e9f\u00e9r\u00e9e et \u00e9crou\u00e9e \u00e0 la maison d\u2019arr\u00eat de Villars \u00e0 Gen\u00e8ve. Son cas rel\u00e8ve de la diplomatie entre les Suisses et les Etats Unis. Elle est la ni\u00e8ce d\u2019un ancien pr\u00e9sident, et son affaire sera d\u00e9battues au congr\u00e8s. Autant dire qu\u2019ils vont se battre comme des chiffonniers. Finalement elle risque de finir avec une cible accroch\u00e9e dans le dos par les vengeurs. Ang\u00e9lina Spoone a \u00e9t\u00e9 interpell\u00e9e par les autorit\u00e9s australiennes alors qu\u2019elle tentait de s\u2019enfuir, vers l\u2019Asie. Elle a d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 battue et viol\u00e9e, et se trouve \u00e0 l\u2019isolement dans une prison \u00e0 Canberra. Madame Indrani Paevi a \u00e9t\u00e9 retrouv\u00e9e morte devant son domicile \u00e0 Kolkata (Calcutta). Elle a purement et simplement \u00e9t\u00e9 lapid\u00e9e. On ne sait pas par qui, mais le crime ressemblait \u00e0 un rituel d\u2019ex\u00e9cution pour adult\u00e8re. En ce qui concerne Nasser El Kharzaou\u00ef, il a disparu.\u00a0 Personne ne sait ce qu\u2019il est advenu de lui. Pareil pour Pedro V\u00e9laquez-Duart\u00e9, Les autorit\u00e9s Argentine disent qu\u2019il s\u2019est suicid\u00e9, mais personne n\u2019a vu le corps. Oswald Scho\u00e9man est gouverneur du Mpumalanga, \u00e0 ce titre il a rang de pr\u00e9sident de la R\u00e9publique. Il est prot\u00e9g\u00e9 par l\u2019immunit\u00e9 due \u00e0 son rang. Il en va de m\u00eame pour Vlad Igor Pouchkine.\u00a0 Frantz reprit en disant<\/p><p>&#8211; Si on fait le bilan, on est quasiment \u00e0 fifty-fifty. On savait qu\u2019une partie serait intouchable. L\u2019autre moiti\u00e9 passera en jugement ou a d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 condamn\u00e9e.<\/p><p>A ce moment, le t\u00e9l\u00e9phone du bureau se mit \u00e0 gr\u00e9siller, faisant sursauter les trois hommes, perdu dans le fil de leurs pens\u00e9es. Desviziers s\u2019en saisi. Hugo pris cong\u00e9 de son ami, promettant de le contacter tr\u00e8s bient\u00f4t. Le Lt colonel, qui se trouvait en face de lui, tenait le combin\u00e9 comme s\u2019il voulait l\u2019\u00e9craser entre ses doigts, ses phalanges blanchissaient sous la pression. Le masque de fer se creusait encore plus. De sa main libre, il appuya sur la touche haut-parleur. Le correspondant se noyait dans des explications embrouill\u00e9es. L\u2019information essentielle qui s\u2019en d\u00e9gageait, \u00e9tait l\u2019\u00e9vasion de Gabin Fiola. Lors de son transfert, le v\u00e9hicule de l\u2019administration p\u00e9nitentiaire avait \u00e9t\u00e9 \u00e9peronn\u00e9 sur le travers, par un Land Rover tout terrain \u00e9quip\u00e9 d\u2019un pare buffle. A l\u2019arriv\u00e9e des secours, les fonctionnaires bless\u00e9s avaient \u00e9t\u00e9 \u00e9vacu\u00e9s en ambulance sur l\u2019h\u00f4pital de St Etienne. Fiona avait disparu. Il devait int\u00e9grer la maison d\u2019arr\u00eat de la Talaudi\u00e8re. Il n\u2019y arrivera pas.<\/p><p>Chapitre 29\u00a0: Epilogue.<\/p><p>Apr\u00e8s avoir entendu la nouvelle de l\u2019\u00e9vasion de Gabin Fiola, le Lt Colonel resserra son \u00e9treinte sur le t\u00e9l\u00e9phone. Son visage se fermait comme une lame de couteau, une rage contenue lui arrachait un tressaillement furtif du sourcil droit. Le visage du masque de fer, d\u00e9j\u00e0 bl\u00eame d\u2019origine, devenait \u00e9macier. Il m\u00e9ritait encore plus le surnom qu\u2019Hugo lui avait choisi. S\u00e8chement, il r\u00e9clama plus d\u2019information. Il savait que cette \u00e9vasion ne signifiait rien de bon pour la s\u00e9curit\u00e9 de la r\u00e9gion, et encore moins pour Hugo et sa famille, directement impliqu\u00e9s.\u00a0 Son correspondant, visiblement tr\u00e8s agit\u00e9, expliquait que les gendarmes locaux ainsi que les policiers de Saint-Etienne, \u00e9taient sur la br\u00e8che. Un ratissage et une chasse \u00e0 l\u2019homme \u00e9taient en cours.<\/p><p>Un sentiment de col\u00e8re s\u2019\u00e9tait empar\u00e9 d\u2019Hugo. Il regardait son sup\u00e9rieur avec inqui\u00e9tude, sachant que cette \u00e9vasion allait tout compliquer. Il prit la d\u00e9cision de mobiliser ses contacts et amis pour assurer une surveillance discr\u00e8te, au moins autour de sa maison \u00e0 Manzat, et prot\u00e9ger ainsi Charline, Danuta, Y\u00e9y\u00e9, et Anna.<\/p><p>Ils tinrent un mini conseil de guerre, inscrivant leurs priorit\u00e9s sur un tableau blanc. Tout d\u2019abord, il fallait comprendre qui avait organis\u00e9 cette \u00e9vasion, et qui \u00e9tait le complice de Fiola. Celui-ci ne pouvait pas dispara\u00eetre dans la nature. Ses enjeux se trouvaient l\u00e0, dans le secteur. Tous savaient que le seul moteur qui lui restait, c\u2019\u00e9tait la vengeance. Desviziers appela le commandant de compagnie en poste, et lui fit part de sa volont\u00e9 de renforcer la s\u00e9curit\u00e9 aux alentours. Les seuls \u00e9l\u00e9ments qu\u2019ils d\u00e9tenaient, \u00e9taient la pr\u00e9sence d\u2019au moins un complice, et de l\u2019usage d\u2019un Land Rover \u00e9quip\u00e9 d\u2019un pare buffle. Hugo transmis une r\u00e9quisition aupr\u00e8s du service des immatriculation du Puy de D\u00f4me, afin d\u2019identifier tous les d\u00e9tenteurs de Land Rover du d\u00e9partement. Un listage de soixante-douze v\u00e9hicules de ce type, lui f\u00fbt imm\u00e9diatement communiqu\u00e9. Il \u00e9plucha le document, rapprochant les v\u00e9hicules dans un rayon de trente kilom\u00e8tres autour de Charbonni\u00e8re les Varennes. Il s\u2019arr\u00eata sur un nomm\u00e9 Ethan Dupostel, titulaire du certificat d\u2019immatriculation d\u2019une Land Rover. Il connaissait cette personne. Il s\u2019agissait du fameux Ethan posant sur la photographie que Danuta lui avait remise \u00e0 G\u00f6ttingen. Il entra son nom dans le fichier FAED. Il \u00e9tait connu pour divers d\u00e9lits, notamment routier, et quelques vols. Pris d\u2019un curieux pressentiment, il entra \u00e9galement le nom d\u2019Arthur Jeanjean, le second ami posant avec eux sur le clich\u00e9. Il ressortait pour les m\u00eames fait qu\u2019Ethan. Il avait perdu ces amis de vue \u00e0 l\u2019\u00e9poque de l\u2019enl\u00e8vement de Charline. Il comprit que les deux \u00e9taient rest\u00e9s en contact pour verser dans la d\u00e9linquance. Il avait l\u2019intuition que le tous terrains ayant servi \u00e0 l\u2019\u00e9vasion de Gabin, \u00e9tait celui d\u2019Ethan. Il en fit part au Lt colonel Desviziers et \u00e0 Monsieur Picateille, qui prirent l\u2019information au s\u00e9rieux. Le magistrat d\u00e9livra un mandat d\u2019amener pour les deux hommes, et l\u2019immatriculation du Land Rover f\u00fbt int\u00e9gr\u00e9e dans le fichier des v\u00e9hicules recherch\u00e9s. Une bonne heure apr\u00e8s, un appel vint secouer les occupants du bureau. Le Land Rover venait de forcer un barrage dans les bois noirs, sur la route reliant la Loire au Puy de D\u00f4me, entre Bo\u00ebn et Chabreloche. Les malfrats circulaient sur les traces de Louis Mandrin, bandit de grand chemin du dix-huiti\u00e8me si\u00e8cle. En passant, ils avaient heurt\u00e9 volontairement un gendarme, le blessant s\u00e9rieusement aux jambes et au bassin. Les militaires avaient ouvert le feu \u00e0 six reprises. Ils \u00e9taient s\u00fbrs d\u2019avoir touch\u00e9 le v\u00e9hicule, sans l\u2019immobiliser. Desviziers resserra le dispositif dans un jalonnement \u00e9volutif, suivant l\u2019axe de direction poursuivi par les malfrats. Une heure s\u2019\u00e9coula, avant qu\u2019ils ne re\u00e7oivent un nouvel appel. Le Land Rover avait \u00e9t\u00e9 d\u00e9couvert incendier sur un parking \u00e0 la croix Saint Marc \u00e0 Maringues. Les gendarmes avaient d\u00e9couvert un cadavre partiellement calcin\u00e9 sur la banquette arri\u00e8re. Ils l\u2019avaient identifi\u00e9 par le biais de ses empreintes digitales. Il s\u2019agissait d\u2019Arthur Jeanjean, il avait v\u00e9cu ses derni\u00e8res aventures n\u00e9fastes, stopp\u00e9 net par la balle d\u2019un gendarme qui lui avait perfor\u00e9e le c\u0153ur. Le v\u00e9hicule pr\u00e9sentait bien six impacts, diss\u00e9min\u00e9s essentiellement sur les parties basses. La balle la plus haute avait eu raison de Jeanjean. Le fourgon d\u2019un voyageur stationn\u00e9 dans un camps \u00e0 proximit\u00e9, avait \u00e9t\u00e9 vol\u00e9. Le propri\u00e9taire, confus dans ses explications, ne pouvait pr\u00e9senter aucun des documents concernant ce v\u00e9hicule. Il avait vraisemblablement d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 vol\u00e9 une premi\u00e8re fois.Haut du formulaire<\/p><p>Hugo, avait la bouche s\u00e8che, il pressentait une catastrophe imminente. La direction emprunt\u00e9e par les voyous, n\u2019\u00e9tait pas une fuite, mais un rendez-vous. La journ\u00e9e \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 bien avanc\u00e9e. Il contacta Charline pour lui demander d\u2019\u00eatre prudente, et de s\u2019enfermer avec les autres dans la maison. Il avait d\u00e9cid\u00e9 de rejoindre les filles et Y\u00e9y\u00e9 \u00e0 Manzat, afin de les escorter pour revenir \u00e0 la caserne. Il contacta Papajoe, pour qu\u2019il le rejoigne avec un membre de l\u2019\u00e9quipe. Ils se trouvaient \u00e0 Clermont avec le bomb\u00e9, mais lui promis de le rejoindre le plus vite possible. Hugo s\u2019excusa aupr\u00e8s de ses partenaires, pris le Kangoo, et toutes sir\u00e8nes hurlantes se transporta \u00e0 Manzat.<\/p><p>Il mit moins de quarante minutes pour arriver jusqu\u2019\u00e0 sa maison. Un spectacle de d\u00e9solation s\u2019offrait \u00e0 lui. Un fourgon blanc, porti\u00e8res ouvertes, \u00e9tait stationn\u00e9 sur le c\u00f4t\u00e9 de la cour, \u00e0 cinq m\u00e8tres de l\u2019entr\u00e9e, le moteur tournant au ralenti. Un homme gisait entre le v\u00e9hicule et la premi\u00e8re marche du perron, la t\u00eate d\u00e9chiquet\u00e9e par une d\u00e9charge de chevrotine, la main crisp\u00e9e sur un revolver. Il reconnut Ethan, mais ne s\u2019arr\u00eata qu\u2019une seconde, le temps de v\u00e9rifier s\u2019il \u00e9tait bien mort, d\u00e9gageant son arme du pied. Il se pr\u00e9cipita dans la maison, pistolet braqu\u00e9e devant lui, courb\u00e9 en deux, se dissimulant derri\u00e8re chaque obstacle. Il poussa la porte entreb\u00e2ill\u00e9e, et p\u00e9n\u00e9tra dans le hall, d\u00e9gageant rapidement l\u2019aire lumineuse de l\u2019entr\u00e9e. Il d\u00e9couvrit Y\u00e9y\u00e9, inanim\u00e9 sur le carrelage, baignant dans une mare de sang. L\u2019enfant respirait, mais avait une vilaine blessure sur la cuisse gauche. La balle avait travers\u00e9 le muscle de part en part.\u00a0 Hugo mis en place un point de compression pour juguler l\u2019h\u00e9morragie, arrachant et utilisant la nappe qui habillait un gu\u00e9ridon.\u00a0 Il avait plac\u00e9 le jeune gar\u00e7on en position lat\u00e9rale de s\u00e9curit\u00e9, et appuyait de toute ses forces sur la plaie. Tout en portant son attention \u00e0 Y\u00e9y\u00e9, il gardait une position de garde, vigilant \u00e0 chaque mouvement et bruit autour de lui. La maison semblait d\u00e9serte. Au loin, dans le remake d\u2019une vie ant\u00e9rieure, il entendait le deux tons d\u2019un v\u00e9hicules qui se rapprochait. Papajoe \u00e9tait l\u00e0, accompagn\u00e9 par le bomb\u00e9. Ils appr\u00e9hend\u00e8rent imm\u00e9diatement la situation. Papajoe appela les pompiers, tandis que le bomb\u00e9 sollicitait des renforts. Ils entr\u00e8rent dans le hall, d\u00e9couvrant \u00e0 leur tour la sc\u00e8ne. Hugo en larme, maintenait le point de compression sur la cuisse de Y\u00e9y\u00e9. Le bomb\u00e9, coupait le moteur de la camionnette et faisait un tour de s\u00e9curisation dans la maison. Elle \u00e9tait vide. Hugo cogitait. Il n\u2019avait pas vu son Ford Kuga dans la cour. Une seule perspective s\u2019ouvrait \u00e0 lui. Gabin \u00e9tait parti avec, en embarquant les trois femmes. Le cr\u00e9puscule descendait, recouvrant le paysage d\u2019un voile opaque. Papajoe \u00e9claira la pi\u00e8ce, et vint relayer Hugo au chevet de Y\u00e9y\u00e9, attendant les secours. Le bomb\u00e9 avait trouv\u00e9 le vieux fusil du p\u00e8re d\u2019Hugo, coinc\u00e9 derri\u00e8re la porte d\u2019entr\u00e9e.\u00a0 La seconde cartouche n\u2019avait pas percut\u00e9, l\u2019arme s\u2019\u00e9tait enray\u00e9e. Une des femmes avait d\u00fb s\u2019en servir pour repousser les assaillants, mais n\u2019avait pas pu finir de se d\u00e9fendre. Elles avaient \u00e9t\u00e9 prises avant. Elles se trouvaient maintenant seules, avec au moins un dangereux psychopathe. Tout pouvait leur arriver. Hugo r\u00e9fl\u00e9chissait \u00e0 toute allure. L\u2019affaire avait d\u00e9but\u00e9 sur la plage du gour de Tazenat. Gabin \u00e9tait psychologiquement instable, et pour Hugo, il semblait logique qu\u2019elle se finisse au m\u00eame endroit. Il se remit debout, et alla chercher le revolver qu\u2019il avait r\u00e9cup\u00e9r\u00e9 sur Gabin, lors de son interpellation. Il avait d\u00e9tourn\u00e9 cette arme et l\u2019avait cach\u00e9 dans le hangar derri\u00e8re la maison. Il n\u2019avait pas d\u2019id\u00e9e pr\u00e9con\u00e7ue en faisant cela, juste au cas o\u00f9\u00a0? Il expliqua son raisonnement \u00e0 Papajoe, et lui dit qu\u2019il allait y aller. Papajoe et le bomb\u00e9 tent\u00e8rent de l\u2019en dissuader, mais quand il avait une id\u00e9e derri\u00e8re la t\u00eate, rien de pouvait le convaincre d\u2019y renoncer, surtout dans cette configuration ou il \u00e9tait directement impliqu\u00e9. Il laissa Y\u00e9y\u00e9 qui avait repris connaissance \u00e0 la garde de Papajoe, dans l\u2019attente des pompiers.<\/p><p>Hugo prit la direction du gour, et se rendit directement \u00e0 l\u2019endroit d\u2019o\u00f9 il pourrait atteindre la grotte des nazis, le plus discr\u00e8tement possible. Il laissa son v\u00e9hicule sur le parking d\u00e9sert, et acc\u00e9da au lac, coupant par les sous-bois, se d\u00e9pla\u00e7ant dans le noir. Les t\u00e9n\u00e8bres s\u2019\u00e9taient abattues, enserrant les arbres et le gour d\u2019une m\u00e9lasse charbonneuse et poisseuse. Les bois \u00e9taient sombres et bruissaient de mille petits bruits. Un vent glacial s\u2019insinuait partout, sifflant entre les basses branches de la for\u00eat. Sur la berge, Hugo s\u2019orienta. La grotte, plein nord, dominait le gour par une \u00e9chancrure de roches surplombant l\u2019\u00e9tendue d\u2019eau noire comme de l\u2019encre de chine. Il avait trois cents m\u00e8tres \u00e0 crapahuter en toute discr\u00e9tion, entre rochers, racines et arbres griffus pour atteindre son but. La nuit \u00e9tait d\u2019une obscurit\u00e9 palpable, pas de lune, pas d\u2019\u00e9toile, pas de pollution lumineuse, on \u00e9tait dans les Combraille loin du monde. Il aper\u00e7ut sur la ligne de cr\u00e8te, une luciole qui s\u2019acheminait en direction de la grotte. Quelqu\u2019un progressait, s\u2019\u00e9clairant avec le flash de son t\u00e9l\u00e9phone. Il percevait le tohu-bohu provoqu\u00e9 par des personnes marchant sans pr\u00e9caution, faisant rouler les cailloux, brisant des branches et r\u00e2lant. Le convoi n\u2019\u00e9tait pas particuli\u00e8rement discret. De temps \u00e0 autre il percevait une voix masculine claquer un ordre, puis le mouvement continuait. Furtif comme une ombre, il se glissait d\u2019arbre en rocher, s\u2019int\u00e9grant \u00e0 la noirceur de la nuit arme en main. Il s\u2019immis\u00e7a sur l\u2019\u00e9peron rocheux, pr\u00e9lude de la grotte, dissimuler par des broussailles agressives, le griffant et accrochant ses v\u00eatements. Les trois femmes se tenaient \u00e0 genoux, face \u00e0 lui, \u00e0 une dizaine de m\u00e8tres, mains li\u00e9es, les tenant au-dessus de leurs t\u00eates, en demi-cercle devant Gabin Fiola. Il gesticulait en hurlant des impr\u00e9cations, \u00e9ructant des horreurs sur les femmes, distribuant g\u00e9n\u00e9reusement claques et coups de crosses sur les cr\u00e2nes, et coup de pieds dans les reins. Le bourreau \u00e9tait satellis\u00e9 autour de ses victimes. Alors qu\u2019Hugo allait intervenir, Gabin donna un grand coup dans le dos de Danuta. Elle bascula en avant, ne pouvant pas se retenir ni se prot\u00e9ger, et vint \u00e9craser son visage sur les roches saillantes. Dans le m\u00eame temps, Gabin tira une balle en direction de sa t\u00eate. Hugo vit du sang et des cailloux gicler autour du visage de son amie. Devant ses yeux, un voile pourpre recouvrit la sc\u00e8ne. C\u2019est une tout autre personne qui s\u2019arracha \u00e0 la morsure des buissons. Les v\u00eatements d\u00e9chir\u00e9s, le visage marbr\u00e9 de sang et de larmes, les yeux inject\u00e9s, il bondit comme un diable. Il braillait des insultes tout en tirant sur Fiola qui se jeta au sol, hurlant de terreur. Une balle \u00e9clata la clavicule droite de Fiona, faisant choir son arme, une seconde lui arracha l\u2019oreille gauche. Il rampait en pleurant,\u00a0et se r\u00e9fugia comme un pleutre dans la grotte. Il crevait de peur et beuglait \u00ab\u00a0<em>Piti\u00e9, Piti\u00e9<\/em>\u00a0!\u00a0\u00bb. Il laissait derri\u00e8re lui un sillon sanguinolent, comme une trace baveuse de limace. Hugo se rapprocha des femmes et coupa leurs liens, toujours sur ses gardes. Charline pleurait, elle se pr\u00e9cipita sur Danuta qui ne cillait pas, immobile comme emport\u00e9e dans un repos \u00e9ternel. Anna les rejoint, pleurant \u00e9galement, s\u2019agenouillant \u00e0 c\u00f4t\u00e9 du corps de son amie. Un silence suspendu dans le temps, entrecoup\u00e9 par les hoquets de chagrin des jeunes femmes s\u2019\u00e9ternisa quelques secondes. Un tremblement vint secouer le corps de Danuta, et un sanglot s\u2019\u00e9chappa de sa poitrine. Les deux femmes la prirent dans leurs bras en la secouant et l\u2019assirent. Danuta \u00e9mergeait p\u00e9niblement de son inconscience, elle toussait, pleurait et crachait du sang, mais sa blessure n\u2019\u00e9tait due qu\u2019\u00e0 la violence de la rencontre de son visage sur les pierres. Elle s\u2019en sortait avec une arcade fendue et le nez cass\u00e9es. Les quatre firent front, et p\u00e9n\u00e9tr\u00e8rent dans la grotte. Gabin piteux, \u00e9tait recroquevill\u00e9 sur lui-m\u00eame, l\u2019\u00e9paule pendante. Il avait pi\u00e8tre allure avec son oreille arrach\u00e9e, remplac\u00e9e par un trou b\u00e9ant d\u2019o\u00f9 un filet de sang suintait. Il pleurait et implorait le pardon de ses victimes. Hugo et les filles se regard\u00e8rent longuement, concluant un accord tacite et silencieux. Charline pris le revolver dans la ceinture d\u2019Hugo et s\u2019approcha de Gabin, le fixant droit dans les yeux, Danuta lui emboita le pas et se pla\u00e7a \u00e0 ses c\u00f4t\u00e9s. Anna dont les yeux habituellement si clairs voyaient ses pupilles s\u2019assombrir, virant en une teinte vert bouteille presque noire. C\u2019est d\u2019une voix rauque, calme et paus\u00e9e, qu\u2019elle prit la parole.<\/p><p>2n, &#8211;\u00a0Tu as vol\u00e9 de trop nombreuses vies. Tu as bris\u00e9 des r\u00eaves et pi\u00e9tin\u00e9 des existences en enlevant des personnes pour les r\u00e9duire \u00e0 l\u2019esclavage. Tu t\u2019es enfuit pour \u00e9chapper \u00e0 la justice des hommes et nous tuer. Tu as bless\u00e9 Y\u00e9y\u00e9 en lui tirant dessus, nous esp\u00e9rons qu\u2019il va s\u2019en sortir. Tu as franchi beaucoup trop de limites, et tant que tu es en vie tu pr\u00e9sentes un danger mortel pour nous. Notre sentence est donc sans appel, et c\u2019est la mort. Tu ne sortiras pas vivant de cette grotte, tu vas aller rejoindre tes complices en enfer.<\/p><p>Charline appuya le canon du revolver sur la tempe de Gabin. Danuta posa la main sur celle de son amie, qui appuya sur la d\u00e9tente. Le crane de Gabin explosa dans une gerbe d\u2019esquilles d\u2019os et de sang. Il bascula sur le c\u00f4t\u00e9, mort. La justice n\u2019\u00e9tait pas pass\u00e9e, mais la vengeance avait trac\u00e9 son chemin, venant d\u00e9livrer le quatuor. Encore un chemin de traverse, comme l\u2019aurait dit le Lt Colonel Desviziers, hors proc\u00e9dure, aurait compl\u00e9t\u00e9 Monsieur Picateille. Hugo saisi l\u2019arme, effa\u00e7a les empreintes digitales sur la crosse, et referma les doigts de Gabin dessus. Un suicide. Une fin honorable pour cette fripouille.<\/p><p>Le gour de Tazenat refermait un nouveau chapitre de son existence mill\u00e9naire. Au loin, encore une fois, les hululements de deux tons des v\u00e9hicules de gendarmerie et de secours, per\u00e7aient les t\u00e9n\u00e8bres imp\u00e9n\u00e9trables d\u2019une nuit d\u2019automne dans les Combrailles.<\/p><p>Chapitre 30. Post \u00e9pilogue.<\/p><p>L\u2019aventure s\u2019\u00e9tait termin\u00e9e par un d\u00e9nouement heureux. Les blessures de Danuta et de y\u00e9y\u00e9, se r\u00e9v\u00e9l\u00e8rent sans gravit\u00e9, elles mirent un petit mois \u00e0 se r\u00e9sorber. Elles ne leur laiss\u00e8rent aucune s\u00e9quelle, peut-\u00eatre une l\u00e9g\u00e8re boursouflure \u00e0 l\u2019emplacement de la fracture du nez pour la jeune femme. Y\u00e9y\u00e9 quant \u00e0 lui, gambadait comme un cabri, comme si de rien \u00e9tait, malgr\u00e9 les r\u00e9criminations des trois jeunes femmes.<\/p><p>La d\u00e9couverte du cadavre de Gabin Fiola dans la grotte, n\u2019avait pas pos\u00e9 de probl\u00e8me, la th\u00e8se du suicide avait \u00e9t\u00e9 gob\u00e9e, et retenue d\u00e9finitivement par la justice.\u00a0 Le bomb\u00e9 avait organis\u00e9 une soir\u00e9e au Cherokees-d\u00eeners, aid\u00e9 par Lo\u00efc, afin de f\u00eater cet happy end. Tous les membres de l\u2019\u00e9quipe accompagn\u00e9e par leurs \u00e9pouses, et les h\u00e9ros, avaient festoy\u00e9s toute la nuit durant, s\u2019empiffrant de grillades et buvant sec. Monsieur Tony Picateille, le substitut, et le Lt colonel Desviziers \u00e9taient convi\u00e9s aux festivit\u00e9s, mais l\u2019officier ni fit qu\u2019une br\u00e8ve apparition, fuyant cette liesse trop populaire pour lui. Le substitut, qui avait consomm\u00e9 un peu d\u2019alcool, se laissait d\u00e9river dans un monde imaginaire, o\u00f9 il ne lui manquait plus que le c\u00e9l\u00e8bre petit gaulois d\u2019Uderzo et Goscinny accompagn\u00e9 par son acolyte, pas gros mais bas de poitrine. Le fil de la vie reprenait normalement. Hugo se partageait entre son travail d\u2019enqu\u00eateur, et sa vie de famille \u00e0 laquelle il n\u2019avait jamais consacr\u00e9 autant de temps. Il avait commenc\u00e9 par guerroyer contre une hi\u00e9rarchie aveugle et tatillonne, loin d\u2019\u00eatre muette, qui voulait savoir le pourquoi du comment. Il s\u2019\u00e9puisait \u00e0 s\u2019accrocher avec un colonel par ci, ou un g\u00e9n\u00e9ral par-l\u00e0, passant d\u2019un service \u00e0 l\u2019autre sans qu\u2019il ne comprenne \u00e0 quoi ils servaient. Il avait finalement opt\u00e9 pour la technique du dos rond, renvoyant ses interlocuteurs vindicatifs vers des personnalit\u00e9s stratosph\u00e9riques, pr\u00e9sident de la R\u00e9publique, premier ministre, conseil de s\u00e9curit\u00e9 europ\u00e9en etc\u00e9t\u00e9ra. De guerre lasse, ils cess\u00e8rent de le tracasser, se repliant sur des cibles plus dociles. Il pouvait se consacrer ce \u00e0 quoi il \u00e9tait pay\u00e9, son m\u00e9tier d\u2019enqu\u00eateur judiciaire.<\/p><p>Ses retrouvailles avec Charline avait fait de lui un autre homme. Plus ouvert, plus souriant, il croquait la vie avec plus de l\u00e9g\u00e8ret\u00e9. Ils vivaient tous ensemble dans la propri\u00e9t\u00e9 familiale de Manzat. En fait il y avait bien eu quelque petit changement dus aux gardiens.<\/p><p>Charline et Danuta se port\u00e8rent volontaire pour int\u00e9grer leurs rangs. Les gardiens par des man\u0153uvres insoup\u00e7onn\u00e9es et ind\u00e9tectables vampiris\u00e8rent les titres de propri\u00e9t\u00e9 du ch\u00e2teau de la Bastide, et capt\u00e8rent la fortune des Ozon. Le ch\u00e2teau appartenait d\u00e9sormais \u00e0 la SCI CharDaY\u00e9 dont les actionnaires \u00e9taient Charline, Danuta et Y\u00e9y\u00e9. La vocation officielle de cet endroit \u00e9tait l\u2019accueil des victimes europ\u00e9ennes de l\u2019aigle de l\u2019ombre qui souhaitaient repartir sur de nouvelles bases. Les jeunes femmes cr\u00e9\u00e8rent une association \u00e0 but non lucratif, dont elles s\u2019\u00e9taient salari\u00e9es en tant que co-directrice. Elle l\u2019avait baptis\u00e9e\u00a0:\u00a0\u00ab\u00a0Fondation Jessica Fr\u00e9mont.\u00a0\u00bb Elles pr\u00e9f\u00e9r\u00e8rent conserver leur domicile \u00e0 Manzat. La maison familiale ne laissait pas beaucoup d\u2019intimit\u00e9, et elles avaient entrepris de restaurer la grange attenante \u00e0 la maison. Avec l\u2019argent des Ozon, guid\u00e9es par les conseils \u00e9clair\u00e9s de Gr\u00ebtta et G\u00fcnther, elles avaient fait creuser un sous-sol immense dans lequel un dispositif semblable \u00e0 celui du chalet \u00e9tait implant\u00e9. Un arsenal high-tech de surveillance et de communication brillait, support\u00e9s par des dessertes et des consoles toutes neuves. Le rez-de-chauss\u00e9e \u00e9tait am\u00e9nag\u00e9 en deux appartements distincts, s\u00e9par\u00e9s par un petit hall d\u2019entr\u00e9e, compl\u00e9t\u00e9s par deux garages s\u2019ouvrant \u00e0 l\u2019arri\u00e8re. Charline avait conserv\u00e9 sa sempiternelle deux chevaux, et Danuta s\u2019\u00e9tait achet\u00e9 une petite voiture japonaise \u00e9lectrique, pour \u00eatre dans l\u2019air du temps. Elle recevait tr\u00e8s r\u00e9guli\u00e8rement la visite de F\u00e9lix avec qui elle s\u2019entendait plut\u00f4t bien. Il lui arrivait m\u00eame de l\u2019h\u00e9berger plusieurs jours, lors de ses visites, qui devenait fr\u00e9quente.<\/p><p>De son cot\u00e9, Y\u00e9y\u00e9 avait int\u00e9gr\u00e9 le coll\u00e8ge de Manzat apr\u00e8s une mise \u00e0 niveau drastique. En effet, il n\u2019avait jamais fr\u00e9quent\u00e9 d\u2019\u00e9cole auparavant et la discipline \u00e9tait dure pour lui. C\u2019\u00e9tait un \u00e9l\u00e8ve dou\u00e9, mais qui se dispersait un peu de temps en temps. Il obtenait de bons r\u00e9sultats, surtout en math\u00e9matique, o\u00f9 il se r\u00e9v\u00e9lait sup\u00e9rieur \u00e0 ses camarades. Hugo et Anna, ses parents, l\u2019avait inscrit au club de basket local, ou il d\u00e9couvrait la camaraderie entre copains du m\u00eame \u00e2ge. Ils avaient \u00e9galement tent\u00e9 de l\u2019ouvrir sur les arts, musique, dessin, mais il \u00e9tait trop turbulent et impatient pour rester en place et s\u2019y consacrer. La seule attention longue dur\u00e9e et immobilit\u00e9 relative qu\u2019il pouvait conserver, c\u2019\u00e9tait devant sa PS4 ou il pouvait s\u2019\u00e9crouler comme tout adolescent pendant des apr\u00e8s-midis entiers.<\/p><p>Le couple form\u00e9 par Anna et Hugo s\u2019\u00e9tait renforc\u00e9. Apr\u00e8s la passion d\u00e9vorante et d\u00e9brid\u00e9e des premi\u00e8res semaines, ils \u00e9taient entr\u00e9s dans une phase de d\u00e9couverte au quotidien et devenaient indissociables l\u2019un de l\u2019autre, vivant ensemble et non c\u00f4te \u00e0 c\u00f4te. Elle avait pris en mains la destin\u00e9e de la maison familiale, \u00e9laborant un int\u00e9rieur plus fonctionnel, rafraichissant les pi\u00e8ces, redonnant une nouvelle jeunesse \u00e0 ces vieux murs. Charline et Danuta ayant d\u00e9sert\u00e9 les lieux pour s\u2019\u00e9tablir dans leurs nouveaux appartements voisins, elle avait mu\u00e9 la chambre de Danuta en salle de jeux pour Y\u00e9y\u00e9 et r\u00e9cup\u00e9r\u00e9 celle de Charline pour la transformer en bureau pour elle. Elle y passait le plus claire de son temps \u00e0 r\u00e9diger ses deux livres, restant en contact avec son r\u00e9dacteur en chef \u00e0 G\u00f6ttingen. La s\u00e9rie d\u2019articles qui \u00e9taient parus dans le Der Spiegel, et dans l\u2019hebdomadaire fran\u00e7ais, lui avait valu un franc succ\u00e8s, la faisant briller d\u2019une notori\u00e9t\u00e9 nouvelle, provoquant m\u00eame une invitation \u00e0 la t\u00e9l\u00e9vision r\u00e9gionale. Le r\u00e9dacteur en chef du quotidien local \u00e0 Clermont, qui l\u2019avait vertement d\u00e9daign\u00e9e, avait fait une tentative pour la courtiser et la convaincre d\u2019int\u00e9grer l\u2019\u00e9quipe de ses journalistes couvrant les faits divers du journal. Elle lui avait ri au nez, lui sp\u00e9cifiant qu\u2019elle \u00e9tudierait s\u00e9rieusement sa proposition, lorsqu\u2019il aurait pris sa retraite. Le trio, Hugo, Y\u00e9y\u00e9 et elle, formait une vraie famille, ils \u00e9taient heureux ensemble. Plusieurs mois s\u2019\u00e9taient \u00e9coul\u00e9s, le couple avait abandonn\u00e9 les tenues chaudes d\u2019un hiver interminable, et d\u2019un printemps tout aussi frileux. Ils se promenaient main dans la main sur le sentier longeant le gour de Tazenat, pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 par un Y\u00e9y\u00e9 qui courait, sautait et faisait le pitre jouant avec un chiot tout aussi fou que lui. Anna tenait une rose blanche dans la main, se tenant serr\u00e9 \u00e0 Hugo. S\u2019approchant du bord, elle jeta la fleur dans les eaux limpides du lac. Quand elle se redressa, son profil dessina un petit ventre rond qui commen\u00e7ait \u00e0 pointer devant elle. Comme le disait Y\u00e9y\u00e9, les petites souris dansaient fr\u00e9quemment dans la maison.<\/p><p>Finde feudansentre<\/p>\t\t\t\t\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t\t<\/div>\n\t\t<\/div>\n\t\t\t\t\t<\/div>\n\t\t<\/section>\n\t\t\t\t<\/div>\n\t\t","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le myst\u00e8re du gour de Tazenat Chapitre 1 : L\u2019\u00e9chos Sombres \u00a0 \u00a0 \u00a0L&rsquo;atmosph\u00e8re oppressante pesait lourdement sur l&rsquo;air, tandis que le soleil d\u00e9clinait derri\u00e8re les collines ondoyantes de l&rsquo;Auvergne, baignant la sc\u00e8ne d&rsquo;une lumi\u00e8re de feu. Les eaux sombres et profondes du Gour de Tazenat, presque noires, ressemblaient \u00e0 la pupille d\u2019un \u0153il en&hellip; <br \/> <a class=\"read-more\" href=\"https:\/\/patrick-valette.fr\/index.php\/le-mystere-du-gour-de-tazenat\/\">Lire la suite<\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"parent":0,"menu_order":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","template":"","meta":{"footnotes":""},"class_list":["post-2026","page","type-page","status-publish","hentry"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/patrick-valette.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/2026","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/patrick-valette.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/pages"}],"about":[{"href":"https:\/\/patrick-valette.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/page"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/patrick-valette.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/patrick-valette.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=2026"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/patrick-valette.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/2026\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":2027,"href":"https:\/\/patrick-valette.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/2026\/revisions\/2027"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/patrick-valette.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=2026"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}